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SUR LA NATURE DE LA REVOLTE DES RONDS POINTS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le mouvement des "gilets jaunes" est, dans l' actualité récente, un événement qui, indépendamment des suites qu'il connaîtra, a mis en relief l' architecture réelle d' une société démocratique, la France, aspirée par le tourbillon de la mondialisation libérale.

Plusieurs phénomènes confirment l' observation :

1- Le mouvement est une action de classe d' inspiration hétéroclite. On y trouve des éléments d' extrême droite, ce qui explique le soutien prudent des partis de gauche et des syndicats de salariés,  peinant par ailleurs pour garder de l' influence dans les milieux populaires. L' essence prolétarienne de la révolte ne fait pas de doute : ouvriers, petits employés, chômeurs, déclassés divers, non représentés d' ailleurs à l' Assemblée nationale et souvent primomanifestants, forment le gros du peuple dit des "invisibles", nés à la clarté des carrefours. Ces humbles (petits boulots-petites retraites), ces intérimaires ou intermittents, ces assistés devenus abstentionnistes, ces "Gaulois" humiliés, bref tous ces exclus, ont depuis longtemps déserté les défilés traditionnels, les meetings grandioses et les bureaux de vote où l' on n' évoque guère la souffrance silencieuse du quotidien. Groupés autour d' une tente de fortune avec 3 jours de provision, ils se dotent d' une solidarité imprévue, sans étiquette ni proclamation, avec des mots directs que chacun assimile.

2- Le mouvement a une géographie nationale. Il dénonce sur l' étendue du pays la fracture béante entre élites urbaines et campagnes à l' abandon, surpopulation banlieusarde et désertification du domaine paysan. Beaucoup de ruraux parmi les interpellations opérées sur les barricades parisiennes : les provinces sont de retour. Mais peu d' immigrés, comme si le cosmopolitisme et la diversité culturelle menaçaient de fragiliser la communauté  d' objectifs.

3- Le mouvement a "promu" des catégories de population jus qu' alors plus effacées: les femmes et les plus de 60 ans, souvent au premier rang du conflit, y compris dans des actions violentes.

4- La nature libertaire de certaines options est évidente : rupture avec les rituels des syndicats officiels, durée des actions impliquant une véritable installation sur les lieux de manifestation, vigilance à l' égard de toute tentative de récupération partisane, réfutation des idéologues professionnels, remise en cause du système de représentation (notamment suppression du Sénat), priorité à la créativité des masses, récusation des schémas sociaux-démocrates et/ou totalitaires.

Autant de composants de la dynamique en cours. Le débat, qui s' internationalise, sur la démocratie libérale en est quelque part un moteur. C' est pourquoi la révolté des "gilets" est plus qu' un accès de mauvaise humeur : l' amorce de nouvelles formes de lutte en faveur d' un autre modèle de développement collectif.

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SOCIOPHILOSOPHIE D'UNE COLERE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La colère est une manifestation humaine qui vient, la plupart du temps, de plus loin qu'il n'y parait d' emblée. Rien, par exemple, ne semble mieux illustrer la crise qui prévaut aujourd'hui en France que la formule ressassée: " l' augmenta tion du gas oil est la goutte qui fait déborder le vase".

Si nos dirigeants étaient de meilleures têtes politiques, ils auraient déjà soigneusement analysé les signaux divers et variés que leur envoient les citoyens, tels que : 

- l' affaire des Bonnets rouges en octobre 2013, rébellion régionale qui a coûté un milliard d' euros au contribuable grâce à Mme Royal (qui essaie de revenir maintenant sur la scène !...)

- le mouvement " Nuit debout" qui a libéré en mars 2016 une critique impitoyable du modèle actuel de société et permis de gifler Finkielkraut ( aujourd'hui rallié aux gilets jaunes !...)

- l' irruption soudaine (avril 2016) d' "En marche" qui, en un an, a réussi le "dégagisme" et gagné les élections présidentielles et législatives.

