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" TOUR" DE PASSE-PASSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L'entreprise de pourrissement et de dévalorisation du Tour de France est en bonne voie. Elle ne date pas d' hier, née curieusement (?) avec l' introduction du sport cycliste dans des pays qui ont soudain découvert dans ce "marché" la possibilité de profits substantiels.

En cette année 2018, les bords de route de l' Hexagone voient à nouveau les foules et la liesse populaire diminuer. Des équipes sont sifflées, leurs coureurs insultés : expression d' un malaise et d' une désaffection croissants.

Le premier coup porté au prestige de l' épreuve est sans doute son succès même. Depuis sa création par Henri Desgranges en 1903, le Tour n' a cessé de susciter des envies et de faire des émules : le "Giro" italien , la "Vuelta" espagnole, et aujourd' hui de multiples  courses à étapes et à forte rentabilité qui essaiment à travers le monde (Tour d' Abu Dhabi, de Californie, de Pologne, de l' Utah, de Turquie, du Benelux,etc) . Cette banalisation cependant, si elle érode un peu l' événement, ne semble pas gravement lui nuire puisque le but de tout grand champion demeure d' inscrire à son palmarès une victoire dans la compétition.

Le mal vient d' ailleurs : des appétits financiers d' investisseurs sans scrupule, parfaitement indifférents à la légende et au mythe qu' incarne le Tour. Le dopage est un effet direct de cette situation. Les exigences de profits substituent à l' exploit sportif humain des "stratégies de course" élaborées par des managers dont les pratiques ne s' embarrassent pas de loyauté . Ces pros de la triche sont à la tête de machines à gagner pour lesquelles tous les moyens sont bons, notamment l' usage de produits chimiques sophistiqués qui sollicitent le recours permanent à des laborantins spécialisés, tel ce médecin italien connu dans les pelotons sous le nom du "Sorcier".

Le phénomène, qui n' est certes pas inédit, a pris une ampleur nouvelle et un caractère quasi systématique avec Lance Armstrong, coureur américain assez moyen, qui a "explosé" soudain et remporté sept Tours de France d' affilée (dont il a été depuis déchu par la justice). Même histoire avec son compatriote Floyd Landis, vainqueur en 2006, mais confondu pour usage interdit et régulier de testostérone.

En 2010 débarque une équipe, "Sky" (budget 2018, 38 millions d' euros), appartenant au businessman anglais David Brailsford. Hasard : le fils de celui-ci occupe d' importantes fonctions au sein de l' Union Cycliste Internationale (UCI World), arbitre fort tolérant en matière de moeurs précisément... cyclistes. Pour preuve, la grâce étrange dont a bénéficié, 4 jours avant le départ du Tour 2018, un de ses favoris, Froome, de la formation...Sky, convaincu d' usage de salbutemol au cours de la "Vuelta" 2017. Détail supplémentaire : au Giro de juin 2018, Froome a alterné, de façon inexpliquée, une étape de défaillance totale avec, dès le lendemain, une victoire écrasante en montagne (on parle de ventoline) ! 

Aussi le film paraissait-il  cette année tourné d' avance : à Froome le Tour d' Italie, à Thomas la "Grande Boucle", à Sky le bonus. Puis ces étapes de plat aux scénarii monotones et récurrents où des miettes du festin sont accordées aux concurrents qui n' ont pas encore réalisé des performances jugées dignes d' un contrat chez M. Brailsford. Qui croit-on tromper?

Oui assurément le ver est dans le fruit. Oui l' UCI est complice. Oui, dans ces conditions, le Tour de France, épopée qui, depuis plus d'un siècle,  fait  vibrer et rêver, est de plus en plus en péril. 

Publié dans société

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TRAVEN en français

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le jeu des identités est quelque chose de fréquent dans l' univers littéraire : pseudonymes, alias, incognito(s) ne manquent pas, destinés à masquer une réalité biographique que,pour des raisons diverses, notamment pour alimenter la curiosité des lecteurs, des auteurs refusent de révéler.

Dans le genre, le cas de Ret Marut, signant ses romans B.(sans plus de précision) Traven, est exemplaire. Traven est pratiquement inconnu du monde francophone, alors qu' il est un romancier célèbre en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, au Mexique, et traduit au total dans une quarantaine de pays.

