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Retour sur Félicien Challaye

Publié le par memoire-et-societe

La guerre est source de bien des ambigüités. J' y pense parfois à partir du "cas" de Challaye. Qui était-il? L' une des figures incontournables, avec Romain Rolland et Alain, du pacifisme au siècle dernier. Camarade de promotion de Charles Péguy à Normale, il a dénoncé avec virulence le colonialisme dans les "Cahiers de la Quinzaine" après un voyage au Congo en compagnie de Brazza. Jaurèssiste, dreyfusard, blessé et décoré, il revient de la guerre acquis au pacifisme dit intégral qui va régir le restant de sa vie : au P.C qu' il quitte lors de la bolchévisation, à la Ligue des Droits de l' Homme, à la Ligue Internationale des Combattants de la Paix, au Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes, puis, sorte de logique du désespoir, dans les journaux collaborateurs, sans cesser de se réclamer de Zola et de Jaurès.
Jugé en 1946, Challaye, historiquement " fourvoyé " mais fort du soutien d' anciens élèves comme Michel Alexandre, juif qu'il a abrité sous l' occupation, a été acquitté. " Le vieux prof' " a achevé sa vie en 1967, à " L' Union Pacifiste ", curieux repaire de " victimes de guerre".

J' ai toujours porté au pacifisme, héritage familial, une particulière sympathie et placé la Paix au premier rang des valeurs. J' ai toujours évoqué la figure de Challaye avec l' estime qu' elle mérite, même s' il a été attristant de voir celui-ci évoluer dans la mouvance de Marcel Déat. C' est pourquoi j' ai été surpris d' être un jour accusé d' avoir écrit un livre relevant, je cite, du " prêt à tuer ". Cela se passait en l' an 2000, j' avais publié un ouvrage intitulé " La Mêlée des pacifistes ". Le propos était simple : le pacifisme, qui n' a jamais été monolithique, a été divisé par des luttes dont les enjeux le dépassaient, et expliquaient ses déboires. Le constat n' impliquait aucun procès.

Quand on choisit de s' exprimer publiquement, on s' offre, c' est normal, à la critique et à la contradiction. Dans le journal de l' Union Pacifiste, j' ai fait l' objet d' une agression. Un certain R.B., dont je n' ai jamais cherché à percer l' identité, m' y crachait au visage une incompréhensible haine. On m' a incité à user de mon droit de réponse. J' ai refusé. Je crois que c' est Léon Blum, calomnié par ceux qui avaient eu la peau de Roger Salengro, qui disait : " Au-dessous d' un certain niveau, on ne répond pas ".

Deux hypothèses: ou bien l' auteur de l' article n' avait pas ouvert le livre et s' était contenté de parcourir la "4 de couv' " pour "se faire une idée " avant de courir vendre ses Services de Presse chez Gibert (autrement, comment pouvait-il soutenir que je "salissais la mémoire de Challaye" qu' au contraire j' essayais de défendre tout le long de la page 130 ?) ou bien, comme le suggérait une phrase bizarroïde, R.B. n' aimait-il pas les résistants ? une allusion à mon père qui n' avait rien à voir là-dedans m' y a fait songer. On a , bien sûr, le droit de ne pas porter les résistants-déportés dans son coeur. Cela n' implique pas le droit d' insulter leurs fils.

Il y a aujourd'hui présomption, et R.B. n' est peut-être plus de ce monde. Il servait mal à mon avis une bonne cause. Personne n' a changé mon opinion sur Félicien Challaye : c' était un homme digne de respect. Seule, sa sincérité l' a aveuglé au point de le faire tirer contre son camp.

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Ruptures

Publié le par memoire-et-societe

La rupture peut, dans les sociétés, revêtir divers aspects : soit une forme insurrectionnelle, explosion sanglante d' une accumulation de griefs, soit une forme de processus évolutif peu spectaculaire mais irréversible. L' une demeure liée à un évènement précis (révolution d' octobre pour le communisme, guerre civile pour le franquisme) , l' autre à une volonté collective tenace (l' unité allemande).

Les ruptures historiques significatives sont toutefois rares. Dans la période 1789-94 en France, l' aristocratie a dû céder le pas à la grande bourgeoisie républicaine. Aucune restauration monarchique n' a pu ensuite lui rendre la totalité du pouvoir. En effet, l' essor du capitalisme , absorbant et débordant au début du XIXème siècle une économie à dominante rurale et artisanale, avait transféré à l' entrepreneur l' influence et la fortune réservées préalablement au propriétaire foncier.

Le lent glissement du capitalisme industriel et national, concentré sur l' invention et la production, vers un capitalisme bancaire et multinational plus attiré par la spéculation, a composé, décennie après décennie, parfois en parallèle avec ou malgré les soubresauts sociaux, une rupture inédite intégrant à la fois un chômage endémique, un secteur tertiaire hypertrophié, un consumérisme fondé sur le crédit, une mondialisation boostée (terme en vogue) par l' informatique et les progrès de la productivité.