- la révolte générale des " Gilets jaunes" , après toute une série de mesures frappant les automobilistes depuis l' été 2018.

- parallèlement, l' extension de l' abstention. En vingt ans de 12 à 25% à la Présidentielle, de 15 à 57% aux Législatives, de 39 à 59% aux Européennes.

- enfin, des faits moins spectaculaires mais qui participent du malaise: la non prise en compte du referendum populaire de 2005 sur l' Europe, la défaite syndicale sur l' âge de la retraite en 2010 , les menaces récurrentes sur l' ensemble des acquis sociaux ou bien, dans un autre compartiment du vivre ensemble, l' insurrection des banlieues il y a maintenant 13 ans.

Encore une fois, si nous étions gouvernés par des hommes de terrain, et non de cabinet, ils auraient interprété de façon plus réaliste l' accumulation d' événements qu' ils ont jugé sans conséquence. Nos jeunes messieurs y auraient lu le récit d' une remise en question du système et de sa représentation. Ils auraient plus vite compris que le phénomène "Gilets jaunes" est une suite logique du surgissement éclair des "Marcheurs" dans une version moins bobo. Ils auraient découvert comment, en l' espace d' une génération et quarante ans de mal-gouvernement, la partie modeste de la classe moyenne a été expulsée, par l' argent, des centre-villes et, enjambant les quartiers d' immigrés, s' est retrouvée reléguée en zone péri urbaine, dans des lotissements pavillonnaires sans les infrastructures de transports correspondantes et donc rigoureusement dépendante d'une sinon deux voitures, grevant les budgets familiaux. Nos décideurs auraient même pu réaliser qu' une telle évolution ne se produit pas en quelques jours (voir sur le propos notre article " Triangle post colonial" du...13 août 2011).

Pourquoi les élus qui habitent, eux, majoritairement en ville, n' ont-ils pas, ces 40 fameuses dernières années (après les 30 "glorieuses" qui les ont précédées et ont créé l' illusion d' une croissance permanente), trouvé le temps de noter ce chambardement? d' évaluer la mutation, de se pencher sur les difficultés conséquentes pour les populations "rurbanisées" qu' ils sont censés représenter et dont il leur revient de voter les lois d' aménagement les concernant?

Pourquoi, durant toute cette époque, la République s' est-elle plutôt efforcée de tolérer, voire de couver, de choquantes féodalités? Prenons, à titre d'illustration,, la dynastie Dassault. Le grand-père Marcel, puis le petit-fils, Olivier, détiennent , depuis des décennies, un mandat de député littéralement acheté dans une extrémité rurale  de l' Oise. La corruption d' électeur n' a rien d' illégal. Pendant ce temps, le fils, Serge, s' est offert un titre de sénateur dans l' Essonne. Tous trois ont  notoirement "le chèque facile", et figuraient (Marcel et Serge sont décédés) parmi les parlementaires les moins assidus.

Qu' ont-ils jamais su ainsi de la vie pratique des villageois dont ils finançaient distraitement la réfection du clocher ou les maillots de l' équipe de foot? Ce n' est là qu'un exemple : il n' est sans doute pas étranger au développement croissant du rejet de la classe politique et, en conséquence, de l' abstention électorale. Pour les générations nouvelles, la pérennité et la reproduction des rentes parlementaires sont devenues inexcusables et ne pas aller aux urnes se mue en geste contestataire .

Voilà qui sent mai 68 et exprime la philosophie des barrages de la colère. Une vérité s' empare des oubliés : il existe en France deux pays qui y vivent séparément. C' est en tout cas ce qu' éprouvent certains et certaines des smicard(e)s retraité(e)s ou non qui débarquent en novices sur "les Champs", venant du Pas de Calais, de la Creuse, des Ardennes et autres nids de pauvreté. La France pourtant, ils l' ont défendue dans le travail qu' ils ont depuis perdu, et  leurs aïeuls aussi dans les tranchées ou les maquis. Sur 'la plus belle avenue du monde", ils sont des étrangers. Ils ne savent y parler que de leur peine à exister à l' adresse d' une "élite républicaine" qui , de son côté, se donne rarement la peine de les écouter.

