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Tito est mort cette nuit

Publié le par memoire-et-societe

   Belgrade,  en janvier 1980: à l' hôtel, de faux clients feignaient toute la journée de lire dans le hall. Le soir, la même blonde prenait place sur un haut  tabouret du bar. On pouvait règler en dollars, en marks ou en francs suisses. Les journaux étrangers, dans la boutique de souvenirs, avaient du retard  parce que la censure était  débordée. Le réceptionniste, Nikita, avait vécu à Paris et acceptait les pourboires en francs français.
   Le samedi, un pianiste âgé jouait des fox-trot et des valses de Vienne dans la vaste salle à manger presque déserte. L' hiver sautait d'un crépuscule à l'autre, poussant aux plus brouillonnes nostalgies. Un courant d'air, en vacances de Sibérie, vidait des rues blafardes, neutralisées, d'où étaient balayés même les rails du tramway d' un  autre siècle.

   Chaque matin, les "correspondants" se retrouvaient au Centre International de Presse devant le panneau de polystyrène sur lequel, à midi pile, était punaisé le communiqué du Collectif médical. Un groupe éphémère se formait avant de se diriger vers les téléphones. Les Japonais filmaient le texte pendant dix minutes. Le gros Pierre Salinger machouillait son cigare, résigné. L' état présidentiel demeurait obstinément "stationnaire".

   On se concertait alors  sur l' exégèse des formules aseptisées du bulletin. La vulgate médicale se mêlait au décryptage de la langue de bois et aux "fuites" incontrôlables. La jambe du grand homme faisait l' objet  d' innombrables spéculations, puis l' ensemble du corps le plus décoré au monde (du sternum à l' aisselle et de la clavicule au ceinturon) était l' occasion d' une téléauscultation immatérielle.

   Après la publication du Communiqué, le salon rococo de l' hôtel servait le dimanche de lieu de rendez-vous aux héros à la casse. On ne soupçonnait pas l' intrépide dynamitéro sous le vieillard agité par un léger Parkinson Ni des chefs de francs-tireurs, des organisateurs d'insurrection, d' ex agit-prop du Komintern et d' intraitables commissaires politiques parmi ces retraités échangeant leurs avis sur le diabète et le cholestérol.

   A l'abri d'un pilier, venait régulièrement s' asseoir un couple anodin. Lui, oreilles appareillées, avait été le patron de la Sécurité de la République Fédérale, l' exécuteur de toutes les purges, liquidations, répressions de masse des oustachis, des staliniens, des tchetchniks, des slovènes pro-hitlériens, des conspirateurs macédoniens ou de leurs comparses albanais et musulmans. Ruthènes, Valaques, Tziganes, Bulgares, tous avaient tremblé. On saluait avec déférence ce monsieur au cheveu rare sirotant sa crème de cacao.

   Puis l' amputation du président-à-vie a relancé un moment un intérêt faiblissant. Un si long guet ! Il y avait belle lurette que Salinger et son studio mobile prêt à affronter la guerre est-ouest  avaient plié bagage. Ce n'était pas pour cette fois-la. Trois mois d' attente ! Devant la mauvaise volonté des chars soviétiques et la décourageante réussite de l' opération chirurgicale , il fallait se rendre à l' évidence : on n' aurait pas les gratifiantes images du soulèvement de Prague douze ans auparavant. Retour à Paris.

   Quelques jours plus tard, dans  l' avion Paris-Mexico du petit matin :

   - Un journal, monsieur ? a proposé l' hôtesse de l' air mal réveillée.

   Le gros titre paraissait ne pas avoir eu le temps de sècher : " Le maréchal Tito, président de la République Populaire Fédérative de Yougoslavie, est mort cette nuit ."

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Soixante ans

Publié le par memoire-et-societe

    J' ai rencontré Philippe Soupault une seule fois. C' était au drug-store, aujourd'hui disparu, de Saint-Germain des Prés. J' étais journaliste débutant dans un hebdomadaire ( qui luttait notamment  contre la guerre d' Algérie). Autour de la table, Abel Gance, la cinéaste Nelly Kaplan, fraîchement débarquée d' Argentine et auteure de textes érotiques signés Belen, une consoeur du mensuel " Réalités" dont  je n'ai su que le prénom, Soupault enfin, qui a fait les présentations dans le style surréaliste :

   -Muriel de "Réalités", Nelly, de "Virginité", Abel de "Perpétuité"...

