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"Malséance"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Tout ça ne se dit pas. C' est malséant. On peut seulement le penser : le 11 janvier 2015 a été, d' un point de vue purement sociologique, une manifestation de la petite et moyenne bourgeoisie judéo-chrétienne d' âge assez mûr, saisie par une émotion collective. Procès-verbal non entériné en haut lieu mais corroboré par la "minute de silence " agitée dans les collèges et lycées techniques, et par le pape François, homme du tiers-monde.

Ce fut en outre, comme on pouvait le prévoir, l' auberge espagnole : certains se trouvaient là pour condamner le meurtre en tant qu' instrument politique, d' autres pour affirmer la liberté d' expression et la laïcité, ou saluer la mémoire des 17 victimes, d' autres encore parce qu' " ils n' aiment pas les Arabes", ou alors qu' ils sont juifs et qu' on a assassiné quatre des leurs. Il y avait aussi des "people", dont la vocation est d' être photographiés, des intellectuels jamais-loin-du-peuple, puis tous ceux qui se disaient : "ç' aurait pu aussi bien m' arriver". Bref, de vrais indignés et des compatissants circonstanciels.

Nétanyaou en a profité pour faire son marché électoral boulevard Voltaire en appelant à nouveau ses coreligionnaires à s' installer en Israël, ce qui a un peu énervé Valls. Imaginons l' inverse : Hollande conviant à Tel Aviv les habitants à choisir d' émigrer en France, ce ne pourrait être que de l' antisémitisme.

Quitte à passer pour tout à fait malséant, il faut souhaiter un brin de probité. Les préfets interdisent le spectacle de Dieudonné au nom de la tolérance et de l' ordre public. Pourtant celui-ci n' a jamais provoqué d' émeutes comparables à celles qu' engendre, du Maroc à la Tchétchénie et au Pakistan, la Une humoristique et irresponsable de "Charlie hebdo". S' agissant enfin des soixante huitards dernière version, brandissant le drapeau tricolore et embrassant les CRS en chantant "La Marseillaise", quand sont-ils sincères?

"Nous sommes en guerre!", s' est écrié le Premier ministre qui aime l' entreprise. Ce bellicisme ne dessert-il pas les échanges économiques? Les Allemands -référence obligée- se montrent plus prudents car nous vivons toutes et tous de périlleux moments, jalonnés de feux de paille (manif' géante, flambées islamophobes type Zemmour ). Les logiques contradictoires rendent le dialogue interculturel difficile et les accusations pleuvent : fanatisme et impérialisme, racisme et intolérance, fascisme et colonialisme...

Seuls, deux groupes semblent tirer leur épingle du jeu : les terroristes, qui sont en train de transformer les Français en auxiliaires de police, et les politiques qui emmagasinent une augmentation bienvenue de leur cote de popularité.
Pardon pour la "malséance".

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Le pays bassari et la modernité

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je suis allé en pays bassari dans les années 70. Cette région est située à la frontière sénégalo-guinéenne, sur les contreforts du Fouta Djalon. Il s' agissait alors d' une quinzaine de villages de cases,soit environ 20 000 habitants, dont un tiers dans les lieux sénégalais de Salemata et d' Ethiolo, intégrés au Parc National du Niokolo-Koba. Côté guinéen, l' accès au pays bassari n' était possible qu' à pied .

Jadis essentiellement chasseurs-archers et cultivateurs, les Bassari ont fait l' objet de controverses quant à leur origine : les uns les rattachent à l' expansion bantou débordant du golfe de Guinée vers le 11ème siècle, les autres à l' Empire du Mali, plus ancien encore. Quoi qu' il en soit, perchée sur la montagne, troglodytique parfois, cette peuplade isolée a su résister à l' islamisation, l' esclavage et l' évangélisation chrétienne, en s' efforçant de protéger sa langue, ses croyances et ses pratiques animistes.

Chaque année en mai a lieu la cérémonie d' initiation qui marque le passage des adolescents à l' âge adulte (Nitj). Quand j' y ai assisté, n' étaient aussi présents que quelques anthropologues anglo-saxons, très intéressés par ce genre d' événement. Le rite est un appel aux génies bienfaiteurs des grottes (Lokouta) pour solenniser ce moment. Ces génies descendent des forêts, parés de masques faits de fibres et d' écorces, portant seulement un étui pénin, et la peau colorée d' ocre.

