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LA REPUBLIQUE UNE ET DIVISEE (3)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Deux phénomènes marquent l' actualité récente et  la masse d' aigreurs accumulées depuis les années 80 : un retour progressif du syndicalisme et l' intervention croissante des "territoires" dans le débat national.

1- A quoi sert un syndicat ?

L' impasse contre laquelle ont buté les "gilets jaunes" est instructive pour nombre d' entre eux. Qu' est-ce à dire ? Que, quels que soient les abandons ou compromis auxquels se prêtent des directions syndicales, rien ne vaut, dans le souci de répondre aux aspirations plus ou moins confusément exprimées par la "base", le poids d' une lutte collective, réfléchie, consentie et, au moins temporairement, structurée. La grève actuelle des transports embarrasse plus le gouvernement que l' agitation sans vraie visibilité des "ronds points" fin 2018, aussi émouvante a-t-elle été. En fait, la participation syndicale organise la prise de conscience générale et s' inscrit dans la cohérence d' une revendication globale. La fermeture d' une maternité ou d'une gare prend un sens plus mobilisateur quand on la replace dans le cadre d' une politique de privatisation du service public ou de désertification de zones estimées économiquement déficitaires, qu'un syndicat possède les moyens de dénoncer avec un écho certain. Aujourd'hui, la rentabilité exigée par la mondialisation du capital ne cesse d' approfondir les oppositions de classe, donc de diviser encore.

2- Les régions se font entendre.

La contestation n' est plus uniquement parisienne, au contraire. La capitale vogue vers son destin muséologique, débarrassée de ses faubourgs populaires. L' heure est aux "réhabilitations" sous l' égide de maires socialistes, aux coûteux embellissements, à la circulation dans un air purifié garanti par des édiles écologistes, et à l' édification d' immeubles de standing dont le mètre carré vaut plusieurs mois de salaire d' un Français moyen.

La tension est ailleurs. A Bordeaux, Nantes, Toulouse, Montpellier, ces mégalopoles de l' ouest dont le développement produit logiquement des laissés pour compte qu' on peut rencontrer le samedi sur les Champs-Elysées où ils ont rendez-vous avec d' autres exclus, des chômeurs et smicards de la "grande couronne", des "black bloc" européens et , au pire, de vrais casseurs délinquants, familiers des gardes à vue et de la comparution immédiate.

Des défilés d' une ampleur inaccoutumée ont lieu dans de petites villes jusqu'alors socialement assoupies. Les Parisiens ont perdu le monopole de la rébellion. Ils se sont embourgeoisés quand ils ont pu. Voilà qui pose  question : cette nouvelle distribution des rôles, ce remuement des hiérarchies, cette routine du désordre exfiltré, et, quand même, cette addition des préjudices, ne vont-t-ils pas susciter une réaction autoritaire? Le sujet est au coeur de l' agitation qui secoue le pays cartésien de la mesure, gagné par l' incivisme, la perte de motivation, l' irrespect absolu des élites, autrement dit par la remise en cause de l' idéal républicain d' unité.  

 

 

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LA REPUBLIQUE UNE ET DIVISEE (2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La France contemporaine produit de la pluralité : c' est ce que relève Jérôme Fourquet dans son essai " l' Archipel français". Son analyse appelle quelques remarques supplémentaires relatives aux composants qui donnent au pays un visage renouvelé . Schématiquement, on peut dénombrer quatre France :

1 - La France élitiste dont le ticket d' entrée exige soit l' obtention d' un diplôme de Grande Ecole soit l' appartenance préalable aux classes supérieures et à leur réseau relationnel ( chômage des cadres 3,5% contre 8,5% au niveau général). Cette bourgeoisie modernisée ( type "bobos"), égocentrique et sûre de son avenir, ne se différencie pas seulement par l' argent, mais aussi par la culture et la conviction de mériter sa situation dominante.