La réalité est là, qu'ils mesurent avec amertume : une partie des Français vit au-dessus des moyens de la France, et une autre, la leur, au-dessous. Le problème alors s' élargit : on passe du prix du carburant à une crise ouverte de modèle social.


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LA COLERE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La France est donc, nous répète-t-on, en colère. En tout cas un nombre non négligeable de Français le sont, qui clament, les choses étant , " ne plus en pouvoir". Ces mots sont forts. Pourtant, comparées à celles de bien d' autres nations, les conditions de vie hexagonales semblent encore enviables. Si une partie de la population consomme, voyage et épargne sans restriction, les besoins, considérés comme vitaux, de la grande majorité sont globalement assurés. Ce n' est pas la justice, mais c' est le moindre mal du moment...

Quoique, depuis une trentaine d' années, soit le second septennat Mitterrand, on constate la dégradation régulière des services publics, de l' école à l' hôpital, de l' état des routes aux installations ferroviaires, des tribunaux aux universités, pour ne citer que ceux-la. Situation à laquelle il convient d' ajouter l' endettement chronique de l' Etat et des Collectivités locales, le désarroi du monde rural, l' inquiétante atmosphère des quartiers sensibles, un taux de chômage irréductible, une préjudiciable désindustrialisation, l' hypertrophie du secteur tertiaire (de la bureaucratie notamment ), l' insuffisance des investissements indigènes, une évasion fiscale peu sanctionnée, d' indécentes inégalités de revenus, le découragement massif des maires, l' exode relatif des diplômés, une abstention électorale conséquente, la radicalisation des communautarismes (CRIF d'un côté, UOIF de l' autre) : autant de signes  de désaffection civique et d' abandon de l' intérêt général.

En 2000 ans d' Histoire, la France a été confrontée à toutes sortes de crises : religieuses, politiques, militaires, identitaires, coloniales, financières, sociales, qu' elle a surmontées par un réflexe d' unité. Ce ressort est-il grippé? D' aucuns, face au spectacle de désaveu des "intermédiaires", terme en vogue pour désigner partis et syndicats, en attribuent la source à un sentiment d' humiliation et à un scepticisme défensif que sous-estimerait le Pouvoir.

Non qu' il n' eût existé auparavant. On a toujours connu une Cour arrogante, régentant sans souci des "territoires" excentrés plus ou moins obéissants. Toutefois, le paysage n' est aujourd'hui pas tout à fait le même. Les nouvelles technologies, la géo-politique, l' écologie, rebattent les cartes. Le contribuable ne se veut pas taillable et corvéable, le provincial ne s' assimile plus à un colonisé guettant les décisions d' une lointaine métropole : sous couleur de prix des carburants s' exprime le rejet d' une oligarchie indifférente au sort du vulgaire.

Je suis en colère, contre moi aussi : en colère de me voir amené à ressasser ce lot de lieux communs. Seulement voilà , pas de "Grenelle" du genre possible. L' humiliation ne se prête pas à la négociation. Elle relève de l' attention que les uns et les autres portent à la société, le nanti au précaire, le cabinet ministériel au péri-urbain, l' énarque au chômeur, bref de ce dédain structurel que réservent les "décideurs" aux classes malmenées par leurs soins.

Par conséquent, l' humiliation mijote depuis pas mal de temps dans un enfermement auquel n' échappent que de rares exceptions servant d' alibis. Les Bonnets Rouges, Nuit debout, les Gilets Jaunes, ne racontent-ils pas cependant quelque chose? L' inadéquation institutionnelle de la Vème République à la réalité de 2018, et le mensonge de la "représentation" du peuple citoyen, avec ses scandales à répétition (Cahuzac, Fillion, Benalla, etc),  son bi camérisme obsolète, son découpage régional surréaliste, son millefeuilles bureaucratique toujours plus épais, son train de vie fastueux et l' impunité de ses Princes ?

