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Le nouveau DSK est arrivé

Publié le par memoire-et-societe

   On le renconte à nouveau sur les petits écrans, trapu, mains dans les poches, tout sourire, comme avant. Dominique Strauss-Kahn est de retour.

   Les choses finalement ne se présentent pas trop mal.Tristane Banon a retiré sa plainte. L' anonyme qui l'accusait de "viol en réunion" s'est rétractée. Restent Nafissatou Diallo (Tribunal civil du Bronx) avec laquelle les avocats new-yorkais de l' ex patron du FMI négocient, et enfin cette histoire de "proxénétisme en bande organisée " (Carlton de Lille) dont l'instruction parait bien compliquée. Le tout  fera sans doute cher pour le chouchou de l' " économie sociale de marché ", pour l' instant en liberté sous caution, mais il devrait s'en tirer, comme  avec la MNEF qui lui avait coûté le ministère des Finances.

   DSK  dispose en fait de deux atouts majeurs: un carnet mondial d' adresses et un réseau permanent de protecteurs médiatiques. C' est sur ce socle - bienveillance de la finance internationale et  force de frappe communicationnelle - que l' ancien maire de Sarcelles compte pour reconquérir le terrain. A cette fin, il n' a pas choisi de passer par le bas, mandat après mandat, à 63 ans il n' en a ni le goût ni le temps,mais par l' exploitation d'une réputation planétaire d' économiste, savamment entretenue.

   La démarche, assortie de la prudence qui sied à la situation judiciaire de l' intéressé, comprend plusieurs volets : tournées de conférences en direction des VIP et  des  élites politico-économiques selon un maillage élaboré ( Marrakech, Pékin, Yalta, bientôt Munich et Séoul ), tribunes et interviews dans des publications de haut vol, interventions dans des émissions radio-télévisées à forte audience et à la tribune de Rencontres, Forums et Colloques réunissant responsables politiques et  dirigeant d'entreprises multinationales, consultations par le biais de sa société de conseils Parnasse SARL.

   DSK  présente en effet un profil idéal  pour l' oligarchie actuelle : social-libéral, frotté aux  problèmes internationaux, adoubé à la fois par le milieu bancaire, le grand patronat et la social-démocratie, il est l' intermédiaire rêvé de tous ceux qui cherchent, depuis des décennies, un successeur à Mendès-France.

   En France même, sa position est confortée par le fait qu'il a dû abandonner toute ambition nationale. Il n' est plus un rival. La visée est désormais différente. Un ministère de l' Economie européen, s'il s'en crée un comme on le murmure, ne serait sans doute pas pour lui déplaire et il n'aurait pas trop de mal à trouver, ici ou là, des gouvernements pour soutenir l'idée. Le monde est  vaste, d'ici là d'autres opportunités peuvent se présenter, si d' autres accidents de carrière ne se produisent pas.

   Le fond du problème est cependant ailleurs : quelles solutions  concrètes à la Crise propose le super Expert? De ses analyses et déclarations récentes ne filtre pas une lumière aveuglante. Des truismes, des observations que chacun peut formuler sur l' euro, sur les Emergents, sur la statégie du couple franco-allemand, sur la montée de l' Asie. Un peu juste.Le nouveau DSK est arrivé. On attend l' homme providentiel.

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"French bashing"

Publié le par memoire-et-societe

   Le  "french bashing " (littéralement:la"râclée française" )a la faveur en Angleterre. Economie ou rugby, moeurs ou fait-divers, tout passe à la moulinette de la presse et de l'opinion publique locales dès qu'il s'agit de Français. Ce qui ne contredit pas l'empressement des citoyens d'outre-manche à franchir le Channel et à se répandrer de la Normandie à l' Aquitaine et au Languedoc pour en partager le style de vie et  y acheter des demeures.
   Evacuons les contentieux historiques et le rappel des multiples griefs qu' Anglicans et Papistes,  Rosbifs et Grenouilles s'envoient à la figure depuis les Plantagenêt: ces querelles chauvines sont en l'occurrence devenues anecdotiques. Ce qui est en cause est l'obstination du Royaume Uni à saper la coopération franco-allemande et la construction politique de l' Europe.