2 - La France populaire urbaine indigène, refaçonnée par la désindustrialisation (ou les nouveaux besoins de production et de service) d' un côté, la poursuite de l' exode rural de l' autre. Expulsée des centre-villes par le prix des loyers, elle se voit vouée aux trains de banlieue et condamnée à l'éloignement territorial ( type "rurbains" ).

3 - La France rurale traditionnelle, généralement âgée, atteinte par la disparition progressive des services publics, des niveaux de retraite particulièrement bas (type "gilets jaunes" de ronds-points) et l' accroissement des calamités naturelles ( incendies, inondations, sécheresse). La mondialisation ne lui laisse aucune chance.

4 - La France de l' immigration (majoritairement en provenance de l' ex Empire), jeune et banlieusarde, souvent hostile au pays d' accueil où elle prétend subir la discrimination coloniale et raciste dont ses aînés ont déjà été victimes. Elle justifie ainsi un refus d' intégration qui peut se radicaliser ( type "djihadistes) et aboutir au repli communautaire qui constitue en certains endroits ghettoïsés des foyers d' économie parallèle, sinon des centres  de recrutement terroristes.

Quatre France qui  communiquent de plus en plus à travers la violence. La France des élites continue imperturbablement de manifester un mépris de classe qui fait depuis longtemps du bourgeois français ce personnage "arrogant" dénoncé par la littérature sociale. La France communautariste et la France populaire d' origine partagent leur   mal à vivre sans recourir à une réelle solidarité de classe. L' immigré se sent peu concerné par les problèmes "gaulois". Il ne va pas voter. On évite quand on peut la promiscuité que découragent les différences de mode de vie et la pratique religieuse. Urbains et ruraux de même culture, enfin, se mêlent eux-mêmes assez peu. Quand il va s' installer pour sa retraite à la campagne, l' ex citadin reçoit plus facilement ses relations demeurées en ville qu' il  invite ses voisins champêtres...

 

(à suivre)

îsés des foyers 

 

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LA REPUBLIQUE UNE ET DIVISEE (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les événements survenant en France  ces derniers temps éclairent avec crudité l' évolution en profondeur d' une société dont les dirigeants successifs n' ont ni su ni voulu prendre en considération les à-coups. Il y a une quarantaine d' années déjà que le pays constate le recul non avoué de l' autorité de l' Etat devant la mondialisation financière. L' heure arrive maintenant des comptes que réclame avec force le citoyen .

1- Des politiques sans vision historique:

Giscard s' est tranquillement aligné sur l' atlantisme au service, gadgets sociétaux  compris, d' une modernisation à l' américaine du capitalisme avec ses effets les plus négatifs (désindustrialisation, chômage de masse, élargissement irréfléchi de la Communauté Européenne des Six)  .

Mitterrand est à la source du déficit budgétaire jamais comblé depuis ses nationalisations à 100%, et ses distributions démagogiques et monarchiques d' argent public sous couvert d' un affichage "socialiste" qui lui a permis de se hisser au pouvoir.

Chirac, roi fainéant et jouisseur, s' est installé 12 ans dans un immobilisme qui lui a évité de se soucier de la "fracture sociale" qu' il avait dénoncée pour être élu.

Les 10 années d' après ont vu tour à tour passer un agité et un  supermou qui n' ont, bien sûr, pas atténué la dégringolade économique et le discrédit de la gent politique.

40 ans au total où la République proclamée "une et indivisible", gorgée de promesses diverses, a perdu ses illusions.

2- Des dégats sérieux :

Qui plus est, cette navrante série s' inscrit dans une mutation mondiale de premier plan avec l' irruption du numérique, la fin du communisme, l' apparition des immigrations et des populismes, l' émergence de blocs concurrents (Chine,Inde), le danger de réchauffement climatique, points sur lesquels la France et l' Europe ont été peu entendus.
Tous ces bouleversements se sont accompagnés de l' appauvrissement de la classe moyenne, l' approfondissement des inégalités, la fragilisation du système social, amorçant un procès de désagrégation du tissu social. Des clivages de plus en plus marqués apparaissent donc qui, trop longtemps négligés ou ignorés, interrogent l' unité du pays.

