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Un vol (conte moderne)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Vous vous êtes fait voler votre carte de crédit. Sous le nez, dans une rue vide. L' inconnu était d' une rare dextérité. Un pro. Vous veniez de composer votre code, vous n' avez rien vu venir.
Le temps de réaliser, de reprendre vos esprits, de trouver le numéro où s' adresser pour faire opposition, votre compte était déjà allégé. Tout va très vite, dans ces cas-là.

On est dimanche. Votre agence bancaire ne rouvre que le mardi. Les voleurs savent ça. Votre chargée de clientèle (la trentaine, minijupe,évoque souvent son "compagnon") est près du burn out parce que la banque a opéré récemment de fortes compressions de personnel, consécutives à la numérisation. On envisage même de supprimer une agence sur deux, ou bien de regrouper celles-ci, certains employés devenant itinérants : trois jours de la semaine ici, deux et demi là, et inversement. Les rendez-vous ne sont plus acceptés que durant la matinée.

Quand elle est trop occupée, votre chargée de clientèle débranche son téléphone et, après une attente musicale taxée 34 centimes la minute, une voix lointaine vous confirme que votre message a bien été enregistré. Il sera transmis à sa destinataire dès qu' elle sera "joignable".

La chargée de clientèle ne trouve le temps de vous rappeler qu' au moment de quitter son bureau pour aller prendre à temps le train de banlieue qui va la ramener chez elle. Elle se remanifestera sans faute le lendemain de bonne heure, quand elle aura pu contacter l' Assurance et consulter votre relevé. Bonne nuit, pas de problème.

Vous rappelez le lendemain vers midi, avant la pause-déjeuner. Elle s' excuse, une réunion imprévue... Elle n' a d' ailleurs pas de très bonnes nouvelles : votre carte n' était pas assurée, les frais sont donc à votre charge. Les frais? deux retraits de 600 euros le même jour, le premier effectué à deux pas de chez vous, le second dans un coin réputé pour le nombre de ses caravanes. Fugitivement, vous essayez de revoir votre voleur. Typer serait d' un déshonorant racisme. La chargée de clientèle insiste pour que vous alliez porter plainte au commissariat et réclamiez des " réquisitions judiciaires" qui permettent d' utiliser les enregistrements vidéo facilitant l' identification du délinquant.

Un jeune inspecteur de police sympa vous accueille avec la courtoisie qui sied désormais aux services publics attentifs aux citoyens. Vous narrez votre aventure. Il tape votre déposition presque plus vite que vous n évoquez les faits, puis passe à la description physique de l' agresseur. Un visage basané, des lunettes teintées, ça s' est passé si vite...

- Plutôt un faciès de Roumain ? questionne l' inspecteur.

Vous rougissez vaguement. Regrettez-vous d' être là? La délation vous est insupportable, elle vous rappelle l' Occupation, que vous étiez trop jeune pour vivre, vous ne répondez rien. L' inspecteur fait défiler sur son écran des visages que vous ne souhaitez pas reconnaître:

- Et là?... Et là?...

Non, non, personne, aucun d' eux, malgré les 1200 euros qui n' arrangent pas votre situation en cette période de taxe d' habitation. Il fallait faire plus attention. Allez-vous maintenant excuser votre détrousseur? lui trouver des justifications? Quand même pas...

L' inspecteur en rajoute :

- C' est vrai, c' est délicat. Faut être sûr à 200% pour 100.

Cependant, le quatrième portrait à droite... Le même "faciès", le même air faux cul... L' inspecteur ne se formalise pas. Il vous fait lire et signer votre déposition, la tamponne, et vous remet un double. Finalement, porter plainte est psychologiquement satisfaisant. On éprouve du soulagement. La chargée de clientèle vous a précisé que vous alliez recevoir la nouvelle carte à domicile sous six jours, et que vous garderiez votre code secret. Le dossier est clos.

