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Manessier de passage chez lui

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ce blog aura 4 ans le 13 août prochain. Vous êtes nombreux à continuer de le consulter malgré un ralentissement de sa production depuis avril dernier pour la raison exposée dans l' article "Précision" du 5 juin Soyez-en sincèrement remerciés. Le retour au rythme habituel se produira au cours de l' automne.

On ne saurait évoquer cet anniversaire sans en profiter en même temps pour mentionner l' actuel hommage rendu par le jeune musée Mendjisky, voué aux "Ecoles de Paris", celle des Montparnos et celle,ultérieure, de l' Abstraction, au peintre Alfred Manessier (1911-1993).

Dans un immeuble rénové vers les années 30 par l' architecte Mallet-Stevens et le maître-verrier Barillet sont groupées sous le titre "Du crépuscule au matin clair" une cinquantaines d' oeuvres de l' artiste.

Avant de devenir l' un des chefs de file de l' Abstraction, Manessier était, depuis l' âge de 12 ans, le peintre fasciné de la lumière de la baie de Somme qui l' a vu grandir. C' est là, y observant les nuances du jour et de la nuit, que la non figuration lui est apparue une expression qui, dégagée de tout élément de représentation matérielle, permettait d' affirmer la prééminence du vécu intime sur la seule reproduction.
Témoin de ces mouvements intérieurs, vous le verrez, entouré de ses proches amis, Singier, Le Moal, Bertholle ou Bazaine, dans ce 15 ème arrondissement de Paris qu' il a tant aimé : c' est chez lui, ne manquez pas le rendez-vous.


Musée Ecoles de Paris, jusqu' au 15/10/2015. 15 square de Vergennes. Paris XV.

Publié dans culture

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L' esprit et la lettre

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le Tour de France 2015 est achevé. Il a été une incontestable réussite organisationnelle. Son succès populaire ne s' est pas démenti : foules sur le bord des routes et en haut des cols, millions d' amateurs scotchés l' après-midi à la télévision, depuis notre enfance le Tour nous laisse chaque fin de juillet un peu nostalgiques.

L' épreuve, toujours aussi exténuante, est un événement sportif mondial, à l' instar des Jeux Olympiques et de la Coupe du monde de football. Quand, en 1903, le journaliste Géo Lefèvre a suggéré l' idée au rédacteur en chef de L' Auto, Henri Desgrange, nul n' aurait prévu l' écho qu' elle rencontrerait, au point de devenir aujourd'hui le support d' une entreprise colossale.

Ainsi "Sky", équipe anglaise du vainqueur, Froome, y a - t- elle investi 25 millions d' euros avec l' assurance d' en retirer dix fois plus. Belle opération d' investissement capitalistique...

Deux objectifs avaient en son temps animé Desgrange : faire connaitre la beauté des régions françaises et rendre hommage à la Patrie. Les vues aériennes et terrestres, que diffuse désormais avec talent la télévision, des paysages et des monuments variés que rencontre le Tour, répond pleinement au premier point. Contribuent -elles pour autant à sensibiliser les Jeunes à leur patrimoine historique et culturel, espérons-le.

Si la lettre est donc respectée, on est moins sûr que l' esprit des fondateurs le soit vraiment, à voir les dérives financières et commerciales qui président de plus en plus à l' évolution et la mondialisation du TDF, comme disent les chaînes américaines. L' inégalité des budgets engagés par les équipes (de 1 à 5), donc des chances de vaincre, fausse la compétition au départ . Les meilleurs coureurs, de leur côté, font chaque saison l' objet d' enchères sans limite qui favorisent systématiquement les plus riches.

En gros,si le spectacle demeure, son essence patriotique et festive a fait place au business. Cette mutation vers l' Argent n' était pas le rêve de Desgrange, pas plus que celui de Coubertin n' était de faire des J.O cette foire aux orgueils nationaux. Les humanistes ont été floués.