Qui est-il? Depuis 1924, date de son départ d' Europe vers le continent américain (Mexique et Etats-Unis), Traven fait l' objet de recherches de la part de critiques, d' historiens, de sociologues...et de services de renseignement. Si bien qu' on finit par posséder une foule de détails le concernant sans jamais être sûr de l' énigme que constitue sa véritable identité.

Selon l' état actuel de connaissance, Ret Marut (nom figurant sur les registres de police allemands) serait né vers 1880 en Prusse orientale. Selon les uns issu d' une famille modeste, selon d' autres fils caché des amours de l' Empereur Guillaume II avec une actrice britannique. On trouve sa trace comme comédien et père d' une fillette dans la Ruhr, avant de le voir réapparaître à Munich en 1917 comme animateur de la revue "Der Ziegelbrenner" (Le Fondeur de briques). Marut s' implique résolument dans l' insurrection révolutionnaire que vit la Bavière sous le nom de "République des conseils" en 1919,inspirée par le mouvement berlinois "Spartakus" et écrasé, comme lui, par le ministre social-démocrate Noske.

Condamné à mort, Marut parvient à s' enfuir et à gagner Londres où il s' embarque pour Tampico. En juin 1924 Ret Marut est mort : place à B.Traven. Il part comme photographe pour le Chiapas, territoire indien du sud mexicain en proie à la révolution zappatiste. C' est alors qu' il commence à écrire les romans qui vont faire son succès : " Les Cueilleurs de coton", " Le Vaisseau des morts" (brûlé publiquement par les Nazis), " Le Pays du Printemps", et  "Le Trésor de la Sierra Madre" qui deviendra, sous la direction du réalisateur John Huston, avec l' acteur Humphrey Bogart, une immense réussite cinématographique.

Durant plus de 40 ans, Traven, auteur de best seller et anarchiste individualiste se recommandant de Max Stirner, joue à cache-cache avec la société. Il se calfeutre dans les domiciles des femmes avec lesquelles il vit, à Acapulco puis à Mexico, et se nomme alors Hal Crowes, Norvégien d' origine, né à Chicago.

Le "Cycle de l' acajou", titre global de plusieurs ouvrages, est sa dernière grande oeuvre. Il meurt en 1969, à presque 90 ans,sans avoir desserré les dents sur l' énigme de son origine. Les Français commencent à lire Traven, qui fait depuis quelque temps l' objet de traductions : "La Révolte des  pendus" et " La Rose blanche" , aux éditions de La Découverte, " L' Armée des pauvres" à celles du Cherche midi. Les éditions Libertalia, de leur côté, viennent de publier une étude de l' Allemand Recknagel, "B.Traven romancier et révolutionnaire". Document sur une page d' Histoire proche mais encore mystérieuse. Lisible à la plage.
 

Publié dans littérature

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COOPERATION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Depuis son élection il y a un an, Macron a engagé un débat qui semble peut-être quelque peu formel aux yeux d' une partie de l' opinion alors qu' il est réellement fondamental pour l' avenir à court terme : celui de la défense de la coopération multilatérale.

Qu' est-ce à dire? dans un monde de plus en plus cynique et brutal, toute tension tend à se régler dans un rapport dual qui nie l' imbrication croissante des problèmes internationaux et se fonde sur la base suivante : " J' ai plus d' argent, de bombes atomiques et de troupes que toi. Tu ne fais pas le poids. Alors, obéis..." C' est la doctrine Trump. Ce n' est ni compliqué, ni subtil,ni équitable. Mais les USA ne nous ont-ils pas maintenant habitués au langage du plus fort au nom d' une démocratie bien comprise (America first)?

C' est en tout cas en rupture avec la vision de l' Europe et des Pays en développement qui, depuis la seconde guerre mondiale, essaient de corriger par la concertation les distorsions les plus dramatiques de l' Ordre mondial. En l' affaire, la position américaine est d' autant plus paradoxale que c' est le président Wilson qui, en 1919, a proposé la création de la "Société des Nations", torpillée par les totalitarismes allemand et italien. Le même esprit de conciliation et de négociation a animé l' institution en 1945 du système des Nation Unies, aujourd'hui menacé par le comportement de Washington et d' Israël violant allègrement le Droit malgré l' opprobre de la Communauté internationale.

