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Le crachat

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Alain Finkielkraut, mains tremblantes, le débit si rapide que les mots semblaient se bousculer sur ses lèvres frémissantes, s' est expliqué sur "France 5" à propos de sa visite à "Nuit debout".

Il a d' abord omis d' avouer que son apparition en ce lieu était pure provocation. Quel accueil réserverait-on au secrétaire général de la C.G.T s' il lui prenait l' envie de se rendre au Forum économique de Davos ? On ne peut, en effet, insulter la jeunesse de banlieue, notamment musulmane, durant des années sur "France Culture", et s' attendre à recevoir en échange une ovation enthousiaste. Finkielkraut est un vrai pro de l' autopublicité de choc qui stimule les ventes.

Cette fois encore, il s' en est bien tiré : les jeunes en question ne sont pas méchants. Même pas un coup de pied au cul ! Ceux-la ne sont adeptes ni de la violence des coups qui a valu à l' un d' entre eux la perte d' un oeil, ni de celle des mots, dont Finkielkraut use derrière le bouclier des micros.

Sa "défense" sur "France 5 " était misérable. Comme à l' habitude, il a dénoncé. Frédéric Lordon, et plusieurs autres. Des fois que la police les oublierait... L' insulte à la Sarko ("pauvre conne!") et du boulot d' indic, bravo M. l' Académicien !

Un problème se pose tout de même avec ces intellos non précaires que , quant à moi, je ne citerai pas, mais dont le rôle est plus que suspect sous le couvert de la laïcité et de la démocratie. Voilà des gens qui ont choisi de ne rien voir. De ne pas voir que la société française est entrée dans une phase réellement pré-révolutionnaire, que les "places de la République" se multiplient jusque dans des bourgades de quelque milliers d' âmes , comme d' ailleurs les voix du F.N. Que le malaise populaire agite des profondeurs ignorées des palais officiels que hante Finkielkraut.
Les positions proclamées l' autre soir par ce philosophe de Cour dépassaient ce qu' on connait généralement de plus réactionnaire. Il parait, a-t-il précisé, qu' en lui crachant à la gueule on a attenté à "l' unanimisme du 11 janvier 2015 ". Je ne sais pas. Mais son Charlie n' est décidément pas le mien. Le mien dénonçait, puisque le mot est au goût du jour, des bidonvilles, des "ratonades" et la guerre d' Algérie.

Tais-toi un peu, Finkielkraut, et essuie-toi une bonne fois la joue.

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TAFTA, no !

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Débattu depuis juillet 2013 de Bruxelles à Miami, TAFTA, le " Trans Atlantic Free Trade Agreement" (nommé également "Transatlantic Trade and Investment Partnership" ou " Partenariat transatlantique de commerce et d' investissement" par les francophones) est un projet d' accord économique et culturel entre les U.S.A et l' U.E.

Les négociations sont conduites par un groupe de fonctionnaires et techniciens dont ni les noms ni les travaux ne doivent être divulgués. Mentionnons seulement , pour les Français, quelques personnalités relevant directement de la Commission de Bruxelles : Jean-Marc Trarieux, spécialiste agricole, Martin Merlin, expert financier, ou Denis Redonnet, expert en commerce international.

Cette étape, a priori purement technique, n' a cependant pas échappé à la révélation d' un espionnage permanent des représentants européens par la N.S.A (National Security Agency) sans d' ailleurs émouvoir outre mesure le Parlement de Strasbourg où grouillent les lobbies atlantistes.

Des dizaines de groupements et associations ont pourtant annoncé dès l' origine un marché de dupe. En novembre 2013 déjà "Le Monde diplomatique" dénonçait "un typhon menaçant l' Europe". La situation ne s' est guère améliorée puisque tour à tour la chancelière Merkel et le président Hollande ont récemment fait savoir que ce pacte obscur était, en l' état, "inacceptable". L' accord prévoirait en effet un alignement complet sur les normes de libre échange établies par des Multinationales. La délégation américaine compte plus de 600 consultants, à l' image des lobbies qui ont exigé la liberté d' accès à tous les documents faisant l' objet de pourparlers.