Après avoir terrassé les adolescents dans une courte lutte, ils les accompagnent à la grotte sacrée où un Ancien, gardien du totem ( un caméléon), leur révèle l' Histoire secrète de la tribu. Particularité : les Bassaris ne comptent que sept noms de famille différents, tous commençant par un B. La coiffure masculine - les côtés du crâne rasés et les cheveux longs sur le dessus de la tête, en forme de crête- est rigoureusement  celle d' un actuel membre de l' équipe de France de football, Paul Pogba, né en Seine-et-Marne de parents guinéens.

Les "chercheurs" n' en finissaient plus de filmer, enregistrer,noter. On a fait circuler sous l' Arbre à palabres une calebasse de bière de mil où  chacun était tenu de tremper à son tour les lèvres. Puis ont débuté les danses, faisant voltiger colifichets et amulettes. Surprise quand j' ai découvert aux pieds de certains danseurs des Nike et des Adidas : déjà les jeunes s' exilaient, laveurs de voitures à Tambacounda ou boys-gardiens chez les bourgeois de Dakar. Bientôt ne demeureraient que les vieillards et des muséographes de passage.
Je ne suis plus retourné chez les Bassaris. Le site depuis a été inscrit au "Patrimoine mondial de l' Unesco ", et des Agences de voyages l' ont ajouté à leurs catalogues. Les touristes débarquent, croulant sous les caméras et les packs d' eau minérale, tandis que les autochtones, revenus spécialement de la ville pour la Fête, ne lâchent pas un instant  leur portable.

La modernité a triomphé sans mal là où, avant elle, avaient peiné en vain le Christ et Mahomet.
 

 

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Sur la fin d' Harry Baur et de Raymond Aimos

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Harry Baur et Raymond Aimos étaient des figures particulièrement populaires du cinéma français d' entre-deux guerres : l' un comme véritable "monstre sacré", l' autre comme irremplaçable incarnation du titi parisien. Pas de "rétro" envisageable touchant l' époque sans ces deux-là.

Henri-Marie, devenu Harry, Baur, était né à Paris d' un père alsacien et d' une mère lorraine. Il se sauva vite du domicile parental pour échapper à un destin de prêtre dont on rêvait pour lui, et devenir marin. A défaut il joua pilier dans l' équipe du XV de Marseille et entama des études d' hydrographie qu' il abandonna pour aller se faire coller au concours du Conservatoire d' Art dramatique. L' année suivante il décrochait pourtant un rôle auprès de Firmin Gémier, puis débutait dans le cinéma encore muet. Passé au "parlant" sans difficulté grâce sa voix de ténor, il devint un acteur-fétiche des grands réalisateurs : Gance, Duvivier, Tourneur, Raymond Bernard et autres dans les rôles mémorables de Beethoven, Volpone ou Jean Valjean.
L' occupation le trouva donc au faîte de la gloire, mais le bruit courut bientôt qu' il était juif. Il se "disculpa" en exhibant un "certificat d' aryanité" et en allant tourner à Berlin un film de la "Continental", "Symphonie eines Lebens", du metteur en scène Heinz Bertram.,

Rentré en mars 1942, il fut à nouveau captif d' un réseau de rumeurs le dénonçant, puis arrêté avec son épouse, l' actrice Rida Radifé (Rébecca Béhar), juive turque convertie à l' islam et accusée d' espionnage, qu' Harry Baur défendit d' ailleurs farouchement. La Gestapo était hors d' elle à l' idée d' avoir pu être "bernée". L' acteur fut torturé durant quatre mois avant d' être finalement renvoyé chez lui moribond. De plus de cent kilos, il était tombé à quarante, et les coups assénés sur le crâne avaient provoqué des troubles neurologiques. La rumeur courut cette fois qu' il avait donné des "gages" à ses bourreaux pour sortir. Il ne survécut pas longtemps à cette probable calomnie et s' éteignit, à demi inconscient, le 8 avril 1943. Certains n' en ont pas moins continué à entretenir le doute, insinuant qu' il était un "agent double". Rien n' est jamais venu le prouver. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent, sur les pentes de Montmartre qu' il a tant affectionné.

