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LA FÊTE FORAINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai mobilisé mes souvenirs historiques: jamais depuis les "Trois Glorieuses"(1830), le mouvement social en France ne semble avoir été aussi dégénérescent, y compris pendant les guerres mondiales.

Mitterrand a tué le P.C. Hollande le P.S., son propre parti. Fillon promet de faire la peau aux syndicats. Ainsi ne restera-t-il bientôt aucune structure de poids pour défendre le monde du Travail et s' opposer aux déferlantes de la mondialisation financière, au gouvernement  par Wall Street et la ploutocratie.

C' est donc au milieu des décombres que "la Gauche" choisit de se livrer à un combat de chiens. Les ouvriers vont aller voter F.N, les jeunes s' abstenir, des forces vives se détourner des comédies électorales, comme à l' habitude désormais, sans que cela paraisse émouvoir  les "dirigeants". C' est ça, la décadence: une démocratie qui ne représente pas les classes populaires.

Hurler "rassemblement!" en multipliant d' absurdes et redondantes candidatures est une offense aux citoyens. Cela fait seulement penser aux carabiniers d' Offenbach chantant "Marchons!" en piétinant sur place. Les petits marquis de la "Gauche", terme devenu illisible, n'ont de fait aucun projet cohérent et surtout "rassembleur". Les arrivistes ne le savent que trop. C' est pourquoi ils se pressent autour du stand de fête foraine où le plaisir est le jeu de massacre. Descendre les têtes pour se tailler un territoire personnel n' est pas digne de véritables responsables. On a honte pour eux. Dans le contexte social et international actuel, ces oligarques se revendiquant du "progrès" ne sont que les déjections d' un Système en décomposition déjà avancée.
Le mouvement social, lui, est à reconstruire. Mais, pitié, sans eux. Ils se sont depuis longtemps collectivement disqualifiés.

Publié dans politique

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JOURNALISTES ET POLITICIENS(2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ce n' est évidemment pas hasard si le discrédit qui frappe les journalistes recoupe celui qui accompagne généralement les politiciens. Les premiers s' efforcent d' exhiber de plus en plus, par leur ton et leur attitude, une indépendance qui n' abuse personne. Ne relèvent-ils pas, en fin de compte, soit de l' Etat, donc des partis de gouvernement, soit de grands patrons politisés (Lagardère, Dassault, Bolloré, Arnaud, Bouyghes, Pineau) qui les promeuvent ou les licencient à leur guise?

Dans la catégorie des larbins insolents, le quasi octogénaire Elkabbach fait figure de modèle. Encensé par Giscard dans les années 70, donc disgracié en 1981, il se refait vite une santé avec l' appui de Jacques Attali, dont il est le témoin de mariage, et , par suite, de Rousselet, directeur de cabinet de Mitterrand. Ouf!

Nouvelles cabrioles réussies avec Chirac puis Sarkozy, car nul n' est meilleur courtisan des pouvoirs successifs que ce protégé de Lagardère, protégé dont l' arrogance sans péril triomphe sans gloire.
C' est donc avec une joie non dissimulée qu' on a pu enfin voir récemment un responsable river son clou à ce nageur de fond. C' était lors du 3ème débat télévisé des Primaires de la Droite et du Centre où Elkabbach coupant, selon son habitude, grossièrement la parole à son invité, Bruno Lemaire, réserve ses sarcasmes aux sondages qui concernent ce dernier. "Voyez comme je suis libre!" semble clamer le gilet rayé."Je n' ai certainement pas de leçon à recevoir de vous!" lui lance sèchement le candidat.

Cela fait 56 ans que, par vents et marées, au prix de toutes les trahisons déontologiques, Ekkabbach plastronne devant micros et caméras,acteur inévitable d' une Histoire souvent manipulée dont il s' est fait le valet le plus zélé. Qu' est- ce qui justifie tant d' indulgence sinon la permanente porosité  régnant entre la politique partisane et  l' information des citoyens par l' intermédiaire de journalistes sans conscience. Cette escroquerie n' est pas saine du point de vue démocratique.

Publié dans société

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JOURNALISTES ET POLITICIENS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Brexit, Trump,poussées nationalistes à travers l'Europe, autant de signes d' un tournant des sociétés occidentales morcelées par la mondialisation du capitalisme:élites,peuples,immigrés, constituent le trépied d' un Ordre nouveau.De là, des rapports de plus en plus complexes entre le pouvoir politique et l' opinion.