Selon en effet leur point de vue, "l' harmonisation du commerce" vise surtout une dérégulation maximale des marchés favorables aux intérêts américains et le démantèlement des systèmes de protection sociale européens, confiés alors à de mystérieux "chargés d' affaires". Profitant d' un rapport de force inégal, Washington s' efforce ainsi d' entrainer l' Europe vers son modèle. Sa victoire signifierait clairement la disparition de l' agriculture et de l' artisanat français ainsi que celle d'un "exception culturelle" qui a permis jusqu' ici de ne pas tomber sous la coupe des industries d' outre-atlantique. L' enjeu n' est pas mince, même s' il ne fait guère l' objet, dans certains milieux européens, d' une particulière attention.

Sortir de TAFTA les mesures relatives aux brevets, aux droits d' auteur, à la protection des données, garantir la liberté d' accès au net et aux médicaments, sont des impératifs moraux. Alors pourquoi ce secret autour de délibérations qui engagent les conditions de vie et les droits de tant d' hommes? L' avidité du Capital financier, l' éviction des Parlements élus du débat, outrepassent le champ initialement convenu des simples relations commerciales. L' utilité de la réactualisation des modalités de certains échanges ne saurait déraper sur des choix politiques excluant le respect prioritaire des intérêts du citoyen, en l' occurrence fort dédaigné.

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Où est passé Lucien Bodard?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les écrivains-grands reporters ont occupé une place de choix dans la presse écrite des années 20 et 30 du siècle précédent : Albert Londres, Blaise Cendrars, Joseph Kessel, Romain Gary, pour n' en citer que quelques-uns, ont glané un lectorat avide des récits de leurs voyages et pérégrinations à travers le monde, faisant rêver bien des têtes et renforçant le succès d' aventuriers de la plume comme Henry de Monfreid ou Edouard Peisson.

Lucien Bodard, fils d' un consul de France en Chine, a poursuivi, après la seconde guerre mondiale, cette tradition en Extrème Asie. Correspondant de "France soir" à Saïgon durant la guerre d' Indochine, il a quotidiennement tenu en haleine un large public avec des "papiers" où il mêlait à l' actualité des portraits dignes des meilleurs moralistes du XVIIème siècle. De Lattre, Salan, Bigeard, Massu, de Castries, Bao Daï, Sainteny, entre autres, se sont ainsi trouvés intégrés à une épopée exotique dont le Corps expéditionnaire et l' insaisissable Vietminh étaient les héroïques protagonistes. Chronique inégalée d' une guerre de décolonisation sur fond de lutte contre le communisme en expansion.

C' est là qu' est véritablement née la plume de Bodard qui, de retour en France en 1955, s' est totalement consacré à l' écriture avec les 5 tomes de " La Guerre d' Indochine", puis des romans qui lui ont successivement valu le prix Interallié en 1973 avec " Monsieur le Consul " et le prix Goncourt en 1981 avec " Anne-Marie". Bodard était alors devenu une figure marquante de Saint-Germain des Prés, harcelé par les médias et le cinéma. Agnès Varda le fait tourner dans " Les Créatures" et Jean-Jacques Annaud lui confie le rôle du cardinal Du Pouget dans " Le Nom de la rose ", tiré du chef d' oeuvre d' Umberto Ecco.

Ingratitude des temps et des modes : qui aujourd'hui, parmi les moins de 65 ans, lit Lucien Bodard ? L' Indochine est une destination touristique prisée, du nom de Vietnam. L' oncle Ho, le général Giap, Mao, lui-même, relèvent d' épopées laissées aux chercheurs. La place exacte de Bodard, entre le journaliste et l' historien, l' acteur et le témoin, semble de plus en plus difficile à dégager. Ses livres, qui relèvent souvent de la confession familiale, n' ont ni la dimension politique de Malraux dans " La Condition humaine" ni la sobre efficacité de Marguerite Duras dans " Barrage contre le Pacifique".

Il n' en demeure pas moins une injustice. La seule description de la Cour du maréchal de Lattre à Saîgon est un grand moment de littérature. L' oubli dans lequel s' enfonce l' oeuvre de Bodard, quand celle de Kessel atteint un firmament, revêt pour ceux qui ont vécu l' époque trouble d' une fin d' Empire colonial, quelque chose d' immérité.
Perdreaux de l' année, lisez Bodard...