Les " trente glorieuses" ( de la Libération au premier choc pétrolier ) ont rythmé l' émergence d' une classe moyenne majoritaire, instruite et dotée d' un niveau de vie qui lui était jusqu'alors inconnu. Le Français s' est mis à consommer, voyager, s' équiper, rompant, c' est bien le mot, avec le mode de vie antérieur.

Néanmoins, après une phase intermédiaire inflationniste, le ressac s' est annoncé. Réponse au mensonger discours mitterrandiste sur la "rupture" (avec le capitalisme) chargé d' entretenir dans le monde du travail l' illusion du "toujours plus". La messe était dite : le Capital, n' ayant plus grand chose à espérer d' une économie bureaucratisée et d' un salariat protégé, changeait résolument de stratégie. Il s' orientait vers le dumping social par le recours à la main d' oeuvre à bas coût qu' offrent sans risque les attentes du tiers-monde et la disparition du système socialiste.

Le passage du capitalisme financier à l' économie sociale de marché proposée par la social-démocratie via l' action parlementaire était neutralisé. La piste ouverte par la Résistance a été coupée quand, en 1988, Mitterrand, inversant le cours des choses, a rallié le fameux " ni...ni ". La désindustrialisation et l' évasion fiscale avaient déjà discrètement débuté , les technologies nouvelles se développaient ailleurs, les cerveaux songeaient à l'exil, l' inquiétude identitaire croissait devant une menace d' acculturation exploitée par l' extrème droite. Une autre rupture s' esquissait, qui pousse la France d' aujourd'hui vers une désespérance que n' avaient pu lui inspirer les spasmes sociaux du XIXème siècle et les drames nationaux du XXème.

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Une révolution peut-elle s'épargner la violence?

Publié le par memoire-et-societe

Une révolution visant à libérer l' homme de l' aliénation sociale est-elle concevable sans moment de violence? ou la violence est-elle indissociable d' un changement profond de société? en quel lieu réside l' utopie : dans le pari d' une transformation sans contrainte ou dans la fatalité de la brutalité liée à la construction d' une société plus juste? la problématique récurrente de la fin et des moyens s' est trouvée relancée à la fin de la seconde guerre mondiale, au rythme de l' avancée de l' Armée rouge en Europe et de l' âpreté grandissante de l' opposition entre marxistes et non marxistes. Controverse maintenant dépassée chez les intellectuels en Occident, mais moins archaïque chez les peuples du tiers-monde.

Deux livres ont marqué la période : "Humanisme et Terreur" de Maurice Merleau-Ponty, "Histoire et conscience de classe" de Georg Lukàcs. Merleau-Ponty était le condisciple de Sartre à Normale, et son colistier à la tête de la revue qui faisait alors foi, "Les Temps Modernes". Son ouvrage était en fait la recension de ses éditos politiques jusqu' en 1947. Travail de philosophe, qui a nourri des polémiques devenues dérisoires, voire indéchiffrables pour le lecteur actuel, tant les références y paraissent lointaines et désincarnées.

N' empêche : la question de la violence révolutionnaire (ici dans sa dérive stalinienne) était posée. Le principal grief était moins d' avoir à tuer que de tuer pour rien, c' est-à-dire sans bénéfice pour l' humanité. L' observation concernait l' URSS, sa police, ses procès et ses camps, peu en harmonie avec ses intentions affichées. Eclairer les vrais crimes d' une fausse émancipation, telle était donc, selon Merleau-Ponty, le devoir moral du révolutionnaire, démarche qui a provoqué en 1953 sa rupture avec Sartre et amorcé la distance prise par la suite par Camus, Aron, Furet et beaucoup d' autres avec les communistes.

C' est que Merleau-Ponty inaugurait une autre approche de la politique : son évaluation non plus en fonction de ses principes mais de ses résultats, non de ses séduisantes présentations mais de ses actions concrètes. En ce sens, "Humanisme et Terreur" ressuscitait une pédagogique vigilance que la perspective de la victoire faisait facilement perdre de vue.

Contrairement à l' universitaire français, le Juif germanophone Lukàcs s' est "sali les mains". Membre de la tragique phalange marxiste qui a embrassé Kautsky et Lafargue, Rosa Luxemburg et Pannekoek, Boukharine, Ledebour et Gramsci, il a été en 1919, à 34 ans, Commissaire du Peuple de la République des Conseils dirigée en Hongrie par Béla Kun. Et, à cette occasion, l' un des instigateurs de la "Terreur rouge" exercée par "les Gars de Lénine" : un millier de victimes environ. Exactions suivies d' ailleurs d' une "Terreur blanche" dont le palmarès a été nettement supérieur, si l' on s' intéresse à ce type de comptabilité.

Réfugié à Berlin après l' échec de la tentative révolutionnaire hongroise, Lukàcs y a publié en 1923 "Geschichte und Klassenbewusstein" (Histoire et conscience de classe) qui a rencontré un écho important dans le mouvement ouvrier. Puis il a vécu à Moscou dès l' avènement d' Hitler pour ne regagner Budapest qu' en 1945. Lors de l' insurrection de 1956, le rebelle communiste Nagy l' a nommé ministre de la Culture. Les chars soviétiques sont arrivés et Nagy a été fusillé. Nouvel exil, nouveau retour: Lukàcs, demeuré malgré tout "conseilliste", a terminé son existence mouvementée dans son pays.