   Puis il s'est penché vers moi et a murmuré :

   -J'ai honte.Je viens d' avoir 60 ans.

   Son visage aux traits fins démentait cet aveu. Les surréalistes avaient toujours proclamé leur culte de la jeunesse qui rimait avec l' amour et la beauté : cela dit, Aragon est mort à 85 ans, Char à 81, Gracq à 97 et Soupault lui-même à 93.

   Ce dernier  était issu d' une famille bourgeoise: père médecin et propriétaire terrien, mère parente de Louis Renault, le Ford français. Mais dès 22 ans Philippe s'était fait connaître comme co-auteur avec Breton de la première oeuvre d' écriture automatique, "Les Champs magnétiques", cinq avant la publication du Manifeste du Surréalisme(1924), sept avant son exclusion du Mouvement. Raison alors avancée contre l' exclu:" trop littéraire". C' était pourtant Soupault qui avait  fondé une revue antilittéraire intitulée par dérision "Littérature" où l'on pourfendait les " littérateurs du territoire" (Barrès, Claudel et consorts) et initiait les multiples chahuts ou manifestations voués à renverser de leur piédestal les écrivains consacrés tels Daudet, Cocteau et Anatole France, le plus insulté de tous.

   Nanti de la gravité professionnelle qui sied aux néophytes, j' avais prévu d' arracher à Soupault des révélations inédites sur le dadaïsme en France et ses premiers pas personnels dans  l'univers de la Révolte, de le presser de questions peut-être  polémiques, à l' affut d'un "scoop". Mais sans avoir bu plus qu'un verre de bière,il a soudain

 commencé à exhorter,sur un ton "Vieille France" et assisté de Gance, malicieux et souriant,  les clients ahuris à la pratique de l'amour libre, à exiger malgré le directeur du lieu ( " calmez-vous, monsieur", répétait-il) le licenciement immédiat de tous les serveurs "en raison de la vulgarité extrème de leur manière de porter un  plateau ", à courtiser la demoiselle du vestiaire en lui récitant des poèmes lettristes.

   J'ai  renoncé à mon ambition d' interview raisonnable. Etait-ce dans ce défi à la "dignité de l' âge"  que se trouvait  une  réponse à mes questions non formulées?  Dans un refus de voir dans la poésie  autre chose qu'un simple support au Manifeste citant  19 individus ayant "fait acte de surréalisme absolu ", dont précisément  Soupault  qui  fêtait ses 60 ans? 

 

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Socialisme et fonte musculaire

Publié le par memoire-et-societe

   Le socialisme, né des convulsions sociales engendrées au XIXème siècle par le capitalisme industriel, a aujourd'hui changé de vocation: il s' assignait la Révolution pour  but, il se donne désormais comme objectif la gestion "sociale" du système qu' il prétendait originellement supprimer. Du coup, il n' apeure plus le Capital.Il se contente de  le taquiner.

   La remarque ne s' applique pas seulement au Parti socialiste français. Elle vaut pour l'ensemble de la social-démocratie européenne, incarnation de la forme électorale du capitalisme : le capitalisme parlementaire. Les socialistes allemands n' ont pas cherché à dissimuler leur abandon de la voie révolutionnaire, dont ils s' étaient pourtant faits les chantres à leurs débuts. En 1959, au congrès de Bad Godesberg, ils ont publiquement proclamé leur renoncement aux thèses marxistes et ,au nom de la "realpolitik", leur ralliement à la démocratie bourgeoise avec armes et bagages.

   A la même époque, la SFIO, aîeul de l' actuel P.S, prenait, mais sans l' avouer, le même tournant , gardant, à l' abri des

 scrupules, une phraséologie que démentait sa pratique. Embarrassés par le procès en capitulation que ne cessait de leur faire un Parti communiste alors tout puissant, les dirigeants socialistes voyaient la crédibilité de leurs discours les plus radicaux fondre devant leurs choix atlantistes et colonialistes.

