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SUR LE CAS MELANCHON

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La gauche française est en capilotade. S' il n' est pas, sans doute, l' unique responsable du passage d'une frange conséquente des masses populaires à l' abstention civique, Jean-Luc Mélanchon porte en l' affaire sa part de responsabilité. Le comportement d' un personnage public et sa subjectivité ne restent pas sans influer, positivement ou non, sur une société.

Qui est J-L. Mélanchon? Sa biographie le présente comme "professeur". Il l' a été peu de temps, sur un poste d' auxiliaire. Depuis 1983, il vit des revenus de la politique. Fils de "Pieds noirs" divorcés, sa jeunesse a été jalonnée par les étapes de la carrière de sa mère institutrice : en Normandie puis dans le Jura. Il passe une licence et un CAPES de Lettres modernes tout en militant à l' " Organisation Communiste Internationaliste" (O.C.I), mouvement trotskiste auquel a également appartenu, malgré ses dénégations, Lionel Jospin.

Mélanchon ne s'y attarde pas. Il rallie en 1976 le Parti de Mitterrand, sa nouvelle idole, et y rencontre Claude Germon, maire de Massy, dans l' Essonne, dont il devient le directeur de cabinet. En 1986, trois ans plus tard, il est secrétaire départemental du P.S  élu sénateur. Alors, les portes s'ouvrent. Il amasse fonctions et mandats: animateur d' une tendance du Parti, président de Conseil général (1998), ministre délégué sous Jospin (2000), co-président fondateur du Parti de Gauche (2009), député européen puis à nouveau sénateur, fondateur en 2016 de "La France Insoumise", député de Marseille et président de groupe parlementaire. Son obsession: supprimer de la carte l' anachronique Parti socialiste qui n' a pas voulu reconnaître son charisme.

Car Mélanchon souffre d' un ego ultradimensionné, parfois enfantin. Rien, par exemple, ne le ravit davantage que d' entendre louer ses facilités oratoires ou son bagage historico-politique. Son carburant est un orgueil qui, à force d' invectives tous azimuts, d' excès de démagogie et d' autoritarisme, l' isole jusque parmi les siens, comme en témoigne sa rivalité avec le très électron libre et député Ruffin. La solitude, on a l' impression que l' ex lambertiste (trotskiste de la variété intraitable) la choisit et la subit à la fois. Il a 68 ans. C' est tard pour continuer à rêver de devenir le Fidel Castro de l' Europe.

D' autant que les innombrables démêlés avec la Justice, qu' il partage en compagnie de son égérie, Sophia Chikirou, spécialisée dans les budgets de Communication, ou les rumeurs de népotisme qui courent sur le compte de ce tribun du peuple, paraissent participer de la stagnation des sondages relatifs à L.F.I (7% aux prochaines élections européennes).

Quoi qu' il en soit, l' avenir du néo marseillais ne semble pas trop lui sourire. A l' intérieur de la gauche, ses excommunications et ses problèmes financiers ne lui valent pas que des alliés. Son impact sur les Gilets jaunes s' est révélé inexistant, malgré son ode à. Eric Drouet. Le discret appui maçonnique se dérobe en raison du comportement de ce "Frère" avec les autorités judiciaires et policières. Partisan plus qu' idéologue, passionné plus que cohérent, il ne demeure vraiment crédible qu' aux yeux de ceux à qui son bluff et ses envolées lyriques font encore illusion.

La réalité est dure à affronter : le "leader" risque de ne laisser bientôt que la trace d' un Tartarin dont les vantardises ont concouru à l' éparpillement et  l' effondrement du mouvement social de son temps.  Attristant  bilan qui désespère tous les Boulogne-Billancourt du pays.

Publié dans actualité

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LE DILEMME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La démocratie dite participative et l' institution étatique traditionnelle semblent se détacher l' une de l' autre : c' est du moins ce que relèvent certains politologues à propos de la crise actuelle en France.

Faudrait-il alors y voir quelque revanche de nouveaux Girondins sur des Jacobins blasés, du fédéralisme sur le centralisme, de la participation sur la représentation, des ruraux et rurbains sur les métropolitains, de l' esprit libertaire sur la procédure autoritaire, de Proudhon sur Marx? Y voir la réponse d' un peuple excédé, non seulement par la surcharge et les inégalités fiscales, le grignotage de médiocres salaires et retraites,  l' amaigrissement du pouvoir d' achat,  la stagnation du chômage, mais encore par la mondialisation capitaliste, la contrainte consumériste, l' abêtissement publicitaire, la menace mortelle du dérèglement climatique, et, plus confusément, par un sentiment de désagrégation, de perte de prestige collectif aboutissant à un individualisme qui n' est que résignation et repli?