Publié dans société

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De l' audace, toujours de l' audace

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On n'est jamais si bien servi que par soi-même. A l' occasion de la Fête du 14 juillet, Hollande s' est félicité de son "audace". Sans doute baignait-il dans la griserie de deux Accords qui, juge-t-il, lui doivent beaucoup. Si on y regarde de près, on constate que ces Accords, l' un arraché à coups de nuits blanches, l' autre au terme de 12 ans de palabres, sont en partie des trompe l' oeil (quelle audace que de faire voter par les députés français la retraite à 67 ans...pour les Grecs!).
Mais en l' affaire, la curiosité réside dans les contorsions diplomatiques menées en notre nom. Alors que sur le dossier grec, le président de la République jouait à Bruxelles le superconciliateur, le ministre des Affaires étrangères Fabius se montrait à Vienne le plus intransigeant des négociateurs. Bien plus intransigeant que l' Américain John Kerry, trainant pourtant l' image de " Grand Satan". Comment expliquer la contradiction?

L' Accord de Vienne, consacrant publiquement l' isolement d' Israël, et démontant ses tentatives de dramatisation, est une avancée dans le règlement pacifique de la crise du Moyen Orient. Obama en est l' orfèvre, Hollande et Fabius en ont été les saboteurs. La politique extrémiste de la France dans la région s' est encore accentuée depuis 2012. Déjà, à propos de la Syrie, le Quai d' Orsay s' était déchaîné, tentant en vain d' entraîner Washington dans une intervention terrestre contre Damas.

Résultat des courses : Fabius est obligé maintenant de ramer pour positionner l' économie française sur un marché de 100 millions de consommateurs où les autres pays industrialisés, plus avisés, sont à l' oeuvre. La question se pose : Fabius est-il vraiment à sa place?

Cherchez en tout cas l' audace dans cette voie de gendarmisation "socialiste" et solitaire tous azimuts : vous y verrez du néo conservatisme inavoué.

Publié dans politique

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Nos amis américains

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Arrive ce qui devait arriver. L'opinion française découvre clairement ce que nos gouvernants de droite comme de gauche savent depuis longtemps: le peu de cas que les USA font des pays qu' ils ne craignent pas.

Sarkozy puis Hollande, chacun à leur façon, ont multiplié les gages à l' égard de Washington : sur la nouvelle politique américaine de guerre froide envers les Russes, sur le projet de traité commercial Etats-Unis-Europe, sur le paiement par le contribuable français d' un "dédommagement" fixé par la justice américaine, la SNCF ayant transporté entre 1941 et 1944 des Juifs vers les camps nazis, etc.

Cela n' évite à personne d' être espionné nuit et jour. Ne remontons pas à Eisenhower qui, en 44, voulait mettre la France sous tutelle administrative et financière directe. On peut envoyer la frégate de La Fayette, reconstituée à grands frais, sur les côtes américaines, célébrer l' anniversaire du cadeau de la Statue de la Liberté : l' impérialisme, lui, n' a pas d' amis. Seulement des affidés sous surveillance, qu' il traite comme quantité négligeable.

C' est pourquoi les vaines contorsions de nos princes ont quelque chose de pathétique et d' humiliant.

Publié dans politique

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Jusqu'au cou

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Luther King avait fait un rêve. J'ai fait un cauchemar: au second tour des présidentielles de 2017, on avait le choix entre Hollande et Sarkozy. Moi Citoyen, habitant Paris, je me jetais alors dans le fleuve le plus proche, la Seine. Je ne dois pas être seul à raisonner ainsi.

Le vieux refrain "au premier tour on choisit, au second on élimine" ne marche plus. Au second tour, j' élimine les deux. C' est cela que confirment d' ailleurs, sondage après sondage, les électeurs

Les Partis, forts de leur anachronisme, leurs compromissions, leurs mensonges,sont devenus des repoussoirs. Mais ils continuent , congrès après congrès, de nous y enfoncer jusqu' au cou. Ce n' est pas de déclinisme que nous souffrons. C' est de tristesse.

