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DESTINS (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Stehlin, né à Hochfelden, bourgade du nord de l' Alsace dont la principale particularité est d' être le siège de la brasserie Meteor, est devenu Français en 1918, à onze ans. Puis saint-cyrien et brillant aviateur. " Un type bien, plutôt porté sur le fric", jugent ses camarades. Parfaitement bilingue, il est de 1935 à 39 "Attaché Air" à l'ambassade de France à Berlin. Il y noue relation avec Hermann Goering, bras droit d' Hitler, mais également pilote de chasse aux multiples victoires, et avec son épouse "Emmy".

Emma Sonnenmann, fille d' un entrepreneur de Hambourg, est la seconde femme du chef de la Luftwaffe (Goering est aussi son deuxième mari) et une actrice réputée du Théâtre National de Weimar. Elle a abandonné la carrière artistique pour devenir en fait la "Première Dame du IIIème Reich", en se faisant des ennemies mortelles d' Eva Braun, maîtresse cachée du Führer, et de son amie intime, Magda,femme légitime du n°3 du régime Joseph Goebbels. D' autant qu' au grand scandale d' Himmler et de Borman, Frau Goering n' est même pas membre du Parti nationl socialiste.

Combien a duré la liaison d' Emmy avec l' officier français de 14 ans son cadet, nul n' est en mesure de le préciser. Grande, blonde, mondaine et dépensière, Emmy accouche en 1938, à près de 45 ans, d' une fille baptisée Edda, en hommage, dit-on, à la fille de Mussolini, Edda Ciano. Le parrain est évidemment Hitler. Goering célèbre l' événement en faisant passer 500 avions sur Berlin ( il en aurait fait défiler 1000, annonce-t-il, s' il s' était agi d' un garçon). Le journal " Der Stürmer", appartenant à Julius Streicher, nazi historique, se fait alors l' écho de rumeurs selon quoi le maréchal des ciels germaniques serait "stérile" à la suite d' une blessure à l' aine reçue lors de la vaine tentative de putsch dit de la Brasserie, en 1923 ( échec auquel d' ailleurs a participé Streicher lui-même.) . Fureur de Goering et d' Hitler qui ne peut faire moins que  disgracier le coupable. Streicher sera cependant condamné à mort par le tribunal de Nuremberg pour son antisémitisme maladif ( il a été  gauleiter de la Franconie, région de Nuremberg justement, où se tenaient les grandes parades hitlériennes, et l' un des concepteurs de la "Solution finale").

(à suivre)

 

 

Publié dans histoire

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LE SECRET DE MADAME FAVART

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le nom de Favart est familier aux Parisiens puisque c' est celui qu' on associe à l' Opéra Comique, appelé aussi "Salle Favart".

Charles-Simon Favart était un entrepreneur de spectacles, auteur et compositeur de pièces et de chansons à succès sous le règne de Louis XV. C' est dans les coulisses d' un théâtre qu' il rencontre une jeune et jolie actrice, Justine Duronceray, qui devient son épouse et sera involontairement à l' origine de ses déboires.

En 1746, Maurice de Saxe,  aristocratique dignitaire allemand choisi par le Roi Louis pour commander les Armées françaises, décide de s' adjoindre une troupe de comédiens afin de suivre et distraire ses soldats en campagne. Il recrute ainsi la Compagnie de Favart.

Le Maréchal de Saxe a 50 ans. Madame Favart 31 de moins. Elle est un moment la maîtresse du glorieux militaire, puis décide de rompre, son mari averti ne pouvant supporter cette infortune.

Maurice de Saxe, grand collectionneur de femmes, ancien amant de la belle Adrienne Lecouvreur qu' il partageait avec Voltaire et qui fut, dit-on, empoisonnée par une rivale, la duchesse de Bouillon, puis favori de la future tsarine Anne 1ère (qui l' a éconduit parce qu'il "honorait" conjointement la chambrière de la princesse),   de Saxe donc, prend très mal les choses. C' est  son honneur seigneurial et  sa donjuanesque réputation qui se trouvent en jeu. Il fait adresser au couple des lettres de cachet.

