Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

L'ami de Cendrars

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Albert T'serstevens n' est plus guère mentionné dans les chroniques littéraires que comme "ami de Cendrars". Cet écrivain de père flamand et de mère provençale relève de la pléïade des romanciers bourlingueurs qui, entre les deux guerres mondiales, avec Monfreid, Peisson, Londres, Kessel et Cendrars lui-même, ont sillonné les océans et les continents à la recherche de l' aventure.

T'serstevens refusait l' étiquette d' " homme de lettres" mais fréquentait Tailhade, Fleuret, Mac Orlan, Suarès et Genevoix, qui lui a proposé en vain un fauteuil à l' Académie française. A la notoriété de plume,T'serstevens a délibérément préféré le voyage anonyme " en espadrilles et sans cravate", comme le " Vagabond sentimental" (1923) ou, 30 ans plus tard, le visiteur du "Mexique,pays à trois étages" (1955). T'serstevens était d' abord un Oeil : malicieux et chaleureux avec le "petit peuple", nostalgique pour la flibuste et les corsaires (" L' Or de Cristobal", paru en 1936, a été porté à l' écran par Jacques Becker ).

La bibliographie de T' serstevens est impressionnante : des poèmes aux récits, des esais aux romans presque célèbres comme " La Fête à Amalfi " (1933). T'serstevens demeure cependant oublié des éditeurs. Il marque une époque, celle des globe-trotters, démodée. Mais, plus qu' un simple ami de Cendrars, avec lequel il avait d' ailleurs de nombreuses divergences littéraires, il a été un écrivain-témoin de son temps : Raphaël Lecorbeau lui a consacré en 2010 une étude intitulée : " Un écrivain insulaire ou inemployable ?" ...

Publié dans littérature

Partager cet article

Repost 0

Blason d' un corps

Publié le par Jean-Pierre Biondi

René Etiemble ( il signait seulement Etiemble pour éviter un hiatus qui lui déplaisait) était un agrégé de grammaire né en 1915. Professeur d' université et écrivain, il est connu comme auteur d 'une Somme sur Rimbaud (" Le mythe de Rimbaud", sa thèse de doctorat ), ses nombreux travaux de sinologue ( il a été l' un des premiers maoïstes français et pas le dernier des anti-maoïstes) et sa virulente dénonciation de la dégradation de notre langue ("Parlez-vous franglais?").

Le romancier est moins célèbre, encore que certains soutiennent que "Blason d' un corps" soit l' un des plus beaux romans d' amour jamais écrits. Le sujet est original, l' écriture somptueuse. "Blason d' un corps" est constitué des lettres rédigées et non remises, 11 ans durant, par l' auteur à la femme aimée, une métisse antillaise nommée Mayotte. Ces missives racontent l' histoire des "marques" imprimées, tout au long de sa vie, par différentes femmes sur le corps du narrateur.

Le livre,relativement boudé pour un érotisme jugé "excessif" lors de sa publication en 1961 ( de quoi rire quand on sait ce qui s' est publié depuis en la matière...) souffre d' un injuste oubli. "Blason d' un corps" est au XXème siècle ce qu' a été "L' Education sentimentale" au XIXème.

Les textes idéologiques d' Etiemble sont sans doute dépassés. Ceux de Sartre aussi. Mais l' un a écrit "La Nausée" et l' autre ce "Blason". Voilà qui suffit à leur assurer une place de choix dans toute anthologie romanesque contemporaine. Prière de ne pas négliger.

Publié dans littérature

Partager cet article

Repost 0

Lise Deharme

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Dans le Surréalisme, événement culturel majeur en France au début du XXème siècle, les femmes ont joué un rôle auquel on commence à peine à rendre justice. Créatrices elles-mêmes, ou compagnes influentes d' écrivains et de peintres ( voir article "Compagnes et égéries" du 14/03/2013), leurs oeuvres et leurs avis ont contribué à l' évolution d' un mouvement qui proposait une autre lecture du monde.

La poétesse Lise Deharme (1898-1980) figure assurément parmi ces muses restées relativement méconnues. Fille d' un médecin pédiatre et épouse d' un directeur de Radio, Paul Deharme, elle a fréquenté très jeune les milieux artistiques d' avant-garde, publié ses premiers poèmes dès 1922, et suscité chez André Breton, qui la cite dans "Nadja", une (vaine) passion amoureuse.