De politiciens jouant aux journalistes (chefs de Parti ou d' Entreprise),on n' a jamais manqué. L' inverse est moins fréquent. J' y songeais, entendant le député européen Cavada commenter le Brexit. Cavada a effectué un parcours professionnel heureux jusqu' à la présidence de Radio France.Parvenu à la retraite, il s' est tourné vers une activité qui lui semblait logiquement devoir couronner sa carrière:la politique.

C' était tard pour un début et le bagage était léger. On ne l' avait jamais vu se positionner, sinon sur un europeïsme de principe qui n' engageait à rien. Bayrou, qui venait de créer le Modem et cherchait de nouvelles têtes, n' a eu aucune peine à recruter le récent retraité, et à le caser au Parlement de Strasbourg avant de l' envoyer dans une circonscription du Val de Marne solidement tenue par un sarkozyste.

Le résultat fut tel que nul n' a depuis revu l' ex journaliste dans la région. D' autant que, pour éviter d' être lui- même victime du reflux du Modem, Cavada s' est vite rallié au "Nouveau Centre" inspiré par des transfuges(Morin,Leroy) soucieux de ne pas se retrouver coupés de la majorité UMP. C' est donc avec cette seconde étiquette qu' on retrouve peu après Cavada candidat aux élections municipales dans le XIIème arrondissement de Paris. Autre dégelée, cette fois au bénéfice des socialistes. Le "terrain" n' est décidément pas le point fort du Communicant.

Simple exemple d' une règle non écrite:une certaine notoriété médiatique ne suffit plus à garantir un succès électoral. Celui-ci requiert des conditions de plus en plus prégnantes que négligent les amateurs: des convictions confirmées par l' expérience des confrontations sociales, un ancrage réel et continu parmi les citoyens, un flair qui sache détourner de zigzags opportunistes peu appréciés des électeurs. Les jeux de pouvoir ont leurs exigences. Le plateau d'une télévision toujours suspecte de partialité n' est pas désormais l' antichambre des Palais d'une République en perte de vitesse, voilà qui éclaire autrement les vieux rapports entre leaders d' opinion et  journalistes-vedettes qui se rêvent ministrables.

P.S. Pour qui s' interrogerait sur mes trois derniers mois de silence, je précise que j' ai subi une longue hospitalisation consécutive à une chute(tendon rotulien arraché).Ce fut long et douloureux.

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Cinq ans

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il y a cinq ans, le 13 août 2011 pour être précis, ce blog était créé sur la base de six thèmes non spécialement "grand public" : société(79 articles), actualité(77), politique(65), culture(56), histoire et littérature(44 chacune). Le titre général, "Mémoire et société", avait une consonance peu faite pour attirer les amateurs de distraction.

S' adressant donc à un lectorat relativement limité sur des sujets abordés par ailleurs dans des supports privilégiés, il ne convenait pas de s' attendre à des résultats chiffrés considérables. Ce n' était pas là non plus le but recherché. Aujourd'hui, après 365 textes publiés, 11.000 et quelques visiteurs ont lu 16.400 pages, soit 1,48 page par personne en moyenne. Le rythme de production s' est, il est vrai, bien ralenti depuis 18 mois, l' auteur ayant été sollicité par d' autres travaux.

On dira que, pour le moins, l' effet n' est pas globalement négatif, ledit blog ayant aussi suscité l' intérêt de lecteurs étrangers européens et ultramarins, notamment africains. L' ambition est de poursuivre au même niveau(2 à 3 articles par mois), l' année à venir s' annonçant riche en événements: actions jihadistes, élections américaines et françaises, recomposition de l' institution européenne, évolutions sociétales et culturelles, etc.

La matière ne manquera pas. Merci et bonne future lecture!

Publié dans société

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Sport et société

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le récent championnat d' Europe de football a suscité un mouvement interclassiste qui traduisait davantage un sentiment patriotique, - que les attentats terroristes ne font que renforcer-, qu' un véritable consensus social où certains veulent se rassurer.