Publié dans politique

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Précision

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Merci à celles et ceux qui m' ont fait part de leur surprise et leur regret de voir le blog "Mémoire et Société", né il y a bientôt 4 ans, arrêté depuis mai dernier.

Il s' agit d' une interruption, non d' une disparition. Je travaille en effet actuellement sur un ouvrage de fiction qui mange mon temps. Je ne manquerai pas, naturellement, de reprendre les chroniques dès que possible et d' en informer lectrices et lecteurs. Ce ne sont certes pas les sujets qui font défaut.
Cordialement.

Publié dans divers

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Rénovation

Publié le par Jean-Pierre Biondi

En cette Fête du Travail, les Parisiens demeurés à Paris ont l' occasion de visiter un lieu métamorphosé, l' Ile Seguin, qui fut, de 1929 à 1992, le coeur de la "forteresse ouvrière", autrement dit des usines Renault de Billancourt.

L' Ile, du nom d' un chimiste qui l' a achetée en 1794 pour y perfectionner les techniques du

tannage , est un ilôt de 11 hectares sur la Seine, au pied de la colline de Meudon, à l' ouest de la capitale. C' est en 1919 que l' industriel Louis Renault l' a acquise pour y bâtir une usine d' automobiles. Début d' une saga qui figure parmi les événements de l' histoire ouvrière. Vers 1950, 30 000 personnes y travaillaient sur quatre étages de chaînes de montage en service 3x8, dans des conditions particulièrement ingrates (chaleur étouffante, bruit infernal, vapeurs et émanations toxiques, cadences épuisantes, accidents fréquents, brutalités de la milice patronale, etc.)

Louis Renault était allé chercher l' inspiration auprès d' Henry Ford, à Detroit, qui l' avait initié au taylorisme ( chronométrage de chaque geste de l' ouvrier pour intensifier le rythme de production), pratique dont Chaplin a tiré son film "Les Temps modernes".

L' ensemble des ateliers, avec "le Trapèze", sur la rive droite, et "le Bas Meudon", sur la gauche, employait 38 000 travailleurs de toutes nationalités qui ont fait l' objet d' une abondante littérature, dont "La Forteresse ouvrière" de Jacques Frémontier (1971) et "Ceux de Billancourt" de Laurence Bagot (2015), rassemblant des témoignages souvent poignants.

Les Etablissements Renault, nationalisés en 1945, après la mort en prison de leur fondateur accusé de collaboration avec les Nazis, et transformés en Régie, ont symbolisé à la fois la modernité technologique et les luttes syndicales. On se souvient de l' assassinat en 1972 de l' ouvrier maoïste Pierre Overney, et de l' émotion alors produite dans l' opinion. Les derniers O.S ont quitté l' Ile début 1992. Les bâtiments ont été rasés en 2005, il y a 10 ans.

Rachetée 43 millions d' euros par la Société Val de Seine Aménagement, dont la ville de Boulogne est actionnaire majoritaire, l' Ile a connu depuis des projets successifs : celui du milliardaire François Pinault, proposant un musée d' art contemporain que,rebuté par les difficultés administratives, il est allé finalement installer à Venise, celui de "façade-enveloppe", parrainé par la Caisse des Dépôts pour y abriter l' Institut du cancer et le campus d' une Université américaine de Paris, celui d' une "Cité des Savoirs du XXIème siècle", ou encore d' "Ile des deux Cultures", bénéficiant de la faveur sarkozienne.

En fin de compte, le projet d' une "Vallée de la Culture", soutenu par le député-maire Baguet et confié à l' architecte Jean Nouvel l' a emporté. Une seule tour-belvédère, un jardin public, 12 000 m2 de terrasses, de bureaux, de commerces. Pour l' instant, on peut voir, sortant de terre, la "Cité musicale départementale", dotée d' une salle de 6000 places et d' un auditorium de 1100. Ce sera, nous promet-on, le lieu le plus mondain d' Europe réservé à l' art musical. Bravo la France !

