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Les intellectuels juifs, la Gauche, Israël

Publié le par memoire-et-societe

Je ne méconnais pas la difficulté qu'il y a, pour un non-juif, à aborder des questions relatives à la communauté juive en France, la seconde de la diaspora après celle des Etats-Unis. Aussi vaut-il mieux préciser d'emblée d'ou l'on parle:mon père, l'un des 80 parlementaires à avoir voté en juillet 1940 contre Pétain, a été déporté de la Résistance au sinistre camp de Mauthausen (Autriche), puis est devenu, en 1946, membre du gouvernement de Léon Blum.

Car le soupçon d'antisémitisme,qui répond aujourd'hui à la moindre critique touchant à l'Etat d'Israël, devient, à force, un réflexe qu'on doit, si possible, commencer par essayer de désamorcer. J'ai, pour le peuple juif, surtout pour son intelligentsia , dont l'apport à la modernité est de premier ordre, une considération particulière. Je connais son histoire. Je n'ignore pas ses souffrances. La Shoah est, comme l'esclavage, comme la condition ouvrière, l'une des formes tragiques de l'histoire contemporaine.

Cela établi, je demande le droit de retracer une évolution que j'ai eu loisir d'observer depuis une cinquantaine d'années s'agissant de nombre d'intellectuels juifs. Comptant un long moment parmi les anticapitalistes les plus révolutionnaires (Trotski, Rosa Luxemburg, Marcuse, Walter Benjamin) les juifs tendent maintenant vers une autre analyse du système dominant dans les sociétés occidentales. Analyse qui se fonde sur le ralliement à quelques objectifs-clés : l'économie de marché, le souci de la communication, l'extension de la mobilité, la recherche et la spécialisation. Il est vrai qu'entre temps l'altérité minoritaire s'est trouvée moins menacée et que des juifs ont acquis de plus en plus de responsabilités dans la politique, l'économie et les finances, les industries culturelles. La disparition du paria a effacé la pugnacité du penseur- militant. La mue ne signifie pas pour autant un manque de présence. Rassuré sur sa sécurité, l'intellecuel juif se voue à la production de savoirs nouveaux: exit le marxisme, vive le libre-échange. On est juif par solidarité. Plus par audace critique ou rébellion.
La clé du changement est, à l'évidence, à chercher dans le soutien à l'Etat d'Israël devenu au fil des ans l'allié privilégié des Etats-Unis, sa tête de pont au sein du monde arabe et son porte-voix idéologique en Méditerranée orientale. D'où  un cas de conscience pour ceux qui voyaient dans la création d'un Etat juif en 1948 la perspective d'un modèle social inédit, puis cette interrogation:peut-on se dire de "gauche" quand on justifie de fait  les agissements d'un Liebermann et de ses pareils ? Les crématoires n'étaient sans doute pas un "détail". Le sort des Gazaouis ne l'est pas  non plus.

Loin de moi l'idée que les Israéliens sont  "monobloc" : il y a chez eux des va-t'- en guerre et des pacifistes, des ultra-religieux et des libres-penseurs, des racistes et des anticolonialistes, des forcenés du Grand-Israël et des conciliateurs inlassables, bref un 'éventail d'opinions qui  excluent toutefois les Palestiniens, commodément regroupés sous le vocable de "terroristes".

Le tournant historique de l'intelligentsia juive de France est clairement perceptible. Esquissé dès 1967, le rapprochement avec la droite au sens large, donc avec certains socialistes, s'est confirmé sous la poussée de la passion islamophobe (voir à ce sujet les déclarations du CRIF et de la LICRA).Ce soudain conformisme "démocratique" fait de quelques beaux-parleurs, tel l'ineffable B-H Lévy, les délégués reconnus d'un courant de type néo-conservateur . Aboutissement d'une "maturation" dont on  discerne mal l'intérêt qu'elle pourrait présenter pour ceux qui souhaitent un avenir apaisé dans le monde, mais qui se dévoile dans l'approbation inconditionnelle de boute-feux censés nous protéger de nouveaux barbares vivant depuis des décennies dans des camps de fortune. En ces circonstances, le déporté  Hessel n'est qu'un munichois alors que Pierre Nora exalte une identité, française c'est vrai, fort éloignée de nos vécus quotidiens. Depuis sa version 45, où le judaïsme rejoignait le projet socialiste, l'intellectuel juif a en tout cas fait du chemin: il a accepté, une fois institué en Etat, de se faire oppresseur.