 

(à suivre)

 

 

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HELP!

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Quand, le 7 mai 2017, Emmanuel Macron a marché dans la cour du Louvre vers ses partisans massés au bas d' un podium illuminé, il ne s' est pas senti seulement porteur d' un mandat national. Il s' est "en même temps" convaincu d' une responsabilité européenne que personne, en réalité, ne lui avait explicitement confiée.

Les circonstances, il est vrai, pouvaient se prêter à un rêve d' historique grandeur. L' Angleterre avait l' année précédente, au soulagement de beaucoup, opté pour le Brexit. L' Italie était empêtrée, à nouveau, dans une confusion où l' on voyait la gauche ( Mouvement Cinq Etoiles) et la droite (Ligue du Nord) établir entre elles une alliance forcément temporaire, tout  en bénéficiant de  la neutralité apparente du Vatican et de la Mafia. L' Espagne traînait derrière elle le boulet catalan. La chancelière allemande Merkel laissait entendre qu' elle préparait sa retraite politique alors que s' affirmait chez elle une alarmante poussée populiste.

Pour le nouveau et fringant président français, les portes semblaient s' ouvrir en grand. Il pensait attacher sans coup férir son nom au progrès décisif de l' Europe fédérale devenant alors un arbitre incontournable du jeu politique mondial.

L' illusion s' est vite dissipée. Les Anglais ont entraîné le Brexit dans la confusion calculée où ils sont maîtres afin, dans la lassitude générale, d' arracher le maximum en sacrifiant le minimum. Gagner du temps et diviser pour règner sont leurs méthodes séculaires, inlassablement répétées. Quand donc admettra-t-on que l' Angleterre (qui n' est pas le Royaume Uni) ne se veut pas "européenne" ? Nostalgique de son Empire, ultra atlantiste, dominion WASP des U.S.A, soit... Européenne ? Jamais! Macron, lui, l' a compris, qui essaie de se montre le moins coulant sur les conditions du départ.

L' Italien fascisant Salvini n' a pas tardé à faire du Français sa bête noire, en tandem avec Orban le Hongrois, vigile intransigeant de l' espace domestique, tous deux se découvrant soudain des faiblesses pour l' ogre Poutine. La présence et le poids européens, autrement dit macroniens, sur le théâtre des tensions internationales équivalent donc à zéro. Chacun des 27, ou 28, on ne sait plus, traite pour son propre compte. C' est l' inverse de la nouvelle ère annoncée par le grand "show" de la Sorbonne.

Le manque d' enthousiasme de l' Union pour la nouvelle responsable de la Banque Centrale, Christine Lagarde, puis les déboires de Sylvie Goulard, recalée comme Commissaire Européenne, dessinent d' ailleurs les limites du pouvoir élyséen. Mais le plus mauvais coup porté au macronisme diplomatique - affaibli d' autre part par la désinvolture de Trump- est sans doute le lâchage allemand en matière de politique monétaire. Berlin ne cache plus son intérêt pour un "regroupement" nord européen qui rassemblerait l' Allemagne, l' Autriche et le Benelux, rendant l' euro plus sûr qu' un mariage indéterminé avec des champions de l' endettement comme la Grèce, l' Italie et désormais la France en pleine effervescence.

Pour rééquilibrer un bateau qui prend l' eau, Macron prépare la contre-attaque. A défaut de l' Europe enivrante célébrée au Quartier latin, pourquoi pas un retour au noyau dur : les 6 du Traité de Rome renforcés par l' adjonction de l' Espagne, de l' Autriche, du Portugal et du Danemark, soit 10 Etats au total, garants d' une monnaie, d' une diplomatie et d' une défense communes ?

Repli douloureux et incertain pour le disciple de Monnet, Schuman, Spaak et Delors. Européens, help !