Faire la sourde oreille aux craquements du système, qui viennent de partout, est grave. Le changement quinquennal de président n' est pas la réponse. A force, le pays des Droits de l' Homme, des Lumières et des Grands Principes se retrouvera dans la violence, à la merci de quelque junte qui mettra tout le monde d' accord. Les démocrates "de progrès" n' auront alors qu' une ressource : sortir leur mouchoir pour un temps indéterminé ( encore un poncif réactivé).

 

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A PROPOS D' ARMEE EUROPEENNE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' idée d' armée européenne, réapparue dans l' actualité, n' est guère nouvelle. Deux pionniers de la construction fédérale, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères, et Jean Monnet, promoteur de la Communauté Charbon-Acier (CECA), y songeaient dès la fin de la 2 ème guerre mondiale et le début de la "guerre froide" (1947), en liaison avec le chancelier Adenauer.

L' idée même s' est aussitôt heurtée à la violente opposition des gaullistes, hostiles à toute réduction de souveraineté, et des communistes dénonçant une opération montée de Washington et du Vatican contre l' Union soviétique. Jacques Duclos traitait Schuman de "boche" à l' Assemblée nationale et, de Colombey, le Général rappelait que les fondements de la France se situaient dans une diplomatie et une armée totalement indépendantes.

Bien que ratifié sans accroc par les Allemands, le traité de la C.E.D a provoqué dans l' hexagone ce qu' on a nommé "une nouvelle affaire Dreyfus", tant les passions y ont agité l' opinion deux ans durant, hors distinction partisane ou presque. L' abbé Pierre, député social-chrétien, les radicaux Herriot, Daladier, Mendès-France, les socialistes Moch, Daniel Mayer, Savary (exclus de la SFIO pour indiscipline) figurent parmi les adversaires les plus résolus d' un projet qui n' a pas été sans conséquences. Ainsi l' élection (au 13ème tour) de René Coty comme président de la République est-elle l' effet d' une neutralisation réciproque d' un candidat cédiste et d' un anti-cédiste, et le vote de rejet final du 30 août 1954 a-t-il provoqué la démission de Monnet de la présidence de la CECA.

Si l' idée d' armée européenne se voit aujourd'hui relancée avec insistance par E. Macron, c' est paradoxalement sur des bases inversées: l' obsessionnel "danger communiste" n' existe plus (remplacé par la menace jihadiste?), l' isolationnisme prêché par Trump oblige les Européens à renforcer leur protection contre d' éventuels agresseurs que le président français désigne nommément (les U.S.A.,, la Russie, la Chine,,,)

Les obstacles ne manquent cependant pas:  maigreur d' une armée allemande de 170.000 hommes, survivance des nationalismes, et, surtout, absence d' une industrie d' armement transnationale : Airbus est, dans le domaine, au 7ème rang mondial (les 5 premières entreprises relevant de constructeurs américains soigneusement corrélés ente eux par le président Clinton)), Thalès au 12ème, Safran au 15ème. Les Belges viennent de renouveler leur aviation militaire avec des chasseurs-bombardiers U.S. Si la pensée Macron-Merkel est d' abandonner la "politique des petits pas" pour créer "d' en haut" une force de défense nucléaire continentale que, pour l'instant, possède et finance seul le contribuable français, dans un monde où l' attentat terroriste semble primer sur le lancement d' une bombe H appelant une réplique immédiate et équivalente, voilà bien une pensée qui mérite réflexion.

Et ce n' est pas l' affaiblissement des deux leaders dans leurs pays respectifs qui parait devoir impulser un irrésistible élan à ce serpent de mer âgé de quelques 70 printemps. Trouvez mieux.