Publié dans société

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LA CASSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les "casseurs" sont de nouveaux acteurs du mouvement social. " Nouveaux" est d' ailleurs vite dit, car il y a des années qu' ils accompagnent chaque manifestation de masse pour y opérer, en marge des rituels défilés des syndicats homologués.

Cet an-ci, surfant sur l' impopularité du Pouvoir, ils sont passés à la vitesse supérieure : une sorte d' action insurrectionnelle, et un harcèlement épuisant pour la police requise en même temps par l' état d' urgence et la lutte antiterroriste. Affaiblissement politique, crise économique, difficultés sociales, tension internationale engageant l' Armée outre mer, tout semble réuni pour favoriser une ambiance pré-révolutionnaire.

Qui sont ces "casseurs"? sans doute pas des voyous au sens où la classe politique emploie le mot. L' insulte ne suffit pas à analyser le phénomène, et abuse, une fois de plus, l' opinion. A part quelques petits délinquants aux aguets et une poignée d' ados chahuteurs et sans projet, ce sont pour une bonne part de jeunes militants internationaux dotés d' une forte culture historico-idéologique (certains sont doctorants) d' essence marxiste ou libertaire, avec des relents de nihilisme russe et d' anarchisme espagnol,  témoignant du malaise engendré par le système capitaliste. Le discours, s' il n' est pas fondamentalement neuf, redevient d' actualité : rien à attendre pour les classes populaires des démocraties parlementaires et de leurs palabres sans effet. Rien à espérer d' une forme de représentation truquée à la base par les arrangements électoraux et les fausses divergences de Partis d' accord, sans l' avouer, pour se partager les richesses issues du Travail.

Ils sont Français, Allemands, Anglais, Néerlandais ou Grecs, courant de Rencontres internationales en Forums économiques et en lieux de contestation écologique pour annoncer que la démocratie couvre en réalité une domination de classe, et affronter la police, instrument de l' Ordre financier.

Déterminés, adaptés aux pratiques de la guerrilla urbaine, très mobiles et bénéficiant de performantes technologies de communication, ils perturbent un dispositif répressif encore marqué par la mort de l' étudiant Malick Oussékine en 1986, et plus accoutumé aux processions syndicales de pères de famille où chacun décompte à sa guise le nombre de participants et, après avoir replié ses drapeaux et s' être félicité de la réussite de la manif', se disperse, laissant le soin au Premier ministre de vanter le bonheur de la liberté d' expression.

Les casseurs voient les choses autrement. La révolution sociale avant la démocratie libérale et le Droit formel.. L' ultragauche n' oublie guère, depuis l' écrasement du mouvement spartakiste (il y a près d' un siècle à Berlin) que les sociaux-démocrates au pouvoir peuvent être les meilleurs alliés de la bourgeoisie pour mater une rébellion populaire. Elle ne fera donc aucun cadeau à Hollande, quitte à se retrouver l' alliée objective des jihadistes qui sont d' ailleurs ses ennemis. Elle a retenu que les bolchéviks ont su en 1917 profiter de ce genre de confusion pour s' emparer du Palais d' Hiver à Saint-Petersbourg (le stalinisme et ses millions de victimes posant "en aval" un problème qui ne gomme pas l' exploitation par l' argent...)

L' activité ciblée des casseurs est donc un élément avec lequel la 5ème République doit de plus en plus compter parce qu' il dérange un ordonnancement jusqu' ici soigneusement établi. Ajoutée aux gesticulations du Front National et au permanent danger terroriste, l' ardeur de cette "minorité agissante" renforce le sentiment que le pays glisse vers une guerre civile larvée où l' approche d' élections présidentielles peut avoir pour effet d' exciter un peu plus les passions.