Et, par ces temps spécialement commémoratifs, quid des 63 ans de la mémoire prolétarienne de ce futur Eden?

Publié dans société

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Matamores, M' as-tu vu ...

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' époque semble une aubaine pour les frimeurs et les poseurs. Ils se bousculent au portillon.
J' ai eu l' occasion ( chronique " Imbu roi " du 5 juin 2012) d' évoquer le cas de BH Lévy, philosophe dévitalisé par Aron et Vidal-Naquet, responsable de pièces et films unanimement sifflés, et inoxydable matamore.

Brushing et chemise blanche irréprochables, il est à tous les avant-postes de l' actualité médiatique, mais plutôt côté jardin. Son héroïsme ne dépasse jamais l' hôtel cinq étoiles le plus proche du point chaud. "BHL" est résigné à la célébrité dans le confort et la sécurité.

Le hic, c' est d' entendre partout un personnage dépourvu de toute autre légitimité que le feu vert de Nétanyaou, trancher des affaires du monde. C' est le même BHL qui a " conseillé" Sarkozy en Libye et Fabius en Syrie. On a vu les résultats : le chaos pour les malheureuses populations libyennes et l' extension du jihadisme à tout le Sahel. Jugez l' étonnement de le trouver récemment assis aux côtés de Hollande à la table des négociations franco-irako-kurdes, tandis que la France court pour recoller les morceaux avec Assad contre l' Etat islamique. D' où émane donc ce pouvoir occulte ? Pourquoi prend-on encore au sérieux un mégalo dont le maître mot est : " Armons-nous...et allez-y, les petits gars! ".

Aussi assoiffé de gloriole est son copain "m' as-tu vu" Philippe Val, ex directeur de "Charlie hebdo", puis, non sans pagaille, de France Inter par la grâce de Carla Bruni-Sarkozy. Si l' obsession de Lévy est la démocratie de type atlantique ( il a été classé 22ème personnage d' importance mondiale par un journal...américain ! ), celle de Val est "la liberté d' expression" à une voie, la sienne. C' est au nom de celle-ci qu' il a publié les caricatures de Mahomet tout en virant le dessinateur Siné pour manque de respect au fils Sarkozy.

Résultats là aussi : 17 morts pour les caricatures et un procès perdu par Val pour " licenciement abusif ". Pas compliqué , il suffit de suivre le fil conducteur : une islamophobie - une palestinophobie - auprès de laquelle Zemmour et Finkielkraut pourraient passer pour des agents de Daesh. La méthode Val consiste à procéder par amalgames successifs où l' exactitude de l' information n' a plus tellement d' importance, le but du jeu étant de parvenir à taxer d' hitlérienne la moindre réserve sur les faits et gestes des dirigeants sionistes. C' est, dit-on, " porteur" dans des milieux influents.

Voilà deux exemples d' un air du temps favorable au bluff et à la flagornerie. La liste n' en finit pas, qui pourrait aisément englober le maire clownesque de Béziers, Ménard, Mélanchon, pathétique Tartarin des banlieues, Monsieur-fais-moi-peur, le "criminologue" Raufer, authentique fascisant, lui, ou encore la mégère aux lèvres pincées Caroline Fourest.
Il parait qu' on ne doit pas s' en prendre au physique de quelqu' un . Eh bien moi, je le confesse publiquement , il est des gens à qui je trouve de vraiment sales gueules.,

Publié dans actualité

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Précurseuses

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La première partie du XIXème siècle et l' époque dite du "socialisme utopique" (saint-simonisme et fouriérisme) ont été une période de bouillonnement féministe, un phénomène surtout citadin. A côté de noms connus, tels ceux de Flora Tristan, George Sand, Hortense Allart ou Pauline Roland, d' autres, demeurés pratiquement ignorés, méritent de figurer au palmarès d' une longue lutte ( non encore totalement gagnée ).