Publié dans littérature

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La République

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je me suis rendu place de la République à Paris, à la "Nuit debout" qui, au même moment se tenait, identique, à Rennes, Nantes, Toulouse , Strasbourg, Lyon et autres lieux. En un mot, à un rassemblement festif et libertaire issu du refus de la Loi sur le travail dite aussi Loi el Khomri.

Un mini mai 68 en dépit du plan d' urgence, qui résonne comme un soufflet sur la joue du gouvernement Vals.On le sait, il ne sortira,au plan politique, directement rien de cette révolte spontanée de Jeunes contre la précarité, sinon un degré supplémentaire d' affaiblissement du pouvoir en place. Pourtant ces assemblées nombreuses, ces quotidiens défis, au pied même de la statue de la République, constituent des symboles dont les effets ne manqueront pas de se faire sentir, suscitant une dynamique du désir d' en finir avec un modèle de société à bout de souffle, un régime anachronique, usé, dont la classe dirigeante a perdu toute considération.

Place de la République, l' autre soir, passait un courant d' air agréablement pur. La parole n' y était pas tenue par Mélanchon, el Kabbach et Bernard-Henri Lévy, sombres figures de la décomposition ambiante. Non. Chacun prenait à son tour la parole, au gré de débats qui n' éludaient aucune question, n' hésitaient pas à remettre en cause l' existence de la démocratie bourgeoise et le mode de représentation des citoyens, appelaient à voter blanc pour bloquer la machine avant de reconstruire autrement, sur des bases élaborées en commun, sans hiérarchie ni préjugé. Aucune violence ni altercation, seulement l' écoute de l' autre, l' anonyme, quelque chose qu' un Français de vingt ans aujourd'hui n' avait jamais expérimenté.

Bien sûr que cela est restreint, marginal, embryonnaire, mais une génération capable de concevoir une telle liberté ne saurait être une génération fichue! Je les ai écoutés, ces orateurs d' un soir, je me suis bien gardé de jouer devant eux à l' ancien combattant. Il ne s' agissait que de les laisser s' exprimer, c' est de leur sort qu' ils souhaitaient débattre, que de se perdre dans ce flot de garçons et de filles -énormément de filles!- qui ressemblaient à mes propres petits-enfants.

Je suis rentré ragaillardi. Ce genre d'événement n' est jamais sans lendemain, il en annonce d' autres, électoraux ou pas, ce n' est plus tellement le problème, où la confiance retrouvée, l' imagination libérée, la solidarité réactivée, toutes ces valeurs "utopiques", viennent contrarier l absolutisme de l' argent, la dictature de l' actionnaire majoritaire et des lobbies, les escroqueries fiscales, le règne de tous les Cahuzac, Balkany, Guéant ou Strauss-Kahn.

Illusion, euphorie d' une heure, diront les esprits forts. Peut-être. Et si, cependant, l' urgence n' était pas totalement là où on l' ont placée nos Princes?

Publié dans société

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Colère dans la France d' en-bas

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Cela fait un moment que la France d' en-bas, comme l' appelait un ancien Premier ministre, est en colère. On ne sait si cela est annonciateur d' une explosion, mais il faut dire qu' un certain nombre d' ingrédients sont réunis pour rendre la chose possible.

1- L' usure institutionnelle et les facilités qu' en tire la classe politique.

Trop de blocages proviennent d' institutions dont tout le monde constate qu' elles ne sont pas adaptées aux mutations profondes de notre société : le mode de représentation devrait être repensé, les systèmes éducatif et judiciaire actualisés, la révolution numérique prise globalement en compte, le rôle de la finance redéfini. Pourtant, les "politiques" continuent, imperturbables, de faire "comme si", avec l' intime certitude que quelques rustines par ci par là feront l' affaire. Un électoralisme stérilisant conduit la vie publique : à peine élu, souvent à force de promesses et de démagogie, un responsable, si l' on peut s' exprimer ainsi, ne vise que sa réélection, et ses adversaires sa défaite. Ce souci permanent occupe, dans les décisions, une place qui relègue fatalement l' intérêt général au second plan.