Justine (prénom d' ailleurs quelque peu sadien) se réfugie au couvent. Charles- Simon part se dissimuler dans un village des environs de Strasbourg. En 1748, Louis XV fait don  à de Saxe du château (délabré) de Chambord, en hommage à ses victoires. Ce dernier poursuit de plus en plus belle Justine de ses assiduités, alternant menaces et promesses.
De guerre lasse et pour venir en aide à son époux malade, madame Favart se rend à Chambord. Les lettres de cachet sont oubliées. En droit français, cela est aujourd'hui très exactement qualifié de  "viol par contrainte morale", passible devant les Assises, et selon l' article 222-23 du Code pénal, de 15 ans de réclusion.

Justine reprend en 1749 sa brillante carrière d' auteure et d'interprète,  jusqu' à son décès en 1772. Charles lui survit vingt ans, et disparaît dans le tintamarre de la Révolution Quant au maréchal, ayant affirmé l'arbitraire primauté des caprices du pouvoir, il meurt en 1750 des suites d' un duel l' ayant opposé au prince de Conti. Quoique des rumeurs aient aussi circulé selon lesquelles il aurait banalement succombé à un gros rhume contracté en son château, où les travaux de rénovation et, semble-t-il, de chauffage, n' étaient pas encore achevés

Mais là aussi le secret fut gardé. 

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MESSAGE D' ANNIVERSAIRE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Enfant, je voyais l' An 2000 hors de ma portée. " Il faudra une longue barbe blanche, me disais-je. Je n' y arriverai jamais." Un jour, un ami de mes parents a déclaré : " J' ai honte, j' ai 60 ans." J' ai songé : " Il a raison. C' est vrai, c' est indécent de vivre tant de temps."

Maintenant, quand je donne mon âge, il y a d' abord un petit silence. Suivent immanquablement les mots : " Mais ( le "mais" est révélateur), vous ne les faites pas !" Victoire du socialement correct.

Le musicien Verdi soutenait que " se tourner vers le passé" était "le progrès".  Le paradoxe n' est pas dénué de fondement. Quand je me repasse le film, revisite les moments majeurs d' une existence à laquelle je voulais donner, faute de Sens métaphysique, une cohérence et une justification, depuis mon enfance dans une ville ouvrière à l' engagement familial dans l' anti hitlérisme ou, plus tard, personnel dans l' action pour la décolonisation, je commence à voir, me semble-t-il, les choses dans leur entière logique.

Je me permets alors un conseil. Il vient d' un autre musicien, surréaliste cette fois , Eric Satie (cf "Satie, musicien de l' Ironie" chronique du 5/5 2017) qui confiait à ses proches : " Pour vivre longtemps, vivez vieux ". Il avait raison. J' ai "fêté", il y a quelques jours, mes 90 ans.

Publié dans société

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L' EFFET NOTRE DAME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai vécu, comme beaucoup, l' incendie de Notre Dame de Paris avec émotion. Ce toit transformé en brasier, puis en béance noire, cette flèche qui se disloque en distribuant autour d' elle des poutres incandescentes, ce symbole concret d' art et d' histoire consumés en quelques instants, ne pouvaient laisser indifférents ceux qui contemplaient pareil spectacle.

Je n' ai jamais été croyant. Ni d' ailleurs anticlérical ( la tolérance est la pire ennemie des dogmatiques). Le choc, si je peux employer le terme, n' a donc pas été pour moi d' ordre religieux, mais de nature culturelle et , en quelque sorte, affective. Notre Dame est partie prenante du quotidien parisien. Plus que le Sacré Coeur ou la Tour Eiffel, qui n' affichent ni la patine de la ferveur mystique ni le même bilan de bâtisseurs morts à son service. Je passais, à défaut d' y entrer à tout coup, sur son parvis, conforté, sans m' en rendre trop compte, par la pensée de savoir là cette imposante présence, de pouvoir la ranger dans la réserve d' une intime transcendance. Notre Dame était à sa place, et c' était bien.

