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Qui va croire qu' au Mali tout est règlé?

Publié le par memoire-et-societe

Il fallait être bien naïf pour croire nos gouvernants quand ils affirmaient, il n'y a pas si longtemps, que l' opération Serval avait permis de chasser les jihadistes du Mali et annonçaient une réduction du contingent de 4.500 hommes, seule force occidentale sur le terrain. En vérité, la France reste clouée sur place, ni les Européens, présents en Afghanistan, ni les Africains, sauf les Tchadiens et la faible armée locale, ne coopérant au maintien du pouvoir légal.

Cameron, eurosceptique et conservateur, n' entend s' engager que dans un cadre atlantique, donc avec l' aval des Etats-Unis, comme en Libye, ou quand sont en cause les intérêts du Commonwealth. L' Allemagne, elle, répugne à toute participation militaire, surtout dans une affaire qui ne lui semble pas dénuée de relent néo-colonial. Le Mali relève du fameux "pré carré" : que Paris se débrouille, l' Europe n' est pas dans le coup! Quant aux Etats africains voisins, aucun n' est très chaud pour venir guerroyer aux côtés de l' ancien colonisateur contre des musulmans continentaux.

Nul besoin par ailleurs d' avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que l' adversaire, inférieur en moyens aériens ( déterminants en zone désertique) a opté pour un harcèlement permanent combinant coups de main éclair, guerrilla urbaine, attentats de kamikazes et enlèvements d' otages, en fonction de la présence ou de l' éloignement des forces étrangères. La nature de la seconde opération militaire française dans le nord Mali, intitulée "Hydre", montre qui, ici, est le chat, et qui la souris.

Les islamistes ont en effet pour eux, d' une part un territoire immense et familier doté de caches naturelles (grottes, massifs montagneux) et bordé de frontières plus théoriques que réelles, où les populations sont leurs complices à travers de séculaires réseaux de solidarité ou d' indémêlables alliances familiales, tribales et ethniques, d' autre part une réserve locale de supplétifs, paisibles villageois le jour et terroristes la nuit, qui permettent à tous de se sentir, selon la formule éprouvée, " comme des poissons dans l'eau ". De plus, l' argent tiré du narco-trafic contribue à secourir matériellement les plus déshérités, ce qui accroit l' influence et le prestige des combattants de la " guerre sainte ". Proximité, popularité, deux atouts contre lesquels blindés et hélicoptères d' assaut ne peuvent pas grand chose.

Telle est la sévérité des faits. Le reste relève de la méthode Coué. Mais cette guerre est - elle seulement française, et ne se bat-on dans la région que pour Areva? L' enjeu n' est- il pas, au-delà de Kidal et de Gao, la zone névralgique, totalement islamisée, qui, à cheval sur le Sahel, s' étend du Maghreb à l' Afrique centrale? L' isolement diplomatico-militaire de Paris, que nous évoquions clairement dès janvier dernier (article " Mali attention! " du 24.01 ) ne peut durer éternellement pour d' évidentes raisons budgétaires, et parce que l' opinion, même si l' on parvient à éviter la casse, sollicitée par des questions sociales majeures, risque de se lasser, peu avant plusieurs consultations électorales, de cette charge supplémentaire.

Comme Washington ne souhaite pas renouveler ses malheureuses expériences irakienne et afghane, le retrait occidental ouvrira, il ne faut pas le cacher, la voie aux salafistes, de Dakar à Djibouti.

Publié dans actualité

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Le double propos de Jack London

Publié le par memoire-et-societe

Je lis Jack London depuis l' enfance. D' abord "Croc blanc" et "Michaël, chien de cirque ", dans la "Bibliothèque verte", collection Hachette pour la jeunesse. Mes premières lectures, avec "Sans famille" d' Hector Malot, et "Le Dernier des Mohicans" de Fenimore Cooper. Les Allemands ont tout pris quand ils ont occupé notre maison, et qu' avec mes parents nous nous cachions dans Paris. Jack London reste donc pour moi une sorte de résistant-déporté, ce qui lui sied parfaitement.

L' aurais-je autrement ainsi apprécié? A coup sûr. J' avais déjà avant ce vol relu "Croc blanc", histoire d' un chien-loup (animal hybride et symbolique qu' affectionne l' auteur) qui, de maître en maître, raconte une expérience des hommes derrière laquelle transparait, alors à mon insu, celle de London lui- même.