Plutôt que de recourir mécaniquement à une dénonciation d'antisémitisme, voire, s'agissant de juifs critiques, de "haine de soi"(!), il serait plus logique pour lui d'admettre que les U.S.A et la France sont  les centres d'accueil d'une intelligentsia réactionnaire. Les pères ont cru au bolchévisme, les fils se sont engagés, derrière Raymond Aron, sur la voie du libéralisme mondialisé, les petits-fils se mobilisent pour la cause d'un nationalisme belliqueux. Ainsi, une intégration réussie exacerbe-t-elle finalement l'ethnocentrisme...

 

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A droite

Publié le par memoire-et-societe

Tandis que les médias amusent la galerie avec les vaudevillesques tribulations d'un DSK évincé du paysage politique et que fleurissent les scandales financiers, d'importantes manoeuvres s'ébauchent au sein de l'actuelle majorité (1).

Celle-ci est désormais en alerte : tout confirme (sondages, rapports des préfets, contacts des parlementaires sur le terrain, etc.) que dans le cas d'une confrontation Sarkozy-Hollande, au second tour des présidentielles, le leader socialiste l'emporte.

D'ou l'évocation d'un scénario "coup de théâtre" qui serait alors le suvant :

1-après le 16 octobre, si c'est bien F.Hollande qui est désigné comme candidat P.S, une concertation intégrant un nombre très restreint de leaders majoritaires, pourrait s'amorcer selon ce schéma : en janvier (et en tout cas après la réunion du G20), Sarkozy annoncerait - avec mise au point d'une justification calibrée- qu'il ne se représente pas.

2-La voie est libre pour Alain Juppé qui a déjà indiqué qu' "il irait" si l'actuel président renonçait. Le maire de Bordeaux est considéré à droite comme le meilleur ministre du moment, compte tenu notamment de la spectaculaire remontée de la diplomatie française dans le monde arabe.

3-Pouvant rapprocher chiraquiens, sarkozistes et déçus divers, Juppé neutraliserait ainsi une candidature du type Borloo ou Morin, sinon Bayrou, et ressouderait la coalition sortante pour la conduire, rassemblée et rénovée, au scrutin présidentiel.

4-L' "effet Juppé » (en février?) créerait une dynamique susceptible, au terme d'une campagne assez brève (2 à 3 mois), menée tambour battant, de mordre sur l'électorat modéré potentiel de Hollande, "vulnérabilisé" par l'accumulation des promesses catégorielles plus ou moins contradictoires du P.S.
Selon les premiers et naturellement très discrets "échanges de vues" opérés sur le sujet depuis les journées UMP de Marseille,l'éventualité qui précède commence à être considérée comme la meilleure chance de garder le pouvoir, que la droite, étant donné la peur qui la saisit,fera tout pour conserver.


(1)2 sources différentes exigeant l'anonymat.

 

Publié dans politique

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Premier Parti de France

Publié le par memoire-et-societe

Le suffrage universel (accordé aux Françaises en 1945 seulement) demeure partout une avancée significative du droit de chacun et de chacune à faire connaître ses choix de société. Dans les pays ou un tel droit n'existe pas, il constitue un objectif nécessaire à l'édification d'un régime de liberté.
Cependant, le recul acquis là où il fonctionne depuis longtemps, permet de penser qu'il ne suffit pas à lui seul à fonder la démocratie, donc qu'il ne constitue pas l'absolu auquel d'éminents penseurs s'efforcent de réduire la vie publique.
La manipulation de l'expression populaire par des lois électorales arrangées, des modes de scrutin alambiqués, des découpages de circonscription arbitraires, et autres tours de passe-passe, jette le doute sur la qualité du vote et la représentativité de l'élu. On n'aboutit qu'à diminuer la confiance des citoyens et à fausser les réalités sociales.

