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Le Paris de Céline

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Tout le monde sait ce qu' on reproche à Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline : trois pamphlets antisémites dont l' un ("Les Beaux draps") paru sous l' occupation nazie, des articles et propos favorables à la Collaboration, des discours racistes. Une fois cela rappelé, l' écrivain reste considéré comme l' un des grands auteurs de son temps, Le nombre immuable de ses lecteurs, des études qui lui sont consacrées, des romanciers qui se revendiquent de son style et le plagient, le confirme. J' ai lu "Mort à crédit" à 17 ans. Je l' ai relu récemment, toujours fasciné par le Paris que raconte Céline, qui n' existe presque plus, ou bien autrement.

Sa vie a commencé sur l' actuel et anonyme Quai du président Paul-Doumer, à Courbevoie. En 1894, quand Céline y est né, l' endroit, peuplé de maisons d' ouvriers, s' appelait "Rampe du Pont", près du lieu où a grandi Léonie Bathiat, plus connue sous le nom d' Arletty. Depuis, les demeures de pauvres ont été rasées et l' espace livré aux promoteurs amis de MM. Sarkozy, Balkany, Pasqua ou Ceccaldi. Des fortunes aussi se sont édifiées dans ce lopin béni des Hauts-de-Seine dont un nouveau Balzac racontera un jour l' histoire.

Céline ne risquait pas de croiser ce monde-là. Ses parents ont vite émigré intra muros, rue Ganneron d' abord, vers la populeuse place Clichy, puis dans le Passage Choiseul, que l' écrivain nommait "la cloche à gaz", et où sa mère tenait une petite boutique. Il allait à l' école communale du square Louvois, derrière l' ancienne Bibliothèque Nationale. Est venue ensuite l' époque des apprentissages sans avenir, la recherche de petits boulots, la guerre à 20 ans, les blessures et les médailles qui vont avec...Fin de la première partie.

A 32 ans, toubib au dispensaire de Bezons, en banlieue nord, il rencontre Elizabeth Craig, une danseuse américaine à laquelle il dédie "Voyage au bout de la nuit", livre qu' elle n' ouvrira jamais. Elle le plaque après sept ans de vie commune rue Lepic pour retourner en Californie et y épouser un juif, agent immobilier de son état.

Céline est arrimé à la Butte Montmartre. Il y compte alors de vieux copains : le peintre Gen Paul, les romanciers Roland Dorgelès et Marcel Aymé, le cinéaste Abel Gance, tous anciens combattants devenus ultrapacifistes. Les revenus de ses bouquins permettent à Céline d' emménager bourgeoisement à l' angle de l' avenue Junot, rue Girardon, avec une épouse légitime, Lucette Almansor, danseuse elle aussi. Ils ne quitteront les lieux qu' en 1944 pour fuir en Allemagne et au Danemark.

C' est la période 1908-1912 que j' évoque ici. Celle de "Mort à crédit", peinture de la débine, retracée dans l' errance de l' adolescent Ferdinand, démarcheur pour le compte d' un minable éditeur du quartier de la Bourse et du Sentier. Défilent devant les yeux, les "passages" crasseux de misère qui reliaient entre eux les Grands Boulevards, le rassemblement des pouilleux et des saute-ruisseau sur les escaliers du théâtre de l' Ambigu (aujourd'hui une agence bancaire dans un espace rebaptisé place Johann Strauss), les bars enfumés de la porte Saint-Martin où se pressaient les musiciens sans cachet, les déboutés du concours Lépine et les julots turfistes, les venelles réservées aux "gagneuses" du Sébasto, tout un immense peuple de paumés et de déclassés.

C' était un Paris décadré qui répondait au délire célinien, où la mouise constituait la loi commune, sans escamotage et sans emphase. Il ternissait diablement le mythe de la Ville lumière et se perdait dans ses coulisses où s' affichait l' impitoyable nudité de la condition humaine.

Publié dans littérature

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Le durcissement syndical : effet d' une démission?

