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Quelques clés utiles au sérieux d'une carrière électorale

Publié le par memoire-et-societe

L'heure est aux élections. Les vocations s'affichent. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Des habitués et des novices. Ce texte propose modestement son concours à ces derniers en leur confiant quelques procédés avérés qui, suivis avec soin, augmentent les chances d'arriver, puis de se maintenir, ce qui n'est pas toujours facile.

1-Monter un "club de réflexion".

Indispensable comme marchepied puis comme lobby, le club de réflexion est censé agiter  des tempetes sous les cranes.Il consiste en premier lieu à allècher et recruter des technocrates brillants et ambitieux pour les faire phosphorer de concert sur des sujets sans solution tels le chomage, la dette, le logement ou le conflit israelo-arabe. Bien faire miroiter au passage qu'en cas de changement de majorité des "postes de responsabilité" se libèreront. Ce genre de club étant chargé d'avancer de "nouvelles propositions" , se substitue indirectement à certains groupes-charnières attachés autrefois à faire ou à défaire les gouvernements dans les assemblées parlementaires.Il participe donc d'une stratégie de conquete du pouvoir.

2-Publier un livre que vous n'avez pas eu le temps d'écrire et que personne ou presque ne va lire.

L'ouvrage, moitié biographie moitié je-refais-le-monde, est voué à asseoir votre existence dans les cercles qui pensent. Signez le livre(entre 250 à 300 pages, y compris la préface d'une page et demi d'un parrain recommandable) dans deux librairies ciblées: l'une, de standing, à Paris ( les Editions du CNRS ou, mieux, la librairie Gallimard boulevard Raspail, ce qui ne vous dispense pas d'une visite-éclair au Salon du Livre Porte de Versailles ), l'autre chez l'increvable libraire qui règne sur la vie des Lettres dans votre province d'élection, sans négliger pour autant une séance de signature au rayon Loisirs d' Auchan ou à la Foire-Exposition de printemps, avec compte-rendu dans le quotidien régional auquel vous avez avoué, quelques jours avant, votre passion pour le foot.

Demandez à l'attachée de presse  de l'éditeur que vous avez aidé en lui achetant cent exemplaires du bouquin de se démener pour obtenir votre participation à un débat  télévisé sur Public-Sénat ou BFM TV. Préparez dans la foulée une Tribune Libre pour "Le Monde" et une interview destinée au "Figaro". Arrangez-vous pour intervenir dans un Colloque ou vos compétences ne vous appellent pas obligatoirement, mais qui vous offre l'occasion d'une polémique remarquée avec le responsable d'une revue qui vous a refusé un "papier", pourtant excellent, sur la sexualité des Pygmées, il y a trois ans de cela. Au total, vous en vendrez bien mille, ce qui vous remboursera et vous assurera une postérité provisoire comme référent bibliographique d'un doctorant.

Attention! Percutez au niveau du titre. Lancez un défi ! Jetez le à la face d'une Société corrompue ! Soignez les trois premières pages, les plus lues, en affirmant un amour de la République et des sentiments humano-démocratiques exclusivement réservés au service de projets hardis mais réalistes. Gardez en réserve la ressource d'  une action en faveur des Droits de l'Homme comme arme ultime pour terrasser un adversaire coriace. Ainsi, un Appel aux cotés de B-H. Lévy contre n'importe quel régime dictatorial arabe ne peut nuire.

3- S'afficher avec un ou une, selon votre orientation, journaliste de l'audio-visuel.

La féminisation de la profession journalistique ouvre des perspectives de pipolisation gratifiantes. En conséquence, laissez les échotiers murmurer que vous seriez "avec" une telle (ou un tel). Ensuite, vous élever avec force contre les intolérables intrusions d'une certaine presse dans la vie privée des hommes publics. Interdire toute photo, y compris à la plage ou au ski, sous peine de plainte (sauf pour la couverture de "Paris-match",meme périmée, vu l'impact chez les coiffeurs et dans la salle d'attente des dentistes).N'oubliez pas non plus qu'un scoop de temps en temps peut rapporter gros au niveau de la profession tout entière et de votre réputation d' ennemi de la langue de bois.Engagez un proche parent ou un ami de plus de trente ans pour manager votre site unformatique, concocter de près les twitt et les messages interactifs, déterminants auprès des jeunes.

4-Assaisonner régulièrement l'exposé de votre programme du terme "social".

A défaut de contenu, le mot demeure payant: rançon de l'universalisation du suffrage, sésame électoral sans pareil. Tout le monde est social: social et démocrate ( le P.S), social-économiste (la Droite), social-centriste(le MODEM), égocentriste (modèle Villepin), microcentriste ( type Morin), christocentriste (genre Boutin).

S'assurer d'autre part la présidence d'honneur de la Fédération départementale des médaillés du Travail. A défaut toujours, celle des Anciens Combattants (leur nombre est en diminution).

5-Une fois député, faire passer à l'Assemblée une loi non appliquée.