Bien sûr, toute société a besoin d' un minimum d' organisation. A cet effet, elle réclame des règles lui permettant de fonctionner. C' est là que se présente, pour un régime globalement démocratique mais affaibli, un dilemme impitoyable : quelle forme politique envisager, apte à prendre des décisions conformes à l' intérêt général en suscitant un maximum de consensus? La fin que s' assignait, au temps de sa splendeur, la théorie socialiste était de "substituer l' administration des choses au gouvernement des hommes". Mais qu' imagine-t-on pouvant maintenant servir d' amortisseur entre le démontage d' un Etat et l' avènement d' une Démocratie-nation libérale?

Le mouvement des "Gilets jaunes" est à cet égard instructif. Nombre de ses membres contestent le pouvoir étatique tout en sacralisant le passé historique de celui-ci: révolutionnaire sans doute en 1789, mais vite devenu totalitaire. Ce patriotisme sourcilleux, cette exaltation du terroir, dessinent, malgré toute la sympathie qu' engendrent  ces Français humbles, sincères et oubliés de l' oligarchie, comme une sorte de séparatisme. Les banlieues, les "quartiers", ne s' y trompent pas. Ils ne se sont guère solidarisés avec les déshérités d' un monde qui rejette souvent, pêle-mêle, la financiarisation, les lobby et les immigrés. A priori communautaristes par la force des choses, ces derniers ont des visées qui les détournent des litiges entre Gaulois...

On perçoit là les contradictions du populisme: une demande égocentriste de protection nationale et une volonté de relâchement du lien avec le corps social incarné, faute d' alternative, dans une structure qu' on a pris l' habitude de dénommer Etat.

République, Démocratie, Peuple ou Citoyen, leurs rapports s' obscurcissent. Visiblement, le régime actuel ne correspond pas aux attentes, après 40 années d' un scandaleux cafouillage. La France d' aujourd'hui a peu à voir avec celle de Charles de Gaulle. Aussi le "grand Débat National", au point où il est parvenu, ne parait-il pas suffire à déblayer convenablement les décombres, puis à repartir vers la solution qui s' impose : l' instauration d' une République, VIème ou non, revisitée et dératisée de la cave au grenier.

 

 

 

Publié dans politique

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POETE DE HASARD

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Arnaud Mesnil-Ribas, né en 1988 à Axat (Aude), fait partie des auteurs que les revues de l' entre-soi poétique ignorent, comme produits en quelque sorte d'un hasard éphémère, et peut-être eux-mêmes se considèrent-ils ainsi : non sérieusement poètes...

Enseignant dans le Midi de la France, Mesnil-Ribas publie fort peu et se manifeste moins encore. On ne le voit ni dans les Foires du Livre ni dans les Colloques érudits. Il ne pourchasse pas les éditeurs, travaille dans son coin, en silence, s' il en éprouve la nécessité, se revendiquant à la rigueur du surréalisme première manière.

Sa particularité réside dans le recours à des formules touts faites, celles du quotidien, chewing verbaux qui "collent aux dents",  et aux associations de mots devenues quasi automatiques, qu' il intègre ou pétrit avec le plus tranquille naturel.

Ci-dessous un texte inédit intitulé précisément "Chewing gum", extrait d' un recueil à paraître...un jour.

 

"Bonjour, le soleil sonne sur les toits des hôtels dégarnis et sur leurs chiens assis à l' aplomb                 "Des jeunes filles en fleur 
"Donc le soleil tonne puis ensuite les cloches.
"Le monde à l' envers, note le bedeau le plus proche. 

"Il glisse, glousse, tire ses flèches sur les esclaves escaladant les hôtels par la face nord                                 "La partie semble mal engagée                                                                                                                         "Là-bas au bord des toits là-bas au son du clairon                                                                                          "Au bout du bois 

"Loup y es-tu? entends-tu?                                                                                                                                " Pas de clerc! il se désaltère dans l' onde claire et nette                                                                                 " Je confirme : de clerc aucun!                                                                                                                          " Le bedeau range son carquois et fait sonner le soleil 

"Les esclaves flirtent honteusement                                                                                                                  "Avec les bêtes immondes                                                                                                                                 " De quoi ce loup se mêle-t-il?                                                                                                                        " Qui est son comparse?