L'écrivain californien a initié la tradition des conteurs ivrognes, bagarreurs et bourlingueurs un peu mythomanes, qu' ont ensuite entretenue Cendrars et Cravan, Hemingway, Kérouac ou Kessel. Les amis des "Editions Libertalia" viennent de republier, après "Un steak" et "Grève générale!", une autre nouvelle "Construire un feu". Fidèle hommage à un homme qu' identifiaient son généreux appétit de vie et de mouvement, son insatiable curiosité des autres, une sensibilité d' écolo visionnaire et une exigence de liberté universelle, réunis en une existence somme toute assez courte (50 ans).

Confronté aux multiples galères qu' imagine ce monde, London n' a cessé de rebondir en changeant perpétuellement de lieu et de condition : ouvrier dès 14 ans, puis naturellement au chômage, pilleur d' huitres en Californie, chasseur de phoques dans le détroit de Behring, routard, agitateur, étudiant sans le sou, marin, chercheur d'or au Klondike, reporter tous azimuts,et grand lecteur d' Hugo, Marx, Nietzche, Eugène Süe, Spencer.

Son choix du socialisme découle de cette connaissance des réalités humaines. Mort en 1916, à un an près il aurait sans doute rallié avec enthousiasme la Révolution d' octobre dont le stalinisme, forcément, n' aurait pas tardé à l' éloigner. Son engagement n' était pas une attitude d' intellectuel : London était un révolutionnaire de terrain, ayant affronté la souffrance prolétarienne et les injustices de classe.
Quand il a jugé le "Socialist Labor Party" inféodé au réformisme, il l' a quitté : la lente et palpitante disparition que narre "Construire un feu" ( dans sa version de 1906) est une parabole. Elle porte en elle non seulement le récit, avec une précision chirurgicale, d' une impitoyable agonie, mais encore la dénonciation implicite de la lutte solitaire, et l' incitation à la solidarité des faibles contre la Domination (représentée ici par les Eléments). Dans sa prose lisse et efficace, London écrit à un double niveau : celui de l' éblouissement du vivant, et celui d' une quête intransigeante de la plus fraternelle liberté.

Publié dans littérature

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Pourquoi l' Allemagne

Publié le par memoire-et-societe

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Dans quelques mois sera célébré le centenaire de la première Guerre mondiale, sinistre boucherie où la France a laissé toute une génération et une substance qui, 20 ans plus tard, lui a fait dramatiquement défaut.

Son bourreau? une Allemagne vaincue qui refusait la défaite, et que l' humiliation a conduite vers une dictature raciste que l' Histoire a condamnée. L' Allemagne a très durement payé sa seconde défaite, et, en 1945, les deux adversaires, ivres de deuils et de ruines, se retrouvaient groggy. Pour ces composantes majeures du continent, l' heure du nationalisme aveugle était révolue. De chaque côté du Rhin germait au contraire la conviction d' une complémentarité. Quelque temps après, le Traité de Rome (1957) scellait la réconciliation et un solide partenariat.

Il n' y avait d' ailleurs pas trop le choix. La France était, est encore, le voisin terrestre le plus important d' une Allemagne qui a besoin d' ouverture sur les aires atlantique et méditerranéenne. Le sens de l' organisation et le souci du collectif de cette dernière, associés à la créativité et à la faculté d' improvisation de la première, constituaient la meilleure chance de réussite pour l' Europe de l' ouest confrontée à un monde en pleine mutation. Après 75 années d' âpres combats faits de fascination-répulsion réciproque, après les tranchées et les camps, chacun réalisait qu' il ne pouvait trouver d' allié plus conséquent.

Cette histoire commune est en effet une étrange addition de contrastes et de convergences. A une France centralisée depuis Clovis (Vèmè siècle) correspond une Allemagne devenue Etat-nation de type fédéral en 1871 (dans la galerie des Glaces du château de Versailles). L' influence française était forte outre-rhin depuis la révocation de l' édit de Nantes (1685). 40.000 huguenots, venus de La Rochelle et surtout de Metz, s' étaient alors réfugiés dans les terres luthériennes. 15.000 avaient contribué à "refonder" Berlin, médiocre bourgade de 6.000 âmes, dont ils ont résolument stimulé l' activité économique et développé les établissements d' enseignement. En 1700, 20% de la population était française. A la Cour prussienne de Frédéric-Guillaume, puis de celle de Frédéric II, où Voltaire a séjourné trois ans, s' était constituée une aristocratique colonie de langue et de culture françaises dont la descendance est représentée, aujourd' hui encore, par le ministre de la Défense de la République Fédérale, Thomas de Maizière.