Plus de la moitié des lois votées au Parlement restent  bloquées au niveau de leur application par le Conseil d' Etat qui a appris à ne jamais etre trop prudent et à ne pas aggraver des déficits budgétaires par définition abyssaux.

Vous élaborez à cet effet un projet répondant pleinement à l'attente exaspérée d'une catégorie socio-professionnelle bien représentée dans votre circonscription. L'essentiel est dans l'effet d'annonce auquel votre nom demeurera désormais associé. Si c'est trop long, si c'est trop cher, ce n'est plus votre affaire.

Question popularité, ne pas omettre de doter le Grand prix cycliste de la ville dont vous briguez la mairie si le cumul des mandats le permet, d'une prime personnelle récupérable sur les frais généraux du Conseil Géneral. Démarche similaire en direction des boulistes,des archers et du basket-club qui s'est hissé en quart de finale du championnat régional.. Arrachez aux laîcards les plus sectaires une dotation globale pour l'entretien et la réfection des édifices religieux du canton, intégrant éventuellement une synagogue et une mosquée.

6-Ministre (enfin!), donnez votre nom à une réforme de l'Enseignement.

Impossible de règner quelques mois rue de Grenelle (siège du Ministère de l' Education Nationale) sans marquer son passage par une réforme du système pédagogique qui va emmeler l' Administration scolaire, désorienter le corps professoral en bouleversant les programmes, et retarder un peu plus l'ensemble des élèves.

Les réformes de l ' Enseignement font partie des calamités nationales devant lesquelles un ministre digne de ce nom ne saurait se dérober. Ne dérogez surtout pas à la règle. Autrement on dira que vus n'avez "rien fait ", ce qui risque de vous barrer la route de l' Elysée et, par suite, de porter tort à la France.

 

 

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Notations

Publié le par memoire-et-societe

La crise financière et économique qui frappe en priorité la zone euro a mis en évidence des institutions jusqu'alors peu connues, bien qu'anciennes dans le monde boursier, surtout anglo-saxon: les Agences dites de notation. Trois d'entre elles se partagent 94% du marché:

- Standard and Poors, filiale de Mac Graw-Hill, installée à New-York. Après avoir réduit la note des Etats-Unis en aout 2011,elle a annoncé "par erreur" la diminution de celle de la France en novembre pour la confirmer en janvier. S.and P. est actuellement sous le coup d'une enquete de la "Security and Exchange Commission", controlant l'activité boursière à l'instar de la COB en France, en raison de sa notation "opaque" de certains titres peu de jours avant la crise des "subprimes" de 2007.

- Moody's Corporation, créée en 1909 à New-York. En volume, c'est la première agence mondiale d' analyse financière: 40% du marché.

-Fitch Ratings, fondée elle aussi à New York. Suite à sa fusion en 1997 avec IBCA Limited, elle s'est déplacée à Londres sous la houlette de l' énarque milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, patron de la holding Fimalac et, entre autres, ancien numéro 2 de l' Oréal.
Ce sont ces "big three" qui terrorisent les économies, menaçant constamment de faire grimper par leurs obscures évaluations les taux du crédit et d'alourdir ainsi des dettes de plus en plus considérables. Bien entendu, la tete du client, son positionnement politique, et l' interet du moment ne sauraient etre indifférents à ces "scientifiques" officines. Standard and Poors, francophobe et anti-obamiste, ce qui a le mérite de la clarté, non contente d'avoir enlevé un A à l' Etat français, s' en est prise dans la foulée à la Caisse des Dépots, à des Collectivités locales,des Banques et des Assurances. Mais a fait preuve d'une étrange indulgence pour la Grande Bretagne de M.Cameron qui résiste si bien aux franco-allemands.

Inutile de préciser que les protestations ne manquent pas. Le premier amendement de la Constitution américaine stipule, il est vrai, que des entreprises comme les Agences en question ne peuvent, au nom de la "liberté de parole", etre tenues pour responsables des conséquences de leurs "opinions". Mais chacun sait bien que leurs avis pèsent sur les choix des investisseurs. D'ou le problème de leur indépendance et des conflits d'intéret. Exemple: quatre jours avant sa faillite en 2001, les Agences notaient la multinationale texane Enron au maximum. Nous avons fait, d'autre part, allusion aux "subprimes" : début 2008, Moody's donnait encore sa meilleure note à des produits "structurés" (c'est-à-dire recourant à des montages financiers peu fiables) émanant d'établissements bancaires en difficulté notoire.

La Commission Européenne a dénoncé le role des Agences dont les avis, dans la crise grecque, alimentaient ouvertement la spéculation, quitte ensuite à  évaluer à zéro l'économie du pays. L'Autorité des Marchés Financiers et  l' OCDE ont rejoint les critiques adressées auxdites  Agences: défaut d'anticipation, discontinuité des notations engendrant des variations chaotiques des cours, manque de lisibilité de la logique qui détermine les "dégradés" et  les "épargnés".