Ainsi celui de Claire Bazard, fille du conventionnel Joubert et épouse d' un responsable saint-simonien. Elle a été à l' origine d' une des premières revues féministes, "Femme nouvelle". Sa volumineuse correspondance, insistant sur les capacités révolutionnaires du féminisme, a induit beaucoup d' engagements ultérieurs. Sa belle-soeur, Palmyre Bazard, a publié en 1831, dans "L' Organisateur", un texte déclarant : " Femmes, ne craignez point de vous élever au-dessus de cette place obscure que vous occupez(...) Courage ! ce n' est point une usurpation que nous vous proposons."

Claire Démar, passionaria du saint-simonisme, défendait des points de vue jugés "excessifs" par l' opinion, tels que l' extension aux femmes de la "Déclaration des Droits de l' Homme et du Citoyen". Elle a collaboré aux publications dénonçant "la double oppression", sociale et sexuelle, avant, incomprise et désavouée, de se suicider.

Suzanne Voilquin, brodeuse mariée elle aussi à un saint-simonien, a dirigé les journaux "La Femme libre" et "La Tribune des femmes" où elle a publié le testament "scandaleux" de Claire Démar, "Ma Loi d' avenir".

Jeanne Deroin, lingère, autodidacte puis institutrice, a combattu toute sa vie " l' assujettissement des femmes". Elle a co-fondé en juin 1848 " L' Opinion des femmes", éditée par une société ouvrière d' éducation mutuelle. Candidate aux élections législatives de mai 1849, alors que les femmes n' avaient pas le droit de vote, elle a fait l' objet d' une fracassante campagne d' injures et de calomnies. Elle a fini par s' expatrier en Angleterre où elle est morte dans la misère.

Eugénie Niboyet, protestante montpelliéraine, a activement participé à " La Femme libre", créé deux journaux féministes à Lyon ( Le Conseiller des femmes et L' Athénée des femmes ) avant de fonder à Paris "La Gazette des femmes". Vilipendée elle aussi, elle s' est réfugiée à Genève et a publié en 1863 " Le Vrai livre des femmes ".

Jenny d' Héricourt a écrit " La Femme affranchie ", réponse à Proudhon, Michelet, Auguste Comte notamment, qui soutenaient, comme Enfantin, le "successeur" même de Saint-Simon, que " l' infériorité naturelle de la femme" l' écartait de l' exercice du pouvoir. Ces hommes, considérés progressistes, justifiaient leur position par le fait que la majorité des femmes, dans les campagnes surtout, étaient sous l' influence d' une Eglise catholique ultraconservatrice.

Désirée Véret, ouvrière et épouse du militant Jean Gay, brève compagne de Victor Considérant, a participé au lancement de "La Femme libre ". En 1848, elle a défendu le droit au divorce, puis s' est exilée à Bruxelles où elle a repris son travail de couturière et adhéré à la Première Internationale.

Le sort de la plupart de ces précurseuses minoritaires et obscures ( la liste n' est pas exhaustive) a été, on le voit, tragique. On imagine mal l' énergie, la ténacité et l' abnégation qu' il leur a fallu pour faire face à l' écrasant machisme de leur temps, et faire avancer les droits, qui nous paraissent maintenant élémentaires, de l' autre moitié de la société. Leur rendre hommage est bien le minimum qu' on leur doit aujourd'hui.

Publié dans histoire

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Sur la question ouvrière (3)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

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Sans doute la question de la place de l' ouvrier dans une société qui se veut démocratique se pose-t-elle en termes relativement nouveaux ( nous avions déjà évoqué le problème dans la chronique " Triangle post-colonial " du 13 août 2011). Les acquis sociaux de l' après seconde guerre mondiale ont contribué indiscutablement à redessiner l' univers peint par Zola. Les usines ont déserté le centre-ville. La désindustrialisation a modifié le rôle et la fonction d' ouvrier. L' immigration de masse a marqué la mentalité prolétarienne.