Beaucoup d' intellectuels allemands, dont Kant, se sont passionnés pour la Révolution de 1789. Par la suite, malgré les guerres napoléoniennes, les échanges artistiques n' ont jamais cessé , les Allemands (et les Autrichiens) se distinguant en musique (romantisme), les Français en peinture (impressionnisme). Le marxisme a pénétré le mouvement révolutionnaire, l' existentialisme et la psychanalyse les milieux universitaires. Au plus fort de la guerre de 1914, les avant-gardes, politique ( socialistes et pacifistes) et artistique (dadaïstes), ont maintenu des contacts en Suisse. Durant la décennie des années 1920-1930, Paris et Berlin ont été les foyers et les laboratoires d' une vraie renaissance culturelle : Expressionnisme, Bauhaus d' un côté, Art déco, Surréalisme d' un autre, Gropius, Klee, Heidegger par ici, Matisse, Breton, René Clair par là, mettant en relief la porosité qu' une exposition intitulée "Paris-Berlin" (1900-1933), au Centre Pompidou, a consacrée en 1978. Nombre de peintre allemands (Ernst,Hartung, Wols, Bellmer) se sont installés à Paris dès l' arrivée au pouvoir des Nazis qui les qualifiaient de "dégénérés".

Depuis lors, l' évidence n' a pas diminué: quelle meilleure voie qu'une progressive intégration franco-allemande, une harmonisation concertée des politiques publiques (fiscale, bancaire, sociale, linguistique, pédagogique, militaire, scientifique, industrielle, etc.)? que davantage d' initiatives conjointes telles la chaîne de télévision Arte ou l' Office Franco-Allemand pour la Jeunesse? Déjà, les jeunes Français ont banni le mot "boche" de leur vocabulaire. La proximité continue des présidents et des chanceliers depuis de Gaulle-Adenauer est une référence qu'ont symbolisée et concrétisée à la fois Kohl et Mitterrand à Verdun, Hollande et Joachim Gauck à Oradour. Les opinions semblent ainsi mûres pour pousser plus loin cette construction, car elles constatent qu' en ce moment même, dans la jungle de la mondialisation, se joue l' avenir européen.

Pourquoi l' Allemagne? Parce c' est dans la logique géographique, historique et culturelle, et dans la perspective d' une paix durable entre deux peuples contigus qui se sont faits trop de mal au profit des trusts et des marchands de canons.

Publié dans histoire

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P.S : vers une débandade

Publié le par memoire-et-societe

Loin de raffermir son unité, l' exercice du pouvoir ne cesse d' élargir les lézardes qui minent le Parti socialiste. Je persiste à dire qu' outre des clivages originels mal résorbés, ses difficultés proviennent du fait qu' en 2012, cette organisation n' était pas préparée à la succession. Promesses approximatives, alliances hâtives, expérience de la vie internationale insuffisante, évaluations erronées de la réalité budgétaire, tout indique que, les dossiers n' ayant pas été assez bûchés, l' improvisation puis les reculades et les contradictions allaient vite s' imposer

La base du P.S comprend assurément nombre de militants respectables, sincères et dévoués. Au sommet, de Hollande à Marisol Touraine, d' Ayrault à Peillon, la conviction républicaine ne saurait être mise en doute. Mais, à côté, combien d' intrigants et de combinards!

Ce Parti, qui n' a pas encore actualisé la doctrine et n' ose s' y atteler vraiment, est dès lors renvoyé à des problèmes étroitement électoraux ou de survie clanique. Ne nous arrêtons pas aux questions de personne, qui font tout de même des dégâts, de Mellik, le champion automobile sponsorisé par Tapie, à Besson, Strauss-Kahn, Cahuzac, Guérini, et d' autres de moindre renommée. En revanche, il serait instructif d' en savoir plus sur la stratégie diplomatique de Fabius, tonitruant sur la Syrie et quasiment inaudible concernant les affaires d' espionnage américain. Ou la tactique de Moscovici alignant des chiffres régulièrement corrigés par Matignon, Bruxelles ou l' OCDE. D' ailleurs, comment un ministre des Finances a-t-il osé s' attaquer à l' épargne populaire au moment précis où était connue la réduction ahurissante des impôts qui auraient dû être prélevés sur le pactole que le contribuable a servi à Tapie, encore lui ? Ou encore sur le calendrier de Vals, débordé à gauche par Taubira, ex indépendantiste guyanaise passée au parti radical ( de gauche...). Ou sur le rôle du fantomatique ministre de l' Agriculture Le Foll, qui n' a rien vu venir du malaise breton. Ou sur les calculs de Samya Ghali, sénatrice socialiste, qui fait siffler son chef, et de Harlem Désir, qui le contredit. Tous ces gens n' inspirent aucune confiance, contribuent à discréditer le système parlementaire et à ouvrir la route au Front National qui se délecte de la situation.