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LA MEMOIRE A TROU DE ZEMMOUR

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Eric Zemmour est d' autant plus inquiétant qu' il est spectaculaire. Chroniqueur sur une chaîne d' information continue, on lui oppose chaque soir un contradicteur que je le soupçonne d' avoir préalablement choisi tant il sert de faire valoir aux thèmes sur les quels le polémiste souhaite aller.
Un jour, voici B-H. Lévy, cuistre mondain à jamais disqualifié par son rôle auprès de Sarkozy dans la désastreuse intervention de la France en Libye. Le lendemain, voilà un touchant "homme de paix", Marek Halter, que Zemmour pulvérise d' entrée en le comparant au personnage de dessins animés pour enfants "oui-oui".

Seul, l' ancien maire, ancien socialiste, de Sarcelles, François Pupponi, qui, lui, connait le terrain et la musique, a su engager, face à la nouvelle idole de l' extrème droite, un débat sérieux. Zemmour, travesti en moine-soldat de l' identité gauloise, instruit avec constance le procès de l' immigration et ressasse sans effort le danger mortel qu' elle implique, avec les divers arguments que, désormais chacun connait sur le bout des doigts. C' est facile, mais payant.

Zemmour, juif familialement originaire d' Algérie qui, déclare-t-il, " aurait pris le parti du général Bugeaud lors de la conquête en 1830 du pays qui, alors, n' existait pas", se pose donc en héritier de Jeanne d' Arc. C' est quand même curieux, cette manie qu' ont certains Juifs de nier l' existence de peuples et de nations : des sionistes soutiennent de leur côté, qu' il n' y a pas de peuple palestinien.

C' est en réalité ne prendre en compte qu' un versant de la vérité historique. Institutionnellement province ottomane, la Régence d' Alger était, dans les faits, indépendante depuis 1515 et gouvernée par un dey . Tout le XIXème siècle a été ainsi émaillé, dans cette Algérie "fictive", de rébellions musulmanes locales durement réprimées par l' Administration coloniale: en 1871, par exemple, les partisans du cheikh el Mokrani en révolte ont été déportés en Nouvelle Calédonie sur les mêmes bateaux que les insurgés de la Commune. Vérifiez, M. Zemmour.

Je ne vais pas repasser le film (même si vous avez a posteriori "explicité" vos propos de façon fumeuse) : ni la confiscation des terres cultivables par les colons, le sacrifice des tirailleurs dans les deux guerres mondiales, la ségrégation éducative et citoyenne, l' invention du "double collège" électoral, la chasse impitoyable aux messalistes, ni le massacre de Sétif le jour de l' armistice, le sabotage de tout projet de réforme (Viollette en 1936, Depreux en 1947) par le lobby colonial et " L' Echo d' Alger" financés notamment par les  Borgeaud,  Blachette, Schiafino, René Mayer, de Sérigny, et soutenus par les gouverneurs Soustelle,  Lacoste, Papon, les élections truquées par Naegelen, la censure et les saisies de publications, ni enfin, bouquet final, les disparitions et la "gégène". Au total, quoiqu' on puisse objecter, plus d' un siècle de domination militarisée et d' humiliant mépris social et culturel, sans les quels une guerre généralisée de 8 ans serait indéchiffrable.

Vous avez, semble-t-il, M. Zemmour, une bonne mémoire mais, vue de près, elle est mitée. Vous êtes serein : votre auditoire n' a pas vécu les événements. Vos démonstrations sont manichéennes. L' immigration maghrébine qui vous fait si peur est pourtant un écho inévitable de la longue colonisation qui l' a précédée et d' une décolonisation totalement ratée par la classe politique française.  Ceux qui, à l' époque, avaient le courage de le dire, étaient baillonnés sans coup férir, comme je l' ai été moi-même, avec d' autres, à la radio par les représentants du ministre de l' Information Peyrefitte. (Vidal-Naquet et Jean Rous en ont témoigné, mais c'est, je l' avoue, du "détail"  historique bien ancien...)

Pupponi n' a pas rappelé ce contexte. Il s' est contenté d' observer que les choses sont "plus complexes" que vous ne dites. Il n' est pas  méchant.