Du coup, l'idée de création d'une Agence publique européenne de notation fait son chemin.Le vice-chancelier allemand Westerwelle, le Commissaire européen au Marché intérieur Michel Barnier, le ministre des finances de la zone euro Jean-Claude Junker, s' y montrent favorables.Quoi qu'il en soit, devant les dégats enregistrés, et faute de mieux, le principe de régulation s'impose, qui devrait réduire les marges de manoeuvre d'auxiliaires de la spéculation comme les trop fameuses "big three".

 

 

 

 

 

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Les calculs du Front National

Publié le par memoire-et-societe

Les chances du F.N de figurer au second tour des élections présidentielles augmenteraient, bien que certains sondages récents laissent entendre qu'il "plafonne" autour de 20%.Le F.N fait en tout cas partie du paysage hexagonal avec un avantage: ne figurant pas parmi les "partis de gouvernement" , il ne peut etre associé aux "trente ruineuses" marquées par deux septennats mitterrandistes et dix-sept ans de chiraco-sarkozisme. Des règnes qui ont consacré le chomage, l'endettement, la désindustrialisation et le discrédit d'une génération illustrant,  par des scandales multiples, l'amoralité des prétendues élites. Telle est la première leçon à tirer des griefs "conjoncturels" que nourrit auprès de l'opinion populaire l'état dans lequel une oligarchie a placé le pays.

La désillusion ne saurait pourtant tout expliquer.Le glissement qui fait du F.N un parti de masse et non plus un parti de cadres a aussi des raisons plus lointaines et des causes plus profondes: institutionnelles sans doute, culturelles assurément, éthiques et politiques, c'est l'évidence.

Que nos institutions soient inadaptées à la  crise du modèle actuel de développement, et victimes d'un immobilisme qui arrange les béneficiaires du système, est connu de tous. Dèjà le général de Gaulle, qui les avaient inspirées, voulait les réformer. Cela ne lui a pas réussi. Toucher au Sénat lui a couté en 1969 son poste de président. Les socialistes, si fiers d'avoir mis la main sur le Palais du Luxembourg, portent maintenant aux nues l'organisme dont ils contestaient l' utilité un instant avant. Mais les fastes de ce luxueux  hospice de la République continuent de choquer. Ce n'est qu'un exemple entre mille. On le dit, on le sait. C'est de ce copinisme censitaire,de ces incessants partages de gateaux, dont les gens qui vivent au quotidien un précipité de caporalisme bureaucratique et de laxisme gestionnaire, de règlementations,de controles en tous genres et de gaspillages révoltants, sont las.

La "montée" du F.N, son installation dans la vie publique, ne sont pas l'effet d'une attirance idéologique: simplement de l'envie de donner un coup de pied exaspéré dans la fourmillière. Seule manière, pensent-ils souvent, d'etre enfin entendu. Notamment sur deux question fondamentales régulièrement éludées:

- la France n'est pas européenne au sens que lui imprime le microcosme bruxellois, ivre de fédéralisme abstrait. Elle l'a clairement exprimé en repoussant en 2005 le Traité constitutionnel mijoté en petit comité. De cette méfiance innée pour l' Europe des banques et des multinationales,le F.N fait sans opposition notable son miel électoral.

-la France n'est pas, dans ses profondeurs, davantage acquise au multiculturalisme dont il apparait, il est vrai, que l'ensemble des nations chrétiennes d' Europe a des difficltés à s'accommoder.Il s'agit là d'un constat qu'exploite le F.N avec le procès permanent de l'immigration et l'exaltation, plus récente, de la laïcité.

Le Front orchestre ainsi un retour à un souverainisme latent dans les couches de la population les plus touchées par la récession. Revanche sur le parlementarisme sans frontières et l' impérialisme de l' euro.
Les "solutions" du F.N sont, bien entendu, erronnées.Mais là n'est pas l'essentiel. Le lent refus , grossissant  élection après élection, d' un régime politique, pose le problème de la représentativité des partis qui prétendent le diriger.Si l'on additionne l'importante masse des abstentionnistes et les suffrages recueillis par un F.N exclu de l'Assemblée Nationale, c'est en fait plus d'un Français sur deux qui, d'une manière ou de l'autre, ne s'exprime pas.En revanche, des minorités comme les Verts et le Front de Gauche bénéficient de "groupes parlementaires". L'équité électorale: pour le F.N, encore un bon cheval de bataille...offert par l'adversaire.