Les trempes que la "génération Mitterrand" risque de ramasser aux prochaines consultations, concrétiseront le début de la déroute que freine encore la distribution des places. Le P.S choisira-t-il alors de demeurer une machine essentiellement électorale, penchant, selon les circonstances, vers un Centre flottant ou les vestiges d' une Gauche protestataire et sans projet crédible, ou bien fera-t-il le ménage qui s' impose dans ses idées et dans ses rangs pour renouer avec des priorités populaires dont son attitude laisse penser qu' il les a plutôt négligées ? Déboboïser et moraliser, c' est peut-être beaucoup demander... Sans un sérieux bilan d' étape, la débandade va donc s' accélérer.

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Du droit d' espionner les amis

Publié le par memoire-et-societe

Je pense depuis longtemps que les Etats-Unis d' Amérique ne sont pas effectivement une démocratie. Construite sur un génocide et un esclavage indissociables de son accès à l'' indépendance, cette société est aujourd'hui une sorte de théocratie implicite ( "in God we trust", affirme le dollar) qui se prend pour la référence admirée d' un monde forcément envieux. Les faits démentent cette prétention. On brûle chaque jour, ici ou là, des drapeaux américains.

Il y a peu de temps, la droite ultraconservatrice du Congrès a failli mettre l' Etat fédéral en cessation de paiement (shut down). Trente deux représentants du "Tea party" menaçaient, en refusant le vote du budget, de faire basculer le pouvoir et de perturber toutes les Economies nationales pour empêcher l' application d' une loi sur l' assurance-maladie obligatoire ( "Obamacare") qui concerne 40 millions d' Américains sans couverture médicale. Le colosse a des pieds d' argile.

Par le biais de cette histoire, qui n' est d' ailleurs pas définitivement enterrée, remonte à la surface un problème récurrent : le maintien du statut privilégié du dollar datant des accords de Bretton Woods en 1944, quand on sait que le billet vert a plongé de 98% depuis le début des années 70. Détail qui n' a apparemment jamais inquiété les autorités d' outre-atlantique. "Le dollar est notre devise et votre problème", résumait en 1971 le Secrétaire au Trésor, John Connolly. Autrement dit, aux autres de garantir nos déficits.

Les choses cependant ne s' arrêtent pas à cette aimable arnaque, évaluée par nos ex libérateurs comme une juste rétribution de leurs efforts pour nous épargner la dictature : hitlérienne certes, mais aussi communiste. Sinon l' Armée rouge arrivait à Brest, estiment-ils volontiers.

Aujourd'hui il ne s' agit plus de leur conception singulière du libre échange (" tu baisses tes droits de douane et je protège les miens" ), ou de la totale osmose entre Entreprises US et Etat US dans le cadre de la mondialisation... Il s'agit de ce qu'on peut appeler, sans antiaméricanisme excessif, une agression immatérielle généralisée, dénoncée par l' ancien président Jimmy Carter, même si les protestations qu' elle provoque font, parait-il, plier de rire la presse de ,New York et de Washington, la seule du pays qui s'intéresse un peu à pareille anecdote : un ancien informaticien de la " National Security Agency ", Edward Snowden, a décidé de balancer, preuves à l' appui, l' existence d' un réseau de cyberespionnage anglo-saxon par câbles sous-marins . Lequel regroupe par hasard les "five eyes"- USA, Angleterre bien sûr, Canada, Australie et Nouvelle Zélande, membres du Commonwealth - et comporte plusieurs programmes de captage : PRISM, XKeyscore, Tempora. Son action, qui couvre la planète, concerne, autant que les menées terroristes, toute information publique et privée .

Vague réaction de la Maison Blanche : " Tout le monde espionne tout le monde, on ne va pas se fâcher pour ça ". Autrement dit : l' espionnage est notre coutume et votre problème.

