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Valeurs

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les élections départementales approchent (22 et 29 mars), et ce n' est pas l' étalage des disputes des socialistes en vue de leur congrès de juin qui va émouvoir un Front National toujours en progression. C' est pourquoi Valls tente d' élever une nouvelle digue contre le parti de Marine Le Pen. A ceux qui font observer que le Front est autorisé depuis 1972, qu' il a été stimulé par Mitterrand dans les années 80 pour faire barrage à la droite parlementaire, donc consacré "démocrate", on oppose l' argument selon lequel ce mouvement ne respecte pas les "valeurs républicaines" sans préciser comment et pourquoi. Effet rhétorique ou menace voilée qui ne modifient apparemment ni l' opinion des citoyens sur l' incapacité et la corruption des hiérarques , ni le phénomène politique de l' abstention, dont il faudra bien finir un jour par tenir compte..

Sans doute faut-il ranger au premier rang des "valeurs républicaines" la liberté d' expression qui a poussé récemment dans la rue une France assez louis-philipparde, autant apeurée par l' insécurité que choquée par le meurtre de dessinateurs humoristiques pour vieux bobos. Toutefois, quand Roland Dumas déclare Valls "sous influence juive", quand le philosophe Alain Badiou écrit "la loi de notre pays est celle de la pensée unique et de la soumission", quand des voix osent confesser qu' elles "ne sont pas Charlie", ou de mauvais esprits "du 11 janvier" soupçonner Zemmour de se faire du blé en fabriquant des terroristes islamistes, tous risquent un détour par la garde à vue et frôlent la mise en examen pour "incitation à la haine raciale". Aussi est-on parfois tenté de se demander si le Pouvoir n' use pas du double langage.

En fait, puisqu' on en parle, la vraie valeur, dominante et républicaine à la fois, c' est le fric. Le fric, ce patron d' origine occidentale, friand de paradis fiscaux et conçu pour monopoliser l' uranium et le pétrole, quitte à organiser , au nom du Droit, des expéditions mixtes Armée-Entreprise conférant à des territoires entiers l' aspect de vestiges archéologiques.

Dans ce vaste réaménagement planétaire, nos Républiques ne s' en tirent pas si mal. Dotée dans les années 20 de la première armée du monde et, dans les années 40, de la dernière, la France a repensé son destin. Plus question, bien sûr, de domination, comme à l' époque où, forte d' un Empire colonial, sa voix influait sur l' ordre du monde. Là s' est opéré le virage : du gaullisme, ultime avatar de la grandeur, on est passé au rôle d' entremetteur, plus adapté à la réalité de notre puissance.

La République de Hollande est un régime essentiellement médiateur : sas entre la rigueur du nord et le laxisme du sud, tampon entre l' archéo-socialisme et le néo-libéralisme, porte de communication entre le souverainisme gaulois et le fédéralisme européen, entre l' Ukraine de l' ouest et celle de l' est, l' OTAN et Poutine, l' Etat et les Multinationales, l' ouverture des magasins le dimanche et la diminution du temps de travail. Voilà une "valeur républicaine" typique, qu' en effet le F.N semble ignorer : l' entre deux.

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Le combat décolonisateur d' Henri Collomb

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Henri Collomb était un médecin militaire natif du Dauphiné. Il a été en 1958 nommé à la tête du service de neuropsychiatrie de l' hôpital de Fann (Sénégal), où il a fondé ce qu' on a nommé " l' Ecole de Dakar " (le Sénégal est devenu indépendant en 1960). De nombreux chercheurs européens et africains, psychiatres et anthropologues, ont été ses disciples ou ses collaborateurs.