   Le "french bashing " n' a en effet cessé de s'intensifier depuis qu' en 1962 de Gaulle et Adenauer ou, après eux, Pompidou et  Kiesinger, Giscard et Schmidt, Mitterrand et  Kohl, Chirac et Schroeder, Sarkozy, Hollande et Merkel affichent un désir commun de donner au Continent une chance d' exister dans un monde en pleine recomposition.C'est vrai, nous ne sommes plus dans les années trente où les présidents du Conseil français ne décidaient rien sans avoir consulté Londres. Les yeux  de Paris sont aujourd'hui plus vite tournés vers Berlin et  Washington.

   Ce déclassement accompagne logiquement la fin d'un Empire, et le parallèle avec notre propre recul d' influence s'impose. L' actuelle crispation francophobe, exprimée par le " french bashing ", n' y change rien. Au contraire. L' Angleterre, qui fait géographiquement partie de l' Europe, a tort de s'en éloigner politiquement, car les U.S.A, dont elle ne quitte pas le sillage, portent  prioritairement leurs regards sur l' Asie où se joue la partie.Il serait donc préférable pour tous que, sans renier son identité, elle prenne une plus équitable  mesure des réalités.

 

 

 

Prochainement:

   Le nouveau DSK est arrivé.

   La France saharianisée.

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La mémoire est-elle un devoir?

Publié le par memoire-et-societe

   Le  "devoir de mémoire " : encore une de ces formulations inventées par quelque "penseur " confortablement installé dans l' après-guerre. Que peut signifier un "devoir "- donc une contrainte( morale?sociale?individuelle?collective?)- appliqués à une chose aussi fine, fluide et finalement subjective que la mémoire, fût-elle envisagée sous l' angle historique?

   Quels en seraient les critères et références? les limites dans le temps et l'espace ? le XXème siècle? l' Europe? ou bien l' Inquisition, la Saint-Barthélémy, ,les Dragonnades, la Terreur, la Commune et l'extermination des Indiens? A partir de combien de cadavres un évènement mériterait-il d'entrer dans le cadre des "lois mémorielles " qui, depuis quelques années, se sont mises à pleuvoir sur les citoyens français, assorties de menaces de sanctions sans grand effet sur la persistance de préjugés, les ethnocentrismes virulents et  le mépris inavoué de l' Autre? et au bout de combien d' années y aurait-il prescription?

   Non seulement l' intitulé peut paraitre contestable, mais l'esprit même de la démarche est sujette à caution:

  - la commémoration à jour fixe d'une des innombrables boucheries perpétrées par l' Homme depuis son apparition, suffirait-elle, par le seul prodige de la transmission, à "absoudre " ceux qui, précisément, n'ont rien à se reprocher?  à dispenser indistinctement la bonne conscience?

   -l'esclavage ou la chambre à gaz, pour ne prendre que ces exemples, ne relèvent pas des mêmes finalités : l' exploitation inhumaine et dégradante de la force de travail dans un cas, la violence raciste à l' état brut dans l'autre.Faut-il dès lors prescrire un  traitement identique de leurs évocations qui, s'insérant dans un rituel  immuable, se banalisent?
   -une mémoire, comme un deuil, relève sans doute et d'abord de l' intimité de chacun, sinon de son vécu, pas d'une exposition publique imposée et d'invitations solennelles à la repentance générale, où la sincérité du souvenir et de  l' émotion,refoulées au second plan, s'éloigne d' envolées officielles récurrentes, étrangères à qui n'a pas connu les faits et s' empressera de l' oublier le reste du temps.
   La transmission véritable se réalise dans les témoignages, les traces concrètes, la réflexion. Le  " penseur " a  tout faux : il serait plus authentique, voire mobilisateur,  de parler à une  jeunesse légitimement curieuse de "droits à la mémoire " et  de " devoir d' avenir ".