Cinquante cinq pour cent des compatriotes de l' informaticien en question le considèrent, selon une formule délicieuse, comme un " lanceur d' alerte". Les autres, simplement comme un "traitre". Snowden, s' il rentre, risque sa peau. Cohn-Bendit suggère de lui attribuer le Prix Sakharov, du nom du célèbre dissident soviétique. Pour Mélanchon, c' est un "héros" à qui la France devrait offrir refuge. Mais Poutine le couve. La chancelière Merkel n' a guère goûté que Grandes Oreilles consacre du temps à écouter ses conversations perso, et Fabius a, fort discrètement, confirmé à John Kerry qu' Hollande n' était pas content. Nétanyahou se tait (et pour cause).

Dans tout ça, la novation est la divulgation, pour une fois, d' écoutes classées "top secret". Il y a belle lurette que les "Services" savaient. Mais à ce point là ... Quant à l' auteur de ces lignes, il se plait à songer que, quelque part dans le Maryland, ce qu' il est en train d' écrire sera stocké, avec des milliards de messages de toutes sortes, dans les armoires électroniques géantes de Big Brother. Salut, old chap !

Ainsi va l' Hyperpuissance, de dieu au renseignement et au racisme anti-Obama ... Alors, farce entre amis ou liberté surveillée?

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L'altermondialisme est-il une réponse?

Publié le par memoire-et-societe

L' altermondialisme peut être défini comme mouvement sans frontières de lutte contre l' économie néo-libérale dominante. Pour l' essentiel, il constitue un front d' opposition à la mondialisation du marché, source d' inégalités et de différends entre les nations, entre les classes, entre les personnes.

Ses sévères critiques du Système, qui servent de dénominateur commun à ses multiples composantes, visent en priorité les Etats du G8 et les grands Organismes internationaux (OMC,OCDE, FMI, Banque Mondiale, BCE ), tous accusés d' envisager l' activité humaine sous le seul angle de la marchandisation, " D' autres mondes sont possibles ", affirme-t-il.

L' OMC est dénoncée comme assujettie aux industries du Nord, défavorable à l' agriculture du Sud, et finalement indifférente au fossé social et environnemental que creusent ses décisions. Quant au FMI, sont mis en cause ses choix guidés par un prélable idéologique social-libéral plus que par le souci d' un Développement concerté. Ils témoignent, selon les altermondialistes, d' une soumission aux milieux financiers qu' accentue le fonctionnement interne du Fonds où l' influence de chacun est proportionnelle à ses capacités de contribution. Les Multinationales,elles, en majorité américaines et militantes du libre-échange, sont ciblées en raison de leur stratégie de délocalisations et de manipulations fiscales, et de leurs responsabilités en matière de pollution.

L' altermondialisme en réalité ne représente pas un parti mais une mouvance qui rapproche, sans relation hiérarchique, des opinions et des sensibilités diverses, structurées ou non, s' efforçant de dégager des synergies dans ses "Forums sociaux" ( Seattle, Gènes, Porto Alegre, Bombay, Copenhague, Atlanta ). N' y prévaut aucune Doctrine, même si l' on y trouve des groupes identifiés : marxistes, tiers-mondistes, ex situationnistes, écologistes, souverainistes, libertaires, à l' image des innombrables adversaires du libéralisme économique.

En dépit de cette diversité, l' accord sur des points cruciaux esquisse une alternative envisageable à l' actuelle gestion du monde. Ainsi, le concept de développement durable permet-il de poser la question de l' exploitation incontrôlée des ressources qui s' épuisent, d' où l' idée de " décroissance soutenable ". La notion de souveraineté entraine, de son côté, celle de "sécurité alimentaire " que les projets de commerce équitable et d' allègement de la dette contribuent à conforter. Enfin, les Droits humains, bafoués sous toutes les formes et tous les horizons, réclament un Parlement mondial élu, pouvant légiférer entre autres sur la prévention et le règlement des conflits, la suppression des paradis fiscaux, la neutralisation des lobbies, la taxation des transferts de capitaux, l' interdiction de privatiser certains besoins vitaux, comme l' eau, ou d' imposer au genre humain le fichage informatique.

C' est là sans doute la base d' une résistance organisée aux maux causés par la dérégulation marchande. Les altermondialistes se considèrent déjà à l' origine d' avancées telles que la réduction de la dette des PMA, l' abandon de certains plans drastiques du FMI, et l' accès des pays pauvres aux médicaments.