L' apport fondamental du savant a été de rompre avec la "psychiatrie coloniale" - transfert mécanique de techniques occidentales sur les malades mentaux africains - au profit d' une " psychiatrie culturelle " prenant en compte l' environnement du patient et articulant savoirs académiques et thérapies locales. Idée courante aujourd' hui, mais clairement subversive pour l' Administration coloniale de l' époque. En fait, il s' agissait de relayer, pour la psychopathologie, ce que Schweitzer avait initié au Gabon pour la médecine générale : le recours aux thérapies traditionnelles en renfort des connaissances médicales modernes.
Cette démarche impliquait la reconnaissance du malade comme "sujet" confronté à l' agression, soit d' un humain (maraboutage), soit d' un esprit (rab). Dès lors, n' existait plus de fracture entre la folie et ce qui n' en relève pas. Dans les cultures africaines, l' "agressé" continuait ainsi de communiquer avec l' ensemble de sa communauté, il n' était pas rejeté dans l' humiliant isolement, voire la honte, qui cernent ce genre de malade en Occident. La responsabilité étant collective, le patient "déculpabilisé" était plus aisément accessible au traitement du "guérisseur". On mesure alors à quel point la relation duelle médecin-malade et l' enfermement psychiatrique pouvaient paraître à l' Africain une non réponse à la chance de guérison.

Chaque samedi, l' esplanade précédant l' entrée de l' hôpital de Fann était réservée par Collomb au "sabar" (fête avec tam-tams) où familles, amis, relations de village ou de quartier, venaient danser pour et avec les patients. Cette conception de la psychothérapie était à l' opposé de l' attitude coloniale évacuant toute spécification culturelle (donc toute tentation revendicative).

Libérer le psychisme du sentiment de dépossession identitaire, éviter une schizophrénie qui pouvait rendre le discours délirant en français et cohérent en langue nationale, refuser le neuroleptique et l' électrochoc, tel était le choix d' Henri Collomb. Vers la même époque, Fanon, l' auteur des "Damnés de la terre", à l' hôpital de Blida, en Algérie, Coudray à Bamako, s' étaient ralliés à la cause. Ces praticiens ont apporté une contribution peu reconnue - Collomb est mort quasi anonymement à Nice, un an après son retour en France- mais déterminante au processus d' émancipation mentale du colonisé.
Depuis, l' urbanisation massive, le recul, sinon la disparition, de pratiques ancestrales, les nouvelles techniques de communication, la frénésie de consommation, les facilités de déplacement , ont largement modifié les données. Le message de Fann demeure cependant : il incite à récuser tout modèle qui voue l' individu à l' angoisse de sa dissolution, et à l' agressivité défensive née d' une façon ethnocentrique d' éduquer. Une telle lecture de la réalité sociale n' a rien perdu de son acuité : elle aide toujours à décrypter le fond de certains conflits de civilisation.

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Remue-ménage et prudence citoyenne

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le paysage politique français est effervescent. A deux ans et quelque de la "Présidentielle", positionnements, rapprochements,accointances se dessinent en fonction d' un élément nouveau : le passage effectif au tripartisme. La présence électorale déterminante du Front National, introduisant dans le débat la notion de "valeur républicaine", en ajout à l' habituel clivage gauche-droite, en est, bien sûr, la raison.

Hollande, après son accession au pouvoir dans l' impréparation et l' incertitude, a pris du métier. Il muscle l' Exécutif libéral-socialiste avec un noyau dur : Valls-Le Drian-Cazeneuve-Macron. Le congrès du PS en juin n' y changera rien : les "frondeurs" n' ont pas d' espace à gauche, tandis que se développe l' abstention populaire.

C' est donc à droite que réside l' inconnue,. Le retour politique du conférencier Sarkozy est un flop. Il engendre une dispersion que cet ex- président de la République est bien incapable de juguler. Juppé reste le seul à pouvoir éviter une candidature centriste de poids en 2017. Mais le maire de Bordeaux risque de se voir affaibli dans son propre camp par le "jeune" Lemaire, encouragé en sous-main par le chef de l' UMP. Fillon, à l' affût, observe en peaufinant un programme cohérent et détaillé. Son vrai rival est désormais Juppé, ce qui peut le rapprocher un moment de Sarko...

Curieux rassemblement d' ailleurs que ce mouvement dont la base est toujours à la droite du sommet, donc loin d' être sourde aux sirènes d' un FN ne rêvant que de casser en mille morceaux ce parti conservateur et d' en ramasser les miettes. L' état d' alerte, - qui n' empêche pas PS et FN de se donner au besoin un coup de main tout en s' excommuniant bruyamment, façon Mitterrand-, appelle une défense de leurs intérêts commune aux deux "formations de gouvernement", la social-libérale et la libéral-étatique, du moins à leurs états-majors, guettés par une identique menace populiste. Le "ni-ni" est fait pour l' électeur et le militant, il n' est pas à la hauteur de "responsables nationaux"...