Publié dans histoire

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LE MAQUIS DE CAMILLE BOMBOIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Pour la "peinture naïve" et  l' "art brut", l' effet naît d' un rendu où l' oeil, étranger à la façon socialisée de regarder, substitue à celle-ci une image première de la perception. Le douanier Rousseau est le modèle du genre, et avec lui des peintres autodidactes comme Vivin, simple employé des Postes, Séraphine de Senlis, servante,  Beauchant, fonctionnaire de base. " Bruts de décoffrage ", c' est le mot.

Camille Bombois relève de la série. Issu de modestes bateliers de Bourgogne, il commence dans la vie en tant qu' ouvrier agricole et terrassier, puis, doté d' une force musculaire exceptionnelle, devient lutteur dans les foires et les cirques. Il arrive à Paris en 1907 sans le sou, et trouve à se nicher dans les masures,- depuis longtemps rasées-., qui couvraient encore une partie des Hauts de Montmartre. Il décoche un emploi d' ouvrier dans le métro et passe ses heures de liberté à observer le travail de ses voisins de quartier, Gen Paul, Suzanne Valadon, la bohème du Bateau Lavoir, toute une faune de sculpteurs, de graveurs ou de dessinateurs méconnus. Alors la tentation de peindre le saisit à son tour. Pour le plaisir, pas pour la gloire ou la fortune.

Bientôt la guerre l' envoie en première ligne, dont il revient sain et sauf. Une surprise l' attend : pendant son absence, sa femme a vendu tous les tableaux qu' il avait laissés à son départ. Parfait. Il prend un boulot de bobineur dans une imprimerie de nuit, peint le jour, et dort au crépuscule.  En 1922, trainant à la traditionnelle "Foire aux crôutes", sur la Colline anarcho-pacifiste peuplée d' artistes estropiés, le critique Noël Bureau remarque des toiles, déposées sur un trottoir. Il les signale à des clients américains qui s' entichent pour cette production. Bombois approche la quarantaine. Il lâche alors tout pour se consacrer à son oeuvre. On l' accroche à San Francico, à New York, puis à Zurich et Genève. Il a encore quarante autres années devant lui, durant les quelles la peinture naîve et les Arts premiers s' affirment comme expression fondamentale de la réalité . 

En France, on le trouve, bien sûr, au Musée d' Art moderne du Centre Pompidou, au Musée Maillol, et au Musée d' Art brut de Villeneuve d' Asq, près de Lille. Une rue de Belleville, à Paris, porte son nom. Mais, célébré et fêté, Bombois n' a jamais renié ses origines prolétariennes ni la cahute du "maquis" de la rue Caulaincout, pigeonnier misérable ouvrant sur le paysage usinier de la banlieue nord, où s' est fondée son oeuvre.

Publié dans culture

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A PROPOS D' IMMIGRATION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le système représentatif en république bourgeoise montre une fois de plus les limites qui conredisent son intarissable bavardage sur la démocratie. Ecartons tout aspect partisan pour aborder l' actuel débat sur l' immigration. Le Front, rebaptisé Rassemblement national, est une organisation légale. Il est arrivé en tête des récentes élections européennes avec 23,31% des suffrages, soit 5.291.734 voix.

Comme il n' a que 7 élus à l' Assemblée, il se voit, faute de pouvoir former un "Groupe", règlementairement exclu de la tribune. Il va cependant bénéficier exceptionnellement du temps de parole (5 minutes) d' un démissionnaire macronien qui lui a fait l' aumône de son droit de s' exprimer, et être ainsi en mesure d' intervenir sur un sujet qui est à la source de sa création en tant que mouvement d' opinion. 

L' embrouille est d' autant plus discutable que l' immigration est devenue en France un problème majeur. Par un de ces curieux retournements dont l' Histoire garde le secret, ce sont principalement les héritiers d' anciens colonisés qui viennent interpeller ceux de l' ancien colonisateur sur son sol même. Et certains de soutenir que le communautarisme des immigrés est plus menaçant pour l' ex métropole que ne l' était auparavant la présence des colons sur les terres de l' Empire, comme si le parallèle pouvait s' envisager.