Raymond Aimos, né Caudrilliers, fils d' un horloger, a débuté à 12 ans, dans un film de Georges Méliès. Son style et son accent parigots lui ont ouvert une carrière bien remplie (450 films au total) dans le "parlant" comme dans le "muet", aux côtés de Gaston Modot, Fresnay, Pierre Brasseur, Jouvet, Vanel, Michel Simon, Gabin, Raimu, Jules Berry, etc.

La fin du personnage a fait l' objet de différentes versions. L' écrivain Alphonse Boudard a déclaré que "les communistes" lui avaient confié qu' Aimos avait été victime d'un "règlement de comptes". Il n' en fallait pas plus pour stimuler l' imagination du romancier Patrick Modiano, spécialiste des milieux et des années troubles de l' occupation. L' écrivain a évoqué l' acteur dans plusieurs ouvrages comme "Dimanches d' août" (1986) et "Paris tendresse" (1990), reprenant la thèse de l' assassinat par des individus compromis dans des trafics connus de l' artiste.

On choisira de s' en tenir à une version moins romanesque mais corroborée par les faits ; Aimos a été tué le dimanche 20 août 1944, troisième jour de l' insurrection parisienne, vers 19 heures sur la barricade édifiée à l' angle des rues Louis Blanc et de l' Aqueduc, dans le dixième arrondissement, au cours d' un accrochage avec un convoi militaire allemand refluant vers le nord par l' axe rue La Fayette-avenue Jean Jaurès-porte de Pantin.

Aimos, qui appartenait au mouvement Libé-nord, était membre des FFI, groupe Sébastopol. Il était, lors de sa mort, en bras de chemise, et sa dépouille fut évacuée anonymement à l' hôpital Lariboisière voisin. Cela créa, lorsque sa femme se mit à sa recherche, un moment d' interrogation propice aux spéculations qui ont ensuite accompagné les circonstances de sa disparition. Sa tombe est proche des ginguettes des bords de Marne, à Chennevières où il résidait.

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Pourquoi il y en a aussi qui n' ont pas été Charlie (fin)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Dans une foule pareille, on cherche les absents : les représentants des Etats du Maghreb, une figure de la gauche de la Gauche... Impossible en revanche de ruser avec les rangs serrés des responsables UMP, sans compter Sarkozy et les anciens premiers ministres, invités de droit. Beaucoup d' orphelins affamés de pouvoir.

Posant boulevard Voltaire, parmi les chefs d' Etat et de Gouvernement, Nétanyaou, seul à demeurer encadré de gardes du corps : Nétanyaou, normalement passible du Tribunal Pénal International après avoir donné l' ordre de bombarder tous les hôpitaux de Gaza pour empêcher de soigner les blessés.

Le journal israëlien "Haaretz" du 8 janvier 2015 a révélé que Hollande lui avait demandé de ne pas venir. Il est venu quand même. Du coup, le Français a invité Abbas, président de l' Autorité palestinienne, pour ne pas déséquilibrer une diplomatie plus que fragile. Sans pour autant éviter l' hypocrite récupération à laquelle s' est, bien sûr, livré Nétanyaou en exhortant une nouvelle fois les Français juifs à émigrer en Israël.

Il n' y avait sans doute pas dans la rangée des dirigeants venus célébrer la liberté de la presse que des champions des élections libres. Ce n' était pas le cas de Nétanyaou, dont on sait qu' il conduit l' unique "vraie démocratie" du Moyen Orient. Pourtant...

Pourtant 13 journalistes ciblés comme tels ont été tués à Gaza en juillet 2014, et le siège de 4 médias visés et détruits par Tsahal (source : Fédération Internationale des Journalistes). Il n' y a donc rien à regretter dans tout ça, sinon un geste de solidarité avec une population de bonne foi (apparemment plus "classe moyenne" que tout à fait populaire), secouée par l' émotion, au-delà des étiquettes, couleurs de peau et manipulations politiciennes, emportée par un désir de communion, forcément éphémère parce que trop composite, comme Paris en a connu au cours de sa longue et riche Histoire.

Digne et lent défilé d' une Espérance qui doit continuer maintenant avec ses 3 millions et demi de chômeurs et ses 5 millions de Musulmans.