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Sur la nature du Prince sortant

Publié le par memoire-et-societe

Dans une monarchie républicaine comme la France aujourd'hui, la personnalité du Prince pèse lourd. Nicolas Sarkozy achève son quinquennat. On peut donc évoquer la place qu' y ont tenu son caractère et sa "nature" :

Disons en préambule que le "sortant" n'a ni le goût inné de l'économie ni la culture propre à celle-ci. Il est d'abord, comme Mitterrand qui a régné quatorze ans sans notions particulières de gestion, un avocat ayant choisi la politique. Les Républiques précédentes ont été façonnées par des juristes. Le monde a changé: le président doit désormais maîtriser les faits économiques et commerciaux sans s'en remettre à des courtisans spécialisés d'avis souvent opposés. Le pouvoir de la Parole a cédé la place à celui des banques et des marchés. Strauss-Kahn, s'il avait été plus respectable, aurait répondu au profil requis. Aucune nostalgie pour l'individu, quelque regret pour l'expert qui aurait sans doute su habilement piloter une manière de libéralisme social-démocrate, d'ailleurs peu conforme avec la visée socialiste d'une transformation de la domination de classe.

Sarkozy fonctionne d'autre part par pulsions et engouements. En 2007, il a bâti son projet présidentiel sur le modèle américain auquel il vouait une admiration un peu enfantine (l’opposition l’appelait d’ailleurs « l’Américain »). De cette éminente référence découlait, selon lui, des capacités qui allaient arrimer la France dans le peloton de tête des Nations. Pas de chance, c'était l' Amérique de Bush junior, totalement indifférent à la ferveur de son homologue. Ce dernier avait, il est vrai, à subir le courroux anti-gaulois consécutif au refus chiraquien de la guerre d'Irak. Le Français ne ménageait pourtant pas ses efforts, n'hésitant pas, en pleine crise conjugale avec son épouse Cécilia, à prendre des vacances là ou résidait l'Américain, précisément, en fin de mandat. La crise des "subprimes", puis celle de la dette et la chute de Lehmann Brothers, sont venues entamer l'enthousiasme initial. D'autant plus que le nouvel occupant de la Maison Blanche, Obama,  ne semblait pas placer la solidarité avec la France parmi ses priorités. Le choix du clonage n'était donc pas le meilleur.

Tandis que le château de cartes européen se mettait à branler, Sarkozy se découvrait soudain un emballement irrépressible pour l’Allemagne, notre "partenaire naturel". Et de bisouter la chancelière, la cajoler, et l'agacer à force. Tout était prétexte à éloges sur cette fée de la réussite. Le sarkozysme ne rêvait plus qu'à mettre ses pas là ou l’Allemagne avait posé depuis longtemps les siens. Les résultats de la République fédérale étaient nos objectifs. Son taux de croissance la prometteuse perspective d'un Etat dont les finances fondaient comme neige au soleil. Mais là encore, la solidarité n'était pas exacte au rendez-vous. Triple A ou non, la chancelière n'a guère relâché sa pression anti-inflationniste. Le géniteur du G20 et de l' " Union pour la Méditerranée", deux pétards mouillés, s'est retrouvé seul, affaibli parallèlement au plan intérieur par ses effets d'annonce sans lendemain, ses cadeaux, ses reculades et ses contradictions: tant sur le bouclier fiscal que sur la baisse de la TVA dans la restauration ou la taxe Tobin, par exemple.

Qu'en retenir ? Que ce Prince a la vulnérabilité des impulsifs. Décisions trop hâtives, prises "sur le coup", initiatives non étayées par une information préalable suffisante puis une réflexion approfondie, réactions soumises à une actualité éphémère, discours définitifs prononcés " à chaud ", conseillers choisis au mérite médiatique: en politique, l'homme d'action ne saurait se résumer au fonceur inspiré, mu par les tendances qui l' environnent.
Aussi Nicolas Sarkozy va-t-il perdre s'il persiste à vouloir se représenter. Rançon d'une certaine immaturité ou la bonne volonté n'a pas toujours manqué, mais ou la placidité nécessaire, et avec elle la réussite, ont fait défaut.

 

 

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Une vieille affaire

Publié le par memoire-et-societe

Nicolas Sarkozy, qui n'en manque pas une, et n’est pas à l’heure actuelle candidat à sa succession (relire à ce sujet l'article " A droite" du 23/09/1), insiste sur le fait que " les Français ne travaillent pas assez ". Dans un pays ou le chômage frise les dix pour cent, c'est chercher comment perdre encore des voix.

La vérité est que le MEDEF veut profiter des élections présidentielles pour en finir avec les 35 heures, son épouvantail favori. A cet effet, l'organisation patronale a fait une nouvelle fois appel à l' Institut COE-Rexecode, à son service, pour déterrer des chiffres jetés à l'opinion sans nuance ni précision. "En dix ans, déclare l’Institut en question, le salarié français a vu son temps de travail diminuer de 14%". Dit comme ça, il y a presque de quoi expliquer la perte du triple A : la responsabilité de notre échec incombe aux smicards qui ne bossent pas.
Bien sur, l’insinuation ne résiste pas à l'analyse :

- d'abord, la santé de l'économie n'est pas déterminée par la durée du travail qui n'en est qu'un élément. Ainsi en Allemagne, référence obligée, la durée réelle du travail, contrairement à ce qu'affirme Rexecode, est, en moyenne, comparable, sinon légèrement inférieure dans plusieurs secteurs de l'industrie, aux temps français hors heures supplémentaires.
-Rexecode ne prend pas en compte des informations qui conduisent à relativiser son calcul : le temps partiel est plus répandu en Allemagne ; l'évolution démographique diffère : à la croissance de la population française (+ 8 millions d'habitants en 10 ans) s'oppose la décroissance de la population allemande (- 3 millions).