Depuis le sinistre, une dimension s' est ajoutée à la réflexion parce nous, du moins mes semblables et moi, avons pris conscience que Notre Dame est, en fait, plus que Notre Dame. Qu' elle incarne, comme dirait de Gaulle, "une certaine idée de la France", en l' occurrence neuf cents ans de la vie d' un grand Peuple, avec ses vertus et ses faiblesses, sa foi et ses révoltes. Un pays qui m' a donné naissance et façonné. Je le dis donc sans ingénuité : l' incendie de Notre Dame m' a rendu plus français.

Ces mots, quelque peu "éloquents", mais aussi la profondeur du ressenti, traduisent la force de l' événement. Je comprends pourquoi le 15 avril dernier à 19 heures tant de gens ont éprouvé de la tristesse.

Publié dans culture

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LE DESTIN AVENTUREUX DE JEANNE LOVITON

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le monde de l' édition et de la littérature a abrité et abrite - c' est inévitable - des personnages turbulents, voire aisément "scabreux". Jeanne, née en 1903 à Paris de la rencontre de la comédienne Denise Fleury, dans la vie Denise Pouchard, et d' un historien volatile, Héron de Villefosse, puis légitimée par Ferdinand Loviton, puis mariée à l' écrivain Pierre Frondaie, et finalement auteure elle-même de romans sous le pseudo masculin de Jean Voilier, en est un éloquent exemple.

Plus que ses écrits, ce qu' en a retenu la chronique est son éclectique tableau de chasse amoureux. Liste non exhaustive : Maurice Garçon, ténor du barreau, Jean Giraudoux au faîte de sa gloire, Alexis Léger, plus connu sous son nom de poète, Saint John Perse, et conseiller écouté de Roosevelt, le ministre mussolinien Dino Gradi, Curzio Malaparte, rédacteur du best-seller "Kaput", Claude Aveline, le "nobélisable" Paul Valéry et Robert Denoël,  tous deux amoureux transis et rivaux, le redouté critique Emile Henriot, sans compter une pléiade de mondaines homosexuelles telles Yvonne Dornès ou Françoise Pagès du Port, voire la communisante Germaine Decaris.
Jeanne Loviton - c' est le nom qu'  a conservé cette contestatrice de la distinction sexuelle - s' est dotée d'une robuste morale philosophique : vivre dans le luxe sans se fatiguer, parcourir le monde en sleeping, ou jouer à la châtelaine dans le Lot en faisant des affaires avec son milieu naturel, celui des hommes de lettres parisiens. Elle connait le Droit, elle a le diplôme d' avocate et son père non biologique, M. Loviton, dirige, avant de la lui laisser, une maison d' éditions juridiques, Domat-Monchrestien. Elle a en outre un carnet d' adresses qui lui permet de faire face à tous les avatars politiques.

De ce dernier elle a besoin quand, en 1945, "l' inventeur de Louis-Ferdinand Céline",

 Denoël, avec lequel elle a de discrets intérêts éditoriaux, se retrouve devant les tribunaux, accusé de "collaboration". Elle appelle au secours "une vieille amie", Suzanne Borel (personnage de Crapotte dans "La Fin des ambassades" de Roger Peyrefitte), compagne puis épouse du ministre Georges Bidault, le successeur de Jean Moulin à la tête du Conseil National de la Résistance.

L' affaire est sérieuse puisque Denoël, à une semaine de son procès, est abattu d' une balle dans le dos, un soir boulevard des Invalides. Le dossier de sa défense, posé sur le siège arrière de sa voiture dont une roue avait crevé, s' est volatilisé pendant que Jeanne était partie "chercher de l' aide". Pour Céline et Mme Denoël, les choses sont limpides : ils dénoncent publiquement Jeanne Loviton comme meurtrière, mue par le désir de mettre la main sur la prestigieuse entreprise de l' amant. L' enquête piétine. La presse se fait l' écho de fortes pressions exercées sur policiers et magistrats. Effectivement l' assassinat est  vite qualifié "crime crapuleux" et l' enquête abandonnée faute d' éléments.