 

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Printemps arabe ou automne américain?

Publié le par memoire-et-societe

   Les choses ne sont peut-être pas aussi claires que ça. Démocratie contre obscurantisme, impérialisme contre lutte de libération: ce genre de formulation est souvent simplificateur. La question du Moyen Orient n' est-elle que religieuse? ou le problème est-il aussi celui de la répartition des richesses? L' islamophobie s' arrête-t-elle à la critique du fondamentalisme? et l' anti-occidentalisme n' est-il que l' expression de la misère d' une jeunesse musulmane sans perspective ? Ramener un embrasement persistant s' étendant du Pakistan au Maroc à l' activisme de quelques groupes d' " extrémistes " (comme si seux-ci étaient en suspension dans leurs sociétés ), n'est-ce pas réduire un affrontement d' ordre mondial aux dimensions de la propagande électorale qui déferle à grand prix sur les U.S.A ?

   Hélas, le débat est pour le moment "indépassionnable". Cela n' empêche pas d' appeler un chat un chat. Il y a plus de 6O ans que la nation arabe vit l' existence et le fonctionnement  en son sein de l' Etat d' Israël comme une injustice et une humiliation.Nombreux sont aussi ceux qui ailleurs partagent ce sentiment sans l' avouer en raison du souvenir toujours oppressant de la Shoah.Mais beaucoup part de là, beaucoup y ramène, et aucun argument ne peut rien y changer, même s'il est parfois mal vu  de le rappeler.
   En l' affaire, l' appui inconditionnel, automatique, de Washington à Tel Aviv malgré les votes répétés de l' ONU, l'action d' influents et multiples groupes de pression pro- israëliens en Amérique et en Europe, ne cessent de conforter l' hostilité à l' Occident.

   Telle est la toile de fond. S' y ajoutent les éléments conjoncturels qui semblent se coaliser pour rendre les Etats-Unis peu attractfs. Cette grande démocratie s'il en fût, montre qu'elle sait  ne pas s' embarrasser, quand elle le juge utile, des contraintes de la légalité. Ainsi, le camp de concentration de Guantanamo, à Cuba, bagne hors droit où sont déportées des personnes simplement soupçonnées de terrorisme, existe toujours en dépit des promesses électorales de fermeture de Barak Obama en 2008. Le monde arabe s' en souvient, comme il se souvient des " armes de destruction massive " dénoncées par Bush et Blair pour justifier l' invasion de l' Irak ( bilan à ce jour, plus de 400.000 morts, et un pays laissé exsangue et chaotique). Il se souvient des tortures filmées et photographiées dans la prison d' Abou Ghraîb, du spectacle télévisé en direct de l' assassinat à domicile   de Ben Laden par un commando des "forces spéciales ". Il se souvient, et nous nous souvenons, du sauvetage de la population de Benghazi vite transformé en pure et simple opération de mainmise sur le pétole libyen, etc.

   Ce sont bien ces violations du droit, ces violences, ces dégradations et autres "bavures " variées et répétées qui ont décrédibilisé les Croisés de la démocratie atlantique. Leur impopularité actuelle est autant l' effet d'une conduite politique que d'une "guerre sainte "ou de la résistance de populations qu'après tout on agresse chez elles pour mieux les "libérer",  et qu' une presse lointaine bafoue régulièrement dans leurs moeurs et leurs croyances.

   J'ignore si la société arabe connait un " printemps " qui ne saurait sans doute se suffire de l'éviction de Sadam Hussein, de Moubarak et de Khaddafi. Mais, devant tant de faux pas, j' ai l' impression que le prestige de l' Amérique, lui, devient automnal. La Superpuissance (qui peut toujours faire sauter cent fois la planète ) accompagne son déclin relatif (voir les Emergents ) et la démonstration de son inadaptitude à diriger l' humanité,  d' une perte croissante d' autorité morale.