En réalité, le sport a toujours été clivant, et on ne voit guère à Roland-Garros le même genre de public qu' au Stade Vélodrome. Je me souviens, enfant, de la coloration prolétarienne du cyclisme sur piste avec les "Six Jours" qui se déroulaient au Vél' d' Hiv et, à un moindre degré, du "Tour" avant qu' il ne vire clairement au barnum commercial et au labo d' expérimentation pharmaceutique sous l' égide de Lance Armstrong.

L' ouvrier a laissé place au gestionnaire chargé de la promo du champion luxueusement salarié d' une équipe de marque. La mondialisation aidant, l' idéal du Père Desgranges, est totalement passé aux oubliettes. Maintenant, le Tour relève d' une sorte de rituel dans le cadre familial d' un pique-nique de vacances. Loi travail ou non, l' ouvrier n' est plus ce qu' il était, et la compétition devient surtout le prétexte à une belle balade dans la nature.

Quant au "foot", qui occupe désormais le devant de la scène, impliquant les gros bataillons de la classe moyenne et le flair électoral des politiques de gauche et de droite, il n' a pas manqué d' alerter les businessmen qui notent derrière le chauvinisme d' un spectateur la vulnérabilité du consommateur. Les spots publicitaires accompagnant les matchs importants valent des fortunes que seuls peuvent s' offrir les plus grands groupes. Comme ailleurs, l' argent commande et corrompt (voir les récents scandales à la tête de la FIFA).

La boucle est ainsi bouclée : annonceurs, spectateurs, champions, journalistes créent le "marché". Son succès le place au centre d' un consensus que l' ONU est bien incapable d' incarner, escamote apparemment la lutte de classe, et distribue des CDD qui allègent la précarité du moment. Mais ce sport si rassembleur n'est-il pas, en grattant bien, qu' un pseudo tranquillisant de nos tensions sociales? Panem et circenses ( du pain et des jeux) recommandaient les Romains...

Publié dans société

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A quoi sert l' Angleterre?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Maintenant qu' ils ont choisi - au moins théoriquement...- de partir, les choses se clarifient. Il va être possible d' envisager un projet européen conférant à notre continent et à ses composants une place politique conforme à son importance réelle. C' était depuis 1972, date de l' adhésion britannique au Marché commun, impensable. L' Europe était d' abord un vaste soukh manipulé par la City et de plus en plus éloigné des attentes des peuples.

L' Angleterre du Brexit , repliée, xénophobe, conservatrice, n' a plus grand chose à voir avec l' ile qui, en 1940, a su résister au fascisme. Le Royaume, qui se qualifie abusivement d' Uni, a opté pour "le large"? Eh bien, bon vent ! vous dira-t-on, soulagé, à Bruxelles comme à Strasbourg. J' ignore si les U.S et le Commonwealth se félicitent de la situation : 50 millions d' Anglais, cernés par des Celtes hostiles ( Irlande, Ecosse, Galles), géo-politiquement marginalisés, semblent susciter peu d' émotion dans les chancelleries . Il n' y a, dans la vie internationale, guère d'indulgence pour ceux qui se tirent une balle dans le pied. A quoi sert alors l' Angleterre, bateau ivre déserté par ses mauvais capitaines, à commencer par Bronson et Farage (lequel, député "européen", a décidé d' encaisser son allocation parlementaire jusqu' au terme de son mandat fictif...en 2019).

L' Angleterre a, depuis des siècles, scientifiquement saboté tout effort d' union continentale en jouant notamment sur l' opposition franco-allemande. Qu' elle perde, ballottée par l' océan qui avait fait sa fortune, l' influence nécessaire pour continue à parasiter notre aire de paix est, pour tout Européen véritable, une nouvelle réconfortante.

Publié dans politique

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Le Paris de Céline

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Tout le monde sait ce qu' on reproche à Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline : trois pamphlets antisémites dont l' un ("Les Beaux draps") paru sous l' occupation nazie, des articles et propos favorables à la Collaboration, des discours racistes. Une fois cela rappelé, l' écrivain reste considéré comme l' un des grands auteurs de son temps, Le nombre immuable de ses lecteurs, des études qui lui sont consacrées, des romanciers qui se revendiquent de son style et le plagient, le confirme. J' ai lu "Mort à crédit" à 17 ans. Je l' ai relu récemment, toujours fasciné par le Paris que raconte Céline, qui n' existe presque plus, ou bien autrement.