Publié le par Jean-Pierre Biondi et capitulations

Quand on voit les foudres patronales et ministérielles se concentrer sur le secrétaire de la CGT, Philippe Martinez, on se sent -je me sens- pris de compassion pour ce syndicaliste quotidiennement traité de voyou, terroriste et casseur. L' insulte " ad hominem" est un vieux procédé. Faute de combattre les idées, on s' en prend aux individus.

Là cependant ne se joue pas l' essentiel. Ce dernier réside dans le durcissement durable d' une base englobant Force Ouvrière, profondément choquée par la façon dont le gouvernement Vals a usé pour réformer le Code du travail. Un tel durcissement, une telle ténacité dans la révolte, révèlent la profondeur d' une crise de société qui, un an avant les élections présidentielles, ne manque pas de retenir l' attention.

Le contentieux, polymorphe, du malaise tient d' abord dans la manière : aucune offre de négociation en amont de la loi, mise à l' écart des élus, socialistes inclus, recours à l' article 49.3 pour esquiver l' échec parlementaire, collection d' erreurs tactiques surprenantes de la part de responsables vivant depuis des décennies avec et dans la politique.

Plus notable encore s' ajoute à la situation le dépérissement régulier de la gauche dite de gouvernement, engendrant un scepticisme auquel les travailleurs désorientés répondent de plus en plus par l' abstention, sinon par le vote Front National.

L' addition des déceptions et reculs face à l' offensive libérale provoque, bien sûr, un raidissement qui favorise l' émergence de la violence. Aucun historien n' est surpris par l' effet de balancier vécu quand le répondant politique ne bouge plus. La résistance syndicale s' aiguise.

Au début du XXème siècle, le mouvement socialiste, malgré ses efforts d' unification (Congrès du Globe,1905), enregistra, avec Millerand et Viviani, des abandons spectaculaires. Le courant syndical prit alors la relève en créant la CGT d' essence révolutionnaire, tranchant net (Charte d' Amiens,1906) avec l' opportunisme politicien.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets : faute de perspectives et d' interlocuteurs crédibles, les luttes se radicalisent inéluctablement, comme dans les années précédant la guerre de 1914. Mais quand, au lendemain du conflit et en dépit d' une scission irréversible (Congrès de Tours,1920), de nouveaux partis se structurèrent, le syndicalisme reprit sa place en appui des intérêts du monde du travail.

Cent ans plus tard, une pièce manque à nouveau du mécano social, face à l' entreprise de financiarisation planétaire en cours. Rien n' empêche alors de se souvenir que la nature a horreur du vide...

Publié dans politique

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Marxisme et islam

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' Histoire est souvent sujette à rebondissements. Il n'est pas inutile de noter ceux-ci si l' on veut comprendre l' Actualité. Ainsi en est-il des rapports entre deux forces importantes du monde où nous vivons, le marxisme et l' islam.

Lors de la Révolution d' octobre 1917, le mouvement social relevait totalement d' organisations européennes, la 2ème Internationale, social-démocrate, et la 3ème,communiste, laquelle ne naitra officiellement qu' en 1919. Les Empires coloniaux triomphaient et les aspirations de nombreux colonisés à l' indépendance ne pouvaient trouver d' oreille que dans les partis d' opposition révolutionnaire des nations colonisatrices.

C' est donc à l' intérieur du socialisme occidental que se sont manifestées les premières revendications d' un tiers-monde dont le souci était de cesser d' être une simple force d' appoint aux luttes ouvrières de l' ouest. Cette problématique a été abordée très tôt par Sayit Sultan Galiev, un Tatar musulman rallié au Parti bolchévik mais désireux d' instaurer en URSS une égalité des ethnies neutralisant la vieille domination tsariste.

Galiev, devenu "Commissaire musulman" rattaché au Commissariat du Peuple aux Nationalités, développe ainsi des conceptions qui tendent à obtenir du Komintern une véritable décentralisation de la Révolution : il pose la "Question d' Orient" devant le monde communiste. Son essai de globalisation est d' abord soutenu par Staline contre les partisans d' une intensification de la lutte des classes dans les sociétés musulmanes. Mais où Staline ne voyait qu' une alliance tactique avec les bourgeoisies féodales locales, Galiev ajoutait un second objectif : l' effacement de la "culture coloniale" russe.

