Cerveaux en fuite

Publié le par memoire-et-societe

La fuite des cerveaux a été longtemps un phénomène lié au sous-développement. Ainsi, en Afrique, voyait-on les jeunes médecins, à peine leur diplôme en poche, chercher à exercer en Europe plutôt qu' en brousse où ils faisaient pourtant cruellement défaut.

Aujourd'hui, ce sont d' ex métropoles coloniales qui sont elles-mêmes touchées par la vague de l' expatriation. On compte actuellement environ deux millions de ressortissants français installés à l' étranger, retraités et évadés fiscaux compris. Chaque année 120.000 jeunes diplômés quittent le pays. Depuis dix ans, leur nombre a cru de 35%.

Les Français étaient auparavant plutôt casaniers, contrairement aux Britanniques, Italiens et Allemands, exilés précoces aux Amériques. Mais depuis le début des années 2000, la moitié des chercheurs de pointe en économie, biologie et mathématiques de l' Hexagone abandonnent celui-ci, souvent sans projet de retour. Leur destination principale est logiquement les Etats-Unis, où les conditions de travail et de rémunération sont .supérieures. L' Asie et l' Allemagne sont également recherchées.

Les motifs de ces départs sont connus : rareté de l' emploi, perspectives de carrière réduites, poids des hiérarchies, surcharge bureaucratique, encore que la rapide mondialisation des échanges scientifiques tende à élargir l' horizon des connaissances.
D' ailleurs, au moment où la France souffre de la perte d' ingénieurs et de chercheurs qu' elle a formés à ses frais, elle conserve un pouvoir d' attraction sur nombre de non nationaux.

Le CNRS comptait en 2012 1749 chercheurs étrangers sur un total de 11312. L' INSERM 281 sur 2153. L' Institut Pasteur 264 sur 622. La plupart indiquent leur intention de se fixer dans le pays. La France est en tête en matière de partenariats avec les laboratoires européens et américains.

Les recrutements d' organismes publics comme le CEA ou le CNRS n' en restent pas moins largement inférieurs au nombre de thèses soutenues annuellement. Cet écart entre formation et débouchés constitue à l' évidence une forte incitation à l' exil, d' autant que le taux des expatriations professionnelles est étroitement soumis au niveau des diplômes : 0,4% pour les bacheliers, 2,5% pour les détenteurs d' un Doctorat.

Un tiers de nos compatriotes entre 18 et 34 ans envisagerait de s' installer à l' étranger, et le rythme des retours ne cesse de ralentir. La fuite des cerveaux n' est assurément pas une spécificité française. Il est subordonné à un nomadisme général que favorisent la liberté relativement récente de circuler, une curiosité accrue pour l' autre et l' ailleurs, le rapetissement de la planète induit par des technologies de communication toujours plus performantes.

N' empêche : le préjudice intellectuel, économique, technique et humain qu' implique ladite fuite des cerveaux peut créer souci à ceux qu' intéresse à l' avenir d' un pays où , par ailleurs, l' illettrisme concerne un habitant sur 10.

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