Valeurs

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les élections départementales approchent (22 et 29 mars), et ce n' est pas l' étalage des disputes des socialistes en vue de leur congrès de juin qui va émouvoir un Front National toujours en progression. C' est pourquoi Valls tente d' élever une nouvelle digue contre le parti de Marine Le Pen. A ceux qui font observer que le Front est autorisé depuis 1972, qu' il a été stimulé par Mitterrand dans les années 80 pour faire barrage à la droite parlementaire, donc consacré "démocrate", on oppose l' argument selon lequel ce mouvement ne respecte pas les "valeurs républicaines" sans préciser comment et pourquoi. Effet rhétorique ou menace voilée qui ne modifient apparemment ni l' opinion des citoyens sur l' incapacité et la corruption des hiérarques , ni le phénomène politique de l' abstention, dont il faudra bien finir un jour par tenir compte..

Sans doute faut-il ranger au premier rang des "valeurs républicaines" la liberté d' expression qui a poussé récemment dans la rue une France assez louis-philipparde, autant apeurée par l' insécurité que choquée par le meurtre de dessinateurs humoristiques pour vieux bobos. Toutefois, quand Roland Dumas déclare Valls "sous influence juive", quand le philosophe Alain Badiou écrit "la loi de notre pays est celle de la pensée unique et de la soumission", quand des voix osent confesser qu' elles "ne sont pas Charlie", ou de mauvais esprits "du 11 janvier" soupçonner Zemmour de se faire du blé en fabriquant des terroristes islamistes, tous risquent un détour par la garde à vue et frôlent la mise en examen pour "incitation à la haine raciale". Aussi est-on parfois tenté de se demander si le Pouvoir n' use pas du double langage.

En fait, puisqu' on en parle, la vraie valeur, dominante et républicaine à la fois, c' est le fric. Le fric, ce patron d' origine occidentale, friand de paradis fiscaux et conçu pour monopoliser l' uranium et le pétrole, quitte à organiser , au nom du Droit, des expéditions mixtes Armée-Entreprise conférant à des territoires entiers l' aspect de vestiges archéologiques.

Dans ce vaste réaménagement planétaire, nos Républiques ne s' en tirent pas si mal. Dotée dans les années 20 de la première armée du monde et, dans les années 40, de la dernière, la France a repensé son destin. Plus question, bien sûr, de domination, comme à l' époque où, forte d' un Empire colonial, sa voix influait sur l' ordre du monde. Là s' est opéré le virage : du gaullisme, ultime avatar de la grandeur, on est passé au rôle d' entremetteur, plus adapté à la réalité de notre puissance.

La République de Hollande est un régime essentiellement médiateur : sas entre la rigueur du nord et le laxisme du sud, tampon entre l' archéo-socialisme et le néo-libéralisme, porte de communication entre le souverainisme gaulois et le fédéralisme européen, entre l' Ukraine de l' ouest et celle de l' est, l' OTAN et Poutine, l' Etat et les Multinationales, l' ouverture des magasins le dimanche et la diminution du temps de travail. Voilà une "valeur républicaine" typique, qu' en effet le F.N semble ignorer : l' entre deux.

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