Une réponse immédiate et absolue à "toute la misère du monde" produite par les déséquilibres économiques n' existe pas. L' altermondialisme, qui a su s' épargner l' avènement d' un Chef providentiel, semble offrir une chance de progrès. Derrière son cosmopolitisme, au-delà de ses discours parfois, ou encore, utopiques, il campe dans le paysage, un contre-pouvoir prenant en compte la souffrance de la partie la plus déshéritée de l' humanité.

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Les lignes ont l' air de bouger (Moyen Orient)

Publié le par memoire-et-societe

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Une série de faits autorisent un début d' optimisme au bénéfice d' une diminution de la tension régnant au Moyen Orient depuis des décennies.

La désescalade politique de la crise syrienne à l' issue de négociations américano-russes positives sur le déstockage des armes chimiques détenues par Damas, l' accès au pouvoir d' un président de le République plus enclin au dialogue en Iran, le désaveu de la menace terroriste salafiste, autorisent la diplomatie à se faire désormais mieux entendre.

De l' affaire syrienne, Poutine sort sans conteste le principal vainqueur. Assad demeure, et Moscou sauve sa fenêtre sur la Méditerranée. Obama s' est-il battu ? on retire l' impression qu' à trois ans du terme de son dernier mandat, le président américain s' est promis de laisser à son successeur un dossier "propre" sur le sujet. Cela pour deux raisons aisément compréhensibles: d' une part les U.S.A, exploitation des gaz de schiste aidant, vont non seulement atteindre l' indépendance énergétique mais devenir premier producteur mondial, d' autre part l' opinion publique intérieure est maintenant lasse d' expéditions militaires tous azimuts qui se soldent par des échecs onéreux, du Vietnam à la Somalie, l' Irak ou l' Afghanistan, et elle penche vers un isolationnisme qui la rend plus indifférente à des conflits ne lui ayant valu que des déboires, y compris sur son sol( 11 septembre).

L' Américain moyen, quand il s' intéresse au reste de la planète, tourne en priorité les yeux vers la Chine et l' Asie, qui s' affirment des rivaux et créanciers sérieux. Celles- ci annoncent en effet le retour vers un monde multipolaire, et avec l' effacement de l' hyperpuissance, la fin du monopole du dollar comme unique monnaie d' échange. L' ombre tenace du " shut down", sous forme de dépôt de bilan fédéral, encourage en outre la résistance de certains membres de l' Union à la régulation de l' économie, la restriction du commerce des armes, l' extension d' une couverture médicale aux plus nécessiteux, et souligne a contrario leur faveur pour l' interdiction de l' avortement, le maintien de la peine de mort , voire, de façon globale, l' opposition au pouvoir de Washington. Des minorités ultraconservatrices comme le Tea Party, dont les 32 Représentants ont fait trembler le système il y a peu,révèlent qu' au sein des U.S.A aussi se passe quelque chose.

Dans ce contexte, l' irruption sur la scène en août dernier d' un nouveau président iranien, Hassan Rohani, en remplacement de Mahmoud Ahmadinejad, n' est pas neutre. Son action modératrice sur Assad, parallèle à celle de Poutine, est une indication. Son entretien téléphonique avec le président américain, le premier entre dirigeants des deux pays depuis 33 ans, une confirmation. Le " changement de ton" de Washington pourrait inciter l' Iran à reprendre la place qui lui revient dans la communauté internationale, ce qui serait un incontestable gage pour la paix, et une occasion d' ouverture pour la société iranienne.

Enfin, l' unanimité contre lui qu' est en train de faire, de l' Afrique de l' ouest à la Turquie, le salafisme, ne peut que faciliter la recherche d'une solution qui, en isolant les djihadistes, rapproche l' ensemble de leurs adversaires.

Le seul à qui ces diverses évolutions ne sourient guère est, logiquement, le premier ministre israëlien Nétanyahou, qui a besoin, pour justifier sa politique, de l' instabilité régionale et de la division du monde arabe. Le manque d' enthousiasme d' Obama pour ce bellicisme, la fermeté de Poutine, les signes conciliateurs de Rohani, rien de tout cela ne l' arrange, ni lui ni, ici et là, les lobbys qui finiront peut- être par mesurer l' étendue des dommages que cause à Israël lui-même le choix d' une illégalité désavouée par la très large majorité des Nations-Unies.