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Au fond du trou

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Thierry Pelletier est né en 1965 dans une banlieue. Son C.V parle pour lui : 1983, premier coma éthylique, 1985, premier shoot, 1986, squatter à Montreuil, 1987, fondateur d' un groupe de rock, puis éducateur social dans des foyers pour toxicos, puis veilleur de nuit dans des centres " d' hébergement et de réinsertion", puis intérimaire dans le bâtiment.
En 2006, en "fin de droits", chômeur ruralisé en congé parental, on lui prête un ordinateur pour enregistrer ses disques et écrire des "conneries", comme font des tas d' exclus.

Les amis des "éditions Libertalia" viennent de publier 120 pages de lui, sous le titre "La petite maison dans la zermi", suivi de "Tox Academy". Je ne fais pas de pub, je dis seulement : lisez (investissement : 10 euros ). Tous les personnages - M. Schmidt, Ali, Steve, Kader, Pedro, Slimane et autres- y illustrent la confondante imbécillité de celles et ceux qui fantasment sur la misère, en l' ennoblissant comme une sorte d' "ascèse", on ne sait quel espace réservé de l' authentique spiritualité par le dénuement.

La victoire du libéralisme et de ses "animateurs" est bien de réussir à déposséder le miséreux de tout respect social et de toute perspective historique. Mieux encore, de le dégrader jusqu' à lui faire endosser les bases du système qui l' aliène, et applaudir, admirer, envier, les privilèges de ses maîtres. Les " racailles" n' aspirent plus alors qu' à pouvoir singer la morgue et les manières des "people" et des V.I.P.

Dans ce contexte, les êtres évoqués par Thierry Pelletier ne sont que des soldats perdus, des épaves qui ne veulent pas bosser, dans un monde où, il est vrai, le boulot se fait rare, même dans les tâches les plus salissantes. Un clodo est irrécupérable. Un toxico "guéri", difficile à remettre au turbin...

Pour en sortir, Pelletier n' a pas grand'chose à suggérer, bien sûr, sinon une relance de la solidarité de classe, comme l' avait entreprise autrefois l' ouvrier relieur Eugène Varlin en fondant "La Marmite", une coopérative stoppée par la guerre et l' assassinat de son fondateur par les Versaillais.

Il y a besoin de témoins tels Thierry Pelletier ou Patrick Declerck , l' historien de l' Hospice de Nanterre (" Les Naufragés", 2003) pour rappeler aux "politiques" (qui sont largement au courant) l' existence de l' armée des laissés pour compte, défoncés, taulards, suicidaires ou pychosés qui hantent, sans écho, les prisons, les mouroirs, les foyers, les asiles, les sous-bois, les squats, les taudis, les porches et des gares dont ils ne pourront jamais fuir.

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Micmac territorial

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il peut paraitre dérisoire d' évoquer la réforme territoriale hexagonale le jour où triomphe à Paris la Citoyenneté Universelle, célébrée entre autres par MM. Nétanyaou et Liberman, ministre israëlien des Affaires étrangères, lequel a parlé de lâcher la bombe atomique sur les restes de Gaza. N' ayant pas cherché à marcher dans le même cortège que ces tueurs sans kalach', j' ai dégagé ainsi le temps de m' intéresser à une question, certes, je m' en excuse, franco-française, mais non négligeable pour notre quotidien citoyen.

Le 17 décembre dernier, l' Assemblée a voté une partie de l' acte III de la décentralisation annoncée par Hollande en 2012. Rappelons que les deux premiers actes ont été la loi Defferre de 1982 et la loi constitutionnelle portée en 2003 par le gouvernement Raffarin. Dans un pays aussi traditionnellement centralisé que la France, c' était un début de mutation structurelle concrète, même s' il ne fallait pas en exagérer les effets pour le citoyen de base.

Le projet actuel a donc déjà donné lieu à l' approbation d' un volet relatif au découpage du territoire métropolitain en 13 régions administratives, au lieu des 22 créées par de Gaulle en 1963. Ce travail d' orfèvrerie bureaucratique serait l' oeuvre de Hollande un soir à l' Elysée, avant de servir de référence à la majorité. L' ambition affichée est honorable : réduire le fameux "millefeuilles" et réaliser des économies dont les budgets publics ont bien besoin. Mais là encore force est de comparer théorie et pratique.