" Marie Madeleine se dénonce                                                                                                                           " Les chiens rêvaient de liberté                                                                                                                        " Conditionnelle, plaide-t-elle,                                                                                                                           " Liberté sous caution pour le moins

" Monsieur le juge n' est pas si bon enfant qu' il l' admet                                                                                 " Il joue du droit divin tel un patron                                                                                                                 " Malheureuse Marie-Madeleine, elle fait                                                                                                         " Sous contrôle judiciaire confiance à la justice de son pays

 "Le soleil mâche la fin du jour                                                                                                                           " Soudain la meute de chiens assis se délivre                                                                                                   " A ses risques et périls. Sauve qui n' en peut mais!                                                                                       " " Et ainsi de suite...                                                                                                        

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

 

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REHABILITATION D' ANDRE LEO

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La double actualité de la question sociale et de la cause féminine braque les projecteurs sur un personnage qui, parfaitement oublié au siècle dernier, a joué, de son vivant, un rôle auquel on s' est décidé, depuis une quinzaine d' années, à rendre justice.

Rééditions, biographies, articles de journaux et de revues, ont remis André Léo au goût du jour. Léodile Béra, née dans le Poitou en 1824, épouse Champseix en 1849, veuve à 39 ans, adopte un pseudonyme masculin par emprunt aux prénoms de ses deux fils jumeaux.

Issue de la bourgeoisie républicaine et provinciale, elle a pour mari est un journaliste socialiste disciple du théoricien Pierre Leroux. Condamné par le régime de Napoléon III, le couple se réfugie en Suisse où André Léo écrit ses deux premiers romans, " Un mariage scandaleux" et " Une veille fille", qui connaissent un succès immédiat. On compare l' auteur (autrice) à George Sand. Il permet en tout cas à la famille de survivre.
Installée à Paris après le décès brutal de Grégoire Champseix en 1863, André Léo s' engage aussitôt dans l' opposition politique, adhère à la franc-maçonnerie et se lie avec les figures notoires du féminisme, Noémie Reclus, ( soeur d' Elie et d' Elisée), Paule Minck, Louise Michel , Marguerite Durand.

Avec elles, elle opte en mars 1871 pour la Commune, après avoir notamment créé le journal "La République des travailleurs". Parvenue à fuir la "Semaine sanglante" du mois de Mai , accompagnée du syndicaliste Benoit Malon, elle regagne la Suisse où elle poursuit une activité littéraire déclinante. La guerre a changé les choses et l' exil devient un handicap. Elle rompt avec Malon en 1878 et, après un séjour en Italie, profite de l' amnistie de 1880 pour rentrer en France. Elle a 56 ans.

Dans le mouvement ouvrier, la donne s' est modifiée. Proche des positions de l' anarchisme et de son leader Bakounine, André Léo se heurte de front, au sein de l' "Association Internationale des travailleurs" (Première Internationale, fondée en 1864), à Marx et à ses thèses qu' elle juge "trop autoritaires" . Dans la vision maçonnique, "la chaîne d' union" prime sur la dictature du prolétariat. André Léo est emportée par la nouvelle déferlante qui submerge la militance révolutionnaire. Sa voix devient inaudible.

Elle publie en 1899 son livre-testament, "Coupons le câble!", consacré à la séparation de l' Eglise et de l' Etat qui interviendra effectivement en 1905. Trop tard. André Léo est morte en 1900, accablée par la disparition de ses fils à peu d' années d' intervalle et par une orientation du combat progressiste qui lui parait nier les valeurs défendues par sa vie et  son oeuvre .

 

 

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SOCIOLOGIE CONTRE IDEOLOGIE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

XIVème samedi...que sont les "gilets jaunes" devenus? Les pionniers ont stationné jour et nuit, Noël compris, sur les ronds-points. Ils étaient identifiables : blancs, avec une proportion de femmes supérieure à celle qu'on voit la plupart du temps dans les mouvements de protestation, chargés de famille, en grande majorité provinciaux ( ruraux et périurbains ), essentiellement issus de la petite classe moyenne ( commerçants de détail, artisans, travailleurs indépendants, retraités de la fonction publique locale), sans parti et primomanifestants, mais demandeurs sincères de considération et de solidarité patriotique.