Sartre (1) considérait l'élection aujourd'hui comme un processus d'individualisation, c'est-à-dire, de dépolitisation. La versatilité de travailleurs offrant leur bulletin de vote à la droite au bout d'un mois de grève en 1968, ou de socialistes appelant à voter Chirac le matin et sifflant son élection le soir en 2002, en fournit l'illustration.
Ce genre de bouillie ou le mot magique "démocratie" sert à gommer les oppositions de classe, le sociétal à occulter le social, le concept de République à nier le multiculturalisme, et la protection de l'environnement à supplanter la tragédie du chômage, touche les régions du monde généralement classées parmi les plus libérales, au sens politique, par exemple les Etats-Unis et l'Europe occidentale. Le fort taux d'abstentions qu'y recueillent nonobstant les consultations électorales témoigne d'une crise persistante de la représentation et fait du "parti abstentionniste" le premier de France, au centre du paysage politique. Cette marginalisation volontaire d'une fraction importante de la population n'est pas neutre. Elle affirme l'abstention comme un choix enclin à refuser dans l'élection un mélange médiatisé de démagogie, d'opportunisme et de clientélisme.

Q.-Mais l'abstention ne fait-elle pas la chance des aventures (en clair du Front National) ?

R.-Ce qui fait, en premier lieu sa chance, ce sont les valises de billets éparpillées ça et là, les scandales de moeurs, les délits d'initiés, les rétro commissions, les emplois fictifs, les abus de biens sociaux, les collusions d'intérêt, les paradis fiscaux, l'enrichissement personnel avec l'argent du contribuable, les études-bidon, les subventions de complaisance, la distribution des sinécures, la désinformation, bref l'actuel tsunami de la corruption et du népotisme engendré par l'oligarchie.

Q.-Plus de gouvernement légitime, alors. Quoi ? l'anarchie ?

R.-Non, mais il y a des sortes de pouvoir dont on se passe déjà:la Belgique (le vote y est obligatoire) n'a plus de gouvernement depuis plus de 15 mois, mais ne connaît pas la crise financière. L'Italie de Berlusconi démontre qu'une gestion éprouvée de l'administration des choses peut suppléer à un mauvais gouvernement élu. Il y a bien sur, pour toute nation, des orientations à déterminer, des choix à faire:n'écartons pas dès lors l'idée que de la révolte citoyenne peut naître la mutation d'un système à bout de souffle. A commencer par la moralisation des pratiques politiques (o, fraîcheur d'âme !), la déprofessionnalisation des élus(pas plus de deux mandats pour les parlementaires comme pour le président), la transformation de partis rongés par la rouille en mouvements à l'abri des clivages devenus anachroniques, la maîtrise des lobbies, la suppression d'objets encombrants et ruineux comme le Sénat, l'amaigrissement du mille-feuilles qui, de la commune au Parlement européen, permet de caser les amis ou de se partager les places sans souci de l'évolution des réalités. Toutes suggestions que vous aurez du mal à trouver dans les programmes des "partis de gouvernement", mais éventuellement susceptibles de contribuer à ramener le citoyen vers les urnes.
Des sondages augurent pour 2012 une bonne phalange de sceptiques, d'hésitants, d'écoeurés. Dernière question:à quoi bon autoriser l'abstention si jamais personne ne prend en compte le rejet du trucage et, subséquemment, l'option "pêche à la ligne" ?

(1) Sartre. Elections, piège à cons. Situations X.Gallimard.1976.