-la durée du travail sans évaluation de l'indice de productivité, impliquant le degré d'organisation de l'entreprise, les compétences et le type de fonctionnement  activité productrice ou travail aliéné), ne prouve rien.

-la présence au travail des cadres et des travailleurs indépendants, non comptabilisée, oscille selon les études entre 50 et 60 heures par semaine.
Au demeurant, le problème du travail en France est moins celui du total des heures effectuées que celui de l'absentéisme du à un mal-être diffus chez  beaucoup de salariés, à leur état semi dépressif, que le nombre grandissant de suicides en entreprise et la crainte permanente du "plan social" ou de la délocalisation, éclairent cruellement.

Le fond de cette vieille affaire est donc ailleurs. Comme dans chaque période de marasme économique et conjointement de régression sociale, la moindre perspective de limitation du temps de travail est aussitôt qualifiée par le patronat de "fatale pour la compétitivité". Cela confère alors au conflit une dimension quasi idéologique. L'égoïsme de classe ne supporte pas la remise en cause des profits et du mécanisme de l'offre et de la demande qui fonde l'économie libérale.

Le scénario est trop connu: il n'occulte pas la longue lutte au XIXème siècle pour la journée de 10 heures, ni celle des 40 heures en 1936. Que le patronat annonce régulièrement la ruine définitive de l'économie n'émeut pas grand monde. La solution ne saurait  être de travailler toujours plus: elle consiste davantage à trouver un équilibre justifiable entre le producteur et l'actionnaire.

 

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Honneur et distinction

Publié le par memoire-et-societe

J'ai la Légion d'Honneur. Je ne la porte pas. Ceux qui la dénigrent le plus sont souvent ceux qui ne l'ont pas mais voudraient l'avoir. D'autres l'arborent, qui ne l'ont pas reçue, ou bien s'octroient un grade supérieur: par exemple " officier " quand ils sont "chevalier". Le port illégitime de décoration, délit plus fréquent qu'on ne croit, est puni par la loi. J'ai connu quelqu'un qui avait cousu le ruban sur sa robe de chambre.

La Légion d'Honneur, comme l’Académie française, est à la fois source de dérision et de dépit. Elle est depuis longtemps matière à plaisanterie chez les chansonniers et cible de choix pour l'esprit frondeur des Français. Il parait qu'une centaine de milliers d'entre eux possèdent actuellement cet objet brocardé et convoité. Un nombre non négligeable de gens célèbres l'ont refusé: de Maupassant à Maurice Ravel ou de Simone de Beauvoir à Léo Ferré.

Créé en mai 1802 par Napoléon, alors Premier Consul, l’Ordre vise à récompenser les militaires (pour deux tiers) et les civils (pour un tiers) estimés avoir rendu service à la Nation. Bonaparte, intervenant à ce sujet devant le Conseil d’Etat, déclarait: " C'est avec des hochets que l'on mène les hommes ". Hochet, le mot revient avec insistance s'agissant de décoration. Il est vrai qu'on s'adresse d'abord à la vanité et au besoin de reconnaissance officielle pour  qui a acquis une parcelle de "surface": le haut fonctionnaire comme l'écrivain consacré,l'acteur acclamé, le champion adulé ou le chanteur à la mode.
C'est pourquoi les dirigeants politiques ont vite compris l'usage électoral et clientéliste que permettent plusieurs fournées annuelles de "nominations dans l'Ordre de la Légion d' Honneur".Pas un président de Chambre d' Agriculture, de Syndicat intercommunal, d' Elu local-grand électeur, pas un professeur de Médecine, un Directeur de publication, un Doyen de Faculté, pas un International de football, de surcroît originaire de banlieue, qui n'ait la croix un jour ou l'autre.

La considération générale en souffre-t-elle? Ne citons personne : on trouve dans les listes de promus paraissant à rythme régulier au Journal Officiel des noms qui ne constituent pas des références aux yeux de l'opinion.

Il n'en faut pas davantage pour ébranler le crédit accordé à la méritocratie. Les termes de "copinerie" et "solidarité de classe" alimentent la conversation. Là ne réside  sans doute pas l'essentiel du fossé qui s'est creusé aujourd'hui entre le peuple et les "élites". N'empêche: si l'on veut redonner sens aux valeurs, encore convient-il de ne pas s'en servir comme de sucres d'orge.