   Dans ces circonstances, l' Europe, si elle parvient à  s' affirmer indépendante et clairvoyante, peut prendre le relais pour entamer avec la " trilogie des peuples souffrants " (Juifs, Arabes et Noirs) le Dialogue conciliant , équilibré, qui donnerait à l' Occident  un visage moins cupide et moins brutal, et finalement à la nécessaire relation Nord-Sud un début de réalité.

Publié dans politique

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Au berceau du surréalisme

Publié le par memoire-et-societe

"Lâchez Dada!", son précurseur zurichois, lance en 1924 André Breton à une jeunesse frémissante, à peine émergée de la boucherie de 14-18. Il vient de créer avec Aragon, Soupault, Crevel, Artaud, Desnos, Eluard et quelques autres, le Surréalisme, mouvement culturel historique et mondial."Les Champs magnétiques", premier essai d' écriture automatique par le duo Breton-Soupault, remonte déjà à 1919.

Le Surréalisme est ainsi né d' un Manifeste parisien, avec pour centre névralgique la Place Blanche,et deux annexes rive gauche, le 54 rue du Château et le 45 rue Blomet, plus divers endroits emblèmatiques, dont le Passage de l' Opéra, aujourd'hui disparu, longuement évoqué par Aragon dans "Anicet" et "Le Paysan de Paris", et le " Café des Oiseaux", square d' Anvers, où Breton a rencontré sa seconde épouse, la belle Jacqueline Lamba, danseuse aquatique au "Coliséum".

Le premier des Q.G. surréalistes a été, comme il se doit, un bistrot, "Le Cyrano ", à l'angle du boulevard de Clichy et de la rue Lepic. Breton y racontait ses rêves, qu' Eluard traduisait en poèmes. N' essayez pas d' y aller : vous y trouveriez un fast-food. En face, le  " Café de la Place Blanche " a constitué, jusqu' à la fin des années 40 , un autre lieu de choix : Ernst, Arp, Miro, Man Ray ou Bellmer venaient y échanger leurs avis sur les textes que leur lisait à tue-tête Benjamin Péret.

L' établissement, devenu un clinquant restaurant à touristes, est au coin de la rue Fontaine. Cent mètres encore, et on arrive devant le 42, domicile de Breton dès 1922. Son atelier dominait en fait le boulevard de Clichy, et l' écrivain y entassait un invraisemblable bricà brac d'oeuvres, objets, fétiches, dénichés pour la plupart  aux Puces de Saint-Ouen dont il était un familier. " Le Mur de Breton " est désormais exposé au Musée du Centre Pompidou.La quasi totalité des artistes de l' époque, de Picasso à Tanguy, Duchamp, Chirico , Derain, Masson, Giacometti, Magritte, Brancusi, ont  emprunté le long couloir du "42", comme on va en pélerinage.

A l' autre bout de la rue Fontaine, première à droite dans la rue Notre Dame de Lorette, la rue La Rochefoucauld et le Musée Gustave-Moreau. "La beauté, l'amour, c'est là que j' en ai eu la révélation ", déclare Breton dans ses " Entretiens " de 1952. La cinéaste surréalisante Nelly Kaplan a consacré un brillant court- mètrage à ce lieu privilègié.

Puis voici la rue La Fayette, un peu avant l' église Saint-Vincent de Paul, à côté de la station de métro : le 4 octobre 1926, Breton y croise " l' âme errante ", Léona Camille Ghislaine Delcourt, passée à la postérité sous le nom de Nadja.Sur la gauche, la descendante rue du Faubourg Poissonnière. Soudain, le boulevard (de) Bonne Nouvelle, "un des grands points stratégiques que je cherche en matière de désordre ", voie que Breton a coutume de suivre jusqu'à " la très belle et très inutile porte Saint-Denis ".