   Ce Bad Godesberg implicite est sans doute l' amorce de l' évolution qui a conduit à la véritable myopathie de la Gauche actuelle.La mutation était-elle évitable, ou la décolonisation, l' effondrement du bloc communiste, la mondialisation,le souci de s'attacher une classe moyenne en développement,  la rendaient-elles fatale? Un évènement spécifique vient ici brouiller toute réponse claire : le long épisode mitterrandiste et son avatar, l' Union de la Gauche.

   Le mitterrandisme a été une imposture parce qu' inaugurant une voie qui n' était ni marxiste ni réformiste, mais simplement pouvoiriste. Ce virus corrupteur, dosage subtil de démagogie et d' opportunisme, a été inoculé à toute une génération qui, vide théorique aidant, a rompu avec l' héritage d' un siècle d' élaboration doctrinale et de luttes ouvrières.Ainsi se sont cristallisées au P.S des classes de pouvoir bien établies :au sommet une aristocratie carrièriste, conspiration des ego formée de  produits des  Ecoles  et  d' " experts"  bobos,tous  promis à la distribution des  hautes responsabilités , liés fréquemment  par une "camaraderie" haineuse,  à l' étage  du dessous d'ex syndicalistes volontiers venus du progressisme chrétien( JOC ou JEC) et rompus à l' organisation et  au contrôle partisans, sûrs gardiens du Temple qui permettent aux maîtres de se hisser en paix sur le pavois,en bas enfin la piétaille des élus "de terrain", style vieux SFIO et francs-maçons "droitiers", habitués des marchés du dimanche matin et du banquet annuel des pompiers.

   La fonte de musculature idéologique qui  accompagne cet organigramme s'est trouvée accélérée par l' arrivée d' adhérents sans plus de motivation qu'un humanisme passe-partout véhiculé par un vocabulaire qui désorienterait les rescapés de temps plus héroîques: avancée pour conquête, salarié pour prolétaire, classes défavorisées pour masses populaires. Quant  à la lutte des classes, elle a carrément déserté leur dictionnaire. Le nouvel encarté est comme un client de passage auquel personne n'a rien à transmettre.

   Aussi le P.S est-il devenu ce  corps flasque qui détient tous les pouvoirs... pour différer le "changement" annoncé. A gauche, le  projet politique reste, semble-t-il, à réinventer.Collectivement.

 

 

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Contre-sens

Publié le par memoire-et-societe

   Il semble avéré que dans les pays européens où les droits de la personne sont inscrits dans des lois, l' individualisme ne cesse de progresser ( et avec lui les phénomènes de retrait : élections, école, travail ). De  là à l' égocentrisme, la distance se réduit sous le flou du terme de liberté . Ainsi, certains des accommodements auxquels est soumis ce dernier concept peuvent-ils constituer un obstacle à l' égalité républicaine chère aux discours officiels.

   D' une part, l 'aspiration libertaire qui hante nos sociétés, dans la continuité du mouvement soixante huitard, encourage des revendications parfois irréalistes, d' autre part le contrôle bureaucratique des individus par le biais de technologies sophistiquées mène à une sorte de désidentification générale.

   C' est cette contradiction qui engendre l' inattention à l'autre et l' indifférence à tout, l' enfermement catégoriel et la priorité actuelle des intérêts particuliers. Je pensais à cela à propos de l' acharnement des syndicats médicaux à défendre et consolider un privilège à mon avis indécent : les dépassements d' honoraires des spécialistes.Chacun sans doute a connu un jour l' obligation de s' adresser à l' un d' eux; chirurgien ou cardiologue,parodonte ou ophtalmo, et de devoir règler un tarif représentant plusieurs fois le montant du remboursement de la Sécurité Sociale, quand la moitié des Français n' a pas de quoi souscrire à une Mutuelle complémentaire.
   S' il ne s'agit pas là d" égoïsme sous le faux nez de la liberté, c' est qu' il ne reste rien à comprendre.Dans un pays de trois millions et demi de chômeurs enregistrés, où le pouvoir d' achat régresse avec une infaillible régularité, où les jeunes, les retraités, les femmes seules, se débattent dans une croissante précarité, les "spécialistes " (qui ne quittent pas les centres-villes, observent pour la plupart des horaires de bureaucrates, et ramassent la mise ) sont des dangers publics.