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Publié dans politique

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Parait que ça va mieux mais pas trop bien

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le président Hollande est optimiste. C' est son rôle, si c' est crédible. Est-ce crédible? Avec 1,5% de croissance on n' inverse pas la courbe du chômage, on ne rétablit pas un pouvoir d' achat, on ne peut réduire sérieusement impôts et déficits, on ne freine pas la fuite des cerveaux. Ce sont pourtant là des points à partir desquels se fonde une opinion publique. Conclusion : le "mieux" proclamé ne prouve qu' une chose, que Hollande ne parvient pas à décoller des 13% de satisfaits de son action.

Comment, dans ces conditions, espérer être réélu en 2017? Peu sans doute de ses électeurs se sont-ils imaginé en 2012 avoir déniché un thaumaturge. J' ai failli toutefois voter pour lui afin de ne plus voir ni entendre les grimaçantes rodomontades du prédécesseur. Mais j' ai eu aussitôt le plus grand mal à discerner une "ligne" dans les molles allées et venues, les gaffes de débutant, les bourdes d' amateur, les choix illisibles, les calculs affligeants de ce politicien gros de 40 ans de vie publique.

Aussi n' hésité-je pas à songer que le P.S ne fera pas l' économie de "primaires internes", que le sortant soit ou non candidat, et que celui-ci les perdra s' il ne veut pas s' épargner une gifle de la part de ses propres compagnons. Alors qui, et quoi ? Les postulants sont légions, figures déjà marquées par les compromis ou les échecs, usées par les années passées sous les ors noircis de la République. Aucun, parmi eux, de "récupérable".

Pourtant, le camp progressiste, terme préférable au fourre-tout et tous que signifie "la gauche", est encore lourd d' un vrai potentiel. A un tel paradoxe nous a conduits le Parti de Mitterrand et de ses dauphins. Il faut le dire pour n' avoir plus à y chercher quelque référence : l' économie sociale de marché, c' est de l' économie de marché, c' est de la mondialisation capitaliste, c' est du libre échange en trompe l' oeil et de la concurrence truquée, un boulevard pour la spéculation. C' est, par essence, un virus introduit dans le mécanisme du Travail. Pèlerinage à Notre Dame de la Précarité garanti.

Avoir à rappeler ces lieux communs est édifiant, s' agissant du niveau où se situe une "gauche de gouvernement" ressassant que "ça va mieux".

Je devine la question :

- Alors vous préférez voir revenir la Droite ?

- Je préfère la clarté. Au moins elle ne désespère pas tous les Billancourt de la terre.

La génération qui nous gouverne ne semble même plus percevoir le mouvement qui agite les profondeurs du pays, saisir que les "Nuit debout" qui fleurissent un peu partout ne sont que des épiphénomènes. Qu' un immense dégoût s' élève contre un système, des institutions, des moeurs, bref une forme de République paralysée par la corruption morale (et souvent matérielle).

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Le crachat

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Alain Finkielkraut, mains tremblantes, le débit si rapide que les mots semblaient se bousculer sur ses lèvres frémissantes, s' est expliqué sur "France 5" à propos de sa visite à "Nuit debout".

Il a d' abord omis d' avouer que son apparition en ce lieu était pure provocation. Quel accueil réserverait-on au secrétaire général de la C.G.T s' il lui prenait l' envie de se rendre au Forum économique de Davos ? On ne peut, en effet, insulter la jeunesse de banlieue, notamment musulmane, durant des années sur "France Culture", et s' attendre à recevoir en échange une ovation enthousiaste. Finkielkraut est un vrai pro de l' autopublicité de choc qui stimule les ventes.

Cette fois encore, il s' en est bien tiré : les jeunes en question ne sont pas méchants. Même pas un coup de pied au cul ! Ceux-la ne sont adeptes ni de la violence des coups qui a valu à l' un d' entre eux la perte d' un oeil, ni de celle des mots, dont Finkielkraut use derrière le bouclier des micros.