Ce parcours initiatique s' achève rue du Faubourg Saint-Martin devant un ex troquet, en l' occurrence le "Batifol ", "confondant dans une sorte de bruit marin, bruit et rafale, l' espoir et le désespoir qui se quêtent au fond de tous les beuglants du monde " (Les Vases communicants ", 1932). Leo  Malet, auteur surréaliste de populaires romans policiers, évoque dans " M'as-tu vu en cadavre? " cet établissement défunt , "connu des habitués sous le nom de "la Plage", où se retrouvait tout ce que Paris comptait  de comédiens sans engagement ".
Ce voyage partiel pour ne pas oublier que le "sirop de la rue " a bien été le carburant initial de cette  poèsie du Hasard et de la Liberté propre au Surréalisme.

 

 

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L' individu et le gouverné

Publié le par memoire-et-societe

   L'ambiguité des sociétés contemporaines ne cesse de s' affirmer. Alors que l' homme, au sens générique, marque son désir d' autonomie, la société exige de lui une intégration croissante. Situation qui en fait un Janus moderne, tendu vers l' individualisme d' un côté, englouti par l' addition des servitudes règlementaires de l' autre.
   Cet écartèlement entre tropisme libertaire et formatage citoyen est la source de tensions multiples. L' ego, pris dans le maillage serré des interdits, contrôles et sanctions, cherche à s' en libérer comme il peut. D' où des comportements marginaux allant de la dérive délinquante, dans le pire des cas, à la simple dérobade, dans le meilleur.
   La démotivation, la démission, le repli, deviennent significatifs de l' époque. Ainsi l' absence scolaire -et, pourquoi le cacher, l' absence scolaire dans les milieux  défavorisés, notamment immigrés- est un fait notoire. L' école a cessé d' être ressentie comme un moyen de promotion pour devenir une contrainte institutionnelle, n' ouvrant guère de perspective. La débrouille, les petits boulots, voire les combines et les trafics, sont perçus plus immédiatement fiables et rémunérateurs.
   L' absentéîsme professionnel, quant à lui, surtout dans les branches réputées pénibles et mal payées, telles le bâtiment et l' hôtellerie, connait une hausse constante. Arrêts-maladie, absences non justifiées, abandons définitifs du  travail  se multiplient. L' automation, la mécanisation, la substitution à tout dialogue de la  rigidité hiérarchique, éloignent les salariés d' un réel intérêt pour leurs tâches. Le manque de  possibilité créatrice détache le producteur de ce qui est produit. L' abstentionnisme électoral enfin (40% aux élections de mai et juin 2012 ) illustre un recul récurrent de l' esprit civique et de l' attention portée à l' administration de la Cité.

   Tout cela traduit à vrai dire une sourde montée de la protestation et l' approfondissement du fossé entre des valeurs officielles ( l' Ecole, le Travail, l' Etat- nation ), les " élites",  et les masses populaires. Les grandes agitations révolutionnaires ne semblent  pas d' actualité. L' heure est plutôt au repliement personnel, au recul des solidarités, à la perte de confiance dans les corps intermédiaires ( le taux de syndicalisation dans le privé en France est de moins de 5%¨), qui affaiblissent les représentations, écartent silencieusement la population des pouvoirs, et sont censés figurer une sorte de revanche contre l' oppression sociale.
    La crise est aussi le révélateur d' autrechose que la crise, de  plus ancien, de plus malsain, qui transcende les rituels clivages partisans et sépare le citoyen de l' organisation du Corps social et de son fonctionnement. Quand l' individu ne se reconnait plus dans le gouverné, la sirène commence à retentir.

Publié dans société

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Des oeuvres et de leurs auteurs

Publié le par memoire-et-societe

   L' oeuvre et son auteur forment un couple surprenant. Tantôt indissociables, tantôt distincts, voire divergents. " L' Etran- ger", par exemple, a été pour moi un livre fondamental, je ne sais comment dire : le livre que j' aurais voulu écrire. Je ne dirai pas la même chose du reste de l'oeuvre de Camus.. Celle-ci  ne met pas en mouvement avec la même vigueur les ressorts de mon être  profond. Je pourrais étendre l' observation à bien d' autres cas. Aimer tel ou tel livre n' implique pas une adhésion à la totalité d' une oeuvre qui est toujours sécable.