 

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L'image dégradée

Publié le par memoire-et-societe

Le syndicalisme est, de l'avis général, devenu nécessaire à une bonne respiration démocratique. La défense organisée des salariés dans le système capitaliste est née dans la douleur avec les débuts de l'industrialisation. En France, Saint-Simon dès 1824, puis Proudhon avec "Qu'est-ce que la propriété?"(1840), Flora Tristan (L'union ouvrière, 1843), Pauline Roland et Jeanne Deroin, prônant la création d'une caisse de solidarité pour le crédit gratuit, les soins médicaux et les retraites (1849), l'A.I.T (ou 1ère Internationale, 1864-1872), regroupement d'associations ouvrières avant d'être un mouvement politique, en constituent les prémisses.
Comme toute collectivité humaine, le syndicalisme a rencontré des aventuriers, des mouchards, des traîtres ou des renégats. Mais il a surtout longtemps connu l'exclusion, la répression et un impitoyable combat pour conquérir droit de cité. Le délégué syndical a été, jusques et y compris aux lendemains de la 2ème guerre mondiale, indésirable dans nombre d'entreprises:le premier à être licencié, le dernier, sauf "récupération ",à etre promu, souvent "marqué au rouge" sur une liste patronale qui forçait l'ouvrier et sa famille au nomadisme dans une perpétuelle recherche d'emploi.

D'abord maudit et héroïque, le syndicalisme a acquis pignon sur rue. Ses dirigeants sont des notables (les "bonzes"), ayant porte ouverte sur les allées du pouvoir et dégagés des contingences du quotidien. Le "partenaire social" est institutionnalisé, consulté et courtisé.

C'est pourquoi l'image dégradée dont  les syndicats offrent le spectacle depuis quelques temps est spécialement inquiétante. Une faible représentativité (8% des salariés dans le secteur public, 5 % dans le privé où survivent des craintes pour le déroulement de carrière) en est-elle la conséquence ? Il faut ajouter alors une multiplicité de structures qui donne à certaines davantage l'allure de boutiques catégorielles ou partisanes et de syndicats-maisons que de véritables confédérations. S'en suit une surenchère sans perspective cohérente.

Dans le mouvement ouvrier traditionnel, qui a été le terreau du courant socialiste français, toutes sensibilités confondues, l'appartenance syndicale constituait une sorte de baptême. C'est seulement après avoir éprouvé les limites de cette forme de lutte que le militant révolutionnaire rejoignait un parti politique, aboutissement de l'expérience vécue. Il en va aujourd'hui autrement: l'Union locale de la C.G.T ou de la C.F.D.T ne constitue guère l’antichambre obligée pour un jeune énarque qui cherche une circonscription. D'ou cette coupure flagrante du bobo "à gauche" avec les soucis du bon peuple .Le contact n'y est plus.

Ce n'est pas encore là le pire handicap du syndicalisme nouveau style: de dérives en décadences, le trouble naît de sa relation ambiguë, déjà signalée par la Cour des Comptes, avec l'argent. Ainsi pourquoi le rapport Perruchot (député UMP) est-il maintenu sous le boisseau ? Rançon de quel compromis? S'agit-il des "trésors" dévoyés des Comités d'Entreprise ? Du monopole à l'embauche abandonné à des mafias électoralement influentes ? De l'omerta sur des sommes détournées puis réparties au nom d'une  majorité de salariés non informés et manipulés ? Moeurs étrangement inspirées de l'exemple patronal et des syndicats américains.

Avec le gouvernement, tout est plus subtil. On est dans un univers différent: les ministres changent plus souvent que les secrétaires confédéraux, mais on se connaît. On déjeune avec les mêmes journalistes, on débat sur les mêmes plateaux de télévision, mille occasions se présentent d'évaluer, de se parler, de se renvoyer l'ascenseur, bref de négocier la paix sociale entre interlocuteurs conscients de leurs responsabilités respectives. Il n'est que de suivre l'évolution réformiste de la C.G.T depuis une vingtaine d'années (et, par contrecoup, l'émergence de Collectifs spontanés dans les conflits) pour conclure, comme la publicité, que le syndicalisme "le vaut bien".

 

 

 

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L'Europe en dominion

Publié le par memoire-et-societe

Faites le compte : les légèretés aristocratiques de Giscard, la monarchie affairiste de Mitterrand, l'inertie dorée chiraquienne, les coups de menton ruineux  de Sarkozy,  il y a là de quoi  plaquer une nation au sol. C'est d'ailleurs ce qui se produit.
A ce triste constat se reconnaît, parait-il, le "pessimisme français". Il est vrai qu'il  y a eu avant les "trente glorieuses". C'est si loin. Le "cher et vieux pays" est aussi celui du TGV, de la fusée Ariane, de la puce électronique et de l'énergie nucléaire. Il bougerait donc encore. Mais comment ? C’est la question dans la mesure ou les marchés financiers et les spéculations bancaires, se servant de la législation européenne, s'appliquent à en faire un dominion.