Première remarque, la méthode ne change pas : l' Etat octroie aux Régions les réformes les concernant, ce ne sont jamais elles qui les suggèrent. Seconde remarque, on a voté sur la carte sans débattre des compétences : la charrue avant les boeufs. Troisième observation : si les Régions sont appelées à prendre une place dé plus en plus déterminante dans notre existence, ne serait-il pas judicieux de consulter à ce propos les citoyens par referendum?

S' agissant maintenant des objectifs proclamés, la diminution du millefeuilles semble sacrifiée : aucune structure ne disparait totalement, le nombre de communes (36000) n' est pas remis en cause, l' enchevêtrement des responsabilités devient tel que personne ne s' y retrouve. Les départements sont tantôt absorbés par les "métropoles" (11 au total), tantôt maintenus tels quels, comme dans les zones rurales, avec liberté de se rattacher à la région de son choix ( "droit d' option"). On se demande quelle cohérence a présidé au dessin desdites Régions : les Alsaciens, attachés à leur séculaire identité, refusent de fusionner avec les Lorrains et les Champenois. D' autant qu' ils sont 1 million 900.000 quand les Corses (300.000) ont préservé leur autonomie. Les Gardois, voisins de Marseille, n' ont pas envie de courir à tout bout de champ à Toulouse, si c' est elle qui est désignée comme capitale de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Les Picards, etc. On frise parfois l'absurde : Niort et Pau ne relèvent-ils pas désormais d' une même administration locale alors que leurs choix de développement n' ont rien de commun? Bordeaux les mettra d' accord : on risque ainsi de favoriser un jacobinisme régionalisé dont chaque " métropole " constituera le pivot. C' est la régionalisation anti-régionale...

Question économies, la réforme est mal partie pour ce qui touche à la maîtrise des budgets. La réduction des cantons de 4.000 à 2.000 lors des élections de mars prochain est neutralisée par l' obligation de la parité et de la désignation simultanée de suppléants rémunérés. Nulle mesure claire ne prévoit une quelconque diminution des emplois dans les collectivités locales dont certaines possèdent des effectifs extravagants : ainsi une commune des Bouches du Rhône de 15.000 habitants, rongée par le chômage, compte-t-elle 900 agents municipaux ! Le sujet est plus que sensible. Le clientélisme électoral, les situations acquises, les résistances de tous ordres, ne rendront pas la tâche aisée sur le terrain. Il y a encore un sacré boulot.

On a affirmé que la centralisation avait sauvé la France et que la décentralisation la préservera. "Vaste programme", disait le Général, à qui son projet de régionalisation a coûté le pouvoir en 1969.

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Pourquoi je ne suis pas Charlie

Publié le par Jean-Pierre Biondi

C' était beau, ce geste spontané, le premier soir, de gens qui n' avaient jamais lu "Charlie hebdo" et brandissaient des pancartes, juchés sur la statue de la République, cette solidarité avec des victimes qui auraient pu être leurs pères.

Mais quand M. Philippe Vial, qui avait planté le journal pour aller servir la soupe sarkoziste à Radio France après avoir viré Siné, a déboulé en pleurant comme un veau, il y a eu un début de malaise. Puis, le tsunami des pathos officiels aidant, le sentiment d' un exhibitionnisme bon ton et d' une logorrhée à tout va.

Non que je cherche à me distinguer : pourquoi le ferais-je, je suis aussi sincèrement patriote, républicain et laïc que bien d' autres. Mais aller maintenant manifester mes opinions avec tous les banquiers de l' Europe, non merci. Tant pis pour la grande Fête de la Liberté d' expression. Ce raout UMPS risquant de faire encore gagner des points à Marine Le Pen, je ne le trouve pas spécialement génial.

Le bon coup des salafistes d' ailleurs, c' est de créer ainsi la confusion chez les "souchiens" et d' accélérer dans la foulée le communautarisme parmi les jeunes franco- musulmans. De cliver un peu plus. Ce fondamentalisme, qu' on le veuille ou non, est, aussi, un combat de pauvres et l' effet d' un vieil échec d' intégration (seuls dans notre Histoire, Napoléon III et de Gaulle ont énoncé une "politique arabe"). Je pense donc que Daesh est, quelque part, une retombée directe de la guerre d' Algérie, du conflit israëlo-palestinien et des interventions militaires américaines en Irak et en Afghanistan. On ne saurait guerroyer sans cesse pour l' uranium et le pétrole, et s' étonner ensuite de récolter des attentats à New York, Londres, Boston ou Paris.