"Histoire et conscience de classe" (traduit en français et paru aux éditions de Minuit en 1960 seulement) part du concept de "fétichisation de la marchandise" (cf. "Le Capital") que Lukàcs nomme " réification". Selon son analyse, l' idéologie en vigueur n' est qu' une projection de la conscience de classe dominante, celle de la bourgeoisie. Le rôle du marxisme est de l' en dégager pour penser " objectivement" l' Histoire. Les lois de l' économie capitaliste ne sont en effet qu' une illusion produite par l' affirmation d' une prétendue objectivité qu' il convient de démystifier sans attendre.

A la fin de ses jours, décidément allergique à l'orthodoxie, Lukàcs est revenu indirectement sur l' emploi de la violence en contestant la "lettre" du marxisme comme interprétation majeure des conflits tout en confirmant sa " méthode", fidèle à la dialectique. Avec des vécus distincts mais des influences indéniables (sur l' existentialisme pour l' un, le situationnisme pour l' autre) , les deux penseurs ont abouti à des réponses comparables. Sans pour autant clore le débat : l'infaillible Mélanchon n' annonce-t-il pas que la France " est en 1788 " ?

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Voyage en haut de la Nuit

Publié le par memoire-et-societe

Enfant, durant l' Occupation, j' ai vécu un an tout en haut de Montmartre (au coin de la rue Norvins,si vous connaissez). Je descendais au lycée Rollin (devenu depuis Decour) par les escaliers jouxtant le funiculaire et rendus célèbres par Robert Sabatier dans " Les Allumettes suédoises". Je me souviens comme d' hier des grappes de jeunes soldats blonds sautant de camions débâchés pour visiter le " gay Paris " vide, et des étincelles de leurs bottes ferrées sur les pavés. Ils ne savaient pas qu' ils allaient bientôt mourir dans les décombres enneigés de Stalingrad.

La neige, précisément, était, en cet hiver 1941, si abondante que nous, les gosses, faisions de la luge rue Ravignan sur de modestes planches à laver. La débâcle avait dispersé la faune locale, celle de " La Commune libre " qui, vingt ans auparavant, avait élu son premier "maire". On en parlait encore : la liste dadaïste de Breton, Tzara et Picabia, y affrontait celle des cubistes (Picasso, Max Jacob, Cocteau). Finalement, c' était celle des " antigratteciélistes ", avec Depaquit, Poulbot, et Suzanne Valadon, mère d' Utrillo, qui l' avait emporté. Son programme était imbattable : " installation de trottoirs roulants pour aller d' un bistrot à l' autre ". Le maire, Jules Depaquit, un Ardennais, était une curieuse personnalité : l' air des plus solennels et dessinateur intermittent au " Canard enchaîné ", il errait d' hôtel en hôtel, au gré de mécènes tels que Carco, Satie, Bruant et les râpins du Bateau-Lavoir. Sur sa porte, quand il en avait une, les deux lettres W C, pour dissuader ses créanciers auxquels il criait de l' intérieur : " Occupé ! ". Son mandat municipal, résumait son ami Mac Orlan, consistait à "régler la circulation entre la place du Tertre et la Lune."

La guerre a aussi tué ce Montmartre-là. Certains ont continué à arborer une cape noire ou une écharpe rouge. On ne ressuscite pas un monde défunt. On n' abusait que les officiers de la Wehrmacht, ignorant tout de cette dérision libertaire dont ils ne discernaient qu' une caricature à fins touristiques et commerciales.

Je suis arrivé à ce moment intermédiaire, alors que passaient devant des Ateliers souvent vidés de leurs "dégénérés cosmopolites ", des gaillards de 20 ans se gavant de raisins dont ils étaient privés depuis des années par les préparatifs guerriers de leurs chefs. Céline vivait encore par là, rue Girardon. Je l' ai sans doute rencontré. Comme Marcel Aymé, Paul Colin, l' affichiste, ou Camille Bombois, héros du " Maquis " de la rue Caulaincourt, révélé par la "Foire aux croûtes", et dont les toiles ont atteint un prix vertigineux parmi les collectionneurs américains.

L' écharpe rouge et verte de Depaquit a été le drapeau de cette bohème historique. Son Jour de gloire. Je n' ai connu que la Nuit qui a suivi.

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Voyage au bout de Paris

Publié le par memoire-et-societe

Il y a Paris, capitale diorisée, vuittonisée, qui fascine des foules chinoises et russes. Il y a Paris-Musée, qui engendre d' interminables files devant le Louvre, Beaubourg ou Orsay. Puis il y a Paris d' une autre Histoire. Celui que ne convoquent ni l' érudition de Lorant Deutsch, ni les commentaires des "citytours".