Les Français ont répondu comme ils pouvaient en refusant le projet de traité constitutionnel de 2005.Pour autant, ils ne sont pas sauvés de l'emprise d'un Capital dont le coeur bat sur l'autre rive de l'Atlantique. L'impérialisme, pour survivre, a besoin d'un continent européen dépendant.

Deux dates seulement :

Octobre 1973.Les économies européenne et japonaise prospèrent. Elles conquièrent des parts de marché sur tous les continents. Bref, elles font de l'ombre. Henry Kissinger, secrétaire d' Etat de Nixon depuis trois semaines, atterrit chez  le grand ami moyen-oriental des U.S.A, le roi Fayçal d'Arabie, producteur numéro 1 de l' OPEP (21 % des exportations mondiales de brut). L'inflation, provoquée par le coût de la guerre du Vietnam, frappe de plein fouet les Etats-Unis. Kissinger s'entend avec Fayçal pour porter le prix du baril de pétrole de 3 à 18 dollars, ralentir la production, et mettre l'embargo provisoire sur la fourniture aux pays industriels. Les déficits extérieurs du Japon et de l'Europe, dépourvus de ressources pétrolières, plombent alors leurs économies. La crise mène à la stagflation.

Janvier 2008.Baisse (contrôlée) du dollar face à l'euro et crise des "subprimes" (prêts hypothécaires à risque) en juillet 2007, après le relèvement brutal des taux directeurs par la Federal Reserve Bank, provoquent une nouvelle flambée du prix des carburants qui porte de 90 à 145 dollars le baril tandis que les U.S.A, au sous-sol gorgé d'or noir, remplissent leurs stocks stratégiques. Une fois encore, les économies "périphériques", poussées à l'endettement, sont mises hors combat. Les agences de notation, toutes américaines, achèvent le travail en laissant en permanence planer- sauf sur l'Angleterre dont les finances sont pourtant tout sauf brillantes- la menace d'une dégradation de la confiance des marchés. Ce n'est plus la stagflation mais la récession.

Ce retour des mauvais coups portés à l'Europe continentale mal défendue, n'est pas, bien sur, sans arrière-pensée politique. Le plus remarquable, dans cet acharnement à casser le développement autonome des "alliés occidentaux", est sans doute l'ingéniosité des stratégies de mise en échec. L'Europe ne saurait, quoiqu'il arrive, devenir une rivale. Elle est destinée au statut de dominion économique qui laisse aux Anglo-Saxons les mains libres pour la grande négociation sur le partage du monde avec l'Asie.

 

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L'Etat : toilettage ou réécriture

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En Espagne, le gendre du roi, convaincu de concussion, a été, avant même tout procès, immédiatement éliminé de la vie publique. En France, un ex-président,condamné pour emplois fictifs et abus de biens sociaux,continue de bénéficier de la considération officielle.

Tout le monde le pense, quand beaucoup refusent de l'avouer, le "royaume" français est moralement malade. Ses institutions sont inadaptées,ses élites possédées par l'égoïsme de classe, leur intégrité jugée douteuse, ses "partis de gouvernement" dévorés par le clientèlisme, ses corps intermédiaires livrés aux appétits corporatistes, ses masses populaires abandonnées au scepticisme et minées par un sentiment d'injustice. Compte tenu de la riche histoire du pays, c'est un naufrage.

Le tableau peut sembler sévère. Il est réaliste, et conduit à cette question:suffirait-il de "toiletter" l'Etat, en manque d'un sérieux lifting, pour rendre la santé à une société en souffrance, ou sa dégradation nécessite-t-elle de "réécrire" l'ensemble sur d'autres bases ?

Si l'on regarde de près, trois handicaps endogènes plombent ce régime: le déséquilibre des pouvoirs, la multiplication de structures redondantes ou concurrentes, le blocage bureaucratique de la créativité. Il n' y a, dans l'Ordre marchand mondialisé, aucun modèle convaincant, mais il existe des éléments dont on peut, sans prétendre refaire l'univers, s'inspirer avec la prudence qui doit accompagner toute transposition sociale.

La IVème République a été un régime d'Assemblée ou un groupe restreint de députés suffisait pour faire et défaire les gouvernements. La Vème a versé dans l'excès contraire en instaurant une monarchie républicaine façonnée aux mesures d'un homme qui la transcendait,Charles de Gaulle. Particularité qui n'a été le cas d'aucun de ses successeurs de droite et de gauche qui se sont bornés à présider le déclin.

Partager les pouvoirs dans une version francisée de principes en usage aux Etats-Unis n'est, au stade actuel, pas totalement insensé: un président issu du suffrage universel d'un coté, un parlement investi d'un véritable contre-pouvoir de l'autre (c'est-à-dire de la faculté de renvoyer le chef de l'Etat sans être dissous par lui). De ce fait, l'alignement sur les choix présidentiels de la majorité élue ne serait plus politiquement vital : la co-habitation de l' Exécutif et du Législatif s'opèrerait directement, sans passer par un premier ministre-courtier dont l'existence ne s'imposerait guère.