De ce fait, le clivage réel est de moins en moins le rapport gauche/droite que l' opposition en haut/en bas. Le cadre diplômé qui vote socialiste pour des "valeurs" se trouve de plus en plus éloigné du chômeur qui opte en désespoir de cause pour le Front National et du militant ouvrier qui s' abstient parce qu'il ne croit plus au discours des Partis. La victoire de l' un ne fait qu' accroître l' amertume de l' autre, et sa conviction que le Système est à rejeter en totalité.

2- Le coût de la démocratie.

Ce coût, aussi bien moral que financier, devient si intolérable que c' est la forme démocratique elle-même qui se voit mise en cause. Gaspillages d' argent public, multiplications de sinécures, détournements, conflits d' intérêts, délits d' initiés, commissions et rétrocommissions, privilèges corporatifs, pérennité du mille feuilles administratif, réserves parlementaires opaques, caisses noires diverses, tout cela en période de déficit chronique et d' endettement record de l' Etat concourt à l' impopularité du régime. Si l' on y ajoute les rémunérations exorbitantes des grands patrons qui prêchent le sacrifice à leurs salariés qualifiés de privilégiés de l' emploi et qui rognent obstinément leurs plus anciens acquis sociaux, on mesure le degré d' exaspération du monde du travail. Démocratie et injustice finissent par se confondre dans l' esprit de celui-ci. Ce que ne soupçonne pas un instant la majorité de la classe dirigeante, oubliant comment sont nés les régimes totalitaires du siècle dernier..

3- L' échec européen.

L' Europe de Maastricht est décidément en échec. Pas l' idée européenne, qui implique la Paix dans un monde ayant payé fort cher ses déchirements. C' est donc dans l' organisme même que réside le vice: il n'a point apporté aux peuples qu' il gouverne le mieux être qu' ils étaient en droit d' en attendre, quoique certains aient bénéficié, grâce à lui, de progrès soigneusement sélectionnés et localisés en matière de développement.

L' Europe actuelle n' a pu surmonter les égoïsmes, harmoniser les législations, aborder clairement sa construction politique, ni dans les domaines-clés de la diplomatie et de la défense, ni même dans celui de la monnaie, puisqu' un certain nombre d' Etats ont refusé l' euro. En choisissant un libéralisme dérégulateur qui considère notre continent comme une vulgaire zone de libre échange, les eurocrates actuels ont plombé le projet initial. Ils ont incarné une politique de classe, étroitement liée au capitalisme financier: observation ressassée depuis des décennies certes, mais dont le résultat concret en France est sous nos yeux : chômage de masse, baisse du pouvoir d' achat, désindustrialisation, agonie de l' agriculture, que nos gouvernements successifs n' ont pas su prévenir.

Voilà qui laisse le "pays d' en-bas" appauvri et désorienté, son peuple aigri, son avenir problématique. Il méritait pourtant mieux que d' essuyer l' addition de la légèreté et de la mal gouvernance d' "élites" incapables de répondre à leur mission. Sa colère est vraie. Les conséquences en sont imprévisibles.

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JOU aux BAUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le site des Baux constitue assurément l' un des plus captivants endroits de Provence, en dépit d' une affluence estivale (1.600.000 visiteurs) jamais démentie.

C' est dans ce village, alors peu fréquenté (la bauxite y était encore exploitée), qu' en 1921 Luis Felipe-Vicente Jou i Senabre, qui s' est fait connaître du monde artistique sous le nom de Louis Jou, a acquis l' incomparable hôtel du sieur Jean de Brion. Catalan espagnol naturalisé français, Louis Jou relevait de la race (en voie d' extinction?) des éditeurs-typographes-graveurs-poètes, à la fois artisans et artistes, où se sont illustrés des gens comme François Bernouard, Pierre Albert-Birot, Paul André Benoit et Jean-François Manier.

Ces noms méritent d' éviter le relatif oubli dans lequel ils semblent sombrer depuis la disparition de Malraux, qui veillait à leur mémoire. Ainsi, l' auteur de "La Condition humaine" avait-il accepté de siéger au Conseil d' Administration de la Fondation Louis Jou.