   Les élites, toujours promptes à s' émouvoir devant un mouvement de société, s' inquiètent du développement du communautarisme. Que ne s' alarment-elles pas, parallèlement, du comportement anti-social des lobbys qu' elles protègent et qui les protègent !

   Si le communitarisme est en effet " clivant ", c" esr parce qu'il correspond non seulement à un problème culturel mais encore à une exclusion par l'argent et à un réflexe corrélatif de solidarité. Quant aux " libertés " invoquées à tout bout de champ par les égoîsmes de haut niveau, elles demeurent ce qu' elles sont : des contre-sens. 

Publié dans société

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Un après-midi chez Cendrars

Publié le par memoire-et-societe

   J'avais d'abord lu,  dans " La banlieue de Paris " (1949), les textes accompagnant le premier ouvrage photo de Doisneau. Puis j'ai découvert " Bourlinguer ", et voulu  rencontrer Cendrars,   aventurier qui écrivait.
  De retour à Paris après avoir séjourné dans le Midi  pendant l' occupation et l' immédiat aprè-guerre,il  habitait un pavillon rue Jean Dolent, derrière la prison de la Santé. A sa mort, le lieu est devenu plusieurs années le siège de la Ligue des Droits de l' Homme.

   L'auteur de la  "Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France " ouvrait généreusement sa porte aux écrivains en herbe. Je n' étais pas le premier à venir y frapper. En cet après-midi de 1951, c'est sa femme Raymone, comédienne et amie de "La Folle de Chaillot ", Marguerite Moréno, qui m' a mené au premier étage,dans une grande pièce sans meuble, sinon, au milieu, un fauteuil où,une manche de chemise rabattue au-dessus du coude, attendait Cendrars.Raymone avançait une chaise  tandisqu'il m'interpellait :

   -Rhum ou vin rouge ?

   -Heu...vin rouge.

   Etirant son bras unique,il cueillit une bouteille et un verre au pied de son fauteuil, et me versa une solide rasade.Lui se servit du rhum qu'il sirota, les yeux mi-clos.

   J' avais songé à des questions : pensait-il qu' Apollinaire, comme on le disait,  l' avait plagié ? avait-il réellement pris le Transsibérien? de bout en bout ?Mais il s' est lancé d'emblée dans une diatribe contre la politique en général, de droite comme de gauche. En fait, les " types crédibles" , c' était des gens comme Casanova, "un grand vivant ", Gustave Le Rouge, chroniqueur des banlieues dont il avait fait le héros de " L' Homme foudroyé ", Abel Gance, cinéaste et visionnaire, Henry  Miller, l' apôtre de l'inconduite, en gros des anarchistes un peu mythomanes  et des mythomanes un peu anarchistes .

   Puis le monologue a glissé vers Hollywood où des légions de mignonnes, "plus belles les unes que les autres ", erraient à la recherche d'un producteur et d'un engagement, se faisaient en attendant serveuses ou pompistes et , le reste du temps, se pressaient à la porte des studios avec une chance sur des millions de devenir " star "...Ecrire, bien sûr, mais aussi observer les mouvements du monde, jouer les reporters du siècle. Il s'interrompait  pour invectiver quelques secondes  les politiciens, la Tour pointue (la  Préfecture de Police), les procureurs de justice.

   -Du vin?

   Il humait , parlant de Jean Galmot ( le personnage principal de son roman " Le rhum " ). Je me sentais un peu largué par le baroudeur,ancien engagé à la Légion , finissant avec sa baîonnette, dans les tranchées, de détacher son bras qui pendait, familier de tous les ports, les tripots, les bordels, éternel amateur  de jeu, et d' affaires d' honneur qui supposaient un grain de folie.

   La lumière déclinait . "Savez-vous qu'avant 14, la Beauce arrivait à Denfert-Rochereau? Ici, on cultivait  du blé... " Dans cette clarté incertaine, sa voix un peu éraillée, sa silhouette déstructurée avaient  acquis quelquechose d' étrange. Peu semblaient importer réalité et fiction,comme si le vrai était ailleurs, où s'estompaient les certitude prosaîques, dans l'insolite, dans toutes les rencontres possibles, en un tourbillon continu.