   De la même manière, admirer son texte n' entraine pas un alignement sur la  pensée d' un auteur. On songe ici au "Voyage au bout de la nuit ", l' un des grands romans du siècle dernier. L' épopée des temps modernes que constitue l'ensemble de son oeuvre n' épargne pas à Céline la déconsidération engendrée par ses pamphlets antisémites. On n' en aura jamais vraiment fini avec la " responsabilité de l' écrivain ".

   Les ouvrages que je serais éventuellement autorisé à emporter sur une île déserte ne se réfèreraient donc qu' à des titres, pas à des auteurs : aux "Lettres persanes ", pas à Montesquieu, au " Rouge et le Noir ", pas à Stendhal, à " Un amour de Swann ", pas à Proust. Un écrivain peut d' ailleurs être l' homme ou la femme d'un seul ouvrage : " Le Grand Maulnes " a immortalisé Alain Fournier et  "La Princesse de Clèves "  Madame de La Fayette. Point d'  "oeuvre ": une envie d' écriture.

   Bien sûr, un succès commercial, même durable, ne justifie ni un livre ni son auteur. Un prix littéraire ne décide rien. Sa gloire est éphémère. A l' inverse, un échec  commercial ne disqualifie pas. Julien Gracq, publié par un "petit " éditeur (José

Corti ), vendait ses ouvrages à 2000 exemplaires jusqu' à l' obtention (refusée par lui ) du prix  Goncourt avec " Le Rivage des Syrtes ". La mode est  l' ennemie de l' auteur : Pierre Benoit a été la coqueluche d' un vaste public. Combien de moins de 70 ans le lisent-ils aujourd'hui ?

   Je me suis souvent posé  le problème du  rapport  incertain et fluctuant de l' écrivain et de son oeuvre. Si l'un peut  primer de son vivant par son art de la pose, le temps se charge de mettre les choses au clair en valorisant, ou non, tout ou partie

d' une oeuvre, et en situant l' auteur disparu à sa place, souvent plus près de l' oubli que du Panthéon.

Publié dans littérature

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Hésitation

Publié le par memoire-et-societe

   Deux blogs précédents, "La Rochelle et la Réalité " (2 septembre 2011) et " Le glissement au Centre commence " (25 juillet 2012 ) laissaient entendre que le P.S, victorieux ou non, n' était en fait pas prêt pour gouverner, du moins à partir d'une ligne bien définie. Que ses réponses aux problèmes les plus urgents n' étaient pas claires ni la solidité de sa majorité assurée. L' actualité semble confirmer cette observation.

   La traditionnelle université d' été de La Rochelle était placée cette année sous le signe de l' hésitation.Sur aucun dossier essentiel- chômage, fiscalité, endettement de l' Etat, réindustrialisation et compétitivité, traité européen- les socialistes ne donnent l' impression d' avoir une solution commune et, du même coup, une démarche susceptible de la faire triompher.

   Les sondages sont mauvais : ce n' est pas un hasard. Trois mois d' attente, c' est le délai règlementaire. Au-delà sourd l'impatience, puis  s' amorce le reflux. Or, depuis mai, difficile de distinguer avec netteté où l' on va. Ce n' est pas l'augmen

tation symbolique du  SMIG, ou la baisse négligeable prévue du prix de l' essence, alors que l'inflation se précise sur le blé, donc le pain, les pâtes et la biscuiterie, sur les fournitures scolaires, les principales denrées alimentaires, les coûts de santé,  les  loyers  étudiants, qui vont calmer une inquiétude avivée par la multiplication des plans sociaux ( Citroên, Carrefour, Unilever,etc ) et une menace permanente sur l' existence de l' euro.