Du couvent des Cordeliers, dans un élargissement latéral de la rue de l' Ecole de Médecine,subsistent l' ancien réfectoire, abandonné parfois à des expositions d' art moderne, et le cloître, intégré à l' université Pierre-et-Marie Curie. En ce lieu désarticulé se sont déroulés, dans le cadre d' un Club populaire, les débats les plus électriques de toute la Révolution.Chaumette, Marat, Legendre, la citoyenne Simon, en étaient les orateurs passionnés. Contrairement à l' élitiste "Club des Jacobins", les "Cordeliers" recrutaient un auditoire prêt à relayer les résolutions les plus radicales : déchéance du Roi, violence au Champ de Mars (1791), insurrection du 10 août 1792, établissement de la Terreur, élimination des Girondins, Loi des suspects, etc. Le Comité de Salut Public finit par adresser 93 de ses membres, les "Exagérés", au Tribunal révolutionnaire qui les fit aussitôt guillotiner (mai 1794 ).

La rue des Gravilliers, dans le quartier des Arts et Métiers, ne présente rien de notable, sinon qu' au n° 44, au fond d' une courette pavée, s' était installé, en janvier 1865, l' "Association Internationale des Travailleurs", dite aussi " Première Internationale", créée à Londres quelques mois auparavant. Ce coin de Paris était alors occupé par les "blouses" : Auvergnats, Creusois, Bretons, Allemands, partagés en proudhoniens anarchisants et "marxiens" communistes. Très vite, les premiers "gravilliers", artisans mutuellistes comme Tolain et Fribourg,se sont vus débordés par une jeune génération prolétarisée qui va bientôt gouverner la Commune de 1871. En novembre 1865, le local de l' AIT est investi par la police puis bouclé ( une pâle succursale s' ouvre rue Chapon), les "Internationaux" notoires (Varlin, Dereure, Frankel ) étant placés sous surveillance.

Ce mouvement social exacerbé se brise finalement contre un pan de l' enceinte du cimetière du Père Lachaise. Le 28 mai 1871, les Versaillais fusillent devant le " Mur des Fédérés " les 147 communards qui leur résistent encore. Les corps sont jetés pêle-mêle dans un fossé voisin, mais l' endroit devient le lieu de pèlerinage privilégié de tous les révolutionnaires parisiens : 25.000 le 1er mai 1880, après l' amnistie, 600.000 en 1936, année du Front populaire. Jaurès et Guesde, Kautsky et Lénine, habitant alors le XIVème arrondissement, rue Marie-Rose, s' y sont côtoyés, unis dans l' hommage aux 30.000 victimes de la plus sanglante répression anti-ouvrière. Le "Mur" a été classé monument historique en 1983.

Le 23 avril 1905, 286 délégués des Partis jaurèssiste (le PSF ) et guesdiste (le PSDF ) se réunissent salle du Globe, près de la Porte Saint-Denis, boulevard de Strasbourg, pour fusionner en une seule organisation, la SFIO (Section Française de l' Internationale Ouvrière née en 1889 à Paris). L' union dure quinze ans, jusqu' à la scission de Tours entre socialistes et communistes. Un immeuble de sept étages remplace aujourd' hui cette vieille enceinte, témoin d' un tournant de la vie politique et sociale.

Quand l' année suivante (1906), le syndicat CGT a été expulsé de la Bourse du Travail, officiellement pour propagande antimilitariste, il a trouvé refuge 33 rue de La Grange aux Belles, à la "Maison des Fédérations", deux étages maintenant murés et désaffectés. L' endroit formait avec l' entrée de l' avenue Mathurin Moreau d' un côté, la fin de la rue La Fayette de l' autre, le " triangle sacré ". Le 33 comptait une salle d' une capacité de 3.000 personnes, et a hébergé la fabrication de " La Voix du Peuple ", la tenue du premier congrès du P.C en 1921, été le théâtre en 1924 d' un sanglant affrontement entre anarchistes et communistes, abrité la fondation de la CGTU (1922) et de la FSGT (1937). Au temps des guerres de décolonisation, il a souvent servi de lieu de rencontre et de discussion aux divers courants anticolonialistes.

Voisin, le canal de l' Ourcq. Au 102 quai de Jemmapes, l' "Hôtel du Nord ", héros d' un roman d' Eugène Dabit et d' un film de Marcel Carné avec Arletty et Louis Jouvet. Trois immeubles en amont, le n° 96 : l' actuel "Citizen Hotel " était le siège de " La Vie Ouvrière ", revue d' un groupe de " syndicalistes révolutionnaires " (Monatte, Rosmer, Dunois, Merrheim, et autres) qui ont imprimé au mouvement social des années précédant la première guerre mondiale un souffle particulier. Le même groupe, en opposition avec le "stalinisme", a fondé en 1925 une autre publication influente:" La Révolution prolétarienne".

La mobilisation générale est décrétée le 1er août 1914. La veille, Jaurès dînait avec quelques collaborateurs au "Café du Croissant", rue Montmartre, jouxtant le journal " L' Humanité " qu' il dirigeait. Le leader était assis dos à la rue, fenêtre ouverte. Raoul Vilain, son meurtrier, a été acquitté en 1919. Une plaque commémorative figure sur le côté de l' établissement.

