Pour Georges-Louis Godeau

Publié le par memoire-et-societe

Je suis, face à l' oeuvre qui me touche, comme un chien à l' arrêt : soudain figé. Et, de surcroît, béat. Ainsi devant le "Champ de blé aux corbeaux" ou "Les Nymphéas", à la lecture d' "Une Saison en enfer", d' "Amer"( Saint-John Perse), de "Cahiers d' un retour au pays natal"(Césaire), ou encore à l' écoute de Bach, Debussy, Louis Armstrong, pour donner quelques exemples. Evocations sans risque puisqu' il s' agit de tableaux, poèmes et expressions musicales passées à la postérité, ce qui d' ailleurs n' est guère l' essentiel.

Des artistes quasi inconnus, des oeuvres oubliées ou inaperçues peuvent en effet trouver aussi chez certains d' entre nous un écho existentiel. Les écrits de Georges-Louis Godeau (il signait Georges-L.) relèvent de cette catégorie, au sein d' une génération poétique riche de talents divers (Lucien Becker,Maurice Blanchard, Marcel Béalu, Henri Pichette,Jacques Réda et d' autres), inégalement honorés.

Mort en 1999, Godeau, ingénieur rural, n' a jamais quitté qu' en songe son marais poitevin originel. Soixante dix huit ans d' une vie sans faux pli, à l' abri des remous et des intrigues littéraires. Aucun souci de standing et de positionnement, publiant de la même manière dans "L' Agriculteur des Deux-Sèvres" et la revue "Esprit", le "Journal paroissial de Limoges" et "L' Equipe". En 1961 paraissaient "Les Mots difficiles", chez Gallimard, bientôt traduits en russe et en japonais. Au total, 18 recueils, une revue confidentielle et introuvable, "Le Pain du pauvre", puis le prix de poésie Max-Pol Fouchet pour "C' est comme ça".

Stupeur quand j' ai découvert "Le fond des choses" (1974), aux éditions Saint-Germain des Prés (où j' ai publié quelques années plus tard). Sur le coup, j' ai pensé : "Mais...n' ai-je pas écrit cela ?". Non, ce n' était pas moi, quoique j' aurais absolument pu observer et réagir ainsi. C' était tout à fait les miens ce regard, cette émotion émanant de ces proses du quotidien, des vérités de ce réalisme poétique. Depuis les prometteuses "Javelines"(1953) aux textes bien rodés comme "Les Foules prodigieuses" (1978).

Sans doute la célébrité boude-t-elle Georges-Louis Godeau. Sa réserve ne peut cependant restreindre l' estime de ceux qui ont choisi de le lire.

Publié dans littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article