   Qu' en est-il en effet? Pendant que M. Fabius fait le tour du Moyen Orient en ressassant de vaines invectives contre le président de la Syrie, les relations franco-allemandes, clés de voûte de la politique étrangère, s' aigrissent et  les divergences se creusent entre Paris et Berlin sur le traité européen.L' un parle croissance, l' autre rigueur. Pendant que le ministre des Finances annonce un taux français de 1,3% pour 2013, le chef du gouvernement déclare qu'il ne faut pas s' attendre à plus d' 1%. Mme Taubira (Justice) prêche pour les délinquants un libéralisme que dénonce  M.Valls (Intérieur). Les écologistes, présents au gouvernement, s' empoignent ouvertement sur le nucléaire avec M. Montebourg, ministre chargé du " Redressement productif ". Soutenons- nous le maintien, contesté, de la Grèce dans la zone euro, ou bien rallions-nous la position de la chancelière Merkel, décidée à accroitre la pression sur Athènes au point de risquer une cassure? Il y  va de l' avenir de la monnaie communautaire, donc de l' économie nationale et du niveau de vie des citoyens de notre pays. Ce n' est un peu partout qu' incertitudes et atermoiements. D' où un malaise sur lequel vient surfer M. Mélenchon qui arrive, en marge de ses bouffonneries, à  dire parfois des choses justes.

   F. Hollande a voulu être président : à lui de trancher, tout en maintenant l' unité de son propre Parti et  d'une majorité où les tendances centrifuges s' enhardissent. Ainsi, ne peut-il se détourner de la succession de  Mme Aubry, curieusement pressée de quitter l' embarcation. Normal ne signifie pas hésitant,. qui suggère une " mollesse " dont  la  Droite ne cesse d' accuser  l' ex député de la Corrèze.

 

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Grappelli à Londres

Publié le par memoire-et-societe

   Mes parents m' avaient envoyé un mois en Angleterre en "immersion linguistique ". Un soir, le  prof'  british censé me servir vaguement de correspondant et qui, à l' évidence, s' ennuyait ferme avec moi, m' a emmené au restaurant ( l' Angleterre vivait encore sous un régime de restrictions alimentaires et il fallait, conduite typiquement frenchie, faire deux restos à la suite pour espèrer manger à sa faim ).

   Lassé de m' entendre bredouiller un anglais au-dessous du niveau attendu du bachelier que je venais d' être, le "correspondant " s' est  résigné à revenir à ma langue maternelle, qu' il maîtrisait parfaitement. C' est alors qu' à une table voisine, un homme a tourné la tête et m' a interpellé en souriant : " vous êtes Français ? ", a-t-il demandé. Occasion inespérée pour mon accompagnateur de filer...à l' anglaise, sous je ne sais quel prétexte, et  de me confier à mon aimable compatriote, qui m' a fait place à sa table.

   Au bout de quelques instants, je savais que ce dernier était parisien, musicien, se nommait Drapéli, ou quelquechose du genre, et avait passé toute la guerre à Londres. J' étais, sans m' en douter, attablé avec le meilleur violoniste de jazz du monde. La rencontre d' un jeune Français fraîchement débarqué semblait le combler d' aise. J' ai soudain pensé à Jaurès : " un peu d' internationalisme éloigne de la patrie , beaucoup d' internationalisme y ramène" : Stéphane Grappelli, en tournée en 1940 avec Django Reinhardt, s'était trouvé bloqué par la maladie dans la capitale britannique, puis par  l' invasion allemande et la coupure des communications avec le continent.

   Un contrat avec la BBC retardait encore son retour, après des retrouvailles avec Django où tous deux avaient improvisé une  " Marseillaise " d' anthologie. On était en juillet. Stéphane Grappelli m' a fait visiter Londres à bord de sa voiture de sport, puis invité dans son appartement de Chelsea. J' avoue qu' une telle attention réservée à un inconnu me rendait un peu perplexe. Grappelli était en réalité dévoré par le mal du pays, une nostalgie intense de ce  Paris que j' incarnais soudain, où il était né et  devait mourir en 1997, à 90 ans.