Dès lors, on est en droit de s' attendre à des rencontres et pourparlers discrets, annonçant des accords rendus "nécessaires" par les élections départementales et régionales. Les charlatans de tous poils goûtent ce genre de terrain meuble. Prophètes bidons, experts douteux, maîtres à penser suspects, éditomanes en chaleur , faisans philosopheurs, ces pollueurs rodés se nourrissent de telles périodes de flottement. Qu' ils se trompent dans leurs pronostics, que leurs analyses n' éclairent rien et embrouillent tout, qu'ils engagent les hommes de pouvoir sur des voies sans issue, n' affecte en rien leur assurance (rappelons-nous seulement le rôle catastrophique d ' un B-H. Lévy en Libye).

Pour le citoyen, le moment est venu de redoubler de prudence. A l' égard de politiques affolés pour leur avenir personnel, sans doute, mais aussi de ces conseilleurs qui ne paient jamais.

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Contre tous les rentiers de la haine

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La limite qu' on peut tracer de l' unanimisme de la manifestation du 11 janvier dernier se rapporte, me semble-t-il, à la confusion qu' a induit ce moment d' émotion collective : tout le monde était-il là pour les mêmes raisons ?

Le terrorisme stricto sensu ( plus sanglant que ses formes psychologiques, non moins nocives ) est un acte de violence aveugle qu' aucune population ne saurait endurer (mais qui n' est, sans rien excuser, ni une innovation ni une exclusivité salafistes). Encore que la frontière puisse parfois se faire incertaine entre "terrorisme" et "fait de résistance" (cas de la MOI sous l' occupation, du FLN et de l' OAS en Algérie, etc ). Ledit terrorisme engendre alors une répression d' autant plus excessive qu'il s' est montré cruel, le désir obsessionnel de vengeance, bref un partage sans fin des rancunes .

La police a emmené l' autre jour au commissariat de Nice un enfant maghrébin de 8 ans. Il avait tenu des propos favorables aux auteurs des attentats de Paris. L' action légitime visant l' éradication des réseaux fondamentalistes justifie-t-elle une telle décision, que personne n' a assimilé à une "bavure" ? Et cette réaction, qui peut sembler singulière dans un pays par ailleurs sensible à la liberté d' expression, cette réaction donc aux propos d' un élève de CE2, est-elle finalement le meilleur choix ? ne conforte-t-elle pas le sentiment du "deux poids deux mesures" utilisé par les djihadistes pour dénoncer une islamophobie que certains cherchent à exploiter politiquement ?

C' est vrai du F.N, cela l' est aussi de tous les rentiers de la haine, musulmans sans doute, mais pas seulement. Ainsi lit-on dans " Europe Israël news " (non daté ni signé ) : " Le président de l' association France Palestine Solidarité (AFPS), Taoufiq Tahani, en comparant l' enrôlement des ressortissants juifs français dans l' armée israëlienne aux départs des djihadistes français vers la Syrie, révèle son vrai visage et sa sympathie pour le terrorisme (...) L' engagement de ces concitoyens juifs devrait être salué et encouragé. Ils sont notre fierté (...) ".

Voilà, pour le moins, de quoi faire basculer les sentiments des quartiers "sensibles" ! ... Il faudrait tout de même calmer le zèle délateur d' une partie de notre société, cette hystérie du soupçon et de l' injure gratuite, ce renouveau de mac-carthysme, hier anticommuniste, arabophobe aujourd'hui, qui sait quoi demain.

Est-on, disant cela, complice des tueurs et ennemi des libertés ? On est toujours le "terroriste" de quelqu'un. Mais il est bien difficile d' applaudir une chasse aux sorcières qui aboutit dans une salle de cours élémentaire. J' ai vu, lycéen, cela dans les années 40. Avec une conclusion plus tragique, évidemment. Cela m' a définitivement dégoûté de hurler avec les loups et de vouloir prêter main forte aux pêcheurs en eaux troubles.