Sa vie a commencé sur l' actuel et anonyme Quai du président Paul-Doumer, à Courbevoie. En 1894, quand Céline y est né, l' endroit, peuplé de maisons d' ouvriers, s' appelait "Rampe du Pont", près du lieu où a grandi Léonie Bathiat, plus connue sous le nom d' Arletty. Depuis, les demeures de pauvres ont été rasées et l' espace livré aux promoteurs amis de MM. Sarkozy, Balkany, Pasqua ou Ceccaldi. Des fortunes aussi se sont édifiées dans ce lopin béni des Hauts-de-Seine dont un nouveau Balzac racontera un jour l' histoire.

Céline ne risquait pas de croiser ce monde-là. Ses parents ont vite émigré intra muros, rue Ganneron d' abord, vers la populeuse place Clichy, puis dans le Passage Choiseul, que l' écrivain nommait "la cloche à gaz", et où sa mère tenait une petite boutique. Il allait à l' école communale du square Louvois, derrière l' ancienne Bibliothèque Nationale. Est venue ensuite l' époque des apprentissages sans avenir, la recherche de petits boulots, la guerre à 20 ans, les blessures et les médailles qui vont avec...Fin de la première partie.

A 32 ans, toubib au dispensaire de Bezons, en banlieue nord, il rencontre Elizabeth Craig, une danseuse américaine à laquelle il dédie "Voyage au bout de la nuit", livre qu' elle n' ouvrira jamais. Elle le plaque après sept ans de vie commune rue Lepic pour retourner en Californie et y épouser un juif, agent immobilier de son état.

Céline est arrimé à la Butte Montmartre. Il y compte alors de vieux copains : le peintre Gen Paul, les romanciers Roland Dorgelès et Marcel Aymé, le cinéaste Abel Gance, tous anciens combattants devenus ultrapacifistes. Les revenus de ses bouquins permettent à Céline d' emménager bourgeoisement à l' angle de l' avenue Junot, rue Girardon, avec une épouse légitime, Lucette Almansor, danseuse elle aussi. Ils ne quitteront les lieux qu' en 1944 pour fuir en Allemagne et au Danemark.

C' est la période 1908-1912 que j' évoque ici. Celle de "Mort à crédit", peinture de la débine, retracée dans l' errance de l' adolescent Ferdinand, démarcheur pour le compte d' un minable éditeur du quartier de la Bourse et du Sentier. Défilent devant les yeux, les "passages" crasseux de misère qui reliaient entre eux les Grands Boulevards, le rassemblement des pouilleux et des saute-ruisseau sur les escaliers du théâtre de l' Ambigu (aujourd'hui une agence bancaire dans un espace rebaptisé place Johann Strauss), les bars enfumés de la porte Saint-Martin où se pressaient les musiciens sans cachet, les déboutés du concours Lépine et les julots turfistes, les venelles réservées aux "gagneuses" du Sébasto, tout un immense peuple de paumés et de déclassés.

C' était un Paris décadré qui répondait au délire célinien, où la mouise constituait la loi commune, sans escamotage et sans emphase. Il ternissait diablement le mythe de la Ville lumière et se perdait dans ses coulisses où s' affichait l' impitoyable nudité de la condition humaine.

Publié dans littérature

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Le durcissement syndical : effet d' une démission?

Publié le par Jean-Pierre Biondi et capitulations

Quand on voit les foudres patronales et ministérielles se concentrer sur le secrétaire de la CGT, Philippe Martinez, on se sent -je me sens- pris de compassion pour ce syndicaliste quotidiennement traité de voyou, terroriste et casseur. L' insulte " ad hominem" est un vieux procédé. Faute de combattre les idées, on s' en prend aux individus.

Là cependant ne se joue pas l' essentiel. Ce dernier réside dans le durcissement durable d' une base englobant Force Ouvrière, profondément choquée par la façon dont le gouvernement Vals a usé pour réformer le Code du travail. Un tel durcissement, une telle ténacité dans la révolte, révèlent la profondeur d' une crise de société qui, un an avant les élections présidentielles, ne manque pas de retenir l' attention.

Le contentieux, polymorphe, du malaise tient d' abord dans la manière : aucune offre de négociation en amont de la loi, mise à l' écart des élus, socialistes inclus, recours à l' article 49.3 pour esquiver l' échec parlementaire, collection d' erreurs tactiques surprenantes de la part de responsables vivant depuis des décennies avec et dans la politique.