Liée à la plupart des principales figures du Surréalisme, Soupault, Eluard, Desnos, Man Ray, Ernst, elle a dirigé à partir de 1933 la revue "Le Phare de Neuilly" où se côtoyaient Picasso, Dali, Miro, Aragon, Claude Cahun, Leiris et beaucoup d' autres. Elle a rejoint durant l' occupation le Comité National des Ecrivains et participé à la publication clandestine de "L' Honneur des Poètes"

Mais c' est après guerre que s' est vraiment déployée sa production romanesque avec plus d' une vingtaine d' ouvrages comme "Insolence (1946) ou "Farouche à 4 feuilles",co-écrit avec Breton, Julien Gracq et Jean Tardieu (1954), et quelques libelles interdits à la vente, tels "Oh! Violette" et "Le poids d' un oiseau" .

Aujourd'hui, Lise Deharme, source d' un univers fragile, offert aux chats et aux plantes, est une Belle au bois dormant qui attend que le lecteur l' éveille.

Publié dans littérature

Partager cet article

Repost 0

Manessier de passage chez lui

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ce blog aura 4 ans le 13 août prochain. Vous êtes nombreux à continuer de le consulter malgré un ralentissement de sa production depuis avril dernier pour la raison exposée dans l' article "Précision" du 5 juin Soyez-en sincèrement remerciés. Le retour au rythme habituel se produira au cours de l' automne.

On ne saurait évoquer cet anniversaire sans en profiter en même temps pour mentionner l' actuel hommage rendu par le jeune musée Mendjisky, voué aux "Ecoles de Paris", celle des Montparnos et celle,ultérieure, de l' Abstraction, au peintre Alfred Manessier (1911-1993).

Dans un immeuble rénové vers les années 30 par l' architecte Mallet-Stevens et le maître-verrier Barillet sont groupées sous le titre "Du crépuscule au matin clair" une cinquantaines d' oeuvres de l' artiste.

Avant de devenir l' un des chefs de file de l' Abstraction, Manessier était, depuis l' âge de 12 ans, le peintre fasciné de la lumière de la baie de Somme qui l' a vu grandir. C' est là, y observant les nuances du jour et de la nuit, que la non figuration lui est apparue une expression qui, dégagée de tout élément de représentation matérielle, permettait d' affirmer la prééminence du vécu intime sur la seule reproduction.
Témoin de ces mouvements intérieurs, vous le verrez, entouré de ses proches amis, Singier, Le Moal, Bertholle ou Bazaine, dans ce 15 ème arrondissement de Paris qu' il a tant aimé : c' est chez lui, ne manquez pas le rendez-vous.


Musée Ecoles de Paris, jusqu' au 15/10/2015. 15 square de Vergennes. Paris XV.

Publié dans culture

Partager cet article

Repost 0

L' esprit et la lettre

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le Tour de France 2015 est achevé. Il a été une incontestable réussite organisationnelle. Son succès populaire ne s' est pas démenti : foules sur le bord des routes et en haut des cols, millions d' amateurs scotchés l' après-midi à la télévision, depuis notre enfance le Tour nous laisse chaque fin de juillet un peu nostalgiques.

L' épreuve, toujours aussi exténuante, est un événement sportif mondial, à l' instar des Jeux Olympiques et de la Coupe du monde de football. Quand, en 1903, le journaliste Géo Lefèvre a suggéré l' idée au rédacteur en chef de L' Auto, Henri Desgrange, nul n' aurait prévu l' écho qu' elle rencontrerait, au point de devenir aujourd'hui le support d' une entreprise colossale.

Ainsi "Sky", équipe anglaise du vainqueur, Froome, y a - t- elle investi 25 millions d' euros avec l' assurance d' en retirer dix fois plus. Belle opération d' investissement capitalistique...

Deux objectifs avaient en son temps animé Desgrange : faire connaitre la beauté des régions françaises et rendre hommage à la Patrie. Les vues aériennes et terrestres, que diffuse désormais avec talent la télévision, des paysages et des monuments variés que rencontre le Tour, répond pleinement au premier point. Contribuent -elles pour autant à sensibiliser les Jeunes à leur patrimoine historique et culturel, espérons-le.