" Le salut de l' Orient est uniquement dans la victoire du prolétariat occidental", lui répond le Congrès de l' Internationale en 1920 à Bakou. Position qui anéantit le projet d' " Etat colonial", sorte de pré-Daesh marxiste, dénoncé par Moscou comme "déviationnisme nationaliste". Exclu du P.C, le Tatar est arrêté en 1923, enfermé au Goulag en 1928, et fusillé en janvier 1940 sans s' être renié.

Mieux : ses thèses ont fait tâche d' huile, d' Inde au Maghreb. La décolonisation politique, les indépendances juridiques, l' arme pétrolière viennent alors modifier la relation à l' Occident. Les cartes sont rebattues au détriment d' un marxisme considéré comme une autre arme de domination blanche. Le glissement est patent vers un islamisme plus radical. L' idée d' "Internationale coloniale" chère à Galiev fait son chemin. L' écroulement de l' URSS accélère l' inversion des rôles. Le "socialisme arabe", dont le jihadisme est partiellement dérivé, ou le neutralisme, de la conférence de Bandoung (1955) au "Groupe afro-asiatique" actuel, consacrent la distanciation entre Marx et Mahomet, dont Galiev, au lendemain de la première guerre mondiale, avait jeté les jalons.

Pour autant une telle situation n' exclut pas à l' avenir des alliances circonstancielles, par exemple contre la mondialisation capitaliste. Mais, cette fois, dans le cadre d' un rapport de forces différent, où le fait religieux est devenu un élément culturel déterminant de la "décolonisation civilisationnelle" évoquée de plus en plus fréquemment.

Publié dans histoire

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Relire

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il est fréquent qu' avec l' âge on se mette à relire. C' est un bon moyen de mesurer l' effet du temps. En se comparant à qui l' on fut, on ne tarde pas à découvrir que "moi" est devenu un autre, que les sensibilités ont bougé, les priorités et les formes d' expression se sont transformées. Livre et lecteur ont mué chacun de leur côté.

Je viens de relire coup sur coup deux oeuvres qui avaient marqué mon adolescence : "La Nausée" de Sartre, et "Education européenne" de Gary. Sartre a eu sur ma vision du monde (la weltanschauung heideggerienne) plus d' influence que Camus, figurant à l' époque son rival philosophique.

L' impureté de l' "existant" me semblait en effet un phénomène plus concret que les commentaires littéraires véhiculés par "L' Homme révolté". Quand la polémique, longtemps contenue entre les deux écrivains, a éclaté dans la revue "Les Temps modernes", j' ai eu vite fait de choisir mon camp. Le vrai était pour moi du côté du contempteur du social-humanisme incarné dans "La Nausée" par le personnage de l' autodidacte.

J' ai gardé une profonde estime pour les maîtres à penser de ma jeunesse, Sartre et Breton. Mais j' avoue que l' existentialisme comme le surréalisme font désormais pour moi, et peut-être ma génération, l' objet d' une relative relégation intellectuelle, qui n' est en aucun cas un reniement mais les pousse sans heurt vers le rayon des beaux souvenirs. Antoine Roquentin (" La Nausée") me parle encore, mais sa pérennité m' interroge. Il s' est rétréci. Bouville, "septième ville de France" quand Sartre y enseignait (il s' agit du Havre), a été rasée le 5 septembre 1944 par les Anglais sans qu' on ait d' ailleurs jamais su pourquoi. 2500 civils y ont laissé la vie. Quant à l' ontologie, elle se réfère autrement à "Sein und Zeit" (Heidegger), l' ouvrage de chevet des Normaliens d' avant-guerre. J' ai incité mon petit-fils à lire "La Nausée". Mais davantage comme du Flaubert qu' un roman philosophique.