Sa "défense" sur "France 5 " était misérable. Comme à l' habitude, il a dénoncé. Frédéric Lordon, et plusieurs autres. Des fois que la police les oublierait... L' insulte à la Sarko ("pauvre conne!") et du boulot d' indic, bravo M. l' Académicien !

Un problème se pose tout de même avec ces intellos non précaires que , quant à moi, je ne citerai pas, mais dont le rôle est plus que suspect sous le couvert de la laïcité et de la démocratie. Voilà des gens qui ont choisi de ne rien voir. De ne pas voir que la société française est entrée dans une phase réellement pré-révolutionnaire, que les "places de la République" se multiplient jusque dans des bourgades de quelque milliers d' âmes , comme d' ailleurs les voix du F.N. Que le malaise populaire agite des profondeurs ignorées des palais officiels que hante Finkielkraut.
Les positions proclamées l' autre soir par ce philosophe de Cour dépassaient ce qu' on connait généralement de plus réactionnaire. Il parait, a-t-il précisé, qu' en lui crachant à la gueule on a attenté à "l' unanimisme du 11 janvier 2015 ". Je ne sais pas. Mais son Charlie n' est décidément pas le mien. Le mien dénonçait, puisque le mot est au goût du jour, des bidonvilles, des "ratonades" et la guerre d' Algérie.

Tais-toi un peu, Finkielkraut, et essuie-toi une bonne fois la joue.

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TAFTA, no !

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Débattu depuis juillet 2013 de Bruxelles à Miami, TAFTA, le " Trans Atlantic Free Trade Agreement" (nommé également "Transatlantic Trade and Investment Partnership" ou " Partenariat transatlantique de commerce et d' investissement" par les francophones) est un projet d' accord économique et culturel entre les U.S.A et l' U.E.

Les négociations sont conduites par un groupe de fonctionnaires et techniciens dont ni les noms ni les travaux ne doivent être divulgués. Mentionnons seulement , pour les Français, quelques personnalités relevant directement de la Commission de Bruxelles : Jean-Marc Trarieux, spécialiste agricole, Martin Merlin, expert financier, ou Denis Redonnet, expert en commerce international.

Cette étape, a priori purement technique, n' a cependant pas échappé à la révélation d' un espionnage permanent des représentants européens par la N.S.A (National Security Agency) sans d' ailleurs émouvoir outre mesure le Parlement de Strasbourg où grouillent les lobbies atlantistes.

Des dizaines de groupements et associations ont pourtant annoncé dès l' origine un marché de dupe. En novembre 2013 déjà "Le Monde diplomatique" dénonçait "un typhon menaçant l' Europe". La situation ne s' est guère améliorée puisque tour à tour la chancelière Merkel et le président Hollande ont récemment fait savoir que ce pacte obscur était, en l' état, "inacceptable". L' accord prévoirait en effet un alignement complet sur les normes de libre échange établies par des Multinationales. La délégation américaine compte plus de 600 consultants, à l' image des lobbies qui ont exigé la liberté d' accès à tous les documents faisant l' objet de pourparlers.

Selon en effet leur point de vue, "l' harmonisation du commerce" vise surtout une dérégulation maximale des marchés favorables aux intérêts américains et le démantèlement des systèmes de protection sociale européens, confiés alors à de mystérieux "chargés d' affaires". Profitant d' un rapport de force inégal, Washington s' efforce ainsi d' entrainer l' Europe vers son modèle. Sa victoire signifierait clairement la disparition de l' agriculture et de l' artisanat français ainsi que celle d'un "exception culturelle" qui a permis jusqu' ici de ne pas tomber sous la coupe des industries d' outre-atlantique. L' enjeu n' est pas mince, même s' il ne fait guère l' objet, dans certains milieux européens, d' une particulière attention.