 

 

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L' IDEE DEMOCRATIQUE EST-ELLE "USEE"?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La démocratie libérale telle que la connaissent aujourd'hui maints pays occidentaux développés est- elle menacée de débordement historique autoritaire? c' est la question que posent des observateurs impavides arguant que : 

- de grandes entreprises multinationales comme les GAFA ( Google/Apple/Facebook/Amazon) sont plus riches et puissantes que la plupart des Etats membres de l' ONU et  en mesure de leur imposer leurs intérêts à elles

- la mondialisation du Tout numérique remet en cause des orientations et situations supposées acquises dans des domaines névralgiques comme la Communication, l' Education, les Technologies militaires et industrielles, bouleversant au passage le marché de l' emploi sur la planète

- les rapports de force géo-politiques se sont profondément modifiés : l' Europe est une ancienne superpuissance éclatée, l' Asie un continent conquérant et revanchard, les U.S.A une nation traversée par des contradictions qui commencent à affaiblir le pays

Trump, Xi Jinping, Poutine, Erdogan, dont les manières de gouverner ne semblent pas répondre aux plus purs idéaux démocratiques, redessinent  des pans de l' atlas mondial à leur façon. Pas un Européen parmi eux, pas un avocat des principes sur lesquels se fonde une société se revendiquant d' abord des Droits de l' Homme.

C' est pourquoi il n' est pas tellement bien vu de rappeler de nos jours les notions de séparation des pouvoirs et de liberté d' expression. L' opposition nationalisme/multilatéralisme choisit, à ce niveau, de mettre d' autres thèmes en vedette : la sécurité, fille du terrorisme, l' immigration, mère des racismes. La coopération et la fraternité sont dès lors des concepts vieillissants.

Qu'une contrée qui se prétend un modèle de démocratie comme celle de Donald Trump, s' enferme jalousement dans ses frontières, revient à nier la liberté de circuler vers laquelle tendent désormais les jeunes habitants de la Terre. Ce qui est usé justement, c' est cela, ne penser la vie que par le truchement de l' Etat-nation, de ses institutions obsolètes, ses partis corrompus, ses syndicats sclérosés, son racket permanent. Ce qui devrait au contraire être définitivement usé, c' est de jouer, comme Trump et ses semblables, avec la Paix des peuples en substituant à ce Bien suprême les égoïsmes de classe, le pouvoir des lobbys et du business, la diplomatie secrète et le surarmement. 

Finalement, je préfère le lanceur d' alerte à l' "observateur", aussi avisé soit-il.

 

 

 

 

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SUR GILBERT LELY

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A cette époque, le "Journal parlé" de la Radio-télévision française était lu par des "speakers" qui n' en avaient pas rédigé une ligne, mais étaient choisis pour leur "voix radiophonique". L' un d' entre eux, lèvres pincées et mâchoires serrées, difficile d' abord, d' un anticommunisme viscéral, était Gilbert Lély. Il s' était mis un jour à danser au milieu du studio en apprenant la mort de l' éditorialiste de l' "Humanité", Pierre Courtade. Une autre fois il avait crié à tue-tête ne pas imaginer "comment une femme aussi intelligente que Simone Signoret pouvait vivre avec un abruti comme Yves Montand"" (issu d' une famille de communistes marseillais...)

Personnellement, je n' ai jamais eu avec Lély d' autres échanges que ceux entrant dans le cadre professionnel. Aussi quelle a été ma surprise quand j' ai appris qu' il était un poète admiré de Breton, Eluard, René Char, Hardellet, Bonnefoy, Man Ray et maints autres, que Max Ernst, Coutaud, Leonor Fini avaient illustré ses poèmes, qu' il était enfin considéré comme le meilleur connaisseur de l' oeuvre de Sade. Le provocateur était un modeste.

Né en 1904 à Paris d' un père juif marchand de tissus, Lévy de son nom véritable, le jeune Gilbert débute comme acteur de complément au théâtre de l' Oeuvre et publie des poèmes érotiques. Il est même, de 1933 à 1939, directeur d' un journal médical, "Hippocrate", qui s' intéresse à la psychanalyse.  Il est depuis 1931 membre du Groupe surréaliste et s' y fait remarquer par la publication de "Je ne veux pas qu' on tue cette femme" , en défense de l' espionne fusillée en 1917 Mata Hari.