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Boxer

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je n' ai pas abordé le Surréalisme -événement d' importance- par les textes de ses principaux fondateurs, "Les Champs magnétiques (1919) ou "Le Manifeste" de 1924, mais par la découverte d' un numéro de la revue "Maintenant" d' Arthur Cravan (pseudo de Fabian Lloyd) de l' année 1914. Cravan a été surréaliste avant la lettre, plus d' ailleurs par sa vie que par le volume de son oeuvre. Raison pour laquelle André Breton l' a fait figurer en bonne place dans son "Anthologie de l' humour noir".

Deux êtres co-habitaient étroitement en Cravan, colosse de 2 mètres et 120 kilogs, né à Lausanne de parents anglais : un poète et un boxeur, consubstantiellement liés. La provocation et la dérision semblaient les raisons de vivre de ce "bovidé aux yeux vides" qui économisait du temps pour mieux insulter la peinture, menaçait de trousser Marie Laurencin et Suzanne Valadon, et songeait à créer une revue littéraire nihiliste.

Ce dernier projet a vu le jour en 1912. "Maintenant" a compté au total 5 numéros dont la publication était abandonnée au caprice de son unique rédacteur-diffuseur, au prix de 5 sous. SOMMAIRE du N°1 : 1/ "SIFFLET", poème aux locomotives 2/ "DOCUMENTS INEDITS", présentés par un inconnu (aisément identifiable) signant W.Cooper, sur Oscar Wilde, dont Cravan se targuait d' être le parent et le disciple 3/ "DIFFERENTES NOTES" comprenant un faire-part se félicitant de la mort du peintre Jules Lefèvre, l' annonce d' un match entre Georges Carpentier et " le Nègre Gunther", quelques lignes sur le futuriste italien Marinetti. Le tout sur papier boucherie, dans un petit format.

Cravan écoulait le tirage en vendant lui-même dans les rues les exemplaires empilés sur une charrette de "marchande de quat'saisons". La 5ème et ultime livraison portait la date d'avril 1915. Son éditeur se trouvait déjà accaparé par la préparation de sa rencontre contre le Texan Jack Johnson, champion du monde catégorie poids lourds, qui a mis Cravan K.O à la 6ème reprise en avril 1916 à Barcelone. Cravan avait cependant atteint son ambition : se hisser au rang d' "interlocuteur" du meilleur boxeur mondial, comme il estimait l' avoir fait pour Wilde sur le ring poétique.
" Arthur Cravan écrit Cendrars dans "La Tour Eiffel sidérale", est mort bigame". C' est presque vrai. D' un côté une jolie Française, Renée, qu' il a soufflée au critique d' art Coquiol pour vivre 7 ans avec elle, de l' autre Mina, rencontrée à New York, qu' il entraîne et épouse au Mexique tout en suppliant Renée de venir l' y rejoindre. La guerre a en effet fait de lui un incorruptible déserteur international. "Il désertait, raconte Breton, au gré de ses six passeports". Pied de nez à la bêtise, car "la guerre, ce n' est que de l' argent ! ".

Picabia a révélé dans "Jésus Christ rastaqouère " qu' aux Etats-Unis, " Cravan s' était déguisé en soldat pour ne pas être soldat". Bien du mal pour pas grand'chose : étant né en Helvétie, pays neutre s' il en fût, personne ne songeait à mobiliser cet apatride exalté qui menaçait l' univers avec des mots .

En 1918, le voici professeur de boxe à Mexico, Mina s' employant pour sa part comme blanchisseuse. Grâce aux 2000 pesos récoltés lors d' un match (perdu) contre Jim Smith, Cravan décide de mettre le cap sur l' Argentine. Mais faute de l' argent suffisant pour deux passages, Mina, enceinte, embarque la première à Salina Cruz, sur la côte Pacifique, à bord d' un navire-hôpital japonais. Arthur n' arrivera jamais à Buenos-Aires.