Le destin de ce dernier a connu un assez curieux parallèle avec celui de Picasso, dont Jou n' a toutefois pas été vraiment un intime et n' a point atteint la gloire universelle. Nés la même année(1881), les deux hommes se fixent à Paris au même moment et finissent leur vie en Provence.

A Paris, Jou se fait lui aussi des amis : Apollinaire,Carco, Derain, Cocteau,Suarès qui demeurera l' un de ses proches,et qu' il hébergera un moment durant l' Occupation.

C' est dans l' atelier qui fait face à sa demeure Renaissance restaurée de ses mains, que Jou compose l' essentiel de son oeuvre typographique, dessinant et fondant lui-même ses caractères, ranimant des traditions d' imprimeur venues de Gutenberg, affirmant sa résistance aux pratiques industrielles qui ont emporté la conception et la fabrication du Livre.

Solitaire,passionné, admiré,indépendant, Jou a imposé de son vivant des création qui, aujourd'hui encore, conditionnent l' évolution de l' imprimerie d' Art. Il est devenu difficile de publier Louise Labbé, Pascal, Cervantès, Montesquieu, Rabelais ou Chateaubriand si l' on se réfère à la représentation de leurs textes dans la collection des "Livres de Louis Jou". Travail de minutie, de patience et de goût que Jou a poursuivi jusqu' à sa mort, à 86 ans, dans son village provençal, au soleil des milliers de pages qu' il a célébrées.

Publié dans culture

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Mais qu'ils sortent !

Publié le par Jean-Pierre Biondi

C' est déroutant, la patience qu' accorde l' Europe aux Anglais. Voilà des gens qui, depuis des siècles, ne cessent d' étaler leur dédain du Continent et de s' ingénier à le diviser et l' empêcher de s' organiser. Tout le monde le sait, tout le monde le voit. L' Angleterre (mais pas l' Ecosse ) n' est entrée dans la C.E, par la faute de Pompidou, que pour la saboter de l' intérieur, avec l' appui des Américains qui ne conçoivent la région que comme un marché baptisé "zone de libre échange", et en aucun cas comme une entité politique de paix et de développement autonome (voir les articles de ce blog des 23 et 26 avril 2013).

Les récentes tractations de Bruxelles sont indignes, tant les dirigeants européens, malgré une opinion publique encline au Brexit (Britain exit), se sont pliés au chantage de Cameron. Hollande y a été inexistant, ce qui cloue le bec de ceux qui vantent son "autorité internationale" comme contrepoids à son fiasco national.

Suite donc aux concessions consenties par les 27 sous la pression de lobbies, nous sommes suspendus jusqu' au 23 juin aux humeurs de personnages du genre du maire conservateur et europhobe de Londres, Boris Johnson. Nous tremblons! Va-t-on nous claquer la porte au nez? C' est méconnaître le procédé dedans-dehors, qui consiste à glaner systématiquement le meilleur et à refuser obstinément le moins bon. Pas fous! Garder à la City ses privilèges de place financière mondiale (le Capital international joue à fond en faveur du oui), interdire aux citoyens non anglais des avantages sociaux garantis ailleurs et la liberté de circuler dans l' Ile comme sur le Continent, ou encore maintenir à nos frais sa frontière à Calais, tout cela et bien d' autres choses relèvent d' une insupportable outrecuidance.

Nombreux sont ceux qui souhaitent une intégration à égalité des peuples de cette partie du monde dont l' apport à l' histoire de l' Humanité, en dépit de ses déchirements, n' est assurément pas négligeable. Son unité est aujourd'hui sa principale chance de ne pas être, d' une manière ou de l' autre, reléguée et asservie. Nombreux donc sont ceux qui souhaitent que le 23 juin les Anglais aient l' heureuse inspiration de répondre non, et de dégager ainsi notre horizon.

Publié dans politique

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De la Nouvelle Athènes à South Pigalle (2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai longtemps dédaigné le 9ème au profit de la rive gauche de la Seine avant de réaliser à quel point l' endroit où je résidais sortait de l' ordinaire. D' un bohème mouchoir de poche, fruit de la poussée urbanistique haussmannienne du Second Empire, sont en effet issus le romantisme littéraire français, la peinture moderne et le surréalisme.