C' est d' ailleurs au niveau culturel que la colonisation française a essuyé son plus grand échec. Tandis que les Anglais considéraient froidement leur Empire comme un comptoir commercial mondial, les Français, Front populaire en tête, affichaient une volonté assimilatrice qui se donnait pour fin d' "élever au niveau des races supérieures celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture"(Blum 1925). L' intention était noble, mais on ne saurait mieux se tromper. On imaginait flatter : on humiliait.

J' étais toujours surpris, quand je vivais au Sénégal, d' entendre le président Senghor dire à son peuple, pauvre et dépendant depuis trois siècles, que les faits culturels étaient aussi importants que les faits économiques. Répéter cela, à cet endroit et à ce moment, m' apparaissait courageux mais peu opportun. Je pense aujourd'hui que le leader africain avait raison : on emporte difficilement sa culture à la semelle de ses sandales.

Seul le Temps long parait véritablement un facteur d' intégration collective, quand s' est  essoufflée la réaction communautariste à un changement brutal d' environnement civilisationnel.  Admettre déjà cela serait sans doute l' amorce d' une doctrine cohérente touchant les phénomènes migratoires de masse.

Publié dans actualité

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LE CUL DE SAC DEMOCRATIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Urgences médicales en grève, enseignement public désorienté, tribunaux engorgés, pompiers caillassés, forces de l' ordre épuisées et suicidaires, chômeurs et petits retaités campant sur des ronds points, prisons surpeuplées, féminicides en hausse, maires qui quittent le navire, zones de banlieue en sécession virtuelle, campagnes désertées par les services publics, les médecins et les petits commerces, djihadistes par ci et black blog par là, l' ensemble étant couronné de phases caniculaires,  d' afflux migratoire et d 'impavide dette de l' Etat, on ne peut pas dire que le visage de rentrée qu' offre la macronie aux Français soit euphorisant.

Il ne s' agit pas de tout imputer au prometteur et brillant jeune homme issu des urnes en 2017. Que l' addition tombe sur lui n' est pas de chance. En réalité tout débute sous Giscard, avec le choc pétrolier orchestré par le Secrétaire d' Etat Kissinger  s' inquiétant en 1973 de voir les économies européenne et japonaise concurrencer avec succès les multinationales américaines.

Adieu les 30 Glorieuses, le commerce extérieur excédentaire et les 5% à peine de sans emploi. Vive le consumérisme et les délocalisations!. De Mitterrand à Hollande, via Chirac et Sarkozy, tous plus démagogues et renégats les uns que les autres, aucun n' a vu venir et su évaluer en profondeur les effets de la crise et les développements des événements ultérieurs :  chute de l' Union soviétique, irruption du numérique, bulle financière, appauvrissement des classes moyennes, primauté nouvelle des questions écologiques. Leurs Partis dits "de gouvernement", bouffés par l' électoralisme et la corruption, se sont effondrés lamentablement. Ce qui permet aujourd' hui au "brillant jeune homme" d' exercer ce chantage lucratif : Le Pen ou Moi !

Et si Moi, justement, était en passe de devenir  le moyen le plus efficace de chauffer, samedi après samedi, la place au Rassemblement National ? Au lieu de calmer le jeu, ses projets de réformes semblent converger pour affronter son propre pouvoir. Partout des clignotants s' allument, tandis que le distingué magazine américain  "Time" (pour lequel Macron figure le politicien idéal : capitaliste cultivé et moderne, l' anti-Trump en un mot) le sacre président d' Europe. De deux choses l' une pourtant : ou le Projet politique initial n' a pas été suffisamment mûri, ou sa mise en oeuvre reste à côté de la plaque. Nul n' est aujourd' hui en mesure de dire comment cele va tourner. Rumeurs...L' Armée devra-t-elle in fine remettre le train "sur les rails" ? Certains taquinent l' hypothèse, compte tenu du Réchauffement fatal et, à côté, des misérables  tensions planétaires : conflit sino-américain encore au stade commercial, pénurie de matières premières, augmentation exponentielle de la population et baisse des productions agricoles, creusement des inégalités de classes et de nations, migrations, terrorisme, etc. En somme, autant de convulsions  dont la macronie serait l' innocente et hexagonale  victime. Voire.