 

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Entre décolonisation et multiculturalisme

Publié le par memoire-et-societe

J'étais présent lorsqu'un jour de 1973, intervenant devant l'Union Progressiste Sénégalaise, son Parti, Léopold Sédar Senghor dénonça ce qu'il a appelé "l'esprit d'agression et de violence des Albo-Européens, obsédés, ajoutait-il, par le désir de possession et de domination."

Cette formule; "Albo-Européens", me laissa songeur. Y avait-il des Européens non-blancs (ceux qu'on a nommé depuis les Nègropolitains) ? Vivant alors en Afrique, étais-je un  Albo-Africain ? et les Africains-de-souche pouvaient-ils adopter totalement un homme, même "nègrophile", de la couleur de leur colonisateur ? Mon statut de "toubab" me paraissait irréversible,verrouillé par une sorte de racisme inversé.

L'âpreté de Senghor m'avait aussi surpris. Emanant d'un esprit ouvert aux autres, de la lignée d'un Jaurès, d'un Gandhi, d'un Luther King, ce rejet sans nuance  ne correspondait ni à sa conception des relations humaines, ni au grand projet de sa vie:l'élaboration d' une Civilisation métisse universelle.

Cependant, je me remémorais l'acharnement de l'Occident à user de périphrases humiliantes pour désigner le continent d'ou s'exprimait le co-fondateur de la Négritude : "sociétés sous-développées", "pays les moins avancés", "nations en retard", toutes définitions avouant d'ailleurs un échec de la colonisation.

Du temps a passé. L'indigène, pauvre et majoritaire chez lui, est souvent devenu pauvre et minoritaire chez l'Albo-Européen dont l"avance", précisément, l'a fait rêver. L'Etat-nation africain, lui, a été façonné sur le modèle occidental, alors que la réalité inciterait à des regroupements plus facilement ethniques, et qu'une balkanisation calquée sur le partage colonial remontant à la conférence de Berlin en 1885 a été maintenue sous la pression des dispensateurs d'aides et de conseils. Ainsi va le Tiers-Monde, rebaptisé le Sud, coulé dans une décolonisation intermédiaire ou des Etats, juridiquement indépendants et politiquement non souverains, végètent sous la coupe de gouvernements nationaux et d'intérêts étrangers.

Sombre micmac d'où ont soudain émergé tous ceux qu'on appelle, faute de mieux, les-jeunes-de-banlieue. Euro-Africains donc, puisque nés sur le sol français de parents nés en Afrique,les voici postés à la croisée du modèle consumériste et culturel américain, de leurs origines ethniques, et d'une société christo-gauloise qu'ils sont, pour certains, résolument enclins à renier mais qui les marque pourtant. Ce triple parrainage, cette rencontre du rock, de la religion et du verlan engendrent une identité multiculturelle dont l'anticolonialisme et les aspirations libertaires, anti-étatiques en tout cas,sont des signes distinctifs. Au moment ou des rebelles à Benghazi brandissaient le drapeau français face à Khadafi, la police arrêtait, dans le Val de Marne, trois fils d'immigrés en train de le brûler : le sentiment de subir une situation néo-coloniale venait contredire l'hommage des révoltés à l'emblème des Droits de l'Homme.

Ce genre de paradoxe devrait bien retenir un instant l'attention de l'opinion plutôt que les faits et gestes d'un personnage déconsidéré par le cynisme de ses moeurs:pourquoi de jeunes Français refusent-ils une nationalité à laquelle leurs parents ont longtemps aspiré, et se veulent-ils étrangers là ou leurs prédécesseurs, étrangers, se voulaient français ?

 

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La Rochelle et la Réalité

Publié le par memoire-et-societe

On peut sans doute considérer "l'Université d'été" des socialistes à La Rochelle comme un moment de la vie politique française.
La première observation qui en ressort annuellement, c'est l'obstination du P.S à dénoncer chez les autres des contradictions auxquelles lui-même n'échappe pas. Il fut une époque où un parti, le P.C, usait de l'autocritique comme moyen de réduire toute opposition aux diktats de ses maîtres. Compte tenu de la cacophonie qui y règne, c'est un reproche qu'on ne risque pas d'adresser à la formation dirigée par Mme Aubry, ou M.Harlem Désir, on ne sait plus trop bien.