Depuis la dégénérescence de la Gauche (communistes liquidés par Mitterrand, socialistes dégoûtés par Hollande, syndicats usés par des mobilisations sans effet), ceux "d' en bas" s' abstiennent en masse, en attente d' autre chose que le commode rituel électoral anti Le Pen, bouclier favori de la démocratie "représentative".

Soudain, un peu d' air frais s' est mis à souffler au bord des "Nationales". Jacquerie contre un Etat insatiable et inaccessible, une oligarchie égocentriste, un mépris de classe masqué tant bien que mal par un paternalisme insupportable.

Chose révélatrice, l' autre partie souffrante du peuple, en l' occurrence l' immigration , n' a pas bougé le petit doigt. Elle a continué de vaquer à ses occupations,  en premier lieu la recherche d' emploi, sans le moindre souci des gesticulations "gauloises" d' à côté. Situation qui illustre à quel point l' immigré, surtout non européen, a pris désormais ses distances,  combien les communautarismes se sentent dissociés de la vie nationale et des organisations reconnues du monde du travail. L' information n' est pas négligeable: elle n' a été relevée par personne. Les "Quartiers" n' ont  apparemment délégué que des casseurs, ni poujadistes ni gauchistes mais aptes à discréditer une juste colère et à en détacher les modestes convaincus.

Dans ce charivari, l' idéologie, celle du moins visant à cautériser les plaies sociales en promettant à chaque génération un lendemain en chanson, n' est plus qu' un refrain essoufflé pour colloques ou congrès. Son discours n' atteint pas le citoyen. La passerelle qui mènerait des "think tank" aux ronds-points n' existe pas. En fait de passerelle, la seule connue du moment est celle où se sont affrontés un boxeur révolté et les CRS: elle se nomme Senghor, du nom d'un apôtre de la Conciliation. Encore une indication dédaignée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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APPRENTISSAGE DE PARIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Certains, provinciaux ou touristes étrangers, n' aiment pas Paris. " Cité bruyante, assez sale, chère, où les gens sont peu aimables et toujours pressés, les garçons de café insolents, les musées en grève ou en rénovation", se plaignent-ils. Il y a du vrai. J' ajouterai même aux critiques, surtout depuis que Mme Hidalgo prétend diriger la capitale française, des travaux incessants  partout à la fois, des rues barrées, des arrêts d' autobus escamotés, des parcours imprévisibles, des déviations sans préavis, des encombrements accentués par la fermeture ahurissante des voies sur berge. Bref, une pagaille  permanente. Cette Ville réussit l' exploit d' être à la fois suradministrée (21 adjoints au maire, 533 conseillers de Paris et d' arrondissement rémunérés, 49000 fonctionnaires municipaux) et sous-gouvernée, si l' on en juge par l' incohérence des décisions. J' y suis né. Je peux en parler.

Cependant, malgré le choix invariablement malchanceux de ses responsables (Chirac et ses "frais de bouche", Tibéri et sa mafia corse, Delanoé et ses colères puériles), Paris parvient encore à sauver ses parts de magie. 

Quand je vois la "découverte" se limiter à un passage par Notre Dame, la Tour Eiffel, le Sacré Coeur et à une soirée "féerique" au Lido, je me dis que , là et ailleurs, la conception commerciale du tourisme n' est décidément qu' un suave artifice.

Car en réalité une ville telle que Paris s' apprend.  Comme une langue. Ne s' explore sérieusement qu' à pied. Ne permet de reconstituer le puzzle qu' à terme. Mon circuit d' initiation serait l' inverse de celui qu' offre la quasi totalité des Agences : un tour au Père Lachaise, y compris au Mur des Fédérés, comme dégourdissement historique, une flânerie dans les "Passages" qui s' emboîtent entre les jardins du Palais Royal et le Faubourg Montmartre, un arrêt devant le jet d' eau du Square d' Orléans, le recueillement dans l' espace du vieil Hôpital Saint-Louis, une halte sur la place des Vosges à la tombée du jour, à titre de simple exemple. Avant toute explication. Je sais : un cimetière et un hôpital ne répondent pas forcément à l' image attendue... Mais en ce lieu, toutes les subjectivités ont  leur chance parce chaque endroit a ses fantômes: Paris est d' abord une ville-musée exceptionnelle.