   Orphelin, il avait commencé à jouer du violon dans les rues dès 12 ans, puis illustré musicalement les films alors muets

Il avait  connu Django en 1931, avec l' orchestre d' André Ekyan, qui se produisait à " La Croix du Sud ". En 1934, il fondait le  Quintette  du  Hot  Club de France. J' ignorais tout de cela, que l' Occupation et  la disgrâce du jazz, " cette musique de Nègres ", avait  occulté.

   Je n'ai jamais revu (mais souvent écouté ) Grappelli , je ne saurais dire pourquoi.Il était devenu une vedette s' imposant sur toutes les scènes mondiales, donnant la réplique aux plus grands interprêtes de son temps : outre Django, bien sûr,  Yehudi Menuhin, duo exceptionnel auquel on doit plusieurs enregistrements, les pianistes Oscar Peterson et George Shearing, Bill Coleman, Michel Legrand, Baden Powell et  beaucoup d' autres.

   J' ai gardé vivace ce souvenir d' une  soirée  londonienne impromptue où ce très grand artiste international, ce créateur de sons  unique,  m' a appris, comme l' affirmait Danton,  qu' "on n'  emporte pas la Patrie ( qu'on se plait  particulièrement  à dénigrer quand on s' y trouve ) à la semelle de ses souliers ". Message  reçu.

 

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A l' heure d' André de Richaud

Publié le par memoire-et-societe

   Un éditeir bordelais, " L' Arbre vengeur ", ressort du placard le poète André de Richaud en publiant  " Echec à la concierge ".

   Né en 1907 et mort de la tuberculose 61 ans plus tard, de Richaud se range dans la catégorie des maudits et  asociaux définitifs , la lignée des  Nerval, Germain Nouveau, Murger, Vialatte, et Antonin Artaud qui était, comme lui, un "client " du fameux docteur Ferdière.

   Prof' de philo " défroqué ", pique-assiette patenté, " Richaud " se voulait  reconnu uniquement  comme poète. Il a pourtant été un dramaturge confirmé, dont les pièces ont été promues par Charles Dullin ( Le Château des Papes, sur une musique de Darius Milhaud ), Michel de Ré ( Les Reliques ), Jean- Louis Barrault ( La Fontaine des lunatiques ), un romancier ( La Douleur, 1931 ) louangé  par Mauriac, Jean Grenier, Marcel Aymé  , un revuiste et  chroniqueur apprécié ( des "Cahiers du Sud " de René Nelli  à  "Chantiers" de Joë Bousquet ou à la "Gazette des  Lettres" ).

   Jeune, beau, la gloire l' attendait .Mais l' histoire d' André de Richaud n' a été qu' une longue destruction ( alcoolique) jusqu' à sa fin dans une maison de santé de Vallauris, village provençal où triomphait  Picasso. Durant  plus de vingt  ans,

Richaud a été l' un de ces bohèmes perdus qui hantaient  Saint-Germain des Prés, comme Prével, Blondin, Adamov, Duprey et d' autres, errant de caves en bistrots, vivant surtout de secours amicaux, en l' occurrence de ceux de  Seghers, Béarn, Michel Picoli, son "fils adoptif ", et de l' aide   du  peintre Fernand Léger qui l' a hébergé quatorze ans.

   Rien n' a pu cependant  le sauver de la déchéance : ni la consécration par  Cocteau, Char et  Camus, ni le prix  Apollinaire en 1954, récompensant sa mosaïque poètique,  ni le prix   Roger Nimier 1965  pour son ultime  livre,  "Je ne suis pas mort ". La difficulté d' être l' a submergé.

   Republier ainsi, à l' intention des nouvelles générations, onze textes  d' André de Richaud, est  un acte de justice et de courage.

 

Publié dans littérature

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