La passion de Lély pour Sade date du jour où il visite, à Lacoste, dans le Lubéron, les restes du château du "divin marquis". Il se lance dès lors dans une recherche qui relaie celle de Maurice Heine, autre surréaliste qui vient de publier " Les 120 journées de Sodome". Rendant un jour visite aux descendants de Sade à Condé sur Brie, Lély y découvre une malle d' inédits (correspondances, carnets, pièces diverses) dont la parution va s' étaler de 1949 à 1956. Lély entame alors son oeuvre maitresse qui va, à partir de 1962, faire l' objet de multiples éditions : " La Vie du marquis de Sade ". Dans cet exégèse érudit et lyrique, Lély déploie librement tous ses talents et s' installe comme le grand historiographe de son célèbre modèle.

A 75 ans, il épouse Marie- Françoise Le Pennec, de 46 ans sa cadette. C' est elle qui l' accompagne, reconnu , honoré, jusqu' à sa mort en 1985 et, aujourd'hui encore, entretient sa mémoire dans les conférences et les colloques. 

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A PROPOS D'ASSIMILATION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Eric Zemmour, talent de plume et debater réputé, pousse la provoc' (rémunératrice, ses livres se vendant fort bien) toujours plus loin. Voici qu' il s' en prend aujourd'hui aux immigrés qui n' ont pas opté pour un prénom "français", ou suffisamment francisé celui de leur origine (exemples: Jean pour Habib, Gabriel pour Djibril, etc.) Cette problématique essentielle fait le sujet de son dernier libelle, " Destin français ". Même Finkielkraut n' y avait pas songé.

Remarquons en passant que ne semblent visés que des prénoms musulmans, débarqués d'un autre monde. Pas Eric, d' ascendance scandinave, ni Ilan, ni Patrick, qui échappent ainsi au procès en haute trahison introduit par Zemmour pour refus évident de ralliement aux racines latines et chrétiennes du pays où les accusés sont venus vivre, sinon prospérer.

Suffit-il dès lors de glisser de Mamadou à Marcel pour être lavé d' une origine peu catholique? Et, pour un natif d' une autre nation que la nôtre, d' endosser un prénom de secours pour mériter la naturalisation? Je songe à mon propre fils, installé aux U.S.A depuis vingt ans : nul ne lui a demandé de devenir John ou Donald pour obtenir la double nationalité.

Je me sens profondément Français. Pas parce que je me prénomme Jean-Pierre. Parce que j' aime la France, son Histoire, sa Langue, la gerbe républicaine de ses Cultures,  et sa beauté (comme les 85 millions de touristes qui ont choisi d' y venir cette année). C' est pourquoi le super patriotisme d' état-civil me parait forcé, sinon hâbleur et, surtout, vendeur.

Zemmour combat résolument tout ce qu'il dit rattaché aux "idées de gauche", donc, d' abord, un angélisme "criminel" face à l' immigration. Toutefois, le cher homme est assez avisé pour fuir toute confusion avec le "Rassemblement" qui ressasse   un discours identique depuis plus longtemps que lui.Trop compromettent pour le commerce des livres? L' auteur préfère guerroyer dans le confort des plateaux télé où le baston est rare. Il le fait avec un art consommé du truisme et un populisme distingué qui forcent l' admiration.

La France manque de polémistes. Il y a Houellebecq, direz-vous, mais bon...le délit de refus d' assimilation n' était pas encore efficacement exploité. C'est fait. Zemmour fait parler de lui tout en pulvérisant les moulins à vent de l' islamisation du Poitou et en actualisant l' héritage de Charles (Martel).
 

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RELECTURES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Me voici à un moment de vie où l' on tend, dit-on, à relire plus qu' à découvrir. Se plonger une deuxième fois dans un  même ouvrage révèle en effet le désir de retrouver une émotion intime et parfois lointaine . Quel pourcentage d' oeuvres littéraires qui me sont connues cela concerne-t-il? Deux, trois %, je présume. Guère plus.