Le bilatéralisme pur et son corollaire, la diplomatie secrète, sont dénoncés depuis plus d' un siècle comme dangereux pour la Paix. Il n' est dès lors pas surprenant qu' ils soient la méthode préférée des impérialistes, bellicistes et colonialistes de tous poils. Il appartient donc au camp progressiste et internationaliste de plaider pour une vision et des procédures plus équilibrées.
Jamais, par exemple, la concertation multilatérale n' aurait pu opter pour l' interdiction à des nations souveraines d' échanger et de commercialiser avec l' Iran ou quiconque sur ordre de ... Trump.

C' est un scandale absolu, même s' il est dans la logique des tenants du bi-latéral de terroriser sans cesse les autres par le chantage à la guerre !

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MON MAI 68

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A l' heure où son cinquantenaire emplit l' espace médiatique, avec d' ailleurs son lot inévitable d' erreurs et de contre-vérités, je voudrais apporter ici sur "68" un témoignage direct (espèce qui commence à se raréfier) : j' étais alors journaliste à l' ORTF (Office de Radio-Télévision française).

J' avais été muté, trois ans plus tôt, de Srasbourg à Paris, par le ministre Peyrefitte (le même qu' on retrouve ministre de l' Education en 68 à Nanterre) pour ne pas avoir cédé aux directives et injonctions partisanes du député local, Bord.

Recasé dans un placard de la Maison de la Radio (la station de Strasbourg venait d' obtenir le Prix des Actualités régionales), je me suis logiquement rallié à la grève quand le mouvement étudiant s' est élargi aux salariés. L' objectif était clair : libérer une Information verrouillée par le Pouvoir. La crise de l' audio-visuel d' Etat, comme les barricades et "la plus grande grève ouvrière" qu'ait connu notre pays, demeure, par son écho tous azimuts durant des semaines (meetings,défilés,affiches) et son effet sur la vie quotidienne des gens ( près de deux mois d'écrans souvent noirs), l' un des faits qui ont marqué les esprits.
 

Syndiqué et membre de l' Union des Journalistes de Radio (UJT), j' ai, à ce titre, siégé à l' Intersyndicale de 35 membres désignés pour représenter, 9 heures par jour en moyenne, devant une foule d' assistants et de curieux, les 13000 grévistes (92% du personnel), toutes catégories confondues (la Direction avait branché dans la salle de réunion un système d' écoute et suivait les débats...)

J'ai ainsi participé en délégation aux négociation engagées avec le ministre Guéna sur la réforme du Statut de l' entreprise; présidé plusieurs Assemblées Générales dans des Centres de production; poussé, avec  Barrère, Santelli, Lalou, Sangla, à la retransmission, pour la première fois en images et sans autorisation(!!), les débats de l' Assemblée Nationale; publié dans le journal "Le Monde" une Tribune Libre expliquant notre lutte, qui voisinait avec un texte lyrique de Romain Gary à la gloire du gouvernement. Je me suis rendu, sur mandat de l' Intersyndicale, dans des stations régionales pour informer nos collègues et stimuler leur énergie. J' ai co-piloté (mais l' idée,spectaculaire, ne venait pas de moi), l' "Opération Jéricho" dont le projet, un peu donquichottesque , était de tourner 7 jours de suite à midi autour de la Maison de la Radio pour finir par en abattre symboliquement les murailles.

Pendant ce temps, la Direction faisait appel, pour réaliser à prix d'or des journaux télévisés confectionnés dans le sous sol de la Tour Eiffel par le maigre troupeau des non grévistes, à une entreprise privée, "Neyrac", dont le patron se trouvait être le gendre de Maurice Papon, alors député du Cher.

Le travail n' a repris que fin juin. L' affrontement laissait sur le carreau des dizaines de journalistes licenciés ou rétrogradés, dont Brigitte Friang, grand reporter, héroïne gaulliste qui ne supportait plus la mise en cage de la liberté d' informer (voir, la concernant, notre blog "Courage de femme" du 5 septembre 2013).Le métier retournait à l' autocensure comme garantie d' emploi. Pour ma part, protégé par ma qualité de délégué syndical, j' étais difficile à mettre à la porte, mais  ai été exclu de l ' antenne jusqu' à ce que, de moi-même, sans issue, je choisisse l' exil pour 10 ans. Compte tenu des retenues opérées sur mon salaire, cette année-là nous ne sommes, ma famille et moi, pas partis en vacances.