Le mal-être plane en vérité sur les têtes depuis plus longtemps qu' on ne dit, sans avoir vraiment provoqué l' émotion des politiques. Restons équitable. Macron n' est ni le seul ni le pire. Il y a aussi les Bolsanaro, Salvini, Orban et consorts pour s' efforcer de reculer les limites de la Contradiction. Qu' est -ce que la Contradiction ? l' émergence de régimes autoritaires et conservateurs élus face à une demande pressante et universelle de redistribution des pouvoirs, autrement dit de renaissance démocratique. Tout le monde constate que la démocratie de papa  est grabataire, sans qu' elle ait  imposé de mode d' héritage, ce qui est un élégant aveu d' impuissance de sa part. Mais  cul de sac...

Cul de sac ou apparent malentendu, puisque le consensus se fait désormais sur le refus des effets pervers d' une société antidémocratique de consommation à laquelle le consommateur a cessé de croire ?

 

 

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LA "HAINE" DE PARIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Natif des "Hauts de France", mais de père corse, de mère pyrénéenne, vivant à Paris depuis l' âge de 11 ans, marié à une Alsacienne,  je profite de ce cosmopolitisme hexagonal pour observer de près l' évolution du rapport entre ce que le politiquement correct  nomme désormais "les Territoires", et la Capitale.

J' ai connu une époque où le prestige de cette dernière  faisait l' objet d' une sorte de fascination. Modèle de  moderne liberté , le Parisien, artiste et raffiné, ou le Gavroche issu des banlieues ,  rebelle et anticlérical, suscitaient chacun à leur manière une curiosité à laquelle s' ajoutait une dose indiscutable d' envie. L' intéressé profitait d' ailleurs de l' occasion pour afficher envers le "plouc" docile une condescendance qui gravait en celui-ci une sourde rancune.

Les choses ont largement changé. Comme la société elle-même. Les grandes villes n' ont pas de complexe : elles peuvent offrir une qualité de vie qui en fait à leur tour des pôles d' attraction, d' ailleurs moins onéreux, plus proches d' une mer ou d' une montagne, et, par voie de conséquence, amorcent paradoxalement  un phénomène de  lococentralisation . Elles effacent ainsi une frustration légendaire: l' obligation de "monter  à la capitale" pour réussir. D' autant que les temps de déplacement se sont considérablement réduits : 3 heures de TGV de Marseille à Paris, 2 de Lyon, Rennes ou Strasbourg, 1 de Lille. Le nivellement urbain s'est matérialisé.

De plus en plus de cadres aisés  s'installent à la campagne tout en travaillant partiellement en ville , renonçant  à la rente que constitue la hausse permanente du prix de la pierre intra muros  (on n évoque pas ici  la question des "résidences secondaires ", qui renvoie  à une  problématique différente ). La contradiction est partout. Autre évolution : domiciles personnel et professionnel se chevauchant souvent  grâce au numérique et au télétravail, la décision se fait plus rapide : supplémént heureux aux mesures de décentralisation accumulées depuis une trentaine d' années. Le vieux mot d' ordre "décoloniser la province" semble alors devenu, en apparence au moins, obsolète. La "province" n' est plus l' exil, et encourage le choix écologique.

On remarque malgré tout que l' impopularité jalouse de Paris  recule peu . Les "gilets jaunes" en fournissent l' illustration. Quelques éruptions micronationalistes persistent sans émouvoir. Mais pour beaucoup, la capitale demeure d' abord une ville  chère, encombrée, polluée, insécure, peuplée de gens pressés et stressés, où se tapit un jacobinisme autoritaire, brutal, sinon corrupteur et corrompu. Cité de riches donc, inaccessible, définitivement inégalitaire, méritant les flammes de Sodome. Le médiocre niveau de vie de la majorité des Franciliens, leur état chronique de fatigue physique et nerveuse, leur ambition de devenir aussi des retraités des champs,  ne parviennent pas à infléchir les préjugés de ceux qui avouent en aparté qu' ils n' auraient jamais supporté le système "métro-boulot-dodo".