   Quand je l' ai quitté, il m' a offert une plaquette  publiée peu de temps auparavant par Seghers : " La fin du monde ", titre repris d' un film d' Abel Gance.  Sur la page de garde, il avait  ajouté: " ...n'est pas pour demain,hélas."

 

 

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Il(Elle) a voté Mélenchon au 1er tour et Hollande au 2ème

Publié le par memoire-et-societe

   Appelons-le Jean (ou Jeanne).Il est génétiquement de gauche. Autrefois, il se disait "révolutionnaire ". Il était volontiers " ouvriériste ", mais l' ouvrier a perdu depuis sa vertu de moteur essentiel de l' Histoire. Il n' est plus qu' ouvrier. La "Révolution prolétariene ", formule-clé des cercles marxistes qu'il fréquentait alors, est devenue une expression attendrissante, une sorte de très ancienne maîtresse qu' on croise parfois et embrasse sur la joue en demandant machinalement : " comment ça va , toi ? "

   Mélenchon, à franchement parler, ce n' est pas tellement sa tasse de thé. Un de ces ex-trotskistes frappés par la grâce mitterrandiste et décidés à vivre dans et de la politique, comme Jospin, Drai, Moscovici,Cambadélis, Assouline et compagnie. Carrière pépère de notable social-sémocrate, Mélenchon. Jusqu' au fauteuil douillet de sénateur, au siège rembourré de député européen, après un passage inévitable dans un ministère (en l' occurrence l' Enseignement professionnel ).
   Soudain, sans crier gare, une scission groupusculaire genre PSU d'autrefois, le Parti de Gauche, bientôt adossé à l'appareil, il est vrai amaigri, du P.C. Un Appel solennel à la Résistance, non le 18 juin mais le 18 mars, jour anniversaire de l'insurrection de la Commune de 1871. La place de la Bastille tendue de rouge, les accents d' un Georges Marchais des classes moyennes ( c'est-à-dire sans les fautes de français ) et des mines de grèviste sur le point de séquestrer le patron. Pour Jean, du déjà vu, correctement actualisé. Pour les minots de 2012, la bouffée d'air que ne sauraient délivrer ni M. Fabius, démocrate distingué, ni Pierre Laurent, fonctionnaire affecté aux lendemains qui n' ont jamais chanté.

   Comme calculé, les présidentielles. Mélenchon, c'est le meilleur, celui qui fait un tabac à la télé en croquant les gladiateurs sacrifiés de l' UMP, en mouchant vite fait les petits journalistes tremblotants accrochés à ses basques. Et pourquoi pas 2ème au 1er tour et 1er au 2ème tour? Les minots se mettent à rêver. Jean-Jeanne est plus nuancé. Va-t-il voter? Alors,à reculons. Il entre dans la salle de vote, les yeux presque clos, ne traine pas, saute sur le bulletin, se rue vers l' urne, brandissant son  enveloppe. Clac ! " A voté ! " . Il ralentit le pas pour sortir, comme accablé. Il a voté Mélenchon.
   Hollande, deux semaines plus tard ? ça,non ! transformer un mec de gauche en simple machine à battre Sarko, c'est trop. Il ou elle a la rage. Le coup du vote utile, on connait, ça suffit...

   Et si Sarko repasse, te rends-tu compte de la responsabilité? Cinq ans supplémentaires d' UMP ? Jean, as-tu le droit de porter un coup aussi fatal aux masses populaires qui ont déjà tendance à voter Front National? Le président  des riches ou le président des classes normales dont tu fais partie depui ta naissance, ça ne mérite pas réflexion,ça ? Regarde Machin dans le "Nouvel Obs ", il ne peut pas encadrer Hollande, eh bien il a quand même décidé d' y aller! Obligé. Encore cinq ans de Guéant, d' Hortefeux et de Patrick Buisson, c'est ça que tu souhaites ? Allez Jean et Jeanne, on n'est pas là pour se faire plaisir. Il faut arrêter ces truands de la Droite , qui te qui vous qui nous traitent comme de la merde!

   La même école, le même préau, l' isoloir...Clac! Jean sort, titube, et murmure : " cocu ". Il vient de voter Hollande.