La Droite française n' a jamais pardonné sa frayeur de mai 68. Je connais le cas de notables qui à l' époque se sont précipités pour faire la queue à la frontière et déposer leur argent en Suisse. A peine Premier Ministre, Chirac a dissous l' ORTF. Aujourd' hui encore, Sarkozy voue l' événement aux gémonies. Sa haine ne s' adresse tant pas à la rébellion des enfants de Neuilly (dont la plupart se sont bien assagis) qu' au mouvement de masse des salariés  (mais les "classes", parait-il, n' existent pas...).

Je ne regrette rien. Mai 68 demeure, malgré tout, associé dans ma mémoire à une avancée du Service public en faveur des citoyennes et citoyens qui, le faisant vivre, avaient droit à une information impartiale et complète,  non au conditionnement politico-électoral que j' ai connu. Combat d' ailleurs qui sollicite une  permanente vigilance.

Je dédie donc ce souvenir à tous ceux qui ont courageusement choisi de sacrifier une partie de leur vie professionnelle à un acte nécessaire de liberté.

 

 

 

 

Publié dans histoire

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EQUIVOQUES D' UN VOYAGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le voyage à Washington est non seulement flatteur pour l' ego des présidents français mais aussi obligé pour l' heureux déroulement de leur septennat ou quinquennat. Négocier dans son bureau (ovale) en tête à tête avec le dirigeant de la première puissance mondiale est une consécration à laquelle nul, sauf de Gaulle, n' a voulu échapper. La plupart du temps, avouons-le, sans grand succès .

La visite d' Emmanuel Macron n' a pas démenti la règle. Cela pour une série de raisons que, peut-être, le jeune chef d' Etat n' a pas prises suffisamment en considération :

- il s' agissait d' une " visite d' Etat", c' est-à-dire d' un voyage dont la finalité est plutôt d' affirmer la relation amicale entre deux peuples que de discuter les problèmes de l' heure, relevant,eux, de la "visite de travail". Priorité donc est accordée là à l' aspect festif et démonstratif. En l' occurrence le mélange des genres créait une confusion qui n' était pas un choix américain.

- il est toujours peu prudent d' annoncer haut et clair ses intentions (pour la circonstance la volonté d' infléchir la position de l' interlocuteur sur le traité de non prolifération nucléaire avec l' Iran), ce qui est une manière de tenter de lui forcer la main en l' embarrassant diplomatiquement.

- l' ambiguïté laissant croire que le Français était également une sorte de Monsieur Europe que nul n' avait pourtant mandaté. Effet dont personne n' a été dupe.

Ni sur le traité, ni sur la présence militaire américaine au Moyen Orient, ni sur le réchauffement climatique, ni sur les mesures protectionnistes des USA, Macron n' a obtenu la moindre concession
.
La chancelière Merkel talonne le Français à la Maison Blanche. Trump ira fin juin en Angleterre. On mesurera alors la sincérité du copinage si généreusement déployé par l' Américain, car tant de singeries laissent penser que le pesant Donald s' est joué du sémillant Emmanuel. Ce n' est sans doute pas un dîner sur la Tour Eiffel et un défilé de 14 juillet qui peuvent suffire à modifier l' orientation de l' ultraconservatisme d' outre atlantique!

Trump s'est, en réalité, l' oeil goguenard, borné à un "grand-fraternalisme"  illustré par l' époussetage d' une pellicule de l' épaule de son pote (qu' il souhaitait "impeccable"). On ne peut mieux signifier qu' une grande puissance ne saurait se faire dicter sa conduite par une moyenne, fût-elle une alliée...

Il ne faudrait pas, pour l' Elysée, multiplier les erreurs d' interprétation du genre sans risquer de perdre crédit. Macron n' est pas l' Europe, et l' Europe, sans armée ni diplomatie communes, n' impressionne pas les Américains d' aujourd'hui. Moins en tout cas que les Chinois et les Russes. Le reste n' est que plaisanterie. 