Un siècle durant s'y est amassée une foule impressionnante d' oeuvres et de talents divers: gens de théâtre, de Talma à Charles Dulin, musiciens comme Chopin, Berlioz, Wagner, Honegger, Sauguet, Messiaen ou Xénakis, écrivains tels Nodier, Hugo, George Sand, Musset, Mallarmé, et naturellement vagues successives de peintres, des Impressionnistes aux Fauves, aux Nabis ou aux Cubistes.

Aujourd'hui le triangle Place Saint-Georges/Trinité/Place Pigalle, fief centenaire de cette Nouvelle Athènes, se voit submergé par l' irruption d' une vision bouleversée du quartier: South Pigalle (ou SOPI), ainsi baptisé par référence aux acronymes anglo-saxons du même type (SOHO=South Houston). La fort bourgeoise rue d' Aumale et le boboïsme new-yorkais se font face. Des groupes du 3ème âge venus sagement visiter le musée Gustave Moreau, celui, vieillot, de la Vie romantique, et la boutique du Père Tanguy, cryptes d'un Age défunt, croisent les"hipsters" hantant les clubs à la mode et les innombrables magasins de guitares électriques dernier cri.

Le tournant s'est amorcé il y a une petite dizaine d' années quand des jeunes "branchés Brooklyn" ont rencontré le journaliste américain John von Sothen et résolu avec lui de réveiller le tristounet versant sud de Pigalle. L' offensive est partie d' un bar de nuit sis rue de la Tour d' Auvergne, "Le César",pour s' étendre rapidement à l' ensemble de la zone ciblée. L' idée répondait à un renouveau démographique dû à l' installation dans le quartier de nombreux couples de cadres peu enclins à endosser la réputation de Pigalle comme haut-lieu de basse prostitution. Déjà,le marché immobilier était sur le coup, le "Financial Times" et "l' Express" étaient alertés, l' Argent et le Marketing s' en mêlaient.

L' habileté provocatrice consistait à récupérer une réputation sulfureuse en supprimant ses stigmates: plus d' affligeantes sexagénaires sur le trottoir,plus de macs planqués au bistrot, plus de travelos camés hélant les passants. Le fin du fin était de s' appuyer sur le souvenir inoffensif d' une voyoucratie vulgarisée par les livres d' Albert Simonin et les films de Jean Gabin pour appâter le bourgeois, faire marcher le business et grimper le prix du mètre carré. La croissance de SOPI s' accompagnait d' ailleurs d' une explosion gastronomique bio-végétarienne dont les cafés-restaurants de la rue des Martyrs se sont faits avec succès les propagateurs, et de la création d' une ligne de vêtements appréciée des rappeurs. Le logo déposé SOPI s' est inscrit sur des T-shirts, des chaussures, des sacs, des montres et des boissons.

J' imagine le peu d' émotion que produit ce microphénomène sur un Béarnais ou un Haut Savoyard.C' est pourtant l' évolution qui les guette aussi : la mondialisation financière n' a ni mémoire ni frontière.

Publié dans société

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De la Nouvelle Athènes à South Pigalle (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sarah Bernhardt possédait rue La Bruyère, dans le 9ème arrondissement de Paris, un hôtel particulier avec grand escalier central en marbre blanc et salle de bal. Jusqu' en 1914, au bout de la même rue, là où plus tard a séjourné Antonin Artaud, existait une ferme. Les habitants voisins allaient y chercher leur lait. A deux pas, rue Moncey, Caillebotte a hébergé un jeune peintre, Claude Monet, et sa famille sans le sou. Alphonse Allais avait son rond de serviette à "L' Auberge du Clou", avenue Trudaine où se trouve le lycée ex-Rollin, rebaptisé Decour du nom d' un professeur résistant fusillé. Mes parents demeurant rue Condorcet, j' y ai été élève, un peu après Edgar Morin, un peu avant Patrick Modiano. Square d' Anvers, jouxtant le lycée, au Café des Oiseaux, venait écrire Courteline. Breton y attendait Jacqueline Lamba, alors danseuse aquatique au "Coliseum". C' est dans un autre square, celui de la Trinité, que se sont connus ceux qui ont marqué la génération "yé-yé" du golf Drouot, boulevard Montmartre : Jacques Dutronc, Eddy Mitchell, Johnny Halliday.