C' est sans doute pourquoi elle suscite une telle collection de passions. On y croise les personnages les plus divers: Hugo, Balzac, Baudelaire, Zola, bien sûr, mais encore Apollinaire, Cendrars, Léon-Paul Fargue, Carco, Breton et Aragon, Céline, Salmon, Dabit ou Léo Malet, les noms arrivent en foule, dans un désordre ravi .

Les présentations ainsi faites, vous pouvez passer à la visite : lecture de plaques commémoratives au-dessus des porches, recherche d' adresses disparues dans des rues recommencées, traces à demi effacées de récits d' autrefois, survivances plus ou moins préservées de passés à l' abandon.

Chose réconfortante, l' apprentissage de ce Paris là connait un regain de curiosité. On voit, à l'angle des rues, des groupes de plus en plus fournis, serrés le nez en l' air autour de leur guide. A leur tour, ils apprennent Paris. 

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DES NOUVELLES DU TIERS ETAT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La "crise des gilets jaunes", remet  en lumière les contradictions sociales et, de là, politiques en France. Problème récurrent alternant phases aiguës et périodes calmes, sinon sereines. Presque deux siècles et demi après la grande Révolution (que maintes références aux "sans culotte" évoquent aujourd'hui), trois "Ordres" bien distincts continuent de composer la population du pays. Pas les mêmes, bien sûr, qu' à la fin du XVIIIème siècle, mais trois encore: l' oligarchie financière a pris le relais de l' aristocratie, le clergé voit son rôle s' estomper et les flux migratoires occuper le terrain qu' abandonne peu à peu l' ancien pouvoir religieux, le "tiers état" (classes populaires indigènes) demeure tiers état, malgré les améliorations de ses conditions de vie en matière de logement, d' éducation et de santé:

- on ne relève plus de l' "élite" par la seule naissance, mais aussi par l' héritage intellectuel et financier (90% des élèves des Grandes Ecoles proviennent de familles de hauts fonctionnaires, de chefs d' entreprise et de professions libérales).La méritocratie participe également à la reproduction des classes dominantes

- la population des banlieues ouvrières est, pour majorité,issue de l' immigration, plus encline partiellement au communautarisme qu' à une totale intégration . Pour elle, la "crise des gilets jaunes" reste une " affaire de Gaulois" et impacte peu leur attitude.

.- la classe moyenne enfin se sent de plus en plus marginalisée par la mondialisation et l' organisation de l' Europe, absente des décisions qui engagent son avenir. Son exil forcé dans la périphérie urbaine en raison du coût du logement, un chômage qui peut englober des générations, la conduisent vers un assistanat qu' on ne se prive pas ensuite de lui reprocher. Un système de représentation truqué par des charcutages et dispositifs électoraux  parfaitement honteux, les scandales successifs éclaboussant des hommes politiques influents, l' éloignent, scrutin après scrutin, des urnes dont on lui répète qu' elles sont le summum de la démocratie. Dédaigné par l' élite, suspecté de relents racistes par l' immigré muré dans son refuge communautaire, le nouveau Tiers Etat manque d' allié . Si mai 68 avait pu susciter la convergence (tardive) du mouvement étudiant et des salariés, les Gilets jaunes, par l' hétérogénéité de leurs origines, rendent hypothétique l'. extension  de la solidarité . On n' est ni à un tournant historique modèle 89 (en quoi le référent Tiers Etat atteint vite sa limite), ni au niveau des insurrections prolétariennes du siècle d' après. La fracture est complexe : économique et sociale assurément, mais aussi, en arrière plan, géo-culturelle, débordant quelque part le schéma idéologique  classe contre classe. La financiarisation sauvage de la planète se heurte maintenant à ce qu' elle a elle-même enclenché: un tsunami de l individualisme consumériste. Dans cette lame de fond, la France n' est que le partenaire obligé d' un Occident bientôt rattrapé par un autre Monde, le Monde en développement.

Au creux d'une aussi gigantesque mutation  comment situer les Gilets jaunes? parmi les conservateurs à travers certaines de leurs revendications, ou parmi les lanceurs d' alerte par leur obstination?

 

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LA CHINE ET LE "SECOND MONDE" (2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Dans la partie d' échecs engagée entre Chine et USA, capitalisme d' Etat communiste et capitalisme d' Affaires occidental, les pays européens, notamment l' Angleterre, ex maîtresse des mers et du commerce colonial, et la France, puissance impérialiste et militaire jusqu' à la seconde guerre mondiale, se trouvent cantonnés au rôle de figurants.