 

Publié dans politique

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CLARIFICATION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Après les changements consécutifs aux élections présidentielles et législatives, la configuration politique française peut paraître compliquée. Ne ressemble-t-elle pas, à première vue, à une étoile à six branches : extrême droite, droite classique, droite ralliée à la majorité, rassemblement présidentiel, gauche parlementaire, extrême gauche?

Cette lecture correspond-elle aux réalités? A y regarder de près, trois courants principaux se partagent le corps électoral : la gauche radicale, le courant populiste, et un éventail de "groupes de gouvernement" plutôt centriste.

L' extrême gauche, en décomposition, et l' extrême droite, en recomposition, n' ont actuellement aucune chance d' accéder au pouvoir. La première occupe sans éclat le terrain protestataire, la seconde s' efforce de garder sur certains milieux populaires une influence que lui dispute de plus en plus l' abstention.

Le centrisme multicartes, lui, nécessite une  attention particulière parce qu'il ramène, quoi qu' il en soit, au clivage droite-gauche, chacun cherchant à mordre sur une majorité idéologiquement peu structurée.

Ce n' est pas parce que MM. Collomb et Castagner ou MM. Philippe, Lemaire et Darmanin viennent en plus ou moins droite ligne, les uns de l' ex P.S,, les autres du chiraco- sarkozysme, qu' en dehors de l' opportunité qui les rassemble, leur modèle de société soit devenu identique. 

Les choses, en effet, risquent d' évoluer rapidement. Dès avril, les socialistes vont tenir un Congrès refondateur qui donnera un aperçu de la volonté et des facultés de regroupement à gauche. L' isolationnisme de Mélanchon n' est pas défendable. Les militants aspirent à se compter pour peser à nouveau dans le combat social. Les générations actuelles n' ont cure des querelles et des rancunes qui ont empoisonné les décennies passées.

Une démarche comparable se dessine à droite où, après les débuts calamiteux de Wauquiez, s' affirme le désir de reconstituer une force représentative d' une composante déboussolée de l' opinion.

Demeure une interrogation : dans le schéma d' un retour à l' architecture historico-électorale du pays, que deviennent Macron et le ni-ni ? "La France, déclarait Giscard, veut être gouvernée au Centre;" Mais elle veut aussi des orientations claires qui lui permettent de savoir où trouver ledit Centre.

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QUI LIT ENCORE...X? (5)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Marcel Schwob est souvent considéré comme l' un des plus brillants talents d' écriture de l' entre-deux-guerres, auquel deux choses ont fait défaut : le temps (il est mort à 37 ans) et un plus opportun choix de genre littéraire (il n' a composé que des contes quand la faveur allait au roman).

Il n' en a pas moins été, une douzaine d' années durant, entre 1893 et 1905, une figure centrale du monde des Lettres parisien. Issu d' un milieu cultivé (son père était l' ami de Jules Verne, Banville et Théophile Gautier), ce surdoué polyglotte a marqué la vie artistique de son époque, riche en créateurs. Mallarmé, Claudel, son condisciple en khâgne, Jarry, qui lui a dédicacé "Ubu roi", Léon Daudet, bien qu' antisémite, Jules Renard, Mirbeau, Oscar Wilde, Stevenson, qu' il a traduit en français, les frères Goncourt, Anatole France, tous ont compté parmi ses admirateurs.

Dès la publication de ses premiers contes, "Le Roi au masque d' or" (1893), "Le Livre de Monelle" (1894) ou " La Croisade des enfants" (1896), son style et son influence se sont manifestés. Il inspire Valéry, qu'éloigne portant de lui le dreyfusisme, le Gide des "Nourritures terrestres" ( qui ne lui reconnaîtra pas sa dette), ou, plus tard, l' Argentin Jorge Luis Borgès et William Faulkner.
 

Proche ami de Colette, Schwob rencontre chez elle la "femme de sa vie", l' actrice Marguerite Moréno (pour qui Jean Giraudoux écrira "La Folle de Chaillot"). Il l' épouse en 1900, sous l' empire d' une passion qui fait ricaner l' impitoyable Paul Léautaud. Néanmoins, Schwob l' érudit trouve du temps à consacrer à la "langue des ruisseaux" dans deux analyses fouillées : "Etudes sur l' argot" (1900 ) et "François Villon" (publication posthume,1912).