 

 

 

 

 

Prochainement:  Un aprè-midi avec Cendrars

 

 

 

 

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La France saharaïsée

Publié le par memoire-et-societe

   La France est l'un des pays qui possèdent le réservoir le plus fourni de familiers du continent africain. Des générations d'hommes de terrain s' y sont en effet succèdé depuis des siècles,des explorateurs aux coopérants,dispersés sur de vastes territoires.
   Si  tous n' étaient  pas  humanistes et  philanthropes, la plupart ont accumulé une connaissance directe des sociétés et de leurs populations, dont ils ont  peu ou prou partagé la vie. Car l' Afrique s' apprend.

   C'est pourquoi il est navrant de voir une telle expertise, confortée par d' innombrables publications, études, rapports, correspondances ou archives diverses, négligée, sinon contestée, par de jeunes géopoliticiens analphabètes,barricadés dans l' hypocrisie d' une tardive repentance.

   Quand, par exemple, M.Guaino, "plume" de M. Sarkozy, lui fait dire à  l' université Cheikh Anta Diop de Dakar, face à  un parterre d' intellectuels, que "l' Afrique n' est pas encore entrée dans l' Histoire ", on reste confondu  devant  l' imbecillité qui trahit à la fois une méconnaissance des faits et  un paternalisme qu' on pensait  périmé. Ce jour-là, la France a reculé de plusieurs rangs dans l' opinion africaine.  

   Quand on voit  B-H.Lévy, sioniste s'il en est, trancher, sans aucun mandat, sur  la conduite de la diplomatie française en Libye et discourir , en  lieu et place du président de la République, sur le printemps arabe et la question syrienne, on a envie de demander grâce. Car ce que semble ignorer le sentencieux  " philosophe de gauche"(?), c' est que l' équilibre politique et  la paix sont, dans la zone apparemment désertique de ce coin du continent, un château de cartes : tout y est toujours prêt à s' y écrouler. Comme le sable qui la constitue.

   Que M.Lévy, polarisé sur les intérêts et la sécurité d' Israël , n' en tienne pas compte, est une chose. Qu' on lui prête l' oreille aux dépens de ceux qui savent que le moindre déplacement dans l' ordonnance des pouvoirs et des territoires locaux  induit des complications  en chaîne, souvent sanglantes, est  totalement irresponsable.

   Ainsi, le renversement du régime de Khadafi, qui n' a d' ailleurs jamais été le mandat donné par l' ONU  aux occidentaux, n' aurait dû être "opéré "  qu' après évaluation des conséquences potentielles d'un  pareil coup de force. Faute de cela, dans l' ivresse d' une victoire à la Pyrrhus permettant à M. Lévy de s' autocongratuler, la moitié de l' armée de l' ancien dictateur libyen est  partie s'installer à côté, dans le nord du Mali, violant la souveraineté du pays et  imposant à une population sans défense la loi islamique la plus tyrannique. Du coup, la République du Mali, internationalement reconnue mais militairement insuffisante, en appelle-t-elle à la France avec laquelle elle a signé des accords de défense datant de l' indépendance. Les risques sont les mêmes  avec le Niger voisin, lui aussi en proie aux troubles fomentés par les tribus touaregs et  l' omniprésente A.Q.M.I (Al Qaîda Maghreb islamique) et  où  AREVA  exploite un uranium devenu indispensable à l' activité industrielle.

   L' Occident se dit résolu à ne pas " laisser faire ", le Droit international et la Sécurité régionale étant en cause. Les U.S.A, tout en dénonçant en sous-main le " néo-colonialisme français " , se tournent vers Paris pour lui demander de se porter garant d'un territoire où l'armée française détient des bases et  exerce encore une influence réelle. L' Algérie observe une complète neutralité, quoique les salafistes défient son autorité sur ses frontières méridionales. Quant à la Communauté Européenne, elle se garde bien de se fourrer en un tel guêpier.