Plus notable encore s' ajoute à la situation le dépérissement régulier de la gauche dite de gouvernement, engendrant un scepticisme auquel les travailleurs désorientés répondent de plus en plus par l' abstention, sinon par le vote Front National.

L' addition des déceptions et reculs face à l' offensive libérale provoque, bien sûr, un raidissement qui favorise l' émergence de la violence. Aucun historien n' est surpris par l' effet de balancier vécu quand le répondant politique ne bouge plus. La résistance syndicale s' aiguise.

Au début du XXème siècle, le mouvement socialiste, malgré ses efforts d' unification (Congrès du Globe,1905), enregistra, avec Millerand et Viviani, des abandons spectaculaires. Le courant syndical prit alors la relève en créant la CGT d' essence révolutionnaire, tranchant net (Charte d' Amiens,1906) avec l' opportunisme politicien.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets : faute de perspectives et d' interlocuteurs crédibles, les luttes se radicalisent inéluctablement, comme dans les années précédant la guerre de 1914. Mais quand, au lendemain du conflit et en dépit d' une scission irréversible (Congrès de Tours,1920), de nouveaux partis se structurèrent, le syndicalisme reprit sa place en appui des intérêts du monde du travail.

Cent ans plus tard, une pièce manque à nouveau du mécano social, face à l' entreprise de financiarisation planétaire en cours. Rien n' empêche alors de se souvenir que la nature a horreur du vide...

Publié dans politique

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Marxisme et islam

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' Histoire est souvent sujette à rebondissements. Il n'est pas inutile de noter ceux-ci si l' on veut comprendre l' Actualité. Ainsi en est-il des rapports entre deux forces importantes du monde où nous vivons, le marxisme et l' islam.

Lors de la Révolution d' octobre 1917, le mouvement social relevait totalement d' organisations européennes, la 2ème Internationale, social-démocrate, et la 3ème,communiste, laquelle ne naitra officiellement qu' en 1919. Les Empires coloniaux triomphaient et les aspirations de nombreux colonisés à l' indépendance ne pouvaient trouver d' oreille que dans les partis d' opposition révolutionnaire des nations colonisatrices.

C' est donc à l' intérieur du socialisme occidental que se sont manifestées les premières revendications d' un tiers-monde dont le souci était de cesser d' être une simple force d' appoint aux luttes ouvrières de l' ouest. Cette problématique a été abordée très tôt par Sayit Sultan Galiev, un Tatar musulman rallié au Parti bolchévik mais désireux d' instaurer en URSS une égalité des ethnies neutralisant la vieille domination tsariste.

Galiev, devenu "Commissaire musulman" rattaché au Commissariat du Peuple aux Nationalités, développe ainsi des conceptions qui tendent à obtenir du Komintern une véritable décentralisation de la Révolution : il pose la "Question d' Orient" devant le monde communiste. Son essai de globalisation est d' abord soutenu par Staline contre les partisans d' une intensification de la lutte des classes dans les sociétés musulmanes. Mais où Staline ne voyait qu' une alliance tactique avec les bourgeoisies féodales locales, Galiev ajoutait un second objectif : l' effacement de la "culture coloniale" russe.

" Le salut de l' Orient est uniquement dans la victoire du prolétariat occidental", lui répond le Congrès de l' Internationale en 1920 à Bakou. Position qui anéantit le projet d' " Etat colonial", sorte de pré-Daesh marxiste, dénoncé par Moscou comme "déviationnisme nationaliste". Exclu du P.C, le Tatar est arrêté en 1923, enfermé au Goulag en 1928, et fusillé en janvier 1940 sans s' être renié.

Mieux : ses thèses ont fait tâche d' huile, d' Inde au Maghreb. La décolonisation politique, les indépendances juridiques, l' arme pétrolière viennent alors modifier la relation à l' Occident. Les cartes sont rebattues au détriment d' un marxisme considéré comme une autre arme de domination blanche. Le glissement est patent vers un islamisme plus radical. L' idée d' "Internationale coloniale" chère à Galiev fait son chemin. L' écroulement de l' URSS accélère l' inversion des rôles. Le "socialisme arabe", dont le jihadisme est partiellement dérivé, ou le neutralisme, de la conférence de Bandoung (1955) au "Groupe afro-asiatique" actuel, consacrent la distanciation entre Marx et Mahomet, dont Galiev, au lendemain de la première guerre mondiale, avait jeté les jalons.