Si la lettre est donc respectée, on est moins sûr que l' esprit des fondateurs le soit vraiment, à voir les dérives financières et commerciales qui président de plus en plus à l' évolution et la mondialisation du TDF, comme disent les chaînes américaines. L' inégalité des budgets engagés par les équipes (de 1 à 5), donc des chances de vaincre, fausse la compétition au départ . Les meilleurs coureurs, de leur côté, font chaque saison l' objet d' enchères sans limite qui favorisent systématiquement les plus riches.

En gros,si le spectacle demeure, son essence patriotique et festive a fait place au business. Cette mutation vers l' Argent n' était pas le rêve de Desgrange, pas plus que celui de Coubertin n' était de faire des J.O cette foire aux orgueils nationaux. Les humanistes ont été floués.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

De l' audace, toujours de l' audace

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On n'est jamais si bien servi que par soi-même. A l' occasion de la Fête du 14 juillet, Hollande s' est félicité de son "audace". Sans doute baignait-il dans la griserie de deux Accords qui, juge-t-il, lui doivent beaucoup. Si on y regarde de près, on constate que ces Accords, l' un arraché à coups de nuits blanches, l' autre au terme de 12 ans de palabres, sont en partie des trompe l' oeil (quelle audace que de faire voter par les députés français la retraite à 67 ans...pour les Grecs!).
Mais en l' affaire, la curiosité réside dans les contorsions diplomatiques menées en notre nom. Alors que sur le dossier grec, le président de la République jouait à Bruxelles le superconciliateur, le ministre des Affaires étrangères Fabius se montrait à Vienne le plus intransigeant des négociateurs. Bien plus intransigeant que l' Américain John Kerry, trainant pourtant l' image de " Grand Satan". Comment expliquer la contradiction?

L' Accord de Vienne, consacrant publiquement l' isolement d' Israël, et démontant ses tentatives de dramatisation, est une avancée dans le règlement pacifique de la crise du Moyen Orient. Obama en est l' orfèvre, Hollande et Fabius en ont été les saboteurs. La politique extrémiste de la France dans la région s' est encore accentuée depuis 2012. Déjà, à propos de la Syrie, le Quai d' Orsay s' était déchaîné, tentant en vain d' entraîner Washington dans une intervention terrestre contre Damas.

Résultat des courses : Fabius est obligé maintenant de ramer pour positionner l' économie française sur un marché de 100 millions de consommateurs où les autres pays industrialisés, plus avisés, sont à l' oeuvre. La question se pose : Fabius est-il vraiment à sa place?

Cherchez en tout cas l' audace dans cette voie de gendarmisation "socialiste" et solitaire tous azimuts : vous y verrez du néo conservatisme inavoué.

Publié dans politique

Partager cet article

Repost 0

Nos amis américains

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Arrive ce qui devait arriver. L'opinion française découvre clairement ce que nos gouvernants de droite comme de gauche savent depuis longtemps: le peu de cas que les USA font des pays qu' ils ne craignent pas.

Sarkozy puis Hollande, chacun à leur façon, ont multiplié les gages à l' égard de Washington : sur la nouvelle politique américaine de guerre froide envers les Russes, sur le projet de traité commercial Etats-Unis-Europe, sur le paiement par le contribuable français d' un "dédommagement" fixé par la justice américaine, la SNCF ayant transporté entre 1941 et 1944 des Juifs vers les camps nazis, etc.

Cela n' évite à personne d' être espionné nuit et jour. Ne remontons pas à Eisenhower qui, en 44, voulait mettre la France sous tutelle administrative et financière directe. On peut envoyer la frégate de La Fayette, reconstituée à grands frais, sur les côtes américaines, célébrer l' anniversaire du cadeau de la Statue de la Liberté : l' impérialisme, lui, n' a pas d' amis. Seulement des affidés sous surveillance, qu' il traite comme quantité négligeable.

C' est pourquoi les vaines contorsions de nos princes ont quelque chose de pathétique et d' humiliant.

Publié dans politique

Partager cet article

Repost 0

Jusqu'au cou

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Luther King avait fait un rêve. J'ai fait un cauchemar: au second tour des présidentielles de 2017, on avait le choix entre Hollande et Sarkozy. Moi Citoyen, habitant Paris, je me jetais alors dans le fleuve le plus proche, la Seine. Je ne dois pas être seul à raisonner ainsi.

Le vieux refrain "au premier tour on choisit, au second on élimine" ne marche plus. Au second tour, j' élimine les deux. C' est cela que confirment d' ailleurs, sondage après sondage, les électeurs

Les Partis, forts de leur anachronisme, leurs compromissions, leurs mensonges,sont devenus des repoussoirs. Mais ils continuent , congrès après congrès, de nous y enfoncer jusqu' au cou. Ce n' est pas de déclinisme que nous souffrons. C' est de tristesse.