   Le règlement d'une situation aussi fluide, intégrant prises d' otages, négociations financières pour les libérer, palabres dépendant d' alliances et transactions passées entre clans, tribus ou chefs de bande, constitue un casse- tête offert à tous les dérapages.
   La France, placée ainsi au centre de cet  imbroglio, se voit  "saharaïsée " malgré elle, quand son contexte socio-économique interne demeure alarmant. Que ne puise-t-elle dans les ressources  inemployées d' une riche expérience  au lieu d' écouter les divagations de ces conseillers brusquement parachutés dans les hôtels de luxe du tiers-monde.L'heure est au changement de vision, de mentalité... et  de compétences.

 

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Le nouveau DSK est arrivé

Publié le par memoire-et-societe

   On le renconte à nouveau sur les petits écrans, trapu, mains dans les poches, tout sourire, comme avant. Dominique Strauss-Kahn est de retour.

   Les choses finalement ne se présentent pas trop mal.Tristane Banon a retiré sa plainte. L' anonyme qui l'accusait de "viol en réunion" s'est rétractée. Restent Nafissatou Diallo (Tribunal civil du Bronx) avec laquelle les avocats new-yorkais de l' ex patron du FMI négocient, et enfin cette histoire de "proxénétisme en bande organisée " (Carlton de Lille) dont l'instruction parait bien compliquée. Le tout  fera sans doute cher pour le chouchou de l' " économie sociale de marché ", pour l' instant en liberté sous caution, mais il devrait s'en tirer, comme  avec la MNEF qui lui avait coûté le ministère des Finances.

   DSK  dispose en fait de deux atouts majeurs: un carnet mondial d' adresses et un réseau permanent de protecteurs médiatiques. C' est sur ce socle - bienveillance de la finance internationale et  force de frappe communicationnelle - que l' ancien maire de Sarcelles compte pour reconquérir le terrain. A cette fin, il n' a pas choisi de passer par le bas, mandat après mandat, à 63 ans il n' en a ni le goût ni le temps,mais par l' exploitation d'une réputation planétaire d' économiste, savamment entretenue.

   La démarche, assortie de la prudence qui sied à la situation judiciaire de l' intéressé, comprend plusieurs volets : tournées de conférences en direction des VIP et  des  élites politico-économiques selon un maillage élaboré ( Marrakech, Pékin, Yalta, bientôt Munich et Séoul ), tribunes et interviews dans des publications de haut vol, interventions dans des émissions radio-télévisées à forte audience et à la tribune de Rencontres, Forums et Colloques réunissant responsables politiques et  dirigeant d'entreprises multinationales, consultations par le biais de sa société de conseils Parnasse SARL.

   DSK  présente en effet un profil idéal  pour l' oligarchie actuelle : social-libéral, frotté aux  problèmes internationaux, adoubé à la fois par le milieu bancaire, le grand patronat et la social-démocratie, il est l' intermédiaire rêvé de tous ceux qui cherchent, depuis des décennies, un successeur à Mendès-France.

   En France même, sa position est confortée par le fait qu'il a dû abandonner toute ambition nationale. Il n' est plus un rival. La visée est désormais différente. Un ministère de l' Economie européen, s'il s'en crée un comme on le murmure, ne serait sans doute pas pour lui déplaire et il n'aurait pas trop de mal à trouver, ici ou là, des gouvernements pour soutenir l'idée. Le monde est  vaste, d'ici là d'autres opportunités peuvent se présenter, si d' autres accidents de carrière ne se produisent pas.

   Le fond du problème est cependant ailleurs : quelles solutions  concrètes à la Crise propose le super Expert? De ses analyses et déclarations récentes ne filtre pas une lumière aveuglante. Des truismes, des observations que chacun peut formuler sur l' euro, sur les Emergents, sur la statégie du couple franco-allemand, sur la montée de l' Asie. Un peu juste.Le nouveau DSK est arrivé. On attend l' homme providentiel.

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"French bashing"

Publié le par memoire-et-societe

   Le  "french bashing " (littéralement:la"râclée française" )a la faveur en Angleterre. Economie ou rugby, moeurs ou fait-divers, tout passe à la moulinette de la presse et de l'opinion publique locales dès qu'il s'agit de Français. Ce qui ne contredit pas l'empressement des citoyens d'outre-manche à franchir le Channel et à se répandrer de la Normandie à l' Aquitaine et au Languedoc pour en partager le style de vie et  y acheter des demeures.
   Evacuons les contentieux historiques et le rappel des multiples griefs qu' Anglicans et Papistes,  Rosbifs et Grenouilles s'envoient à la figure depuis les Plantagenêt: ces querelles chauvines sont en l'occurrence devenues anecdotiques. Ce qui est en cause est l'obstination du Royaume Uni à saper la coopération franco-allemande et la construction politique de l' Europe.