Pour autant une telle situation n' exclut pas à l' avenir des alliances circonstancielles, par exemple contre la mondialisation capitaliste. Mais, cette fois, dans le cadre d' un rapport de forces différent, où le fait religieux est devenu un élément culturel déterminant de la "décolonisation civilisationnelle" évoquée de plus en plus fréquemment.

Publié dans histoire

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Relire

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il est fréquent qu' avec l' âge on se mette à relire. C' est un bon moyen de mesurer l' effet du temps. En se comparant à qui l' on fut, on ne tarde pas à découvrir que "moi" est devenu un autre, que les sensibilités ont bougé, les priorités et les formes d' expression se sont transformées. Livre et lecteur ont mué chacun de leur côté.

Je viens de relire coup sur coup deux oeuvres qui avaient marqué mon adolescence : "La Nausée" de Sartre, et "Education européenne" de Gary. Sartre a eu sur ma vision du monde (la weltanschauung heideggerienne) plus d' influence que Camus, figurant à l' époque son rival philosophique.

L' impureté de l' "existant" me semblait en effet un phénomène plus concret que les commentaires littéraires véhiculés par "L' Homme révolté". Quand la polémique, longtemps contenue entre les deux écrivains, a éclaté dans la revue "Les Temps modernes", j' ai eu vite fait de choisir mon camp. Le vrai était pour moi du côté du contempteur du social-humanisme incarné dans "La Nausée" par le personnage de l' autodidacte.

J' ai gardé une profonde estime pour les maîtres à penser de ma jeunesse, Sartre et Breton. Mais j' avoue que l' existentialisme comme le surréalisme font désormais pour moi, et peut-être ma génération, l' objet d' une relative relégation intellectuelle, qui n' est en aucun cas un reniement mais les pousse sans heurt vers le rayon des beaux souvenirs. Antoine Roquentin (" La Nausée") me parle encore, mais sa pérennité m' interroge. Il s' est rétréci. Bouville, "septième ville de France" quand Sartre y enseignait (il s' agit du Havre), a été rasée le 5 septembre 1944 par les Anglais sans qu' on ait d' ailleurs jamais su pourquoi. 2500 civils y ont laissé la vie. Quant à l' ontologie, elle se réfère autrement à "Sein und Zeit" (Heidegger), l' ouvrage de chevet des Normaliens d' avant-guerre. J' ai incité mon petit-fils à lire "La Nausée". Mais davantage comme du Flaubert qu' un roman philosophique.

Quand Romain Gary, aviateur du groupe "Lorraine", a écrit "Education européenne" en 1943 en Angleterre, nul ne voyait en lui le futur et sulfureux consul de France à Los Angelès, mari de Jean Seberg et auteur d' une supercherie qui lui a valu une seconde fois le prix Goncourt sous le nom d' un neveu imaginaire, Emile Ajar ("La Vie devant soi",1975).

J' ai rouvert "Education européenne" (amas jauni de feuilles qui s' éparpillaient) avec perplexité, échaudé par le manichéïsme de tant d' écrits post-Libération : " Les Communistes" d' Aragon,par exemple, sont aujourd'hui illisibles, de même que les ultimes poèmes d' Eluard, surréaliste historique lui aussi, puis Prix Staline, navrants de conformisme. On ne peut plus lire ça comme ça. Je ne parle pas du fond, mais du simplisme réducteur de sa représentation.

De ce point de vue, Gary est plus net. Ses "héros", pris parmi les partisans polonais luttant dans les forêts, ne sont pas sanctifiés pour l' édification des foules. Leurs contours s' inscrivent dans " un monde cruel et incompréhensible" où la défense du Bien ne met personne à l' abri du Mal. C' est une peinture des hommes tels qu' ils se dévoilent dans la vie en général, et la guerre en particulier. J' étais demeuré là sur l' impression d' un livre baignant dans l' euphorisante perspective d' une victoire. Je n' en avais retenu que ce que je souhaitais alors y trouver.

Publié dans littérature

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