Ainsi se sont auparavant effacés les empires portugais et espagnol et, plus tard, les empires autrichien, ottoman, celui des Romanov, renversé par le bolchévisme, et le deuxième Reich allemand, conquis par les Nazis.

A force, le continent européen est paradoxalement devenu un géant commercial et un nain politique, incapable de parler d' une même voix. C' est ce qu' ont bien compris les Chinois qui s' infiltrent dans la moindre faille du système en achetant ports, aéroports et entreprises diverses. La vulnérabilité des Démocraties capitalistes d' Europe est une occasion incomparable pour l' Empire du Milieu, résolu à renverser l' Histoire en ébranlant économiquement l' Ouest et l' impérialisme classique.

Mieux encore! Trump se réfugie dans l' isolationnisme. Le Brexit, crispation insulaire anachronique, pousse le Royaume Uni au chaos. La livre sterling s' affaiblit, les tendances séparatistes s' accentuent en Ecosse et au Pays de Galles, le Commonweath n' est plus qu' un aimable club de gentlemen anglophones, la Grande Bretagne est plus volontiers évoquée s' agissant de rock et de football qu' à propos des grandes affaires du monde.

Moins esseulée par son appartenance à la Communauté Européenne, la France s' efforce de jouer les courtiers entre blocs. Sa voix est encore audible en Afrique de l' ouest et au Moyen Orient, malgré le recul de l' influence chrétienne et la marée de l' islamisme.

Les deux vieilles nations citées sont certes des puissances atomiques, mais leur fragilité ( chauvinisme obsolète d' un côté, incertitude sociale de l' autre ) les empêche d' offrir une résistance crédible aux audaces extérieures. Le " second monde ", miné par l' individualisme, la bureaucratie et le sentiment de déclin , semble plutôt fait pour constituer dorénavant un terrain d' essai consacré aux multiples expérimentations chinoises, qu' un rempart contre les ambitions de celle-ci.

L' Europe disparaîtra-t-elle dans l' indifférence d' elle-même, comme Rome il y a près de deux millénaires? Alors, que vive Mao !
  

 

 

 

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L' Enfant gâté

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il ne faut pas choisir la vie publique quand on est né avec une cuillère d' or dans la bouche. Emmanuel Macron a bénéficié, à son départ dans la vie, de tous les atouts : famille aisée et cultivée, dons intellectuels multiples, hautes relations et protections solides, s' ajoutant aux remparts de classe (la grande bourgeoisie amiénoise) et à une touche de non conformisme qui fait sortir du lot ( en l' occurrence une liaison avec son professeur, mère de famille de vingt ans son aînée, qu' il épouse).

Avec un tel bagage, ne reste qu' à dérouler le film : lycées élitistes, grandes Ecoles, prestigieuse Inspection des Finances, la suite est connue. Le soir de son intronisation, devant le Louvre, le plus prometteur avenir national et européen s' offre à ce président de 39 ans.

Il n' imagine pas un instant qu' avec ses airs impériaux, ses envolées assurées, puis ses saillies condescendantes et blessantes, il va enflammer l' exaspération de 40 ans de dilettantisme giscardien, mégalomanie mitterrandiste, paresse chiraquienne, gesticulations sarkozystes et nullité hollandaise. Un total qui fait beaucoup pour un peuple politisé dégoûté de la politique. Macron, lui, est aux antipodes de ce ressenti, naviguant entre la Banque, l' Elysée et Bercy.

Il ne voit donc rien venir. Pas plus que son entourage de jeunes messieurs, pas plus qu' une presse bluffée par  cette réussite éclair, zappant d' un coup le consternant spectacle de la politique hexagonale, de ses échecs économiques et financiers, de ses scandales, de la paupérisation de ses couches populaires, de la dégradation de son image extérieure.

La chute est telle qu' en dix huit mois, il " dégage" ce qui restait debout du "vieux monde" : la foi en la réforme, l' espoir d' une justice fiscale et d' une convalescence des services publics, une certaine idée de la Démocratie, l' illusion d' une relance crédible du projet européen.