Les nationalismes du Maghreb, par exemple, sont, ne l' oublions pas, nés dans les misérables hôtels d' ouvriers du quartier de La Chapelle des années 20. Les Orientaux ont leur conception propre du temps et une mémoire d' éléphant.Les tueurs lancés sur " Charlie", persuadés de n' être que des "colonisés métropolitains", en butte à une haine judéo-chrétienne injuste, ont mis dix ans pour "venger" le Prophète et mourir en "martyrs" aux yeux des "petits frères". Il faut partir de là, du " passé intérieur", pour essayer de comprendre le phénomène terroriste, et de le désarmer.

Le reste, les gesticulations des moralistes médiatisés, les hommages démagogiques à un anarchisme un peu people quand même, les échafaudages des stratèges politiciens flairant l' aubaine électorale, ne valent que l' heure d' un slogan trop récupéré pour exister longtemps.

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Mémoire de Frédéric Pottecher

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai commencé à travailler à la RTF (Radiodiffusion-télévision française) fin 1956, dans une émission d' information intitulée "Paris Vous Parle", qu' animait Pierre Desgraupes. Le chroniqueur judiciaire en était Frédéric Pottecher. Il était le neveu de Maurice Pottecher, créateur du "Théâtre du Peuple" de Bussang, dans les Vosges, ancêtre du "Théâtre National Populaire" de Jean Vilar.

Grand, massif, fort d' une voix de tragédien, Pottecher emplissait la cabine technique afférente au studio quand il venait conter l' audience d' un procès. Sa présence au micro constituait à elle seule un spectacle. C' est qu' il ne lisait pas sa chronique, il la jouait, alternant, en ancien comédien, la voix péremptoire des juges, l' éloquence des défenseurs, l' accablement des inculpés.
Très hostile à la peine de mort, qui existait encore, Frédéric ne se contentait pas du chemin de son bureau au prétoire. Il demandait à voir les accusés dans leurs cellules, consultait les avocats, interrogeait les magistrats. Je me souviens d' un jour où il a évoqué devant moi une visite à la prison de la Santé : " Tu te rends compte, disait-il avec émotion, il y a là-dedans des gosses de 17 ans avec, tatoué sur le cou : découper suivant le pointillé ! "

J' avais pour cet être chaleureux, rigoureux et juriste consommé, une profonde sympathie. Ainsi sommes-nous allés ensemble exposer, vers 1962, devant le Comité central de la Ligue des Droits de l' Homme, que présidait l' ancien ministre Daniel Mayer, les procédés de colonisation de la RTF et les multiples entorses à la liberté de l' information sous le règne du ministre Alain Peyrefitte, de fâcheuse mémoire.

En 1968, lors de la longue grève de l' ORTF, Pottecher s' est à nouveau courageusement engagé pour le Droit d' informer. Il l' a payé d' une disgrâce qui l' a contraint à émigrer sur l' antenne d' Europe n°1. Pottecher n' était pas un militant partisan, simplement une conscience que la familiarité des souffrances humaines poussait à des indignations et vers des valeurs qui recoupaient celles de la "gauche".
Il a "couvert" avec la même passion tous les événements de son temps : les procès de Pétain, Eichmann, Salan, Barbie, Touvier, Marie Besnard et Dominici, l' assassinat de Kennedy ou l' affaire Patrick Henry, passionné de Justice et d' Histoire jusqu' à sa fin, en 2001. Il est mort à l' Hotel-Dieu, à côté du Palais de Justice de Paris, un jour d' automne. Puis on a emmené sa dépouille pour l' enterrer en paisible terre vosgienne, avec les siens, sa part de labeur accomplie

Publié dans histoire

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Histoire de Gentils et de Méchants

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A y réfléchir, qu' espèrent en Europe orientale les Etats-Unis et l' Allemagne sinon la conquête, à moindres frais, du vaste marché russe, la maîtrise de ses ressources énergétiques sur fond d' Economie délabrée, et le contrôle de sa puissance militaire? Quelle autre hypothèse répond-elle à l' offensive de l' Occident qui pousse Moscou dans ses retranchements?