Sa disparition a fait naturellement l' objet d' une multitude de versions. Selon Cendrars, " le poète aux cheveux les plus courts du monde" aurait été poignardé dans un dancing. André Salmon, se référant à un rapport de police faisant état de l' extermination d' une bande de hors la loi sur le Rio Grande, dont un "gringo" blond de très haute taille, a opté pour la thèse de l' exécution par des rangers. Moins romanesque, Breton pensait qu' il s' était noyé dans le golfe du Mexique, sur une embarcation de fortune. Quant à William Carlos Williams, il penchait prudemment pour une "fugue" qui avait mal tourné.
Arthur Cravan avait 31 ans. Mina, revenue dans son Angleterre natale, y a accouché d' une petite Fabienne en avril 1919.

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Quand certains découvrent l' Amérique

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il aura donc fallu 17 morts d' un coup pour que certains, de droite, de gauche, engagés dans la vie publique depuis 30 ou 40 ans, déclarent "découvrir le refus d' intégration", et se posent des questions sur la politique d' immigration. "Que se passe-t-il? pourquoi ce rejet de notre modèle républicain?" demandent-ils, trois décennies après "la Marche des Beurs de 1983 pour l' égalité et contre le racisme". Mais où ces gens vivent-ils? à qui parlent-ils? cela me rappelle les débuts de la guerre d' Algérie et les discours hors sujet, en 1954, de Mitterrand, ministre de la Justice...

1200 filles et garçons sont partis combattre pour le djihad, 3000 autres essaient d' y aller, et nos élus ne se doutaient pas que, derrière un tel phénomène, peut exister un problème de société? Ils votent régulièrement le budget conséquent affecté à "la politique de la Ville", puis pfuit, plus rien...Ce niveau d' irresponsabilité devrait être sanctionné.

On ne va pas se repasser tout le film, mais rappelons qu' en janvier 2005, il y a très exactement dix ans, un "Appel des Indigènes de la République" (la 3ème génération d' immigrés) tentait de mobiliser l' opinion. Le feu couve, disait en substance le texte. Un incivisme destructeur traduit la frustration de nombreux installés-inassimilés.

En 2010, j' ai personnellement publié, aux éditions Libertalia, un livre sans grand écho intitulé "Clio et les Grands-Blancs, la décolonisation inachevée" où - on m' excusera de me citer- j' écrivais : " une relation s' établit entre colonisation passée et immigration présente. Sa logique conduit à un différencialisme qui implique une rupture avec la nation et la représentation de la France comme entité historique (...) On entre de ce fait dans un processus de résistance qui met en évidence un rejet de la mixité jusques et y compris chez des moins de 13 ans."

Quelles perspectives pour une société dont les adversaires radicaux souhaitent la désintégration? Ni un utopique alignement identitaire, ni l' abandon aux communautarismes, ni la pure démagogie laïciste, ni l' absolutisme religieux. La problématique est depuis longtemps posée, les lanceurs d' alerte ont fait le boulot. Mais il faut des morts pour qu' on s' aperçoive de ces réalités : une jeunesse dégoûtée qui se plaint d' être marginalisée et ne va pas voter, récuse la police et réclame plus de protection sociale, se révolte contre les ghettos et pleure le dynamitage d' une tour.

L' habituelle réponse intégratrice et paternaliste ne calme pas les "séparatistes" qui assument l' apartheid en s' appropriant des "territoires" où prospèrent des "bandes" unies dans la même haine des institutions.Donc, les "politiques" s' étonnent. Ils ne comprennent pas. Depuis 50 ans que ça dure en s' aggravant, il est là, le véritable scandale.

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Rappeler qui, là-dedans, est le patron

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La décision "historique" prise le 22 janvier dernier par la Banque Centrale Européenne de lutter contre la menace déflationniste par un rachat massif des dettes des Etats affiliés à l' euro, mérite le décryptage. A considérer la tête de la chancelière Merkel le soir même, on comprenait que cette mesure recueillait sa totale désapprobation et que la dirigeante s' était inclinée, au terme d' une nuit de négociation sans pitié, devant plus fort qu'elle.

Il y a un moment que l' inflexibilité allemande, freinant avec obstination les conditions nécessaires à une reprise de la croissance en Europe, irritait sérieusement les stratèges économiques et politiques occidentaux. Ils ne pouvaient notamment plus accepter que des pays de l' importance de la France et de l' Italie continuent de filer tout droit vers la faillite. Le risque (vous voyez d' ici l' aubaine pour les Chinois?) était trop grand.