La rue La Fayette s' inscrit, on l' a dit, dans la mémoire militante. Ainsi Aragon écrivait-il en 1931: " C' est rue La Fayette au 120 / Qu' à l' assaut des patrons résiste / Le vaillant Parti Communiste / Qui défend ton père et ton pain ". Ce n' est pas génial, mais ça fixe les idées. Avant d' être le siège du P.C jusqu' en 1937, puis celui de sa Fédération parisienne, le 120 avait été celui de la SFIO. De ses quatre étages, face à l' église Saint-Vincent de Paul, débordent les souvenirs. Sous l' Occupation, les miliciens de Darnand en avaient fait un de leurs repaires.

Plus loin à gauche, bien au-delà de la gare du Nord, en angle, la solide bâtisse de la CGT après son déménagement de La Grange aux Belles. Y furent entre autres imprimés en 1940, les tout premiers textes de la Résistance et du Mouvement "Libération-nord " : de leurs auteurs, l' un , Christian Pineau, a été déporté à Buchenwald, l' autre, Jean Cavaillès, a été fusillé à Arras.

La randonnée, je le concède, ne renvoie pas au " gay Paris ". C' est même une relecture un peu fraiche pour ne pas faire grincer les dents sensibles. J' ai une excuse : je ne suis jamais allé au Moulin Rouge.

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Qui va croire qu' au Mali tout est règlé?

Publié le par memoire-et-societe

Il fallait être bien naïf pour croire nos gouvernants quand ils affirmaient, il n'y a pas si longtemps, que l' opération Serval avait permis de chasser les jihadistes du Mali et annonçaient une réduction du contingent de 4.500 hommes, seule force occidentale sur le terrain. En vérité, la France reste clouée sur place, ni les Européens, présents en Afghanistan, ni les Africains, sauf les Tchadiens et la faible armée locale, ne coopérant au maintien du pouvoir légal.

Cameron, eurosceptique et conservateur, n' entend s' engager que dans un cadre atlantique, donc avec l' aval des Etats-Unis, comme en Libye, ou quand sont en cause les intérêts du Commonwealth. L' Allemagne, elle, répugne à toute participation militaire, surtout dans une affaire qui ne lui semble pas dénuée de relent néo-colonial. Le Mali relève du fameux "pré carré" : que Paris se débrouille, l' Europe n' est pas dans le coup! Quant aux Etats africains voisins, aucun n' est très chaud pour venir guerroyer aux côtés de l' ancien colonisateur contre des musulmans continentaux.

Nul besoin par ailleurs d' avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que l' adversaire, inférieur en moyens aériens ( déterminants en zone désertique) a opté pour un harcèlement permanent combinant coups de main éclair, guerrilla urbaine, attentats de kamikazes et enlèvements d' otages, en fonction de la présence ou de l' éloignement des forces étrangères. La nature de la seconde opération militaire française dans le nord Mali, intitulée "Hydre", montre qui, ici, est le chat, et qui la souris.

Les islamistes ont en effet pour eux, d' une part un territoire immense et familier doté de caches naturelles (grottes, massifs montagneux) et bordé de frontières plus théoriques que réelles, où les populations sont leurs complices à travers de séculaires réseaux de solidarité ou d' indémêlables alliances familiales, tribales et ethniques, d' autre part une réserve locale de supplétifs, paisibles villageois le jour et terroristes la nuit, qui permettent à tous de se sentir, selon la formule éprouvée, " comme des poissons dans l'eau ". De plus, l' argent tiré du narco-trafic contribue à secourir matériellement les plus déshérités, ce qui accroit l' influence et le prestige des combattants de la " guerre sainte ". Proximité, popularité, deux atouts contre lesquels blindés et hélicoptères d' assaut ne peuvent pas grand chose.

Telle est la sévérité des faits. Le reste relève de la méthode Coué. Mais cette guerre est - elle seulement française, et ne se bat-on dans la région que pour Areva? L' enjeu n' est- il pas, au-delà de Kidal et de Gao, la zone névralgique, totalement islamisée, qui, à cheval sur le Sahel, s' étend du Maghreb à l' Afrique centrale? L' isolement diplomatico-militaire de Paris, que nous évoquions clairement dès janvier dernier (article " Mali attention! " du 24.01 ) ne peut durer éternellement pour d' évidentes raisons budgétaires, et parce que l' opinion, même si l' on parvient à éviter la casse, sollicitée par des questions sociales majeures, risque de se lasser, peu avant plusieurs consultations électorales, de cette charge supplémentaire.

Comme Washington ne souhaite pas renouveler ses malheureuses expériences irakienne et afghane, le retrait occidental ouvrira, il ne faut pas le cacher, la voie aux salafistes, de Dakar à Djibouti.