Quand Romain Gary, aviateur du groupe "Lorraine", a écrit "Education européenne" en 1943 en Angleterre, nul ne voyait en lui le futur et sulfureux consul de France à Los Angelès, mari de Jean Seberg et auteur d' une supercherie qui lui a valu une seconde fois le prix Goncourt sous le nom d' un neveu imaginaire, Emile Ajar ("La Vie devant soi",1975).

J' ai rouvert "Education européenne" (amas jauni de feuilles qui s' éparpillaient) avec perplexité, échaudé par le manichéïsme de tant d' écrits post-Libération : " Les Communistes" d' Aragon,par exemple, sont aujourd'hui illisibles, de même que les ultimes poèmes d' Eluard, surréaliste historique lui aussi, puis Prix Staline, navrants de conformisme. On ne peut plus lire ça comme ça. Je ne parle pas du fond, mais du simplisme réducteur de sa représentation.

De ce point de vue, Gary est plus net. Ses "héros", pris parmi les partisans polonais luttant dans les forêts, ne sont pas sanctifiés pour l' édification des foules. Leurs contours s' inscrivent dans " un monde cruel et incompréhensible" où la défense du Bien ne met personne à l' abri du Mal. C' est une peinture des hommes tels qu' ils se dévoilent dans la vie en général, et la guerre en particulier. J' étais demeuré là sur l' impression d' un livre baignant dans l' euphorisante perspective d' une victoire. Je n' en avais retenu que ce que je souhaitais alors y trouver.

Publié dans littérature

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Un vol (conte moderne)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Vous vous êtes fait voler votre carte de crédit. Sous le nez, dans une rue vide. L' inconnu était d' une rare dextérité. Un pro. Vous veniez de composer votre code, vous n' avez rien vu venir.
Le temps de réaliser, de reprendre vos esprits, de trouver le numéro où s' adresser pour faire opposition, votre compte était déjà allégé. Tout va très vite, dans ces cas-là.

On est dimanche. Votre agence bancaire ne rouvre que le mardi. Les voleurs savent ça. Votre chargée de clientèle (la trentaine, minijupe,évoque souvent son "compagnon") est près du burn out parce que la banque a opéré récemment de fortes compressions de personnel, consécutives à la numérisation. On envisage même de supprimer une agence sur deux, ou bien de regrouper celles-ci, certains employés devenant itinérants : trois jours de la semaine ici, deux et demi là, et inversement. Les rendez-vous ne sont plus acceptés que durant la matinée.

Quand elle est trop occupée, votre chargée de clientèle débranche son téléphone et, après une attente musicale taxée 34 centimes la minute, une voix lointaine vous confirme que votre message a bien été enregistré. Il sera transmis à sa destinataire dès qu' elle sera "joignable".

La chargée de clientèle ne trouve le temps de vous rappeler qu' au moment de quitter son bureau pour aller prendre à temps le train de banlieue qui va la ramener chez elle. Elle se remanifestera sans faute le lendemain de bonne heure, quand elle aura pu contacter l' Assurance et consulter votre relevé. Bonne nuit, pas de problème.

Vous rappelez le lendemain vers midi, avant la pause-déjeuner. Elle s' excuse, une réunion imprévue... Elle n' a d' ailleurs pas de très bonnes nouvelles : votre carte n' était pas assurée, les frais sont donc à votre charge. Les frais? deux retraits de 600 euros le même jour, le premier effectué à deux pas de chez vous, le second dans un coin réputé pour le nombre de ses caravanes. Fugitivement, vous essayez de revoir votre voleur. Typer serait d' un déshonorant racisme. La chargée de clientèle insiste pour que vous alliez porter plainte au commissariat et réclamiez des " réquisitions judiciaires" qui permettent d' utiliser les enregistrements vidéo facilitant l' identification du délinquant.

Un jeune inspecteur de police sympa vous accueille avec la courtoisie qui sied désormais aux services publics attentifs aux citoyens. Vous narrez votre aventure. Il tape votre déposition presque plus vite que vous n évoquez les faits, puis passe à la description physique de l' agresseur. Un visage basané, des lunettes teintées, ça s' est passé si vite...

- Plutôt un faciès de Roumain ? questionne l' inspecteur.