   Le "french bashing " n' a en effet cessé de s'intensifier depuis qu' en 1962 de Gaulle et Adenauer ou, après eux, Pompidou et  Kiesinger, Giscard et Schmidt, Mitterrand et  Kohl, Chirac et Schroeder, Sarkozy, Hollande et Merkel affichent un désir commun de donner au Continent une chance d' exister dans un monde en pleine recomposition.C'est vrai, nous ne sommes plus dans les années trente où les présidents du Conseil français ne décidaient rien sans avoir consulté Londres. Les yeux  de Paris sont aujourd'hui plus vite tournés vers Berlin et  Washington.

   Ce déclassement accompagne logiquement la fin d'un Empire, et le parallèle avec notre propre recul d' influence s'impose. L' actuelle crispation francophobe, exprimée par le " french bashing ", n' y change rien. Au contraire. L' Angleterre, qui fait géographiquement partie de l' Europe, a tort de s'en éloigner politiquement, car les U.S.A, dont elle ne quitte pas le sillage, portent  prioritairement leurs regards sur l' Asie où se joue la partie.Il serait donc préférable pour tous que, sans renier son identité, elle prenne une plus équitable  mesure des réalités.

 

 

 

Prochainement:

   Le nouveau DSK est arrivé.

   La France saharianisée.

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La mémoire est-elle un devoir?

Publié le par memoire-et-societe

   Le  "devoir de mémoire " : encore une de ces formulations inventées par quelque "penseur " confortablement installé dans l' après-guerre. Que peut signifier un "devoir "- donc une contrainte( morale?sociale?individuelle?collective?)- appliqués à une chose aussi fine, fluide et finalement subjective que la mémoire, fût-elle envisagée sous l' angle historique?

   Quels en seraient les critères et références? les limites dans le temps et l'espace ? le XXème siècle? l' Europe? ou bien l' Inquisition, la Saint-Barthélémy, ,les Dragonnades, la Terreur, la Commune et l'extermination des Indiens? A partir de combien de cadavres un évènement mériterait-il d'entrer dans le cadre des "lois mémorielles " qui, depuis quelques années, se sont mises à pleuvoir sur les citoyens français, assorties de menaces de sanctions sans grand effet sur la persistance de préjugés, les ethnocentrismes virulents et  le mépris inavoué de l' Autre? et au bout de combien d' années y aurait-il prescription?

   Non seulement l' intitulé peut paraitre contestable, mais l'esprit même de la démarche est sujette à caution:

  - la commémoration à jour fixe d'une des innombrables boucheries perpétrées par l' Homme depuis son apparition, suffirait-elle, par le seul prodige de la transmission, à "absoudre " ceux qui, précisément, n'ont rien à se reprocher?  à dispenser indistinctement la bonne conscience?

   -l'esclavage ou la chambre à gaz, pour ne prendre que ces exemples, ne relèvent pas des mêmes finalités : l' exploitation inhumaine et dégradante de la force de travail dans un cas, la violence raciste à l' état brut dans l'autre.Faut-il dès lors prescrire un  traitement identique de leurs évocations qui, s'insérant dans un rituel  immuable, se banalisent?
   -une mémoire, comme un deuil, relève sans doute et d'abord de l' intimité de chacun, sinon de son vécu, pas d'une exposition publique imposée et d'invitations solennelles à la repentance générale, où la sincérité du souvenir et de  l' émotion,refoulées au second plan, s'éloigne d' envolées officielles récurrentes, étrangères à qui n'a pas connu les faits et s' empressera de l' oublier le reste du temps.
   La transmission véritable se réalise dans les témoignages, les traces concrètes, la réflexion. Le  " penseur " a  tout faux : il serait plus authentique, voire mobilisateur,  de parler à une  jeunesse légitimement curieuse de "droits à la mémoire " et  de " devoir d' avenir ".

 

Publié dans histoire

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