Le procès récurrent intenté aux divisions dans la majorité ne saurait occulter la fougue jetant les unes contre les autres, plus pour des questions de place que de contenu, les têtes de série du Parti. Sans remonter aux guerres Mitterrand-Rocard ou Fabius-Jospin, on relève qu'une sorte de "camaraderie haineuse" fait partie de la panoplie dirigeante. Dirigeants qui ne comprennent pas que les citoyens ne les comprennent pas, à l'heure ou ils prétendent assurer ensemble le "changement". Les interroge-t-on sur ce paradoxe, ils vous répondent, imperturbables  "c'est la démocratie."

Le P.S paraît cependant en voie de gagner la prochaine élection présidentielle. Pour autant, il n'est pas prêt à gouverner. Ni politiquement ni moralement. Peut-il d'ici là surmonter ses handicaps  :son manque d'unité, l'insuffisance de sa réponse à une crise financière gravissime, le flou persistant de ses alliances, sa coupure flagrante avec les classes populaires, le nombrilisme et le carrièrisme de ses stars ? Tributaire d'un personnel politique usé par des décennies d'alternances, de co-habitation et de scandales divers, le P.S ne laisse que peu d'espace à une autre génération, et on ne peut raisonnablement augurer de ses "indignés" autre chose qu'une pincée de démagogie électorale.

Même si les "résolutions" affichées sont sincères, elles apparaissent à un moment où chacun suspecte déjà les promesses de partis qui ont partagé la récente période d'affaiblissement du pays."L'heure est venue d'attitudes capables de faire choc sur l'opinion", a clamé un orateur rochelais. Mais il faut se méfier des phrases consacrées : les Français n'ont pas la mémoire aussi courte qu'on le dit. Ils n'oublient pas que le peuple, dont les socialistes se réclament volontiers est encore à des années-lumière de leur "université".

 

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Guerres

Publié le par memoire-et-societe

La stratégie mondiale des Etats occidentaux a de quoi rendre perplexe. Pour prendre l'exemple de la France, le pays, surendetté, s'est  impliqué dans trois conflits "domestiques" sous des prétextes divers : en Libye, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan. Ses navires de guerre,ses chasseurs-bombardiers, ses militaires, s'y activent sous mandat international que ses alliés et elle-même se sont employés à obtenir au motif de protéger des civils ou faire respecter des droits dont ces justiciers savent aussi se montrer parfois  peu soucieux.

Pour sauver les habitants de Benghasi, on a donc bombardé ceux de Tripoli. Le malheureux, mort sous les projectiles de nos démocraties, a ainsi la consolation de nous faire savoir, grâce à son trépas, qu'il a pu contribuer à la survie de son compatriote de Cyrénaique auquel on a épargné les obus du colonel Khadafi.

Depuis l'expédition sur le canal de Suez en 1956(4.000 victimes dans la médina de Port-Said et une déroute diplomatique mémorable pour les franco-britanniques) par le même genre d'intervenants, à l'époque les gouvernements Guy Mollet et Anthony Eden, on s'étonne peu dans cette région du monde des paradoxes occidentaux. Cette nouvelle "intervention" coûte quotidiennement un million d'euros aux contribuables français. On ne sait encore ou est passé Khadafi. Total et B.P voient l'avenir en rose pétrole.

En Cote d'Ivoire, c'est la" protection des résidents étrangers" qui a, paraît-il, primé. Tant mieux pour les quelques centaines d'entre eux (souvent des bi-nationaux  ne connaissant pas leur "métropole") qui refusent le"rapatriement", en se félicitant que les soldats français de l'opération"Licorne" appuient l'assaut des partisans du pro UMP Ouattara contre ceux du pro PS Gbagbo. Les intérêts de M.Bolloré, un ami, sont à l'abri.