Sortir de TAFTA les mesures relatives aux brevets, aux droits d' auteur, à la protection des données, garantir la liberté d' accès au net et aux médicaments, sont des impératifs moraux. Alors pourquoi ce secret autour de délibérations qui engagent les conditions de vie et les droits de tant d' hommes? L' avidité du Capital financier, l' éviction des Parlements élus du débat, outrepassent le champ initialement convenu des simples relations commerciales. L' utilité de la réactualisation des modalités de certains échanges ne saurait déraper sur des choix politiques excluant le respect prioritaire des intérêts du citoyen, en l' occurrence fort dédaigné.

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Où est passé Lucien Bodard?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les écrivains-grands reporters ont occupé une place de choix dans la presse écrite des années 20 et 30 du siècle précédent : Albert Londres, Blaise Cendrars, Joseph Kessel, Romain Gary, pour n' en citer que quelques-uns, ont glané un lectorat avide des récits de leurs voyages et pérégrinations à travers le monde, faisant rêver bien des têtes et renforçant le succès d' aventuriers de la plume comme Henry de Monfreid ou Edouard Peisson.

Lucien Bodard, fils d' un consul de France en Chine, a poursuivi, après la seconde guerre mondiale, cette tradition en Extrème Asie. Correspondant de "France soir" à Saïgon durant la guerre d' Indochine, il a quotidiennement tenu en haleine un large public avec des "papiers" où il mêlait à l' actualité des portraits dignes des meilleurs moralistes du XVIIème siècle. De Lattre, Salan, Bigeard, Massu, de Castries, Bao Daï, Sainteny, entre autres, se sont ainsi trouvés intégrés à une épopée exotique dont le Corps expéditionnaire et l' insaisissable Vietminh étaient les héroïques protagonistes. Chronique inégalée d' une guerre de décolonisation sur fond de lutte contre le communisme en expansion.

C' est là qu' est véritablement née la plume de Bodard qui, de retour en France en 1955, s' est totalement consacré à l' écriture avec les 5 tomes de " La Guerre d' Indochine", puis des romans qui lui ont successivement valu le prix Interallié en 1973 avec " Monsieur le Consul " et le prix Goncourt en 1981 avec " Anne-Marie". Bodard était alors devenu une figure marquante de Saint-Germain des Prés, harcelé par les médias et le cinéma. Agnès Varda le fait tourner dans " Les Créatures" et Jean-Jacques Annaud lui confie le rôle du cardinal Du Pouget dans " Le Nom de la rose ", tiré du chef d' oeuvre d' Umberto Ecco.

Ingratitude des temps et des modes : qui aujourd'hui, parmi les moins de 65 ans, lit Lucien Bodard ? L' Indochine est une destination touristique prisée, du nom de Vietnam. L' oncle Ho, le général Giap, Mao, lui-même, relèvent d' épopées laissées aux chercheurs. La place exacte de Bodard, entre le journaliste et l' historien, l' acteur et le témoin, semble de plus en plus difficile à dégager. Ses livres, qui relèvent souvent de la confession familiale, n' ont ni la dimension politique de Malraux dans " La Condition humaine" ni la sobre efficacité de Marguerite Duras dans " Barrage contre le Pacifique".

Il n' en demeure pas moins une injustice. La seule description de la Cour du maréchal de Lattre à Saîgon est un grand moment de littérature. L' oubli dans lequel s' enfonce l' oeuvre de Bodard, quand celle de Kessel atteint un firmament, revêt pour ceux qui ont vécu l' époque trouble d' une fin d' Empire colonial, quelque chose d' immérité.
Perdreaux de l' année, lisez Bodard...

Publié dans littérature

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La République

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je me suis rendu place de la République à Paris, à la "Nuit debout" qui, au même moment se tenait, identique, à Rennes, Nantes, Toulouse , Strasbourg, Lyon et autres lieux. En un mot, à un rassemblement festif et libertaire issu du refus de la Loi sur le travail dite aussi Loi el Khomri.