Reste la bataille juridique, un terrain où excelle Jeanne. Au terme de procès successifs et ardus, la maîtresse se voit attribuées les parts de l' éditeur, associée surprise via  Domat-Monchrestien. L' épouse et son fils sont ruinés. Peu après, les éditions Denoël sont vendues à Gaston Gallimard, leur plus veil adversaire. Paul Valéry, qui aurait pu préciser bien des choses, n' est plus là, terrassé notamment par la rupture et les innombrables trahisons dues à sa Muse. Jeanne Loviton est riche et libre.

Elle s' éteint, paisible nonagénaire, en 1996.

 

LIRE :  "Lettres à Jean Voilier" (1937-1945) par Paul Valéry (Gallimard, 2014)

 

 

 

 

Publié dans littérature

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CANCER EN OCCIDENT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On semble s' accorder à juger que le système libéral-occidental arrive à un moment décisif de son histoire rongé qu' il est globalement, au-delà de ses spécificités nationales, par une crise de la représentation, des institutions déphasées, une bureaucratie étouffante et une domination arrogante de la finance et des lobbys.

Le discrédit est accéléré par la multiplication des mutations géopolitiques, socio-culturelles et technologiques dont la classe politique euraméricaine s' est, depuis des décennies, montrée inapte à prévoir les effets, évaluer les bouleversements et organiser la prise en compte.

L' Angleterre, berceau de la démocratie bourgeoise s'il en fut, incarnation d' un parlementarisme traditionnellement donné en exemple, est directement interpellée avec le Brexit. Mais ne daubons pas sur le spectacle burlesque offert par la Chambre des Communes : il est symbolique. Quand les "corps" dits "intermédiaires" , qui font tampons entre les Princes et les Peuples, sont victimes de fonte musculaire et de dépression nerveuse, il est logique de voir surgir des sursauts populistes. Les contradictions, les injustices, les égoïsmes, ne reculent pas, mais se déplacent. Des paysans, des policiers, continuent de se suicider, des casseurs de casser. On parle alors de "transition"

 

L' actualité illustre une problématique qui est, en réalité, plus ancienne et plus complexe, car le malaise démocratique occidental est à la fois le produit d' un lent appauvrissement des classes moyennes ( chômage, surfiscalité, insécurités, etc.) et de l' émergence de blocs rivaux, notamment asiatiques, impulsant de nouvelles formes de capitalisme et une réévaluation du modèle culturel.

La démocratie de papa est en train de perdre de vue ses principes : l' "Idéal républicain" s' effrite, abandonnant le terrain à l' argent-roi. Le terme " démocratie" sert indifféremment les potentats et les tyrans, les totalitarismes sanguinaires et les ploutocraties scandaleuses. Depuis peu, on a renoncé à lui accoler le qualificatif de "socialiste", passé de mode. Surnagent des formules vides de sincérité comme "Etat de Droit" ou "Séparations des Pouvoirs".

Là réside un cancer : dans le flot des paroles privées de crédibilité. Le Peuple pardonne tout, sauf l' humiliation  de mensonges récurrents. La France, l' Europe, l' Amérique, souffrent d' un scepticisme de masse qui va les obliger, à court terme, à se réinventer pour se sauver. La solution devra, d' évidence, être collective et concertée, ou ne sera pas.

 

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MEMOIRE DE RIRETTE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il n' est pas sans intérêt d' observer que les plus âpres combats féministes, au XIXème siècle, ont convergé avec le développement des idées anarchistes. Logique, car s' agissant d' un même problème : l' émancipation de l' être humain aliéné. Cela fut vrai aux U.S.A, avec Emma Goldman et Voltairine de Cleyre, en France avec, bien sûr, Louise Michel, mais aussi des militantes moins célèbres telles Séverine, compagne de Jules Vallès, Madeleine Pelletier ou "Rirette" Maitrejean. 

