De l' impopularité des journalistes

Publié le par memoire-et-societe

Il parait que, selon d' innombrables sondages, les journalistes représentent la corporation la plus impopulaire, après celle des politiques, chez les Français. Sans doute la sévérité du jugement, systématique voire caricatural, s' adresse-t-elle en priorité aux journalistes politiques.

Comme toute généralisation, tant d' opprobre semble injuste, quoiqu' en partie fondé. J' ai été journaliste dans une Agence de presse, des journaux écrits, à la radio, à la télévision, à Paris, en région et à l' étranger. J' ai été plusieurs fois, notamment à l' ORTF du temps du ministre Peyrefitte, victime de brimades qui ont nui à ma carrière. Je n' ai donc pas appris la servilité.

Les griefs qui reviennent dans le procès fait aux journalistes, réputés par essence menteurs et stipendés, sont toutefois de trois ordres :

- ce sont des manipulateurs à la disposition du gouvernement et de l' argent. Leur parole n' est pas fiable.

- dépourvus de scrupules, ils privilégient l' effet politico- médiatique au détriment de l' information qu' ils amplifient ou réduisent pour plaire ou obéir.

- la catégorie dite des éditocrates s' arroge une importance dont on discerne mal la justification, sinon de laisser croire à leur hypothétique influence.

De fait, responsable politique et journaliste forment inévitablement un couple. Lequel a le plus besoin de l' autre? jusqu'où s' étend la complicité? le rapport de force? la corruption intellectuelle? on évolue ici dans le trouble territoire des confidences, du renseignement et du renvoi d' ascenseur. La proximité est telle qu' elle se traduit facilement par des liaisons tapageuses : Sinclair et Strauss-Kahn, Trierweiler et Hollande, etc. Ce journalisme de l' oreiller ne fait que développer la méfiance.

De son côté, le "journalisme d' investigation", très prisé depuis l' affaire du Watergate, contribue à entretenir le préjugé que génère le métier. Documents volés, fuites, enquêtes sulfureuses, renvoient l' image de journalistes évoluant comme chez eux parmi les indics et les espions, dans un espace qui mêle basse police et oeuvre de salubrité. Genre dont finalement, d' ailleurs, le public se montre friand.

Pour dire vrai, les journalistes ne sont ni saints ni démons. Certains sont plus consciencieux, intègres et responsables que d' autres, comme il en est pour les avocats ou les notaires. Les bons paient pour les mauvais : l' impopularité n' est pas forcément équitable.

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