Publié dans politique

Partager cet article

Repost 0

Précision

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Merci à celles et ceux qui m' ont fait part de leur surprise et leur regret de voir le blog "Mémoire et Société", né il y a bientôt 4 ans, arrêté depuis mai dernier.

Il s' agit d' une interruption, non d' une disparition. Je travaille en effet actuellement sur un ouvrage de fiction qui mange mon temps. Je ne manquerai pas, naturellement, de reprendre les chroniques dès que possible et d' en informer lectrices et lecteurs. Ce ne sont certes pas les sujets qui font défaut.
Cordialement.

Publié dans divers

Partager cet article

Repost 0

Rénovation

Publié le par Jean-Pierre Biondi

En cette Fête du Travail, les Parisiens demeurés à Paris ont l' occasion de visiter un lieu métamorphosé, l' Ile Seguin, qui fut, de 1929 à 1992, le coeur de la "forteresse ouvrière", autrement dit des usines Renault de Billancourt.

L' Ile, du nom d' un chimiste qui l' a achetée en 1794 pour y perfectionner les techniques du

tannage , est un ilôt de 11 hectares sur la Seine, au pied de la colline de Meudon, à l' ouest de la capitale. C' est en 1919 que l' industriel Louis Renault l' a acquise pour y bâtir une usine d' automobiles. Début d' une saga qui figure parmi les événements de l' histoire ouvrière. Vers 1950, 30 000 personnes y travaillaient sur quatre étages de chaînes de montage en service 3x8, dans des conditions particulièrement ingrates (chaleur étouffante, bruit infernal, vapeurs et émanations toxiques, cadences épuisantes, accidents fréquents, brutalités de la milice patronale, etc.)

Louis Renault était allé chercher l' inspiration auprès d' Henry Ford, à Detroit, qui l' avait initié au taylorisme ( chronométrage de chaque geste de l' ouvrier pour intensifier le rythme de production), pratique dont Chaplin a tiré son film "Les Temps modernes".

L' ensemble des ateliers, avec "le Trapèze", sur la rive droite, et "le Bas Meudon", sur la gauche, employait 38 000 travailleurs de toutes nationalités qui ont fait l' objet d' une abondante littérature, dont "La Forteresse ouvrière" de Jacques Frémontier (1971) et "Ceux de Billancourt" de Laurence Bagot (2015), rassemblant des témoignages souvent poignants.

Les Etablissements Renault, nationalisés en 1945, après la mort en prison de leur fondateur accusé de collaboration avec les Nazis, et transformés en Régie, ont symbolisé à la fois la modernité technologique et les luttes syndicales. On se souvient de l' assassinat en 1972 de l' ouvrier maoïste Pierre Overney, et de l' émotion alors produite dans l' opinion. Les derniers O.S ont quitté l' Ile début 1992. Les bâtiments ont été rasés en 2005, il y a 10 ans.

Rachetée 43 millions d' euros par la Société Val de Seine Aménagement, dont la ville de Boulogne est actionnaire majoritaire, l' Ile a connu depuis des projets successifs : celui du milliardaire François Pinault, proposant un musée d' art contemporain que,rebuté par les difficultés administratives, il est allé finalement installer à Venise, celui de "façade-enveloppe", parrainé par la Caisse des Dépôts pour y abriter l' Institut du cancer et le campus d' une Université américaine de Paris, celui d' une "Cité des Savoirs du XXIème siècle", ou encore d' "Ile des deux Cultures", bénéficiant de la faveur sarkozienne.

En fin de compte, le projet d' une "Vallée de la Culture", soutenu par le député-maire Baguet et confié à l' architecte Jean Nouvel l' a emporté. Une seule tour-belvédère, un jardin public, 12 000 m2 de terrasses, de bureaux, de commerces. Pour l' instant, on peut voir, sortant de terre, la "Cité musicale départementale", dotée d' une salle de 6000 places et d' un auditorium de 1100. Ce sera, nous promet-on, le lieu le plus mondain d' Europe réservé à l' art musical. Bravo la France !

Et, par ces temps spécialement commémoratifs, quid des 63 ans de la mémoire prolétarienne de ce futur Eden?

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>