C' est de cette dernière qu' il est ici question, tant un injuste silence  entoure son nom. L' anarchisme était à ses yeux la traduction concrète de sa revendication majeure : l' abolition de la domination masculine, indissociable d' un système basé sur le mariage et l' oppression religieuse.

Fille de paysans corréziens, Anne Henriette Estorges quitte définitivement athée l' internat catholique qui l' a élevée. Elle rêvait de devenir institutrice. Pour éviter une union " arrangée", elle s' enfuit à Paris à 17 ans à peine, travaille dans les ateliers de couture et développe des relations dans le milieu syndicaliste libertaire : d' abord auprès de l' ouvrier sellier Louis Maitrejean, dont elle a deux filles et garde le nom, puis avec le journaliste anarchiste Mauricius qui, comme Libertad, est son maître à penser.

Grièvement blessée par les dragons lors d' une grève des terrassiers en 1908, elle devient la compagne de Viktor Kibaltchich, alias Victor Serge, figure notoire du mouvement révolutionnaire. Rirette, comme on l' appelle désormais, est impliquée avec son ami dans l' enquête sur les attentats en 1912 de la "bande à Bonnot". Après un bref séjour en prison, elle épouse durant la guerre en 1915, Serge qui est toujours incarcéré.

Ce dernier une fois libéré, en 1917, le couple se sépare, en désaccord sur la révolution bolchévique. En effet, tandis que Rirette demeure attachée à l' anarchisme individualiste d' action directe, Serge  opte pour le communisme libertaire, plus acquis à l' organisation collective, et rejoint seul la Russie des Soviets.

Rirette  trouve du travail dans l' imprimerie : comme typographe, puis correctrice, affilée au "Syndicat des correcteurs", structure privilégiée d' accueil de l' élite ouvrière révolutionnaire. Elle partage alors la vie d' un responsable syndical des usines Renault, Maurice Merle, avec qui elle dirige la "Revue anarchiste". A la Libération, elle fait la  connaissance, par le milieu de la presse, d'Albert Camus auquel va la lier une réelle amitié. Les témoins, comme l' anarchiste allemand Lou Marin, confirment l' influence de Rirette sur les orientations libertaires du futur Prix Nobel en train d' écrire " L'Homme révolté".

Tous deux s' associent pour réclamer la libération de Victor Serge, envoyé par Staline au Goulag, et soutenir le combat de Louis Lecoin en faveur de l' objection de conscience. Puis, correctrice au quotidien "Libération" première manière (celui dirigé par le progressiste d' Astier de la Vigerie), et aux éditions Flammarion, Rirette commence à perdre la vue. Elle disparaît, aveugle, en 1968, au moment où le Quartier Latin se couvre de barricades qu' elle aurait sans doute aimé défendre.

Son souvenir mérite mieux que de jaunir au fond d' archives peu consultées : il participe aux luttes féminines et culturelles qui se poursuivent.

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" JEHANNE, AU SECOURS ! "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' effacement progressif et simultané du catholicisme et du communisme, suivi d' un "dégagisme" réservé aux partis dits " de gouvernement " ( une phalange social-démocrate déconsidérée et une droite affairiste ralliée à la mondialisation) que, bien sûr, les pouvoirs en place n' ont pas senti venir, oui tout cela a changé en quelques décennies le visage de la France, et suscité au sein d' une société ainsi chahutée, les ruptures d' homogénéité culturelle qu' on est en train d' y vivre.

Face à cette vulnérabilité, deux communautés semblent au contraire renforcer leurs positions. La séculaire communauté juive, élargie par l' apport d' une branche séfarade provenant du Maghreb, a consolidé sa place dans les secteurs  dominants économiques et intellectuels . Elle s' appuie sur d' actifs lobbys, tel le CRIF, et sur l' influence de l' Etat d' Israël dans une partie de la classe politique nationale.