Qu' aurait encore produit cet esprit fécond s'i avait vécu la durée d' une vie "normale"? Handicapé dès la trentaine par une série d' opérations de l' abdomen Schwob s' est éteint au lendemain de la réalisation d' un vieux rêve de jeunesse : un voyage à l' île de Samoa, sur les traces de Stevenson.

On redécouvre Marcel Schwob, après cent ans de solitude...Etudes savantes, Colloques, Rééditions de poche, Numéros spéciaux, se succèdent, comme pour compenser le temps perdu. Profitez de l' occasion. Elle ne peut décevoir aucun consommateur de merveilleux. 

Publié dans littérature

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QUI LIT ENCORE...X?(4)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Victor Margueritte était fils d' un général qui s' était illustré pendant la guerre de 1870. C' est sans doute à cause de cette hérédité qu' il est entré dans le métier des armes. Lieutenant de cavalerie au "Cadre noir de Saumur", il abandonne ce premier choix pour se consacrer à la Littérature où son frère aîné Paul s' était déjà fait une place.

Victor, pur produit de la culture militaire et de ses valeurs, amorce alors un virage qui le pousse vers ce qu' on nomme "les idées avancées". Antinationaliste, dreyfusard, féministe, pacifiste intégral, il se rapproche peu à peu de la sensibilité communiste avant finalement de rallier, par haine de la guerre (et du président Raymond Poincaré qui n' aurait pas cherché à l' abréger...), l' idée de la collaboration.

Dans cet esprit, Margueritte était entré en contact, vers la fin des années 20, c' est-à-dire avant l' accès d' Hitler au pouvoir, avec Gustav Stresemann, ministre allemand des Affaires étrangères et co- lauréat, aux côtés d' Aristide Briand, du Prix Nobel de la Paix. Après la seconde guerre mondiale, les Archives de la Wilhelmstrasse ont révélé que le gouvernement de la République de Weimar finançait les publications (revues et livres) de Margueritte dans le cadre de sa propagande de réconciliation européenne.

Le moment le plus marquant de la carrière de Victor Margueritte a cependant été la publication en 1922 de son roman " La Garçonne ". Coup de tonnerre dans le ciel bleu de la sérénité chrétienne : un écrivain aborde publiquement le thème  de l' homosexualité féminine en milieu bourgeois. On retire aussitôt sa Légion d' Honneur à l' auteur. Il est certes excommunié mais vend le livre à plus d' un million d' exemplaires, est traduit d' emblée en vingt langues et adapté au théâtre et au cinéma.

L' ouvrage est d' autant plus "scandaleux" qu' il dénonce la débauche au sein même de l' élite . L' héroïne, Monique Lorbier, jeune décoratrice financièrement indépendante, a décidé de vivre sa vie sexuelle aussi librement qu' un homme, autrement dit sans tabou, pas même, en l' occurrence, le lesbianisme.


Le libelle, favorable de fait à l' égalité des Droits hommes-femmes et à la libération des moeurs a été pourtant désavoué par le courant féministe de l' époque, soucieux de ne pas laisser confondre féminisme et libertinage.

L' "immoralité" parait aujourd'hui anachronique. De Victor Margueritte, l' opinion ne retient plus , et encore, que le faux pas d'une passion pacifiste qui l' a conduit jusqu' à sa mort, en janvier 1942, à la limite d' un soutien objectif au nazisme.
 

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QUI LIT ENCORE...X? (3)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Disons-le, les écrivains résistants non communistes n' ont pas été légions pendant la période de l' occupation allemande. C' est un sujet sur lequel on s' arrête généralement peu : la Gauche se déclarait alors majoritairement pacifiste, la Droite ne rêvait pour l' essentiel que de savourer sa revanche sue le "cauchemardesque" Front populaire.

Henri Béraud, Lyonnais de modeste extraction, a parcouru, entre les deux guerres, l' arc en ciel politique sous une double casquette : celle de journaliste et celle de romancier. Il débute en 1916 au "Canard Enchaîné" de Maurice Maréchal aux côtés d' Henri Jeanson et de Jean Galtier-Boissière. Béraud s' y révèle un redoutable polémiste d' extrême gauche, tout en obtenant en 1922 le Prix Goncourt pour deux ouvrages en même temps : "Le Vitriol de Lune" et "Le Martyre de l' Obèse."