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Le double propos de Jack London

Publié le par memoire-et-societe

Je lis Jack London depuis l' enfance. D' abord "Croc blanc" et "Michaël, chien de cirque ", dans la "Bibliothèque verte", collection Hachette pour la jeunesse. Mes premières lectures, avec "Sans famille" d' Hector Malot, et "Le Dernier des Mohicans" de Fenimore Cooper. Les Allemands ont tout pris quand ils ont occupé notre maison, et qu' avec mes parents nous nous cachions dans Paris. Jack London reste donc pour moi une sorte de résistant-déporté, ce qui lui sied parfaitement.

L' aurais-je autrement ainsi apprécié? A coup sûr. J' avais déjà avant ce vol relu "Croc blanc", histoire d' un chien-loup (animal hybride et symbolique qu' affectionne l' auteur) qui, de maître en maître, raconte une expérience des hommes derrière laquelle transparait, alors à mon insu, celle de London lui- même.

L'écrivain californien a initié la tradition des conteurs ivrognes, bagarreurs et bourlingueurs un peu mythomanes, qu' ont ensuite entretenue Cendrars et Cravan, Hemingway, Kérouac ou Kessel. Les amis des "Editions Libertalia" viennent de republier, après "Un steak" et "Grève générale!", une autre nouvelle "Construire un feu". Fidèle hommage à un homme qu' identifiaient son généreux appétit de vie et de mouvement, son insatiable curiosité des autres, une sensibilité d' écolo visionnaire et une exigence de liberté universelle, réunis en une existence somme toute assez courte (50 ans).

Confronté aux multiples galères qu' imagine ce monde, London n' a cessé de rebondir en changeant perpétuellement de lieu et de condition : ouvrier dès 14 ans, puis naturellement au chômage, pilleur d' huitres en Californie, chasseur de phoques dans le détroit de Behring, routard, agitateur, étudiant sans le sou, marin, chercheur d'or au Klondike, reporter tous azimuts,et grand lecteur d' Hugo, Marx, Nietzche, Eugène Süe, Spencer.

Son choix du socialisme découle de cette connaissance des réalités humaines. Mort en 1916, à un an près il aurait sans doute rallié avec enthousiasme la Révolution d' octobre dont le stalinisme, forcément, n' aurait pas tardé à l' éloigner. Son engagement n' était pas une attitude d' intellectuel : London était un révolutionnaire de terrain, ayant affronté la souffrance prolétarienne et les injustices de classe.
Quand il a jugé le "Socialist Labor Party" inféodé au réformisme, il l' a quitté : la lente et palpitante disparition que narre "Construire un feu" ( dans sa version de 1906) est une parabole. Elle porte en elle non seulement le récit, avec une précision chirurgicale, d' une impitoyable agonie, mais encore la dénonciation implicite de la lutte solitaire, et l' incitation à la solidarité des faibles contre la Domination (représentée ici par les Eléments). Dans sa prose lisse et efficace, London écrit à un double niveau : celui de l' éblouissement du vivant, et celui d' une quête intransigeante de la plus fraternelle liberté.

Publié dans littérature

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Pourquoi l' Allemagne

Publié le par memoire-et-societe

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Dans quelques mois sera célébré le centenaire de la première Guerre mondiale, sinistre boucherie où la France a laissé toute une génération et une substance qui, 20 ans plus tard, lui a fait dramatiquement défaut.

Son bourreau? une Allemagne vaincue qui refusait la défaite, et que l' humiliation a conduite vers une dictature raciste que l' Histoire a condamnée. L' Allemagne a très durement payé sa seconde défaite, et, en 1945, les deux adversaires, ivres de deuils et de ruines, se retrouvaient groggy. Pour ces composantes majeures du continent, l' heure du nationalisme aveugle était révolue. De chaque côté du Rhin germait au contraire la conviction d' une complémentarité. Quelque temps après, le Traité de Rome (1957) scellait la réconciliation et un solide partenariat.

Il n' y avait d' ailleurs pas trop le choix. La France était, est encore, le voisin terrestre le plus important d' une Allemagne qui a besoin d' ouverture sur les aires atlantique et méditerranéenne. Le sens de l' organisation et le souci du collectif de cette dernière, associés à la créativité et à la faculté d' improvisation de la première, constituaient la meilleure chance de réussite pour l' Europe de l' ouest confrontée à un monde en pleine mutation. Après 75 années d' âpres combats faits de fascination-répulsion réciproque, après les tranchées et les camps, chacun réalisait qu' il ne pouvait trouver d' allié plus conséquent.

Cette histoire commune est en effet une étrange addition de contrastes et de convergences. A une France centralisée depuis Clovis (Vèmè siècle) correspond une Allemagne devenue Etat-nation de type fédéral en 1871 (dans la galerie des Glaces du château de Versailles). L' influence française était forte outre-rhin depuis la révocation de l' édit de Nantes (1685). 40.000 huguenots, venus de La Rochelle et surtout de Metz, s' étaient alors réfugiés dans les terres luthériennes. 15.000 avaient contribué à "refonder" Berlin, médiocre bourgade de 6.000 âmes, dont ils ont résolument stimulé l' activité économique et développé les établissements d' enseignement. En 1700, 20% de la population était française. A la Cour prussienne de Frédéric-Guillaume, puis de celle de Frédéric II, où Voltaire a séjourné trois ans, s' était constituée une aristocratique colonie de langue et de culture françaises dont la descendance est représentée, aujourd' hui encore, par le ministre de la Défense de la République Fédérale, Thomas de Maizière.