Un premier signal a donc été adressé à la chancelière (qui allait répétant que l' Allemagne, après des années de restrictions, n' était pas là pour éponger les déficits de ses voisins) à travers la hausse du dollar ou, si l' on préfère, la baisse de l' euro, ramené sans coup férir à sa valeur de départ.

Cependant, l' avertissement ne semblait pas avoir été correctement perçu par l' opinion locale qui laissait filtrer des tendances à l' euroscepticisme et à la xénophobie. Il a donc été décidé de passer à la vitesse supérieure : la baisse significative des taux d' intérêt et du baril de pétrole, confortée par la mise en exploitation du gaz de schiste outre Atlantique , montraient déjà la détermination américaine à aider "les alliés européens" à sortir du pétrin.

Le terrain avait été préalablement préparé : des gens "sûrs" (Mario Draghi à Francfort, Mariano Rajoy à Madrid, Christine Lagarde à Washington, auxquels on pourrait ajouter Emmanuel Macron à Paris) , tous proches ou intégrés au milieu bancaire international, sont aux manettes. Le coup de maître a été, en janvier 2014, le ralliement public du gouvernement socialiste français au libéralisme ("social"). Hollande, modèle d' intelligence antiterroriste, n' hésitant même pas à s' exprimer devant le Forum Economique Mondial de Davos, devient alors la coqueluche du Système. Finement joué. La malheureuse Angela peut rengainer ses indices en hausse et son record de commerce extérieur. C' est ça, la "real politik".

Cela dit, la promotion de Hollande, renforcée par la publicité mondiale donnée à sa gestion des attentats salafistes de Paris, n' est pas sans effet de politique intérieure, si l' on en juge par le redressement spectaculaire de sa cote de popularité. Voilà qui parait susceptible de changer la donne pour 2017. Pour peu que l' opération Draghi améliore la conjoncture, comme l' espèrent bien la Maison Blanche et les "traders", les chances de ce socialiste si coopératif ne peuvent que croître.

Il est quand même bon de rappeler, de temps à autre, qui est le patron là-dedans.

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"Malséance"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Tout ça ne se dit pas. C' est malséant. On peut seulement le penser : le 11 janvier 2015 a été, d' un point de vue purement sociologique, une manifestation de la petite et moyenne bourgeoisie judéo-chrétienne d' âge assez mûr, saisie par une émotion collective. Procès-verbal non entériné en haut lieu mais corroboré par la "minute de silence " agitée dans les collèges et lycées techniques, et par le pape François, homme du tiers-monde.

Ce fut en outre, comme on pouvait le prévoir, l' auberge espagnole : certains se trouvaient là pour condamner le meurtre en tant qu' instrument politique, d' autres pour affirmer la liberté d' expression et la laïcité, ou saluer la mémoire des 17 victimes, d' autres encore parce qu' " ils n' aiment pas les Arabes", ou alors qu' ils sont juifs et qu' on a assassiné quatre des leurs. Il y avait aussi des "people", dont la vocation est d' être photographiés, des intellectuels jamais-loin-du-peuple, puis tous ceux qui se disaient : "ç' aurait pu aussi bien m' arriver". Bref, de vrais indignés et des compatissants circonstanciels.

Nétanyaou en a profité pour faire son marché électoral boulevard Voltaire en appelant à nouveau ses coreligionnaires à s' installer en Israël, ce qui a un peu énervé Valls. Imaginons l' inverse : Hollande conviant à Tel Aviv les habitants à choisir d' émigrer en France, ce ne pourrait être que de l' antisémitisme.

Quitte à passer pour tout à fait malséant, il faut souhaiter un brin de probité. Les préfets interdisent le spectacle de Dieudonné au nom de la tolérance et de l' ordre public. Pourtant celui-ci n' a jamais provoqué d' émeutes comparables à celles qu' engendre, du Maroc à la Tchétchénie et au Pakistan, la Une humoristique et irresponsable de "Charlie hebdo". S' agissant enfin des soixante huitards dernière version, brandissant le drapeau tricolore et embrassant les CRS en chantant "La Marseillaise", quand sont-ils sincères?