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Gauche : encéphalogramme actuellement plat

Publié le par memoire-et-societe

Il y a longtemps que la Gauche, à peine élue, n' a pas connu pareilles basses eaux. Le P.S , qui depuis 18 mois détient à peu près tous les leviers de commande, est représenté par un président dont le poids, dans les derniers sondages, ne dépasse pas 23%. Le P.C, au terme d' un impressionnant reflux, essaie de survivre en s' accrochant à la fois à un "Front de gauche" que son allié, Tartarin Mélanchon, s' acharne à décrédibiliser, et aux socialistes dans l' espoir de sauver ses mairies. Le NPA est à l'agonie depuis sa naissance. La Fête de l' Huma 2013 a été loin de battre des records d' affluence. Les nouveaux dirigeants syndicaux, Le Paon (CGT), Berger (CFDT), voient leur capacité de mobilisation réduite depuis l' échec en 2010 de la lutte contre la réforme des retraites. Les électeurs, "partielle" après "partielle", sont aux abonnés absents. Bref, à gauche, l' encéphalogramme est actuellement plutôt plat.

On discerne donc mal comment peut renaitre la confiance au sein du peuple de ladite gauche d' ici les Municipales et les Européennes du printemps prochain. Le spontanéïsme revendicatif, forme de désespoir que s' efforcent de canaliser les syndicats, devient le réflexe de la "base" , face aux licenciements, aux délocalisations et aux baisses de salaires. La démotivation générale détourne le monde du travail de l' engagement, conduisant à la résignation ou au "chacun pour soi" sans issue.

Quand des groupes défilent pour demander à travailler la nuit et le dimanche, on perçoit l' effet du coin enfoncé, les circonstances aidant, par les idées libérales dans la solidarité salariale et ce qu' on nomme la conscience de classe. Les arguments sont exactement ceux de la Droite : la liberté du travail, et une modernité qui penche à tout coup vers la remise en cause d' acquis sociaux. La violence de la crise et les pertes de pouvoir d' achat ne sont même plus évoquées. La tactique patronale, pour obtenir la flexibilité qui "règlera tout", est de recourir à une main d' oeuvre fragile, précaire et peu formée (étudiants, notamment).

Il ne s' agit là que d' une étape, que la logique libérale se promet d'étendre et de formaliser sans brusquerie. "Comment refuser du travail en période de chômage de masse? et l' étudiant, vous croyez qu' il n' est pas heureux de trouver du boulot le soir après ses cours pour payer ses études et sa chambre?". Ce qui pourrait paraître un recul obligé est présenté comme une véritable chance. Une chance qu' il convient, bien sûr, d' assurer

progressivement, patiemment à tous, volontaires ou pas, chefs de famille ou non, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, comme on fait depuis des années aux Etats-Unis, et dans les pays "soucieux de développement" .Un simple ajout au bas du contrat, pour gagner (et faire gagner) plus, malgré les combats de retardement de syndicats arriérés, vivant encore au XIXème siècle (où précisément les gens travaillaient aussi de nuit, et les femmes et les enfants 14 heures par jour).

La Gauche est K.O. debout : le mouvement social, dont elle souhaite être l' expression politique, serait-il à un tournant historique?

Publié dans politique

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Tout dépend malgré tout sur quoi on fonde un bilan

Publié le par memoire-et-societe

Certes, la société française rencontre des difficultés qu' on ne peut toutes attribuer à la mondialisation.On connait cependant pire sans chercher loin ni avoir besoin, pour se consoler, de se rabattre sur les domaines qu' on nous concède encore,les châteaux et la cuisine, sélection déjà retenue sous l' occupation quand le pays était voué à devenir le grenier à mil et le club Med' du Reich.

Je veux cependant évoquer un bilan d' un tout autre ordre : celui de la littérature moderne française et francophone, qui m' éblouit. Non forcément par la personnalité de ses auteurs, mais par les oeuvres que la période en question a engendrées.

Il n' y a pas d' écrivain(e) dont je puisse dire que tout ce qu' il ou elle a créé m' a subjugué. Quel dommage que Céline ait pondu deux brûlots antisémites inacceptables, autrement je lui aurais tout acheté! "L' Etranger" est un chef d' oeuvre (pas "L' Homme révolté"). Mais aussi "Un amour de Swann", "La Nausée" et "Les Conquérants" ou, avant eux,"Le Neveu de Rameau", "Adolphe", et, bien sûr, "Les liaisons dangereuses", "Le Rouge et le Noir", "Germinal", "Le Feu", "Les Déracinés".