Qu' est-ce qu' un "ouvrier" aujourd'hui ? Les fondateurs français de la Première Internationale (1864) étaient des manuels à mi-chemin entre l' artisan alphabétisé et le salarié souvent encore illettré, détenteurs d' un savoir-faire : Tolain était ciseleur sur bronze, Antoine Limousin passementier, Fribourg graveur, Varlin relieur, Camélinat monteur sur bronze. Les trois premiers de sensibilité proudhonienne. Tous habitaient le quartier du Temple, alors au coeur du Paris populaire. De même, d' ailleurs, les dirigeants communistes, quelques décennies plus tard, étaient-ils en grande majorité d' origine ouvrière.

Le développement excentré de la grande industrie (métallurgie, chimie, automobile), utilisatrice d' une abondante main d' oeuvre, a progressivement drainé un prolétariat désormais assujetti aux tâches anonymes et répétitives qu' exige la production de série, vers les banlieues. Les effets en ont été l' embourgeoisement des centres-ville, promus lieux de culture et de loisirs pour classes favorisées, et une spéculation effrénée mettent l' acquisition d' un logement intra muros hors de portée des salariés modestes.

Les soutiers de la mutation industrielle, automates de la modernité, ont été encasernés dans des ensembles de barres et de tours vite devenus de véritables ghettos communautaires et insécures. Ceux qui l' ont pu se sont rabattus vers des lotissement pavillonnaires qui les ont exilés en les endettant à vie. Ils sont ainsi entrés dans la tribu des "rurbains", pseudo campagnards voués aux longs déplacements quotidiens , coupés en famille des avantages de la grande ville, et éloignés du même coup de la subversion.

Les transformations économiques et technologiques n' ont pas été non plus sans incidence sur l' image jusque là victimaire de l' ouvrier, acteur emblématique et héroïsé du matérialisme dialectique. Le légendaire mineur de fond est à la retraite. L' électrification des voies nous a privés du visage noirci du chauffeur de loco, et le docker en survêt' Adidas n' impressionne plus.

Qu' est-ce alors que l' ouvrier? en quoi se distingue-t-il socialement du "col blanc" de base, smicard dans la grande distribution ? manuel qui, en fait, ne produit pas grand'chose, à quel titre mériterait-il attention ? les machines, les robots, l' ordinateur le remplacent dans les tâches les plus pénibles. Agent de télésurveillance ou auxiliaire d' entretien en CDD sont des boulots qui ne sollicitent aucune qualification particulière, à peine quelques jours de stage. La femme de ménage employée à domicile est-elle réellement une ouvrière ? Dira-t-on d' un balayeur, fonctionnaire municipal, et de son épouse, caissière de supermarché, qu' ils constituent à eux deux un couple d' ouvriers stricto sensu? ce sont des prolos, point. Leur condition illustre seulement la disparition de la fierté créatrice de l' ouvrier-artisan d' autrefois et des savoir-faire condamnés pour non retour sur investissement.

Cependant, le fantôme de l' ouvrier, lui , demeure l' objet de préjugés bourgeois. A tel point que le terme s' est vu supplanté par "travailleur", plus neutre. Il n' y a que le Parti socialiste, qui n' en compte aucun, pour garder la coquetterie provocatrice de se proclamer "ouvrier". Il rôde en effet autour du mot lui-même on ne sait quelle peur mal refoulée, quel dédain inavouable pour le "bas revenu" et les choix culturels qu' on lui attribue. La frontière ne passe pas que par le métier. On peut aussi être classé "ouvrier" selon ce qu' on regarde à la télé.

Pour conclure, l' impression prévaut que le Système a trouvé cette fois, par le biais de la mondialisation et du nouvel individualisme, un moyen de se débarrasser sans bruit de la question ouvrière qui le tourmentait depuis 150 ans. Pour autant, pas de l' inégalité sociale...Le "mouvement", tout cloisonné, charcuté, chloroformé qu'il soit, respire encore.

Publié dans société

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