"Nous sommes en guerre!", s' est écrié le Premier ministre qui aime l' entreprise. Ce bellicisme ne dessert-il pas les échanges économiques? Les Allemands -référence obligée- se montrent plus prudents car nous vivons toutes et tous de périlleux moments, jalonnés de feux de paille (manif' géante, flambées islamophobes type Zemmour ). Les logiques contradictoires rendent le dialogue interculturel difficile et les accusations pleuvent : fanatisme et impérialisme, racisme et intolérance, fascisme et colonialisme...

Seuls, deux groupes semblent tirer leur épingle du jeu : les terroristes, qui sont en train de transformer les Français en auxiliaires de police, et les politiques qui emmagasinent une augmentation bienvenue de leur cote de popularité.
Pardon pour la "malséance".

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Le pays bassari et la modernité

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je suis allé en pays bassari dans les années 70. Cette région est située à la frontière sénégalo-guinéenne, sur les contreforts du Fouta Djalon. Il s' agissait alors d' une quinzaine de villages de cases,soit environ 20 000 habitants, dont un tiers dans les lieux sénégalais de Salemata et d' Ethiolo, intégrés au Parc National du Niokolo-Koba. Côté guinéen, l' accès au pays bassari n' était possible qu' à pied .

Jadis essentiellement chasseurs-archers et cultivateurs, les Bassari ont fait l' objet de controverses quant à leur origine : les uns les rattachent à l' expansion bantou débordant du golfe de Guinée vers le 11ème siècle, les autres à l' Empire du Mali, plus ancien encore. Quoi qu' il en soit, perchée sur la montagne, troglodytique parfois, cette peuplade isolée a su résister à l' islamisation, l' esclavage et l' évangélisation chrétienne, en s' efforçant de protéger sa langue, ses croyances et ses pratiques animistes.

Chaque année en mai a lieu la cérémonie d' initiation qui marque le passage des adolescents à l' âge adulte (Nitj). Quand j' y ai assisté, n' étaient aussi présents que quelques anthropologues anglo-saxons, très intéressés par ce genre d' événement. Le rite est un appel aux génies bienfaiteurs des grottes (Lokouta) pour solenniser ce moment. Ces génies descendent des forêts, parés de masques faits de fibres et d' écorces, portant seulement un étui pénin, et la peau colorée d' ocre.

Après avoir terrassé les adolescents dans une courte lutte, ils les accompagnent à la grotte sacrée où un Ancien, gardien du totem ( un caméléon), leur révèle l' Histoire secrète de la tribu. Particularité : les Bassaris ne comptent que sept noms de famille différents, tous commençant par un B. La coiffure masculine - les côtés du crâne rasés et les cheveux longs sur le dessus de la tête, en forme de crête- est rigoureusement  celle d' un actuel membre de l' équipe de France de football, Paul Pogba, né en Seine-et-Marne de parents guinéens.

Les "chercheurs" n' en finissaient plus de filmer, enregistrer,noter. On a fait circuler sous l' Arbre à palabres une calebasse de bière de mil où  chacun était tenu de tremper à son tour les lèvres. Puis ont débuté les danses, faisant voltiger colifichets et amulettes. Surprise quand j' ai découvert aux pieds de certains danseurs des Nike et des Adidas : déjà les jeunes s' exilaient, laveurs de voitures à Tambacounda ou boys-gardiens chez les bourgeois de Dakar. Bientôt ne demeureraient que les vieillards et des muséographes de passage.
Je ne suis plus retourné chez les Bassaris. Le site depuis a été inscrit au "Patrimoine mondial de l' Unesco ", et des Agences de voyages l' ont ajouté à leurs catalogues. Les touristes débarquent, croulant sous les caméras et les packs d' eau minérale, tandis que les autochtones, revenus spécialement de la ville pour la Fête, ne lâchent pas un instant  leur portable.

La modernité a triomphé sans mal là où, avant elle, avaient peiné en vain le Christ et Mahomet.
 

 

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Sur la fin d' Harry Baur et de Raymond Aimos

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Harry Baur et Raymond Aimos étaient des figures particulièrement populaires du cinéma français d' entre-deux guerres : l' un comme véritable "monstre sacré", l' autre comme irremplaçable incarnation du titi parisien. Pas de "rétro" envisageable touchant l' époque sans ces deux-là.