Vous rougissez vaguement. Regrettez-vous d' être là? La délation vous est insupportable, elle vous rappelle l' Occupation, que vous étiez trop jeune pour vivre, vous ne répondez rien. L' inspecteur fait défiler sur son écran des visages que vous ne souhaitez pas reconnaître:

- Et là?... Et là?...

Non, non, personne, aucun d' eux, malgré les 1200 euros qui n' arrangent pas votre situation en cette période de taxe d' habitation. Il fallait faire plus attention. Allez-vous maintenant excuser votre détrousseur? lui trouver des justifications? Quand même pas...

L' inspecteur en rajoute :

- C' est vrai, c' est délicat. Faut être sûr à 200% pour 100.

Cependant, le quatrième portrait à droite... Le même "faciès", le même air faux cul... L' inspecteur ne se formalise pas. Il vous fait lire et signer votre déposition, la tamponne, et vous remet un double. Finalement, porter plainte est psychologiquement satisfaisant. On éprouve du soulagement. La chargée de clientèle vous a précisé que vous alliez recevoir la nouvelle carte à domicile sous six jours, et que vous garderiez votre code secret. Le dossier est clos.

Publié dans société

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LA CASSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les "casseurs" sont de nouveaux acteurs du mouvement social. " Nouveaux" est d' ailleurs vite dit, car il y a des années qu' ils accompagnent chaque manifestation de masse pour y opérer, en marge des rituels défilés des syndicats homologués.

Cet an-ci, surfant sur l' impopularité du Pouvoir, ils sont passés à la vitesse supérieure : une sorte d' action insurrectionnelle, et un harcèlement épuisant pour la police requise en même temps par l' état d' urgence et la lutte antiterroriste. Affaiblissement politique, crise économique, difficultés sociales, tension internationale engageant l' Armée outre mer, tout semble réuni pour favoriser une ambiance pré-révolutionnaire.

Qui sont ces "casseurs"? sans doute pas des voyous au sens où la classe politique emploie le mot. L' insulte ne suffit pas à analyser le phénomène, et abuse, une fois de plus, l' opinion. A part quelques petits délinquants aux aguets et une poignée d' ados chahuteurs et sans projet, ce sont pour une bonne part de jeunes militants internationaux dotés d' une forte culture historico-idéologique (certains sont doctorants) d' essence marxiste ou libertaire, avec des relents de nihilisme russe et d' anarchisme espagnol,  témoignant du malaise engendré par le système capitaliste. Le discours, s' il n' est pas fondamentalement neuf, redevient d' actualité : rien à attendre pour les classes populaires des démocraties parlementaires et de leurs palabres sans effet. Rien à espérer d' une forme de représentation truquée à la base par les arrangements électoraux et les fausses divergences de Partis d' accord, sans l' avouer, pour se partager les richesses issues du Travail.

Ils sont Français, Allemands, Anglais, Néerlandais ou Grecs, courant de Rencontres internationales en Forums économiques et en lieux de contestation écologique pour annoncer que la démocratie couvre en réalité une domination de classe, et affronter la police, instrument de l' Ordre financier.

Déterminés, adaptés aux pratiques de la guerrilla urbaine, très mobiles et bénéficiant de performantes technologies de communication, ils perturbent un dispositif répressif encore marqué par la mort de l' étudiant Malick Oussékine en 1986, et plus accoutumé aux processions syndicales de pères de famille où chacun décompte à sa guise le nombre de participants et, après avoir replié ses drapeaux et s' être félicité de la réussite de la manif', se disperse, laissant le soin au Premier ministre de vanter le bonheur de la liberté d' expression.

Les casseurs voient les choses autrement. La révolution sociale avant la démocratie libérale et le Droit formel.. L' ultragauche n' oublie guère, depuis l' écrasement du mouvement spartakiste (il y a près d' un siècle à Berlin) que les sociaux-démocrates au pouvoir peuvent être les meilleurs alliés de la bourgeoisie pour mater une rébellion populaire. Elle ne fera donc aucun cadeau à Hollande, quitte à se retrouver l' alliée objective des jihadistes qui sont d' ailleurs ses ennemis. Elle a retenu que les bolchéviks ont su en 1917 profiter de ce genre de confusion pour s' emparer du Palais d' Hiver à Saint-Petersbourg (le stalinisme et ses millions de victimes posant "en aval" un problème qui ne gomme pas l' exploitation par l' argent...)