Depuis 1917, la Russie vit dans la hantise de l' encerclement : c' était vrai lors de sa période révolutionnaire, quand Français et Britanniques s' efforçaient de porter secours à l' Armée blanche, vrai encore dans la phase stalinienne avec la guerre froide, vrai quand le Kremlin cherchait accord avec les Non Alignés (Nasser, Tito, Nehru), c' est vrai aujourd'hui avec les efforts anglo-saxons pour arrimer l' ex glacis protecteur de l' URSS (feu les Démocraties populaires) au char de l' OTAN et de la Communauté Européenne. Il faut aussi partir de ces faits pour comprendre plus aisément le comportement de Poutine.

Le peuple russe, premier vainqueur du nazisme moyennant 23 millions de victimes, ne penche assurément pas vers le bellicisme pour en avoir bien connu les effets. Mais, menacé dans son pré carré par les convoitises d' une Finance mondialisée dénonçant le totalitarisme dont elle sait s' accommoder quand besoin est, ce peuple fait instinctivement corps autour de son leader.

Sans doute Vladimir Poutine n' est-il pas un petit saint. C' est un patriote, comme la quasi totalité des Russes. Verrouillée au sud par les bases américaines de Turquie et du Golfe, condamnée à une étroite fenêtre concédée par la Syrie en Méditerranée, privée de débouchés sur l' océan indien, bernée en Libye par le tandem Sarkozy-Cameron, la Russie post-soviétique n' a pu, elle aussi, desserrer l' étau qui la contraint depuis bientôt un siècle, démontrant par là qu' il n' y a pas en l' affaire qu' une question de communisme.

Dès lors, la crise ukrainienne s' éclaire d' un autre jour : celui d' un projet supplémentaire d' enfermement par la déstabilisation d' un pays historiquement schizophrène, pro-européen dans sa partie ouest (avec certaines connotations fascisantes, n' oublions pas la Division SS Galicie), russophone et russophile dans sa région est qui fut un moment le lieu d'un " Etat cosaque " et dont les habitants ne sont pas impatients d' aller travailler en Allemagne pour 3 euros de l' heure. L' Ukraine en fait a tout connu : les Empires lituano-polonais, austro-hongrois, russe et stalinien.

Vouloir maintenant la détacher totalement de l' influence de Moscou, c' est tenter d' éloigner la Californie des USA, c' est offrir à Poutine le statut de Sauveur face à une entreprise ressentie comme une agression. On ne saurait rêver, en dépit des sanctions américaines,de la chute du rouble et de la confiscation par la France de deux bateaux, meilleure occasion de renforcer le panslavisme.

Les méchants seigneurs des steppes ne sont donc pas décidés à brader leur sécurité pour le plaisir des gentils démocrates du Far West. Ils seraient même prêts, faute d' autre choix, à risquer un conflit. Il vaut mieux le savoir, et le faire savoir.

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Les rencontres de Fernand Fleuret, poète

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Fernand Fleuret était Normand militant, né en Lorraine. Après une adolescence rêveuse dans les pensionnats religieux, de Flers, dans l' Orne, où il est apprenti imprimeur, il entre en contact avec un Parisien, Charles-Théophile Féret, chantre attitré de la "patrie normande". Fleuret s' enthousiasme pour cette prose qu' il compare à celle de Barbey d' Aurevilly. En retour, tel Verlaine avec Rimbaud, Féret convoque d' urgence le jeune Fernand à Paris.

Les choses tombent bien, le grand'père de Fleuret, son tuteur, vient de se suicider, et sa grand'mère décide de déménager en banlieue parisienne. Il a 21 ans et y débarque, assuré du gîte et du couvert. Il publie peu après un libelle à compte d' auteur, "Quelques autres", célébrant les "imprécateurs" Baudelaire, Mirbeau et Bloy. Fiasco complet. Féret l' aide à entrer au "Petit Journal" comme grouillot, au tarif de 150 francs par mois, puis lui présente deux artistes hâvrais débutants : Othon Friesz et Raoul Dufy.