Dès l' avant-guerre, plusieurs sanctuaires du Surréalisme avaient disparu : le passage des Princes, cher à Aragon, et Le Cyrano, poste de commande de Breton, dont l' atelier se situait rue Fontaine à cent mètres de là et de la Cité Véron où vivaient Prévert et Boris Vian.

La vie nocturne de ce bas Montmartre n' avait rien perdu de son essence festive sous l' Occupation. Seul le public avait changé. Les boites de la rue Pigalle, les cabarets de chansonniers, le bal Tabarin, rue Victor Massé, accueillaient désormais des groupes compacts d' officiers bottés, entourés de jeunes personnes coupe de champagne à la main.

A la sortie du lycée, je poursuivais de solitaires investigations : boulevard de Clichy, avec ses cinémas interdits aux mineurs comme moi, puis place Clichy, devant l' immense Gaumont Palace,dans la rue Lepic, de l' autre côté de la frontière du 18ème, dont les étals avaient été vidés par les restrictions. Le lycée m' avait un jour envoyé avec deux camarades quêter à domicile pour " les Prisonniers" : nous allions frapper aux portes, de la rue de Dunkerque à celle de La Rochefoucauld. Parfois, des femmes parfumées, hâtivement enveloppées d' un peignoir, déposaient en souriant leur obole dans la boite que nous leur tendions.

A la Libération, les Américains ont aussitôt remplacé les Allemands dans les bars et les lupanars. Les Communistes, tout puissants dans l' arrondissement, ont pris le quartier en main. Du toit du siège du Parti, place de Chateaudun, ils balançaient dans le vide les Miliciens de Darnand. Un vent de Révolution flottait dans l' air. (à suivre).

Publié dans société

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A la dérive

Publié le par Jean-Pierre Biondi

M.Talamoni, séparatiste corse né à Saumur, a été élu président de l' Asemblée régionale de Corse à la faveur d' une alliance(de quelle durée?) avec les autonomistes de M.Siméoni, l' ensemble totalisant 34% des votants.

C' est un événement à la fois anachronique et anecdotique. Anachronique parce que, depuis 247 ans, la Corse a contribué à l' Histoire de France en la dotant d' un Empire et de multiples responsables politiques nationaux. Anecdotique parce que le " peuple corse", si l' on ôte les fonctionnaires continentaux, la forte colonie portugaise qui gère les petites et moyennes entreprises, et un prolétariat marocain exploité, est minoritaire dans l' Ile. Il y a davantage de Corses à Marseille que dans leur région d' origine.

Toutefois, derrière l' infantile discours d' installation du président régional, se profilent de peu scrupuleux personnages, c' est le moins qu' on puisse dire, dont les "projets" de "développement" du territoire tiennent en quelques points fort clairs :

1- Faire de la Corse un paradis fiscal où la fascisante et xénophobe "Ligue du Nord" (lombarde), les mafias foisonnant en Italie, et divers groupes extrémistes européens viendraient blanchir leur trésor de guerre.

2- Créer une zone franche où tous les trafics prospéreraient à moindres frais.

3- Transformer l' Ile de Beauté en un vaste casino rappelant Cuba au temps du dictateur Batista.

Le nationalisme a bon dos. Il sert de voile à un affairisme tous azimuts. Ce nouveau clan est plus dangereux que ses prédécesseurs traditionnels ("radical" ou conservateur) parce que recourant à un romantisme identitaire qui fait toujours recette auprès d' une jeunesse désoeuvrée, et flatte un insularisme que la République, dont la Corse fait indéniablement partie, ne sait trop par quel bout prendre.

Quoique prétende M.Talamoni, l' ethnisme (évident dans l' exigence de libération de Colonna, assassin du préfet Erignac) est un combat d' arrière-garde. Reste l' illusoire ruée vers l'or.

Publié dans politique

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