Un mini mai 68 en dépit du plan d' urgence, qui résonne comme un soufflet sur la joue du gouvernement Vals.On le sait, il ne sortira,au plan politique, directement rien de cette révolte spontanée de Jeunes contre la précarité, sinon un degré supplémentaire d' affaiblissement du pouvoir en place. Pourtant ces assemblées nombreuses, ces quotidiens défis, au pied même de la statue de la République, constituent des symboles dont les effets ne manqueront pas de se faire sentir, suscitant une dynamique du désir d' en finir avec un modèle de société à bout de souffle, un régime anachronique, usé, dont la classe dirigeante a perdu toute considération.

Place de la République, l' autre soir, passait un courant d' air agréablement pur. La parole n' y était pas tenue par Mélanchon, el Kabbach et Bernard-Henri Lévy, sombres figures de la décomposition ambiante. Non. Chacun prenait à son tour la parole, au gré de débats qui n' éludaient aucune question, n' hésitaient pas à remettre en cause l' existence de la démocratie bourgeoise et le mode de représentation des citoyens, appelaient à voter blanc pour bloquer la machine avant de reconstruire autrement, sur des bases élaborées en commun, sans hiérarchie ni préjugé. Aucune violence ni altercation, seulement l' écoute de l' autre, l' anonyme, quelque chose qu' un Français de vingt ans aujourd'hui n' avait jamais expérimenté.

Bien sûr que cela est restreint, marginal, embryonnaire, mais une génération capable de concevoir une telle liberté ne saurait être une génération fichue! Je les ai écoutés, ces orateurs d' un soir, je me suis bien gardé de jouer devant eux à l' ancien combattant. Il ne s' agissait que de les laisser s' exprimer, c' est de leur sort qu' ils souhaitaient débattre, que de se perdre dans ce flot de garçons et de filles -énormément de filles!- qui ressemblaient à mes propres petits-enfants.

Je suis rentré ragaillardi. Ce genre d'événement n' est jamais sans lendemain, il en annonce d' autres, électoraux ou pas, ce n' est plus tellement le problème, où la confiance retrouvée, l' imagination libérée, la solidarité réactivée, toutes ces valeurs "utopiques", viennent contrarier l absolutisme de l' argent, la dictature de l' actionnaire majoritaire et des lobbies, les escroqueries fiscales, le règne de tous les Cahuzac, Balkany, Guéant ou Strauss-Kahn.

Illusion, euphorie d' une heure, diront les esprits forts. Peut-être. Et si, cependant, l' urgence n' était pas totalement là où on l' ont placée nos Princes?

Publié dans société

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Colère dans la France d' en-bas

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Cela fait un moment que la France d' en-bas, comme l' appelait un ancien Premier ministre, est en colère. On ne sait si cela est annonciateur d' une explosion, mais il faut dire qu' un certain nombre d' ingrédients sont réunis pour rendre la chose possible.

1- L' usure institutionnelle et les facilités qu' en tire la classe politique.

Trop de blocages proviennent d' institutions dont tout le monde constate qu' elles ne sont pas adaptées aux mutations profondes de notre société : le mode de représentation devrait être repensé, les systèmes éducatif et judiciaire actualisés, la révolution numérique prise globalement en compte, le rôle de la finance redéfini. Pourtant, les "politiques" continuent, imperturbables, de faire "comme si", avec l' intime certitude que quelques rustines par ci par là feront l' affaire. Un électoralisme stérilisant conduit la vie publique : à peine élu, souvent à force de promesses et de démagogie, un responsable, si l' on peut s' exprimer ainsi, ne vise que sa réélection, et ses adversaires sa défaite. Ce souci permanent occupe, dans les décisions, une place qui relègue fatalement l' intérêt général au second plan.