Quant à elle, l'autorité judiciaire pourrait regrouper Conseil d'Etat, Cour des Comptes et Cour de Cassation en une Cour Suprême coordonnant plus efficacement les rouages principaux d'un système qui reste insaisissable à la plupart des citoyens. Le bi-camérisme mérite pour sa part un coup d'oeil : ce n'est pas parce qu'il est tombé dans l'escarcelle du P.S que le Sénat serait soudain paré de toutes les vertus. Cette maison de retraite pour politiciens chenus ou recalés par le suffrage universel reste une sinécure entretenue à grands frais auto alloués. Ses avis, quand il en a, retournent à l'Assemblée qui tranche en dernier ressort. Mais son système de retraite est le plus généreux...du Système. Le bon sens incite, comme cela a déjà vainement été suggéré, de fusionner l'onéreuse institution avec le Conseil Economique et Social, autre planque qui pond des "Rapports" que personne ne consulte. Une Chambre des Territoires à effectif réduit représentant les "forces vives", ou l'age des membres serait limité, pourrait, dans le cadre d'une politique suivie de décentralisation, y contrôler concrètement les relations de l'Etat et des Régions.

La réduction du "mille-feuilles" qui va de la Commune au Parlement européen (toutes les élections seraient à regrouper sur un seul jour pour éviter la funeste campagne électorale permanente qui paralyse ce pays et favorise l'abstention si redoutée) entre, évidemment, dans un programme conséquent d'allègement politique. La disparition du département napoléonien, ruineux anachronisme qui brasse des budgets ahurissants, paraît en l'occurrence, inéluctable. Tant pis pour les intérêts partisans.
Le gaspillage des savoirs est, en France, consternant. Des retraités (paysans, artisans, pédagogues, soignants) sont marginalisés alors qu'ils seraient tout disposés à transmettre une expérience qui va se perdre. Encourager l'initiative, animer la relation intergénérationnelle sont des slogans éculés, sauf qu'on leur voit bien peu d'applications. Perte sèche pour une collectivité...

Dictature des marchés, impunité des responsables, corruptions et scandales, népotisme, favoritisme, tout cela n'est pas nouveau, mais  finit par prendre une part prépondérante dans un royaume en décadence. A qui a fait un peu d'Histoire, voilà qui rappelle quelque chose...Mais oui, bien sûr ! La caste (multicartes) des petits marquis à talons rouges!

Ils ont terminé à Coblence, ou pendus à la lanterne. C'était le bon temps...

Quoiqu'il en soit, et sans illusion sur la réalité du "changement" qui sortira de la consultation de 2012, retenons qu'un Etat bien "réécrit" exige la conciliation des aspirations populaires et des structures de pouvoir. Fantasme citoyen ?

 

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Et le génocide ouvrier ?

Publié le par memoire-et-societe

On traque donc le génocide : africain, indien, aborigène, mahori, arménien, juif, tzigane, bosniaque... Excellente initiative qui n'interdit d'ailleurs ni la pérennité du phénomène (Rwanda, Cambodge) ni la relecture de l'Ancien Testament ou fourmillent les purifications ethno-religieuses.

Pour autant, le génocide ne se limite pas au massacre immédiat d'une population. Il a revêtu dans l'Histoire humaine d'autres formes, d'atrocité variée, qui aboutissaient au même résultat: l'élimination physique plus ou moins programmée de masses d'individus sur des bases non seulement raciales mais aussi économiques et sociales.

Ainsi des ouvriers en Europe à partir des débuts de l'industrialisation. Horaires exténuants, y compris pour les femmes et les enfants, taudis, tuberculose, silicose, dangerosités du travail, la mortalité dans la condition ouvrière (jusqu'au début du XXème siècle l'espérance de vie y excédait  rarement 40 ans) illustrait l'extermination organisée d'une main d'oeuvre sacrifiée, toujours renouvelable, toujours renouvelée.

En Angleterre, en Allemagne, en France, en Russie, cela a duré des décennies et des décennies ponctuées de révoltes, d'émeutes, d'insurrections (1848,1871) écrasées dans le sang. Après la Commune, on ne trouvait plus un chaudronnier ou un cordonnier à Paris.

On peut néanmoins douter que nos "représentants" pensent voter quelque loi à ce sujet. Il n'est pas d'usage de faire le procès de sa propre classe. Les "damnés de la terre" ne sont pas, il est vrai, porteurs de vertus nationales en temps de paix. Ils sont morts ainsi qu'ils ont (peu et mal) vécu. Méprisés puis oubliés dans les replis de la mondialisation qui s'est trouvée ailleurs des machines humaines à produire du charbon, de l'acier et de la plus-value.

Chez nous en France, le peuple ouvrier est passé de mode. Il a cessé de cheminer dans le sens de l'Histoire. Ses immenses cimetières n'inspirent plus les tribuns. Ce génocide-là est particulier : il est amémoriel.

 

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