L' activité ciblée des casseurs est donc un élément avec lequel la 5ème République doit de plus en plus compter parce qu' il dérange un ordonnancement jusqu' ici soigneusement établi. Ajoutée aux gesticulations du Front National et au permanent danger terroriste, l' ardeur de cette "minorité agissante" renforce le sentiment que le pays glisse vers une guerre civile larvée où l' approche d' élections présidentielles peut avoir pour effet d' exciter un peu plus les passions.

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Publié dans politique

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Parait que ça va mieux mais pas trop bien

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le président Hollande est optimiste. C' est son rôle, si c' est crédible. Est-ce crédible? Avec 1,5% de croissance on n' inverse pas la courbe du chômage, on ne rétablit pas un pouvoir d' achat, on ne peut réduire sérieusement impôts et déficits, on ne freine pas la fuite des cerveaux. Ce sont pourtant là des points à partir desquels se fonde une opinion publique. Conclusion : le "mieux" proclamé ne prouve qu' une chose, que Hollande ne parvient pas à décoller des 13% de satisfaits de son action.

Comment, dans ces conditions, espérer être réélu en 2017? Peu sans doute de ses électeurs se sont-ils imaginé en 2012 avoir déniché un thaumaturge. J' ai failli toutefois voter pour lui afin de ne plus voir ni entendre les grimaçantes rodomontades du prédécesseur. Mais j' ai eu aussitôt le plus grand mal à discerner une "ligne" dans les molles allées et venues, les gaffes de débutant, les bourdes d' amateur, les choix illisibles, les calculs affligeants de ce politicien gros de 40 ans de vie publique.

Aussi n' hésité-je pas à songer que le P.S ne fera pas l' économie de "primaires internes", que le sortant soit ou non candidat, et que celui-ci les perdra s' il ne veut pas s' épargner une gifle de la part de ses propres compagnons. Alors qui, et quoi ? Les postulants sont légions, figures déjà marquées par les compromis ou les échecs, usées par les années passées sous les ors noircis de la République. Aucun, parmi eux, de "récupérable".

Pourtant, le camp progressiste, terme préférable au fourre-tout et tous que signifie "la gauche", est encore lourd d' un vrai potentiel. A un tel paradoxe nous a conduits le Parti de Mitterrand et de ses dauphins. Il faut le dire pour n' avoir plus à y chercher quelque référence : l' économie sociale de marché, c' est de l' économie de marché, c' est de la mondialisation capitaliste, c' est du libre échange en trompe l' oeil et de la concurrence truquée, un boulevard pour la spéculation. C' est, par essence, un virus introduit dans le mécanisme du Travail. Pèlerinage à Notre Dame de la Précarité garanti.

Avoir à rappeler ces lieux communs est édifiant, s' agissant du niveau où se situe une "gauche de gouvernement" ressassant que "ça va mieux".

Je devine la question :

- Alors vous préférez voir revenir la Droite ?

- Je préfère la clarté. Au moins elle ne désespère pas tous les Billancourt de la terre.

La génération qui nous gouverne ne semble même plus percevoir le mouvement qui agite les profondeurs du pays, saisir que les "Nuit debout" qui fleurissent un peu partout ne sont que des épiphénomènes. Qu' un immense dégoût s' élève contre un système, des institutions, des moeurs, bref une forme de République paralysée par la corruption morale (et souvent matérielle).

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Le crachat

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Alain Finkielkraut, mains tremblantes, le débit si rapide que les mots semblaient se bousculer sur ses lèvres frémissantes, s' est expliqué sur "France 5" à propos de sa visite à "Nuit debout".