En Afghanistan, les "terroristes" font l'objet d'une offensive décennale conduite par le Pentagone. Ni l'exécution tétévisée à la Maison Blanche de Ben Laden ni l'envoi de renforts en "forces spéciales" et en armes sophistiquées n'ont eu l'air d'affaiblir l'adversaire. Numériquement, les 3.000 victimes du 11 septembre sont maintenant vengées. Sadam Hussein est mort, comme d'ailleurs 4OO.OOO autres Irakiens. La solidarité atlantique est rétablie. Certes, le mollah Omar, à l'instar du nommé Khadafi, demeure introuvable. Mais des élections approchent ici et là  : il est temps de parler "retrait".75 morts sur 4000 soldats professionnels engagés sur le "terrain", on ne s'en tire pas trop mal. Le pipe-line ? Quel pipe-line ?

Bienheureux stratèges de notre Occident qui, défendant nos intérêts, consomment avec bonne conscience les jeunes vies et les milliards empruntés, et se vouent sans compter à la victoire de cette cause suprême : la financiarisation de la planète !

 

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Triangle post colonial

Publié le par memoire-et-societe

Le schéma est particulièrement lisible en région parisienne, mais on le trouve aussi dans plusieurs autres agglomérations en France : c'est celui d'une urbanisation rappelant ,volens nolens, la configuration de villes de l'ex empire colonial.

En gros la société hexagonale s'articule de plus en plus aujourd'hui autour de trois groupes de population distincts :

- l'oligarchie, formée de ceux qu'on pourrait encore qualifier de "grands-blancs"(1). Classe politique, hauts fonctionnaires, grands patrons, élites culturelles, figures marquantes des profession libérales, occupent les centre-villes résidentiels ou historiques. "Intra muros" d'où le prix de l'immobilier et le coût de la vie écartent les autres catégories sociales. Dans un faible rayon se concentrent les pouvoirs : politique, financier, médiatique, et la richesse culturelle de la cité européenne. Un sentiment de caste, étranger au traditionnel clivage droite-gauche, rassemble cette aristocratie du savoir et de l'argent ; Ce n'est donc point par hasard que certains nomment ses membres "les Colons".

- la majorité des immigrés provenant d'anciennes colonies et installée dans des quartiers dits ouvriers, puis des banlieues récemment urbanisées, ou, plus exactement, des zones d'habitat collectif (tours, barres). Une partie importante de cette population s'y voit comme "néo-colonisée", donc en état d'infériorité et d'opposition avec le pays d'accueil


- enfin, et là réside un caractère relativement spécifique de la modernité territoriale,le peuplement "petit-blanc" (salariés,artisans, petits commerçants, retraités), évincé des centre-villes par les prix du logement mais rebuté par le multiculturalisme et par l'incivisme attaché à l'image de cités-ghettos. Se développe ainsi un habitat pavillonnaire péri-urbain, au pouvoir d'achat entamé d'emblée par le coût des transports et l'éloignement des lieux principaux de consommation culturelle (théâtres, musées, etc) mais surtout  par la distance séparant du lieu de travail, quand le travail existe. Classe populaire "blanche", pieds-noirs d'un nouveau genre, majoritaires cette fois, qui cherchent dans la protestation (vote extrême ou abstention) une expression politique. Négligé par les stratèges des partis de gouvernement, dédaigné par les technocrates politiques (voir les analyses de Terra Nova), le citoyen blanc-pauvre semble voué à n'être que la cible ou l'enjeu de démagogies électorales portées par ce triangle néo-colonial ou le fossé religieux et culturel fracture, une fois encore, la solidarité de classe.

  Thème de réflexion non inutile pour ceux qui se proposent désormais de gouverner un corps social en voie de fragmentation et dominé par l'égoïsme ploutocratique.

 

 

(voir notre ouvrage "Clio et les grands-blancs". Editions Libertalia,2010)

 

 

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