De ce fait, le clivage réel est de moins en moins le rapport gauche/droite que l' opposition en haut/en bas. Le cadre diplômé qui vote socialiste pour des "valeurs" se trouve de plus en plus éloigné du chômeur qui opte en désespoir de cause pour le Front National et du militant ouvrier qui s' abstient parce qu'il ne croit plus au discours des Partis. La victoire de l' un ne fait qu' accroître l' amertume de l' autre, et sa conviction que le Système est à rejeter en totalité.

2- Le coût de la démocratie.

Ce coût, aussi bien moral que financier, devient si intolérable que c' est la forme démocratique elle-même qui se voit mise en cause. Gaspillages d' argent public, multiplications de sinécures, détournements, conflits d' intérêts, délits d' initiés, commissions et rétrocommissions, privilèges corporatifs, pérennité du mille feuilles administratif, réserves parlementaires opaques, caisses noires diverses, tout cela en période de déficit chronique et d' endettement record de l' Etat concourt à l' impopularité du régime. Si l' on y ajoute les rémunérations exorbitantes des grands patrons qui prêchent le sacrifice à leurs salariés qualifiés de privilégiés de l' emploi et qui rognent obstinément leurs plus anciens acquis sociaux, on mesure le degré d' exaspération du monde du travail. Démocratie et injustice finissent par se confondre dans l' esprit de celui-ci. Ce que ne soupçonne pas un instant la majorité de la classe dirigeante, oubliant comment sont nés les régimes totalitaires du siècle dernier..

3- L' échec européen.

L' Europe de Maastricht est décidément en échec. Pas l' idée européenne, qui implique la Paix dans un monde ayant payé fort cher ses déchirements. C' est donc dans l' organisme même que réside le vice: il n'a point apporté aux peuples qu' il gouverne le mieux être qu' ils étaient en droit d' en attendre, quoique certains aient bénéficié, grâce à lui, de progrès soigneusement sélectionnés et localisés en matière de développement.

L' Europe actuelle n' a pu surmonter les égoïsmes, harmoniser les législations, aborder clairement sa construction politique, ni dans les domaines-clés de la diplomatie et de la défense, ni même dans celui de la monnaie, puisqu' un certain nombre d' Etats ont refusé l' euro. En choisissant un libéralisme dérégulateur qui considère notre continent comme une vulgaire zone de libre échange, les eurocrates actuels ont plombé le projet initial. Ils ont incarné une politique de classe, étroitement liée au capitalisme financier: observation ressassée depuis des décennies certes, mais dont le résultat concret en France est sous nos yeux : chômage de masse, baisse du pouvoir d' achat, désindustrialisation, agonie de l' agriculture, que nos gouvernements successifs n' ont pas su prévenir.

Voilà qui laisse le "pays d' en-bas" appauvri et désorienté, son peuple aigri, son avenir problématique. Il méritait pourtant mieux que d' essuyer l' addition de la légèreté et de la mal gouvernance d' "élites" incapables de répondre à leur mission. Sa colère est vraie. Les conséquences en sont imprévisibles.

Publié dans actualité

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JOU aux BAUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le site des Baux constitue assurément l' un des plus captivants endroits de Provence, en dépit d' une affluence estivale (1.600.000 visiteurs) jamais démentie.

C' est dans ce village, alors peu fréquenté (la bauxite y était encore exploitée), qu' en 1921 Luis Felipe-Vicente Jou i Senabre, qui s' est fait connaître du monde artistique sous le nom de Louis Jou, a acquis l' incomparable hôtel du sieur Jean de Brion. Catalan espagnol naturalisé français, Louis Jou relevait de la race (en voie d' extinction?) des éditeurs-typographes-graveurs-poètes, à la fois artisans et artistes, où se sont illustrés des gens comme François Bernouard, Pierre Albert-Birot, Paul André Benoit et Jean-François Manier.

Ces noms méritent d' éviter le relatif oubli dans lequel ils semblent sombrer depuis la disparition de Malraux, qui veillait à leur mémoire. Ainsi, l' auteur de "La Condition humaine" avait-il accepté de siéger au Conseil d' Administration de la Fondation Louis Jou.