Il a d' abord omis d' avouer que son apparition en ce lieu était pure provocation. Quel accueil réserverait-on au secrétaire général de la C.G.T s' il lui prenait l' envie de se rendre au Forum économique de Davos ? On ne peut, en effet, insulter la jeunesse de banlieue, notamment musulmane, durant des années sur "France Culture", et s' attendre à recevoir en échange une ovation enthousiaste. Finkielkraut est un vrai pro de l' autopublicité de choc qui stimule les ventes.

Cette fois encore, il s' en est bien tiré : les jeunes en question ne sont pas méchants. Même pas un coup de pied au cul ! Ceux-la ne sont adeptes ni de la violence des coups qui a valu à l' un d' entre eux la perte d' un oeil, ni de celle des mots, dont Finkielkraut use derrière le bouclier des micros.

Sa "défense" sur "France 5 " était misérable. Comme à l' habitude, il a dénoncé. Frédéric Lordon, et plusieurs autres. Des fois que la police les oublierait... L' insulte à la Sarko ("pauvre conne!") et du boulot d' indic, bravo M. l' Académicien !

Un problème se pose tout de même avec ces intellos non précaires que , quant à moi, je ne citerai pas, mais dont le rôle est plus que suspect sous le couvert de la laïcité et de la démocratie. Voilà des gens qui ont choisi de ne rien voir. De ne pas voir que la société française est entrée dans une phase réellement pré-révolutionnaire, que les "places de la République" se multiplient jusque dans des bourgades de quelque milliers d' âmes , comme d' ailleurs les voix du F.N. Que le malaise populaire agite des profondeurs ignorées des palais officiels que hante Finkielkraut.
Les positions proclamées l' autre soir par ce philosophe de Cour dépassaient ce qu' on connait généralement de plus réactionnaire. Il parait, a-t-il précisé, qu' en lui crachant à la gueule on a attenté à "l' unanimisme du 11 janvier 2015 ". Je ne sais pas. Mais son Charlie n' est décidément pas le mien. Le mien dénonçait, puisque le mot est au goût du jour, des bidonvilles, des "ratonades" et la guerre d' Algérie.

Tais-toi un peu, Finkielkraut, et essuie-toi une bonne fois la joue.

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TAFTA, no !

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Débattu depuis juillet 2013 de Bruxelles à Miami, TAFTA, le " Trans Atlantic Free Trade Agreement" (nommé également "Transatlantic Trade and Investment Partnership" ou " Partenariat transatlantique de commerce et d' investissement" par les francophones) est un projet d' accord économique et culturel entre les U.S.A et l' U.E.

Les négociations sont conduites par un groupe de fonctionnaires et techniciens dont ni les noms ni les travaux ne doivent être divulgués. Mentionnons seulement , pour les Français, quelques personnalités relevant directement de la Commission de Bruxelles : Jean-Marc Trarieux, spécialiste agricole, Martin Merlin, expert financier, ou Denis Redonnet, expert en commerce international.

Cette étape, a priori purement technique, n' a cependant pas échappé à la révélation d' un espionnage permanent des représentants européens par la N.S.A (National Security Agency) sans d' ailleurs émouvoir outre mesure le Parlement de Strasbourg où grouillent les lobbies atlantistes.

Des dizaines de groupements et associations ont pourtant annoncé dès l' origine un marché de dupe. En novembre 2013 déjà "Le Monde diplomatique" dénonçait "un typhon menaçant l' Europe". La situation ne s' est guère améliorée puisque tour à tour la chancelière Merkel et le président Hollande ont récemment fait savoir que ce pacte obscur était, en l' état, "inacceptable". L' accord prévoirait en effet un alignement complet sur les normes de libre échange établies par des Multinationales. La délégation américaine compte plus de 600 consultants, à l' image des lobbies qui ont exigé la liberté d' accès à tous les documents faisant l' objet de pourparlers.