Des textes donc, avant les noms.D' auteurs peu connus ou passés de mode : Reverzy, Margerit, Mac Orlan, Genevoix, Guéhenno, Duhamel, Guilloux, voire Giono,que le cinéma tire régulièrement de l' oubli. Des titres incontestables: "Les lettres persanes" et "Les Grands cimetières sous la lune", "Les Confessions" et "Cahier d' un retour au pays natal", " Le Grand Maulnes" et "Madame Bovary", "La ronde de nuit" et "Au bonheur des Dames", "Mémoires d' outre-tombe" et "Lettres d' hivernage", "Les Caractères" et "Monsieur Plume", "La Princesse de Clèves" et "Traité du style". Ces défilés, qui ignorent les poètes et les essayistes, m' étourdissent. Tous ces univers accumulés désarment. On en omet toujours, dont quelque chose a pourtant marqué: Vigny, Maupassant,Bloy, Gide, Mauriac, Simenon, plus humblement Bourgeade,etc. Constellations...

Il n' est de jour qu' on n' entende parler d' effacement et de déclin de la France. Ringarde, sclérosée, c' est le refrain. Perte de compétitivité (donc chômage), manque de clairvoyance (d' où surcharge fiscale), dégradation du lien social (boostant la délinquance), c' est le diagnostic récurrent. Les jeunes, quand ils ne se suicident pas comme de simples paysans, s' expatrient. Les entrepreneurs prennent le large, la dette de l' Etat est abyssale, le rang du pays des Droits de l' Homme ne cesse de reculer, c' est le lamento de l' Hexagone.

Tout dépend aussi sur quoi on fonde un bilan.

Publié dans société

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Enième illusion centriste

Publié le par memoire-et-societe

Ainsi MM. Bayrou et Borloo vont "se reparler". U.D.I + MODEM : évènement de taille, alors que dévale le char de l' Etat. Le Centre s' affirme! Droite et Gauche en ont des sueurs froides! Et si soudain le Centre penchait quelque part ? On connait sa devise : ni à gauche ni...à gauche. Le Centre existe dans les discours. Dans les urnes, il en est autrement : pas d' imprudence.

Je n' ai jamais cru à la fameuse formule de Giscard, lui-même de droite, disant que " la France veut être gouvernée au centre." D' où venait d' ailleurs son parti, l' UDF ? d' où sortent MM. Bayrou et Borloo? En réalité ce que refusaient jusqu' ici les Français, c' était les extrèmes. Leur goût allait aux modérés, tantôt paisiblement à droite, tantôt légèrement sociaux- démocrates, en guettant l' efficacité économique et de nouvelles " avancées sociales" dans le cadre d' une fiscalité en baisse. Après tout, ce n' était pas la lune.

On a vu ce qu' il était des récurrents efforts de Bayrou, trois fois blackboulé aux présidentielles et battu chez lui à Pau, pour unir gauche et droite, de ses risettes à Hollande et de celles de Borloo à Sarkozy. Tous deux ont mis du temps à comprendre que " ça ne marche pas comme ça ", que le MEDEF et la CGT n' ont pas les mêmes intérêts, l' UMP et le Front de Gauche la même vision de la société. Que la France n' est pas l' Angleterre, avec ses travaillistes et ses conservateurs, sa City et ses trade-unions. Ni l' Allemagne fédérale, avec son gouvernement de coalition et le quasi monopole syndical de la DGB.

Les Français sont gallo-romains : ils gardent, semble-t-il, un fond tribal et un individualisme qui les persuadent souvent qu' il vaut mieux être n°1 d' un groupuscule que n°2 d' une organisation de masse. Bref, ils ne donnent guère l' impression d' être formatés pour les rassemblements. Avec un tel contexte, un gouvernement du centre ,sinon au centre, n' est qu' illusion, même si tout le monde a besoin d' appoint pour constituer une majorité. Le Centre avec un grand C est voué à monnayer ses voix, comme sous la IVème. Rien de plus.

C' est pourquoi je m' autorise à ne pas donner cher de cette énième tentative de percée politique, serait-elle renforcée par des bulldozers électoraux du type Hervé Morin, déjà créateur d' un "Nouveu Centre", mais infoutu de réunir sur son nom en 2012 le nombre de signatures nécessaires à sa candidature aux présidentielles.

Publié dans politique

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