La musulmane, plus forte en nombre et principalement issue de l' immigration post-coloniale, se situe à un moindre niveau de pouvoir et de prospérité, éprouvant souvent amertume ou hostilité à l' égard d' un pays d' accueil qui est aussi son ex colonisateur.

Les deux groupes, très soudés intérieurement, se vouent une haine mortelle, basée notamment sur le lointain conflit israëlo-palestinien, en principe étranger aux autochtones. Voilà qui pourtant perturbe le climat et l' ordre public, multiplie les actes racistes, accroît les risques terroristes, minimise une identité  chrétienne historique , met en cause un acquis républicain comme la laïcité, envoie aux oubliettes la politique arabe gaulliste.

Autant de faits qui accompagnent un chassé-croisé entre une dynamique urbaine, cosmopolite et consumériste et le déclin d' une ruralité appauvrie, empêtrée dans les vestiges d' un monde dépassé. A cet endroit précis réside une fracture qui s' aggrave, fait le jeu des extrémistes et des micronationalistes, ouvre potentiellement une crise de régime. Dans la nouvelle version de la relation tradition-modernité, la France, pays de laboureurs et d' artisans, fille aînée de l'Eglise, est une image d' Epinal, devenue douloureuse pour ceux de ma génération sans doute, quoique bien patriarcale, en tout cas dorénavant pétrifiée dans le roman national.

Le rapport de forces a, pour le moins, évolué. Villes, banlieues, campagnes, les cartes sont partout rebattues dans cette démocratie poussive où retentit parfois, au coeur des défilés et sur les ronds, cet appel populiste et désespéré " Jehanne, au secours ! " On ne peut mieux résumer l' inquiétude angoissée d' un peuple qui ne sait plus où aller.

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LES AVENTURES DE GUSTAVE LE ROUGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Gustave Lerouge, alias Le Rouge, consacré "poète" par Verlaine et Mallarmé, salué par les surréalistes comme une sorte de précurseur de l' écriture automatique, loué par Cendrars dans "Bourlinguer" et " L' Homme foudroyé ", cité par Apollinaire, Max Jacob, Cocteau, ou Georges Pompidou, est un nom qui ne parle apparemment plus beaucoup.

Fils d' un petit entrepreneur du Cotentin, il débarque fin 1889 à Paris, nanti d' une licence en droit et d' une vraie admiration pour Jules Verne, mais sans un sou. Il laissera derrière lui, 70 ans plus tard, selon le décompte de Cendrars, 332 publications allant de la poésie, des contes, des pièces de théâtre et des romans feuilletons aux essais, scenarii de films, anthologies, ouvrages de critique littéraire, reportages, biographies, souvenirs et documents divers. Dénominateur de cette polygraphie, une imagination hors norme empruntant en priorité au fantastique et à la fiction scientifique,  parente de celle d' un héros et rival : Fantômas.

L' existence de ce Normand est déjà d' ailleurs une oeuvre en elle-même. Tour à tour employé des chemins de fer, marionnettiste, chansonnier, directeur d' un théâtre qui ne fonctionne pas, fréquentant de préférence les alchimistes et les gitans, collaborateur de revues confidentielles, il finit par devenir, pour vivre, tâcheron de la plume au profit d' éditeurs esclavagistes sans scrupule et, parfois, sans lecteur. Il se marie deux fois: la première avec une écuyère de cirque, également modèle du sculpteur Bourdelle, une seconde fois,veuf, avec une voyante de vingt ans sa cadette.

Entre temps il est colon en Tunisie d' où il se fait expulser par la Résidence pour écrits subversifs. Il est aussi vaguement impliqué dans un projet de complot contre le roi des Belges. Il se met quelques mois à l' abri à Jersey avant de se présenter comme candidat révolutionnaire (il se proclame anarchiste-socialiste et pourfend le capitalisme américain), aux élections législatives à Nevers.