Je voudrais lister ici, en une sorte de bilan, quelques titres qui ont fait date dans mon esprit. Tous mes "coups de coeur" n' y figurent sans doute pas . Au moins ceux-la font-ils partie de mon Panthéon. Les mentionner suffit donc à inviter à la lecture de pages aujourd'hui quelque peu enfoncées dans la brume des années...Voici :

Jésus-la-Caille (1914) est une visite dans le Montmartre voyou de la Belle époque. Bars louches, hôtels misérables, sombres impasses, personnages troubles, argot oublié, c' est l' atmosphère qu' avant Simenon, Dabit ou Boudard , le poète Francis Carco a évoquée au grand plaisir du théâtre puis du cinéma qui en ont alors fait leur miel.

Histoires de Tabusse (1930). Un autre monde : celui d' un truculent cévenol des environs du Mont Aigoual, écolo avant l' heure. Ce montagnard fanatique d'indépendance est, sous la plume d' André Chamson, un libertaire dont la parole s' affirme d' une confondante modernité. Le cinéma a tiré de l' ouvrage un film qui, parait-il, s' est "perdu" (?)

Le Sang noir (1935) est un récit dont le véhément pessimisme s' apparente aux rugissements de Céline. Son auteur, Louis Guilloux, a été porté sur les fonts baptismaux par Gide, Malraux et Aragon, pas moins. "Le Sang noir ne met pas seulement en cause la bourgeoisie, déclare Guilloux. Il remet toute la vie en cause." Son héros, un vieux prof' surnommé "Cripure" est une figure de notre histoire littéraire. Maurice Maréchal l' a portée sur la scène de son théâtre.

Picardie (1943) J' ai toujours eu un faible pour Pierre Dumerchey, dit Mac Orlan, voguant, à ses débuts, entre Ubu et Dada, et influençant plus tard Boris Vian et Queneau. Les tribulations du sergent Saint-Pierre et de Babet Molina dans le régiment "Picardie", au XVIIIème siècle, est une fête de l' imaginaire. Narrateur de la trempe de Cendrars, Mac Orlan est aussi un maître du fantastique social.

Le Dieu nu (1951). Ce dieu la ne se dénude point. Il se nourrit principalement d' un érotisme retenu par les frustrations de l' hypocrisie sociale. Ou bien : Comment, selon Robert Margerit, une passion annoncée peut devenir la peau de chagrin qui châtre tous les élans de la vie amoureuse. " Le Dieu nu " est un chef d' oeuvre du genre.

La Mort des autres (1968) A mon avis, le plus émouvant et le plus méconnu des textes de Jean Guéhenno, fils d' ouvrier devenu écrivain. " La Mort des autres", c' est la mort dans les tranchées d' un camarade d' Ecole dont la mère ne possédait au monde que ce fils, unique et inégalable. Un réquisitoire accablant contre l' ineptie et la cruauté de la guerre.

L' Eternité plus un jour (1969) Titre inspiré par la pièce de Shakespeare " Comme il vous plaira ". Au bout d' une trentaine d' années de luttes, le héros, un contemporain, tire ce bilan désabusé : " Notre vie aura été sans cette joie qui nous était promise, et a été volée. " L' auteur, le poète Georges-Emmanuel Clancier s' est éteint en juillet dernier sans tambour ni trompette, à 104 ans. Je suis heureux de le relire. 

 

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MEMOIRE HISTORIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Trump vient encore d' adresser à son jeune ami Macron une vacherie ajustée.Comme on demandait à l' Américain, qui s' était déclaré "conquis" par la revue du 14 juillet à Paris, s' il envisageait une manifestation du même genre aux Etats Unis, il a répondu : "oh! c' est trop cher! " Quand on sait que le budget militaire américain est de très loin le premier du monde, la réplique est plutôt mufle.