Beaucoup d' intellectuels allemands, dont Kant, se sont passionnés pour la Révolution de 1789. Par la suite, malgré les guerres napoléoniennes, les échanges artistiques n' ont jamais cessé , les Allemands (et les Autrichiens) se distinguant en musique (romantisme), les Français en peinture (impressionnisme). Le marxisme a pénétré le mouvement révolutionnaire, l' existentialisme et la psychanalyse les milieux universitaires. Au plus fort de la guerre de 1914, les avant-gardes, politique ( socialistes et pacifistes) et artistique (dadaïstes), ont maintenu des contacts en Suisse. Durant la décennie des années 1920-1930, Paris et Berlin ont été les foyers et les laboratoires d' une vraie renaissance culturelle : Expressionnisme, Bauhaus d' un côté, Art déco, Surréalisme d' un autre, Gropius, Klee, Heidegger par ici, Matisse, Breton, René Clair par là, mettant en relief la porosité qu' une exposition intitulée "Paris-Berlin" (1900-1933), au Centre Pompidou, a consacrée en 1978. Nombre de peintre allemands (Ernst,Hartung, Wols, Bellmer) se sont installés à Paris dès l' arrivée au pouvoir des Nazis qui les qualifiaient de "dégénérés".

Depuis lors, l' évidence n' a pas diminué: quelle meilleure voie qu'une progressive intégration franco-allemande, une harmonisation concertée des politiques publiques (fiscale, bancaire, sociale, linguistique, pédagogique, militaire, scientifique, industrielle, etc.)? que davantage d' initiatives conjointes telles la chaîne de télévision Arte ou l' Office Franco-Allemand pour la Jeunesse? Déjà, les jeunes Français ont banni le mot "boche" de leur vocabulaire. La proximité continue des présidents et des chanceliers depuis de Gaulle-Adenauer est une référence qu'ont symbolisée et concrétisée à la fois Kohl et Mitterrand à Verdun, Hollande et Joachim Gauck à Oradour. Les opinions semblent ainsi mûres pour pousser plus loin cette construction, car elles constatent qu' en ce moment même, dans la jungle de la mondialisation, se joue l' avenir européen.

Pourquoi l' Allemagne? Parce c' est dans la logique géographique, historique et culturelle, et dans la perspective d' une paix durable entre deux peuples contigus qui se sont faits trop de mal au profit des trusts et des marchands de canons.

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P.S : vers une débandade

Publié le par memoire-et-societe

Loin de raffermir son unité, l' exercice du pouvoir ne cesse d' élargir les lézardes qui minent le Parti socialiste. Je persiste à dire qu' outre des clivages originels mal résorbés, ses difficultés proviennent du fait qu' en 2012, cette organisation n' était pas préparée à la succession. Promesses approximatives, alliances hâtives, expérience de la vie internationale insuffisante, évaluations erronées de la réalité budgétaire, tout indique que, les dossiers n' ayant pas été assez bûchés, l' improvisation puis les reculades et les contradictions allaient vite s' imposer

La base du P.S comprend assurément nombre de militants respectables, sincères et dévoués. Au sommet, de Hollande à Marisol Touraine, d' Ayrault à Peillon, la conviction républicaine ne saurait être mise en doute. Mais, à côté, combien d' intrigants et de combinards!

Ce Parti, qui n' a pas encore actualisé la doctrine et n' ose s' y atteler vraiment, est dès lors renvoyé à des problèmes étroitement électoraux ou de survie clanique. Ne nous arrêtons pas aux questions de personne, qui font tout de même des dégâts, de Mellik, le champion automobile sponsorisé par Tapie, à Besson, Strauss-Kahn, Cahuzac, Guérini, et d' autres de moindre renommée. En revanche, il serait instructif d' en savoir plus sur la stratégie diplomatique de Fabius, tonitruant sur la Syrie et quasiment inaudible concernant les affaires d' espionnage américain. Ou la tactique de Moscovici alignant des chiffres régulièrement corrigés par Matignon, Bruxelles ou l' OCDE. D' ailleurs, comment un ministre des Finances a-t-il osé s' attaquer à l' épargne populaire au moment précis où était connue la réduction ahurissante des impôts qui auraient dû être prélevés sur le pactole que le contribuable a servi à Tapie, encore lui ? Ou encore sur le calendrier de Vals, débordé à gauche par Taubira, ex indépendantiste guyanaise passée au parti radical ( de gauche...). Ou sur le rôle du fantomatique ministre de l' Agriculture Le Foll, qui n' a rien vu venir du malaise breton. Ou sur les calculs de Samya Ghali, sénatrice socialiste, qui fait siffler son chef, et de Harlem Désir, qui le contredit. Tous ces gens n' inspirent aucune confiance, contribuent à discréditer le système parlementaire et à ouvrir la route au Front National qui se délecte de la situation.