La politique, que les surdiplômés confondent souvent avec la technocratie - oui, la politique, l' art d' administrer la Cité-, cela s' apprend. Pas dans les partis de masse, il n' y en a plus, ni dans l' entre-soi des think tank, il y en a trop, qui ne servent pas à grand'chose. De préférence sur le terrain. Pas dans des colloques pour spécialistes, mais dans des débats publics compréhensibles par chacun. Pas en tout cas dans la seule compagnie de hauts fonctionnaires carriéristes et d' éditocrates flatteurs.

Soudain, l' enfant gâté ne suit plus. Il croyait bien faire ! être le Chef ! Il maigrit, ses traits se creusent, sous le bronzage qui pâlit ! On l' injurie ! on le décapite (symboliquement) ! Le bleu de ses yeux étonnés cherche des soutiens. Il a perdu le radieux sourire qui, il n' y a pas si longtemps, combien? quelques mois... séduisait les cénacles internationaux. Le charme est rompu : le samedi, les Champs-Elysées, " la plus belle avenue du monde ", sont encombrés de carcasses de voitures incendiées. Les rues de Bordeaux, si touristiques, sont saccagées. La préfecture de la Haute Loire est mise à feu. La police, elle-même frustrée, demande grâce. Comme les Urgences des hôpitaux où l' on peut mourir dans un couloir.

Des pauvres - petits retraités désindexés, femmes seules avec enfant handicapé, smicards surendettés, mal logés chroniques, sans emploi de la seconde génération, étudiants en galère- sont installés jour et nuit aux ronds-points, y passent Noêl autour de braséros où grillent les merguès de la solidarité.

L' enfant gâté s' est-il trompé de fées, penchées sur son berceau ? Il ne faut pas rêver qu' aux lambris républicains quand on veut, "en même temps", diriger la France... 

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LA CHINE ET LE "SECOND MONDE" (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai publié en 1976 un essai intitulé "Le Tiers - socialisme ", où je consacrais notamment un chapitre à " l' expérience chinoise" et à ses perspectives. A gauche, cela tombait plutôt mal. Mitterrand, visant les élections de 1981, s' efforçait de donner l' image (" La force tranquille") d' un réformiste paternel et aseptisé. Venant peu de temps après " La Révolution culturelle" et ses excès, mes observations ne correspondaient pas à l' air du temps. Le nécessaire ( silence organisé) fut fait pour neutraliser le modeste libelle.

Aujourd'hui, je ne renie pas mon analyse, sinon son angélisme qui recoupait alors celui de gaullistes comme Chaban-Delmas ou de gauchistes comme René Dumont.
Depuis, la République populaire chinois a poursuivi le chemin ouvert par la création du P.C en 1921 et la conquête du pouvoir par celui-ci en 1949. Son président actuel, Xi Jinping (65 ans) , élu depuis mars 2018 pour une " durée indéterminée" ( autrement dit à vie), confirme Mao selon lequel " l' ennemi principal" se situe dans " les forces réactionnaires" , à savoir le capitalisme américain dominant, et,  à un moindre degré, le " social impérialisme", dégénérescence du bolchévisme, ex allié ouvriériste du communisme paysan de  la Chine. Pékin distingue désormais ces deux régimes d' une autre "force", intermédiaire celle la, dite "second monde", englobant l' Europe, le Japon, l' Australie et le Canada. Les arabesques de la géo-politique en Chine n' ont jamais cessé de surprendre l' esprit cartésien, et de prendre de court les Occidentaux : le néo marxisme semble ainsi substituer la lutte mondiale des Etats à la (désuète?) lutte des classes.

La politique des héritiers de Mao doit donc se lire à partir du niveau d' intimité de chacun avec la Maison Blanche ou  le Kremlin, et des chances de le diminuer. Par là s' explique, par exemple, l' acharnement de Pékin à rétablir l' "ancestrale "route de la soie", qui ouvre la voie d' une Europe dont on dit que "qui la tient, tient le monde.". Elargir, creuser le fossé avec les USA est la priorité tactique.

Porte-voix d' une croissance équitable et d' une redistribution vertueuse, ennemie déclarée des inégalités afférentes au capitalisme spéculatif, la Chine affiche son prochain objectif : être en 2049, centenaire de l' avénement du communisme dans le pays, la première puissance du globe.

Compte tenu de ce dessein, l' isolationnisme de Trump est une appréciable aubaine. Elle contribue à sa façon à la naissance du citoyen socialiste universel. (à suivre)

 

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