C' est en 1912 que parait en 56 livraisons son roman le plus célébré, "Le mystérieux docteur Cornélius", histoire scientifico-policière d' un "carnoplaste", capable de changer à volonté l' aspect physique d' un individu.. La guerre vient interrompre ce succès de vente. On retrouve Le Rouge, après le conflit qu' il traverse comme reporter aux armées, responsable de l' édition de banlieue du " Petit Parisien ". C' est à cette occasion qu' il fait connaissance de Cendrars et l' initie à la jungle urbaine qui ceinture la capitale, à sa faune d' apaches asociaux, son argot et sa violence. L' ex légionnaire tirera de l' expérience un ouvrage' " La banlieue de Paris", illustré par un photographe débutant, Robert Doisneau. Céline également ne demeurera pas indifférent à l' atmosphères et au style des récits de Le Rouge. 

Ce dernier est maintenant adopté dans le milieu des écrivains, préfacé par Barrès, proche ami du poète Vincent Muselli et du critique Jean Texcier. L' aventurier graphomane, dont les éditions originales valent aujourd'hui une fortune, meurt pourtant banalement, en février 1938, d' un cancer de la prostate.

Publié dans littérature

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L' EUROPE ENTRE DEUX FEUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On nous convie à désigner prochainement de nouveaux députés européens. C' est un rendez-vous qui ici, en France, ne fait pas courir les foules (l' abstention dépasse en général 50%) et ne mobilise pas davantage les grandes pointures politiques. Par exemple, aucun président de la République n' a jamais été siéger à Strasbourg, malgré ses professions de foi européïste  enflammées.

Le fédéralisme ne semble décidément pas "mordre" sur la France d' en-bas, même si le pays figure parmi les fondateurs de la C.E.E. Où est le problème? Pas seulement dans la difficulté d' un peuple chargé d' Histoire à accepter la réduction de son influence relative. D' autres, l' Espagne, l' Autriche, aujourd'hui l' Angleterre, connaissent cela. L' explication est autre: elle réside surtout dans le fait que l' Etat-nation demeure, à tort ou à raison, le plus sûr rempart d' une société, alors que continue de prévaloir le sentiment d' une grande fragilité structurelle d' une Institution communautaire lointaine, abstraite et autoritaire. L' Europe regorge d' hommes "de raison". Elle manque d' amoureux.

De ce fait, les menaces s' accumulent sur un continent simultanément attirant pour sa prospérité économique et son impuissance politique. Je pèse mes mots : la "vieille Europe" est la cible de deux " serial killers", l' impérialisme américain d' une part, le fanatisme islamique de l' autre. Nier encore cela est de la cécité, je suis désolé. Ou plus : de la complicité.

Le rêve anglo-saxon ( "diviser pour régner" ) qui consiste à faire du continent un dominion à ajouter à son Commonwealth libre échangiste, n' est guère nouveau. Il a été longtemps anglais et politique. Il est désormais américain et financier. 

L' agressivité de l' Islam, elle, vient notamment d' un contentieux plus ancien qui ressuscite les rancunes nées des interventions successives du christianisme et du capitalisme en Orient (croisades, colonisation, pillage des ressources naturelles, racisme). Le jihadisme pense venue l' heure d' une revanche conquérante s' exprimant dans la violence terroriste . C' était prévisible.

Marchandisation et totalitarisme religieux se concurrencent pour s'emparer des territoires qui leur échappent. L' Europe occidentale figure en tête de liste. Elle peine à régenter le multiculturalisme, intégrer l' immigration de masse, gérer, depuis le premier choc pétrolier, les problèmes d' économie, son endettement, son chômage, sa corruption. Pris entre deux feux, l' euroatlantisme anglophone et l' eurafricanisme arabophone, le continent rencontre de plus en plus de difficulté à, comme disait Mao, "marcher sur ses propres jambes". Cela lui est-il encore possible? Ou une forme de démocratie libérale, celle des "Lumières", menace-t-elle de s' éteindre avant le combat décisif: l' inéluctable affrontement de la Chine et de l' Occident? et le choc, chez nous Européens, entre le business et la nouvelle "route de la soie"?

C' est là un enjeu majeur de la proche consultation.

Publié dans politique

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