Henri-Marie, devenu Harry, Baur, était né à Paris d' un père alsacien et d' une mère lorraine. Il se sauva vite du domicile parental pour échapper à un destin de prêtre dont on rêvait pour lui, et devenir marin. A défaut il joua pilier dans l' équipe du XV de Marseille et entama des études d' hydrographie qu' il abandonna pour aller se faire coller au concours du Conservatoire d' Art dramatique. L' année suivante il décrochait pourtant un rôle auprès de Firmin Gémier, puis débutait dans le cinéma encore muet. Passé au "parlant" sans difficulté grâce sa voix de ténor, il devint un acteur-fétiche des grands réalisateurs : Gance, Duvivier, Tourneur, Raymond Bernard et autres dans les rôles mémorables de Beethoven, Volpone ou Jean Valjean.
L' occupation le trouva donc au faîte de la gloire, mais le bruit courut bientôt qu' il était juif. Il se "disculpa" en exhibant un "certificat d' aryanité" et en allant tourner à Berlin un film de la "Continental", "Symphonie eines Lebens", du metteur en scène Heinz Bertram.,

Rentré en mars 1942, il fut à nouveau captif d' un réseau de rumeurs le dénonçant, puis arrêté avec son épouse, l' actrice Rida Radifé (Rébecca Béhar), juive turque convertie à l' islam et accusée d' espionnage, qu' Harry Baur défendit d' ailleurs farouchement. La Gestapo était hors d' elle à l' idée d' avoir pu être "bernée". L' acteur fut torturé durant quatre mois avant d' être finalement renvoyé chez lui moribond. De plus de cent kilos, il était tombé à quarante, et les coups assénés sur le crâne avaient provoqué des troubles neurologiques. La rumeur courut cette fois qu' il avait donné des "gages" à ses bourreaux pour sortir. Il ne survécut pas longtemps à cette probable calomnie et s' éteignit, à demi inconscient, le 8 avril 1943. Certains n' en ont pas moins continué à entretenir le doute, insinuant qu' il était un "agent double". Rien n' est jamais venu le prouver. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent, sur les pentes de Montmartre qu' il a tant affectionné.

Raymond Aimos, né Caudrilliers, fils d' un horloger, a débuté à 12 ans, dans un film de Georges Méliès. Son style et son accent parigots lui ont ouvert une carrière bien remplie (450 films au total) dans le "parlant" comme dans le "muet", aux côtés de Gaston Modot, Fresnay, Pierre Brasseur, Jouvet, Vanel, Michel Simon, Gabin, Raimu, Jules Berry, etc.

La fin du personnage a fait l' objet de différentes versions. L' écrivain Alphonse Boudard a déclaré que "les communistes" lui avaient confié qu' Aimos avait été victime d'un "règlement de comptes". Il n' en fallait pas plus pour stimuler l' imagination du romancier Patrick Modiano, spécialiste des milieux et des années troubles de l' occupation. L' écrivain a évoqué l' acteur dans plusieurs ouvrages comme "Dimanches d' août" (1986) et "Paris tendresse" (1990), reprenant la thèse de l' assassinat par des individus compromis dans des trafics connus de l' artiste.

On choisira de s' en tenir à une version moins romanesque mais corroborée par les faits ; Aimos a été tué le dimanche 20 août 1944, troisième jour de l' insurrection parisienne, vers 19 heures sur la barricade édifiée à l' angle des rues Louis Blanc et de l' Aqueduc, dans le dixième arrondissement, au cours d' un accrochage avec un convoi militaire allemand refluant vers le nord par l' axe rue La Fayette-avenue Jean Jaurès-porte de Pantin.

Aimos, qui appartenait au mouvement Libé-nord, était membre des FFI, groupe Sébastopol. Il était, lors de sa mort, en bras de chemise, et sa dépouille fut évacuée anonymement à l' hôpital Lariboisière voisin. Cela créa, lorsque sa femme se mit à sa recherche, un moment d' interrogation propice aux spéculations qui ont ensuite accompagné les circonstances de sa disparition. Sa tombe est proche des ginguettes des bords de Marne, à Chennevières où il résidait.

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