On peut ajouter à cela, surtout chez les ruraux, un grief identitaire inavoué : Paris n' est pas une cité "vraiment française" . On y voit "traîner" trop d' étrangers qui, par quartiers entiers,  ignorent notre Histoire,  bafouent notre Culture, insultent nos Traditions et nos Valeurs , abiment notre Langue,  uniquement intéressés, à entendre leurs contempteurs,  par le moyen de s'  enrichir le plus vite possible  avec la complicité tacite des princes qui gouvernent. A la limite, Paris offrirait l' exemple d' un surmétissage, assumé aux frais de la vieille population d' artisans et de laboureurs qui ont bâti le Pays.

"Haine"(historique?)  de Paris, réchauffée par la rélle  souffrance des terroirs ?  ou haine de pouvoirs aveugles et obscurs, stimulée par la cruauté de la crise mondiale ?... un peu des deux,, sans doute.

 

P.S- Voir aussi :  "L' anti-parisianisme est-il toujours justifié?" (article du 30/06/2014)

Publié dans société

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"REVOLUTIONS"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On célèbre, dénonce, maudit, ou mythifie en permanence la "révolution". Pas de terme plus passe-partout, en matière idéologique, politique, sociale, intellectuelle ou artistique notamment, donc galvaudé, et dérivant tant bien que mal vers des situations et  équivoques diverses.  C' est pourquoi les mutations les plus convaincantes paraissent celles qui  résultent d' une réflexion discrète, sinon secrète, même  éloignée encore de l' effet qu' elle recherche.

Rousseau, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, ont été, on le sait, des annonciateurs de la révolution française. Ils ont élaboré une réponse humaniste à des éternités de pouvoir absolu. Leur marche a pris deux tiers d' un siècle, de la mort du roi Soleil à la convocation des Etats Généraux. Mais la France est entrée en République, le Français est devenu Citoyen. ( Le Contrat social : 1762 ).

Des phénomènes assimilables, quoique moins spectaculaires, ont, depuis, remis en cause l' état de la société. Pour qui connait, par exemple, l' oeuvre de Marx, on parle à son propos de la " révolution de 1844". Formule, a priori, pour militants et initiés, mais qui, compte tenu de sa rencontre avec Engels et de l' influence qu' a exercé par la suite le philosophe allemand dans le monde, interdit d' éluder cette étape de sa réflexion . C' est en effet à ce moment que l' idéaliste hégélien est devenu le théoricien du matérialisme historique et a défini et développé des concepts comme lutte des classes ou plus-value, qui ont armé une forte partie du mouvement ouvrier  et paysan jusqu' à la chute du régime soviétique, et encore...  ( Manifeste du parti communiste : 1848 ).

Autre cas: le Sénégalais Senghor se plaisait à évoquer, devant un interlocuteur perplexe, " la révolution de 1889" (le millésime, bien sûr, n' était pas choisi par hasard). 1889 était l' année où un jeune Normalien, Henri Bergson, soutenait une thèse de doctorat intitulée " Les données immédiates de la conscience" et où, réhabilitant l' Intuition, il contestait la priorité séculaire de la Raison sacralisée par l' Occident au nom d' un déterminisme intransigeant.. Bergson ouvrait à sa façon une porte à Freud et à l' exploration de l' inconscient, puis à tous les mouvements culturels et artistiques  ( dadaïsme,  surréalisme, Cavalier bleu,  Bauhaus ou,' plus près encore, situationnisme et promotion des Arts Premiers), qui ont, non seulement renouvelé l' Expression mais aussi , par un autre regard porté sur le monde, une manière de consommer le quotidien et d' envisager le Sens de la vie. ( Le Manifeste du surréalisme : 1924 ).

Révolutions sans fracas assourdissant ni barricades en flammes, mais non sans lendemain.

Publié dans histoire

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