André Souris, surréaliste mais musicien

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' indifférence de Breton et des Surréalistes pour la musique n' était pas un secret. Eux-mêmes l' ont affirmée clairement dans "Le Surréalisme et la Peinture" (La Révolution surréaliste, n°4). Si Dada, antichambre du Manifeste de 1924, était proche de Satie et d' Auric, si Tzara, en arrivant de Zurich, essayait d' importer les pratiques musicales du cabaret Voltaire, les animateurs de la revue nommée par antiphrase et dérision "Littérature", se montraient allergiques à un art "colonisé, selon Philippe Soupault, par les snobs".

Breton et ses amis plaçaient en effet leur combat à un niveau exigeant une totale libération intellectuelle, pouvant aller jusqu' à l' automatisme psychique tel que le produisait Desnos. Cette démarche, qui par définition leur semblait éliminer la composition musicale, les surréalistes bruxellois ont voulu la contredire en mettant en avant "le" musicien André Souris. Souris, né en 1899, a découvert le Mouvement surréaliste grâce à la revue "Correspondance" et à son fondateur, le poète Paul Nougé. Gagné à la cause, il remarquait en 1927 : "La musique constitue probablement le moyen le plus conforme aux démonstrations surréalistes".

"Correspondance" était d' ailleurs en opposition avec les Parisiens sur deux points : la surface éventuelle de l' automatisme donc, mais aussi la nature de la subversion surréaliste. Politique comme le prônait Aragon dans "Front Rouge, ou suivant "le moyen du langage", comme le déclarait en réponse le tract "La Poésie transfigurée", co-signé par Souris.

Le musicien, parallèlement, s' était mis à composer sur les oeuvres de peintres (Magritte, Delvaux) et de poètes (Scutenaire, Nougé, Mariën). Ce qui ne lui a pas suffi pour échapper à l' exclusion en 1936 par le groupe belge, en raison d' une "Messe aux Artistes" dénoncée dans le tract aimablement intitulé "Le domestique zélé".

Malgré cette éviction musclée, Souris a poursuivi des recherches dont les éléments ne s' écartaient pas du "dépaysement surréaliste". Il soutenait dans de nombreux écrits théoriques (cahiers, notes, correspondances) des orientations et des choix toujours proches de l' enseignement éthique et stylistique reçu de Nougé.

"Ne rien écrire qui ne soit le produit de l' hallucination", notait-il encore en 1938. L' illumination rimbaldienne n' était pas loin. La musique d' André Souris, conçue dans un environnement littéraire, a inlassablement tendu à démontrer que poésie et musique relevaient d' inspirations voisines. Si le compositeur n' en a pas totalement convaincu Breton, peut-être l' a-t-il au moin ébranlé.Installé à Paris où il est décédé en 1970, Souris était devenu son ami.

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