Dufy pousse Fleuret à écrire et celui-ci incite Dufy à se lancer dans l' illustration. "Friperies", le second recueil de Fernand, tiré à 100 exemplaires, est un nouveau et total insuccès L' auteur commence à déprimer et se fait virer de son boulot. Il échoue sans le sou à Marseille, entrainé par Friesz et Dufy. C' est alors qu' il se souvient avoir au Cap d' Ail une marraine et cousine inconnue, Gabrielle Réval, de 13 ans son aînée, professeur sèvrienne, écrivaine, veuve et propriétaire aisée d'une villa baptisée "Mirasol". Il accourt. Elle s' éprend sans difficulté de la fantaisie angoissée de ce blondinet, le réconforte, et lui ouvre son carnet d' adresses. Un vrai conte de fées.

Il ne rentre à Paris que fin 1908 pour retrouver ses habitudes à la Bibliothèque Nationale, rue Richelieu. Il y découvre un voisin de table, famélique producteur de romans licencieux, Guillaume Apollinaire. Ils deviennent vite complices, montant des canulars littéraires ou suivant les femmes dans la rue en leur récitant des poèmes de leur crû. Fleuret écrit une introduction pour "L' Hérésiarque" et Apollinaire présente au Normand les poètes dits "fantaisistes" qu' il fréquentera avec assiduité.

La gloire ne venant toujours pas, nouveau et logique saut au Cap d' Ail. Il y épouse la cousine Gabrielle avant de regagner la capitale pour la publication de "L' Enfer de la Bibliothèque Nationale", bibliographie élaborée durant cinq ans, avec l' ami Guillaume, des livres érotiques interdits par la B.N à la communication. Cependant Apollinaire s' intéresse de plus en plus au cubisme, conversion que Fleuret juge teintée d' opportunisme alors que lui demeure fidèle à Carco, Mac Orlan et Derême. Gabrielle par ailleurs ne lui cache pas son antipathie pour les "légèretés" et facéties d' Apollinaire.

En 1914, Guillaume s' engage. Fernand est réformé. Mais la guerre, pas plus que l' art, ne tue leur amitié. A l' enterrement du poète d' "Alcools", en 1918, Fleuret se retrouve aux côtés de Cendrars, devenu manchot, de Picasso et de Cocteau. Il continue néanmoins de défendre la prosodie traditionnelle que sont en train de piétiner allègrement les dadaïstes, et de confectionner des ouvrages érudits et libertins dans l' esprit d' autrefois. Il engage simultanément le fer contre la Critique, qui le snobe, et la Morale bourgeoise. Surtout, il s' alcoolise. Ses compagnons de beuveries nocturnes sont Robert Campion " poète déporté pleurant les pommiers en fleurs", le fin lettré Maurice Garçon, dont Fleuret ignorera par bonheur le statut ultérieur et éliminatoire d' Académicien, et le redouté polémiste Georges de La Fouchardière.

Mais il perd pied peu à peu, vit dans la fiction, s' enferme dans la misanthropie. Son ménage se désagrège. Il pond en quelques semaines " Les Derniers plaisirs" , roman qui lui vaut en 1924 une voix au Goncourt, celle d' Elémir Bourges, autre grand dépressif. Il ne cesse plus de boire et d' écrire : des Etudes sur Gilles de Rais, Sade ou Baudelaire, des Histoires (sur Raton, une Normande victime de la prostitution, sur Jim Click, personnage de film fantastique), des Pamphlets anarchisants, des Pièces jamais montées, en se dissimulant, à la manière de Pessoa, derrière de multiples identités. La presse l' éreinte, sauf "Le Crapouillot" dont le directeur, Gus Bofa, devient son ultime ami.

Féret est mort, et Gabrielle. L' état mental de Fleuret achève de se dégrader. Il ne sort plus, tirant des coups de révolver dans son couloir pour effrayer les voisins. Il atterrit à l' hôpital psychiatrique où il va vivre six ans. A son trépas, en 1945, affluent soudain les hommages : d' André Billy, de Pascal Pia, de Maurice Nadeau, de Jean Paulhan. Fleuret essuie cependant un tout dernier échec : il n' est pas enterré en Normandie, mais au cimetière du Père Lachaise.

Publié dans littérature

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