Selon en effet leur point de vue, "l' harmonisation du commerce" vise surtout une dérégulation maximale des marchés favorables aux intérêts américains et le démantèlement des systèmes de protection sociale européens, confiés alors à de mystérieux "chargés d' affaires". Profitant d' un rapport de force inégal, Washington s' efforce ainsi d' entrainer l' Europe vers son modèle. Sa victoire signifierait clairement la disparition de l' agriculture et de l' artisanat français ainsi que celle d'un "exception culturelle" qui a permis jusqu' ici de ne pas tomber sous la coupe des industries d' outre-atlantique. L' enjeu n' est pas mince, même s' il ne fait guère l' objet, dans certains milieux européens, d' une particulière attention.

Sortir de TAFTA les mesures relatives aux brevets, aux droits d' auteur, à la protection des données, garantir la liberté d' accès au net et aux médicaments, sont des impératifs moraux. Alors pourquoi ce secret autour de délibérations qui engagent les conditions de vie et les droits de tant d' hommes? L' avidité du Capital financier, l' éviction des Parlements élus du débat, outrepassent le champ initialement convenu des simples relations commerciales. L' utilité de la réactualisation des modalités de certains échanges ne saurait déraper sur des choix politiques excluant le respect prioritaire des intérêts du citoyen, en l' occurrence fort dédaigné.

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Où est passé Lucien Bodard?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les écrivains-grands reporters ont occupé une place de choix dans la presse écrite des années 20 et 30 du siècle précédent : Albert Londres, Blaise Cendrars, Joseph Kessel, Romain Gary, pour n' en citer que quelques-uns, ont glané un lectorat avide des récits de leurs voyages et pérégrinations à travers le monde, faisant rêver bien des têtes et renforçant le succès d' aventuriers de la plume comme Henry de Monfreid ou Edouard Peisson.

Lucien Bodard, fils d' un consul de France en Chine, a poursuivi, après la seconde guerre mondiale, cette tradition en Extrème Asie. Correspondant de "France soir" à Saïgon durant la guerre d' Indochine, il a quotidiennement tenu en haleine un large public avec des "papiers" où il mêlait à l' actualité des portraits dignes des meilleurs moralistes du XVIIème siècle. De Lattre, Salan, Bigeard, Massu, de Castries, Bao Daï, Sainteny, entre autres, se sont ainsi trouvés intégrés à une épopée exotique dont le Corps expéditionnaire et l' insaisissable Vietminh étaient les héroïques protagonistes. Chronique inégalée d' une guerre de décolonisation sur fond de lutte contre le communisme en expansion.

C' est là qu' est véritablement née la plume de Bodard qui, de retour en France en 1955, s' est totalement consacré à l' écriture avec les 5 tomes de " La Guerre d' Indochine", puis des romans qui lui ont successivement valu le prix Interallié en 1973 avec " Monsieur le Consul " et le prix Goncourt en 1981 avec " Anne-Marie". Bodard était alors devenu une figure marquante de Saint-Germain des Prés, harcelé par les médias et le cinéma. Agnès Varda le fait tourner dans " Les Créatures" et Jean-Jacques Annaud lui confie le rôle du cardinal Du Pouget dans " Le Nom de la rose ", tiré du chef d' oeuvre d' Umberto Ecco.

Ingratitude des temps et des modes : qui aujourd'hui, parmi les moins de 65 ans, lit Lucien Bodard ? L' Indochine est une destination touristique prisée, du nom de Vietnam. L' oncle Ho, le général Giap, Mao, lui-même, relèvent d' épopées laissées aux chercheurs. La place exacte de Bodard, entre le journaliste et l' historien, l' acteur et le témoin, semble de plus en plus difficile à dégager. Ses livres, qui relèvent souvent de la confession familiale, n' ont ni la dimension politique de Malraux dans " La Condition humaine" ni la sobre efficacité de Marguerite Duras dans " Barrage contre le Pacifique".

Il n' en demeure pas moins une injustice. La seule description de la Cour du maréchal de Lattre à Saîgon est un grand moment de littérature. L' oubli dans lequel s' enfonce l' oeuvre de Bodard, quand celle de Kessel atteint un firmament, revêt pour ceux qui ont vécu l' époque trouble d' une fin d' Empire colonial, quelque chose d' immérité.
Perdreaux de l' année, lisez Bodard...

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