Soudain, après l' Affaire Stavisky sur les faux bons du Trésor et les émeutes antiparlementaires du 6 février 1934, il vire de bord et rallie la feuille de droite d' Horace de Carbuccia, "Gringoire". Béraud y poursuit son travail de démolisseur, mais cette fois sur de nouvelles cibles.

De Gaulle a grâcié en 1944, à la demande de Mauriac, le " condamné à mort Béraud". Mais celui-ci n' avait pas accordé grâce au malheureux ministre Salengro, qu' il avait traqué jusqu' à le pousser au suicide en l' accusant à tort d' avoir déserté en 1914.

Devenu le thuriféraire de Mussolini, Franco et Salazar, (mais il n' est pas pro-nazi), Béraud privilégie deux thèmes : l' anglophobie ( il accuse Londres de vouloir entraîner la France dans une nouvelle guerre au profit des banquiers de la City) et l' antisémitisme (il soupçonne Léon Blum d' organiser l' "enjuivement" de l' Etat).

Béraud s' est maintenant fait place dans la haute société où il aspirait à s' introduire depuis sa jeunesse de pauvre. Il est un publiciste de talent qu' on sollicite. Puis tout s' écroule. Arrêté en juillet 1944, condamné à la peine capitale pour trahison, il sauve sa tête de justesse. Il demeure ensuite en résidence surveillée avant de s' éteindre dans sa maison de l' Ile de Ré en janvier 1958. Triste fin de parcours.

On peut malgré tout relire, ou même lire, des romans comme "La Gerbe d'or" ou "Les Lurons de Sabolas" : c' est bien écrit et ne réclame la mort de personne.

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QUI LIT ENCORE...X?(2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Maxence Van der Meersch est mort de tuberculose à 43 ans. Né à Roubaix dans la petite bourgeoisie, il révèle dès son jeune âge des aptitudes pour l' écriture (Premier Prix du Concours Général de dissertation). A 20 ans, il commence à vivre, contre le gré de son père, avec une jeune ouvrière qui sera son unique amour et qui lui inspire la trilogie romanesque "La Fille pauvre".

Devenu avocat, il délaisse bientôt la robe pour la plume, accumulant les succès de vente avec "La Maison des dunes" (1932, sur la contrebande dans le dunkerquois), "Quand les sirènes se taisent" (1933, sur les grèves des ouvrières du textile),"Invasion 14" (1935, sur l' occupation allemande du Nord), " L' Empreinte du Dieu (Prix Goncourt 1936, sur le destin d' une paysanne belge.

C' est cependant avec "Corps et Ames" (Prix de l' Académie française) qu' il connait des tirages-records. Il y prône une médecine naturelle, qui aurait sauvé sa compagne. Toute l' oeuvre de Van der Meersch est empreinte d' un humanisme chrétien qui ne lui épargne pourtant pas les critiques acerbes de l' Eglise à propos d' une biographie de Sainte Thérèse de Lisieux estimée par la Hiérarchie comme trop libre en regard de la vérité.


Réservé, en bon Flamand, vis à vis d' un milieu littéraire parisien "futile, mondain et capricieux", confiné loin des salons par la maladie, il soulève en 1947 une ultime polémique sur la thérapie médicamenteuse, antibiotiques compris, qu' il recuse, et sur le recours, contre la chimie, à la seule diététique.

L' oubli qui frappe aujourd'hui Van der Meersch, peintre fidèle des petites gens d' une région qu' il connait parfaitement, est inversement proportionnel aux performances éditoriales qui ont accompagné sa vingtaine d' années de création, laissant loin derrière lui des auteurs consacrés.

Cette disgrâce  est sans doute liée aux thèmes centraux de ses livres (la condition ouvrière des années 30) devenus quelque peu anachroniques et à l' emploi d' un style d' écriture sans grande originalité, plus proche du réalisme naturaliste que des recherches et nouveautés langagières (du Surréalisme à Céline) qui émergeaient à l' époque.

Van der Meersch est mort alors qu' il rédigeait "Invasion 40", suite attendue d' "Invasion 14". Nul doute que cet auteur populaire doué et rétif, prolixe et replié, ce grand solitaire en un mot, aurait fourni là, sur un lieu et un moment, un témoignage d' écrivain qui fait défaut

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