Le destin de ce dernier a connu un assez curieux parallèle avec celui de Picasso, dont Jou n' a toutefois pas été vraiment un intime et n' a point atteint la gloire universelle. Nés la même année(1881), les deux hommes se fixent à Paris au même moment et finissent leur vie en Provence.

A Paris, Jou se fait lui aussi des amis : Apollinaire,Carco, Derain, Cocteau,Suarès qui demeurera l' un de ses proches,et qu' il hébergera un moment durant l' Occupation.

C' est dans l' atelier qui fait face à sa demeure Renaissance restaurée de ses mains, que Jou compose l' essentiel de son oeuvre typographique, dessinant et fondant lui-même ses caractères, ranimant des traditions d' imprimeur venues de Gutenberg, affirmant sa résistance aux pratiques industrielles qui ont emporté la conception et la fabrication du Livre.

Solitaire,passionné, admiré,indépendant, Jou a imposé de son vivant des création qui, aujourd'hui encore, conditionnent l' évolution de l' imprimerie d' Art. Il est devenu difficile de publier Louise Labbé, Pascal, Cervantès, Montesquieu, Rabelais ou Chateaubriand si l' on se réfère à la représentation de leurs textes dans la collection des "Livres de Louis Jou". Travail de minutie, de patience et de goût que Jou a poursuivi jusqu' à sa mort, à 86 ans, dans son village provençal, au soleil des milliers de pages qu' il a célébrées.

Publié dans culture

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Mais qu'ils sortent !

Publié le par Jean-Pierre Biondi

C' est déroutant, la patience qu' accorde l' Europe aux Anglais. Voilà des gens qui, depuis des siècles, ne cessent d' étaler leur dédain du Continent et de s' ingénier à le diviser et l' empêcher de s' organiser. Tout le monde le sait, tout le monde le voit. L' Angleterre (mais pas l' Ecosse ) n' est entrée dans la C.E, par la faute de Pompidou, que pour la saboter de l' intérieur, avec l' appui des Américains qui ne conçoivent la région que comme un marché baptisé "zone de libre échange", et en aucun cas comme une entité politique de paix et de développement autonome (voir les articles de ce blog des 23 et 26 avril 2013).

Les récentes tractations de Bruxelles sont indignes, tant les dirigeants européens, malgré une opinion publique encline au Brexit (Britain exit), se sont pliés au chantage de Cameron. Hollande y a été inexistant, ce qui cloue le bec de ceux qui vantent son "autorité internationale" comme contrepoids à son fiasco national.

Suite donc aux concessions consenties par les 27 sous la pression de lobbies, nous sommes suspendus jusqu' au 23 juin aux humeurs de personnages du genre du maire conservateur et europhobe de Londres, Boris Johnson. Nous tremblons! Va-t-on nous claquer la porte au nez? C' est méconnaître le procédé dedans-dehors, qui consiste à glaner systématiquement le meilleur et à refuser obstinément le moins bon. Pas fous! Garder à la City ses privilèges de place financière mondiale (le Capital international joue à fond en faveur du oui), interdire aux citoyens non anglais des avantages sociaux garantis ailleurs et la liberté de circuler dans l' Ile comme sur le Continent, ou encore maintenir à nos frais sa frontière à Calais, tout cela et bien d' autres choses relèvent d' une insupportable outrecuidance.

Nombreux sont ceux qui souhaitent une intégration à égalité des peuples de cette partie du monde dont l' apport à l' histoire de l' Humanité, en dépit de ses déchirements, n' est assurément pas négligeable. Son unité est aujourd'hui sa principale chance de ne pas être, d' une manière ou de l' autre, reléguée et asservie. Nombreux donc sont ceux qui souhaitent que le 23 juin les Anglais aient l' heureuse inspiration de répondre non, et de dégager ainsi notre horizon.

Publié dans politique

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