Cela dit, ce milliardaire économe a mis le doigt sur une réalité : les dépenses insensées que les autorités françaises consacrent à fêter et célébrer l' Histoire, du village à la capitale. Aux U.S.A précisément, mais aussi dans bien d' autres pays, la célébration des moments historiques est regroupée en une journée fériée, en l' occurrence le "Memorial Day" où hommage est rendu aux morts des victoires (les deux guerres mondiales) comme des défaites (Vietnam).

En France, le sujet est, sans jouer sur les mots, explosif. Quand Giscard a voulu supprimer le congé du 8 mai (date qui, à vrai dire, ne renvoie pas à un succès exclusivement national) le tollé a été tel que l' auteur de la suggestion a vite fait machine arrière. Moyennant quoi les intransigeants du souvenir ont sauvé un de ces "ponts" qui font, dans notre pays, le charme d' un mois de mai de vacances pré-estivales aussi onéreux qu' improductif.

Le réseau routier, longtemps objet de fierté, se dégrade. Les trains, autrefois réputés pour leur ponctualité, accumulent les dysfonctionnements. Air France, qui fut l' une des meilleures compagnies aériennes internationales, part à vau l' eau. Pendant que la décentralisation offre à l' Etat l' occasion de refiler en grande partie la charge des services publics (écoles, hôpitaux, tribunaux, transports) aux collectivités locales en réduisant constamment leurs budgets, nos gouvernants impavides ne cessent de subventionner la Mémoire - que dis-je? toutes sortes de mémoires se relayant au long de l' année. Grandes batailles, armistices, esclavage, atrocités, déportations, tout est prétexte, devant des publics clairsemés ou "spécialisés", à mobilisation des élus, dépôts de gerbes, allocutions forcément redondantes, projets de musées thématiques, ou poses de plaques dont les passants ignorent l' objet.

Cette manie, qui fait sourire les Anglo-Saxons, toujours à l' affût d' une raison de moquer les Français, cette manne aussi qui permet de survivre à des tas d' associations parasitaires et fantomatiques, illustre ce qu' on nomme la "légèreté française", mais doit être électoralement rentable puisque aucun homme politique n' y voit rien à redire.

365 jours par an d' histoire mémorielle, sans rappel de quelques défaites, elles aussi mémorables, c' est beaucoup. C' est même trop pour demeurer signifiant. Quel homme vraiment d' Etat aura le courage de mettre de l' ordre dans ce fatras et cette gabegie?

Gardons le 14 juillet et le 11 novembre : de belles dates qui évoquent Poilus et Sans Culottes, et sur lesquelles peut se greffer tout le reste. Une nation robuste n' a pas besoin d' appeler à tout moment la publicité historique à la rescousse. Elle se suffit à elle même sans alourdir ses dettes.

Publié dans société

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SEPTENNAT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le blog "Mémoire-et-Société" a sept ans d' âge : 426 articles, environ 20000 visiteurs et 27000 pages lues, sans aucune publicité, sur des thèmes et sujets ni distractifs ni people (mouvements de société, histoire littéraire, événements politiques) ne semble pas un score négligeable.
D' autant que ce travail a rencontré depuis deux ans des contrariétés et ralentissements dus aux avatars de l' existence (travaux parallèles et accidents de santé notamment).

L' année qui s' annonce, la huitième donc, demeurera orientée vers d' identiques problématiques : phénomènes marquants d' un monde en pleine effervescence géopolitique et géoculturelle, sans soumission à la stricte actualité, recherches sur une Histoire dont nous (franco-européens), sommes parfois, sans en avoir pleinement conscience, tributaires. "Mémoire-et-Société" entend être enfant de son Temps sans rien renier de ses racines.
Merci à ceux qui, en continuant de me lire, voire de me commenter, m' encouragent à continuer. Merci à ceux qui, peut-être, découvriront mon propos et y trouveront matière à réflexion. Merci enfin à toute l' équipe d' Overblog qui, depuis ces années, m' a abrité et accompagné avec sympathie et disponibilité.

Publié dans actualité

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