Les trempes que la "génération Mitterrand" risque de ramasser aux prochaines consultations, concrétiseront le début de la déroute que freine encore la distribution des places. Le P.S choisira-t-il alors de demeurer une machine essentiellement électorale, penchant, selon les circonstances, vers un Centre flottant ou les vestiges d' une Gauche protestataire et sans projet crédible, ou bien fera-t-il le ménage qui s' impose dans ses idées et dans ses rangs pour renouer avec des priorités populaires dont son attitude laisse penser qu' il les a plutôt négligées ? Déboboïser et moraliser, c' est peut-être beaucoup demander... Sans un sérieux bilan d' étape, la débandade va donc s' accélérer.

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Du droit d' espionner les amis

Publié le par memoire-et-societe

Je pense depuis longtemps que les Etats-Unis d' Amérique ne sont pas effectivement une démocratie. Construite sur un génocide et un esclavage indissociables de son accès à l'' indépendance, cette société est aujourd'hui une sorte de théocratie implicite ( "in God we trust", affirme le dollar) qui se prend pour la référence admirée d' un monde forcément envieux. Les faits démentent cette prétention. On brûle chaque jour, ici ou là, des drapeaux américains.

Il y a peu de temps, la droite ultraconservatrice du Congrès a failli mettre l' Etat fédéral en cessation de paiement (shut down). Trente deux représentants du "Tea party" menaçaient, en refusant le vote du budget, de faire basculer le pouvoir et de perturber toutes les Economies nationales pour empêcher l' application d' une loi sur l' assurance-maladie obligatoire ( "Obamacare") qui concerne 40 millions d' Américains sans couverture médicale. Le colosse a des pieds d' argile.

Par le biais de cette histoire, qui n' est d' ailleurs pas définitivement enterrée, remonte à la surface un problème récurrent : le maintien du statut privilégié du dollar datant des accords de Bretton Woods en 1944, quand on sait que le billet vert a plongé de 98% depuis le début des années 70. Détail qui n' a apparemment jamais inquiété les autorités d' outre-atlantique. "Le dollar est notre devise et votre problème", résumait en 1971 le Secrétaire au Trésor, John Connolly. Autrement dit, aux autres de garantir nos déficits.

Les choses cependant ne s' arrêtent pas à cette aimable arnaque, évaluée par nos ex libérateurs comme une juste rétribution de leurs efforts pour nous épargner la dictature : hitlérienne certes, mais aussi communiste. Sinon l' Armée rouge arrivait à Brest, estiment-ils volontiers.

Aujourd'hui il ne s' agit plus de leur conception singulière du libre échange (" tu baisses tes droits de douane et je protège les miens" ), ou de la totale osmose entre Entreprises US et Etat US dans le cadre de la mondialisation... Il s'agit de ce qu'on peut appeler, sans antiaméricanisme excessif, une agression immatérielle généralisée, dénoncée par l' ancien président Jimmy Carter, même si les protestations qu' elle provoque font, parait-il, plier de rire la presse de ,New York et de Washington, la seule du pays qui s'intéresse un peu à pareille anecdote : un ancien informaticien de la " National Security Agency ", Edward Snowden, a décidé de balancer, preuves à l' appui, l' existence d' un réseau de cyberespionnage anglo-saxon par câbles sous-marins . Lequel regroupe par hasard les "five eyes"- USA, Angleterre bien sûr, Canada, Australie et Nouvelle Zélande, membres du Commonwealth - et comporte plusieurs programmes de captage : PRISM, XKeyscore, Tempora. Son action, qui couvre la planète, concerne, autant que les menées terroristes, toute information publique et privée .

Vague réaction de la Maison Blanche : " Tout le monde espionne tout le monde, on ne va pas se fâcher pour ça ". Autrement dit : l' espionnage est notre coutume et votre problème.

Cinquante cinq pour cent des compatriotes de l' informaticien en question le considèrent, selon une formule délicieuse, comme un " lanceur d' alerte". Les autres, simplement comme un "traitre". Snowden, s' il rentre, risque sa peau. Cohn-Bendit suggère de lui attribuer le Prix Sakharov, du nom du célèbre dissident soviétique. Pour Mélanchon, c' est un "héros" à qui la France devrait offrir refuge. Mais Poutine le couve. La chancelière Merkel n' a guère goûté que Grandes Oreilles consacre du temps à écouter ses conversations perso, et Fabius a, fort discrètement, confirmé à John Kerry qu' Hollande n' était pas content. Nétanyahou se tait (et pour cause).

Dans tout ça, la novation est la divulgation, pour une fois, d' écoutes classées "top secret". Il y a belle lurette que les "Services" savaient. Mais à ce point là ... Quant à l' auteur de ces lignes, il se plait à songer que, quelque part dans le Maryland, ce qu' il est en train d' écrire sera stocké, avec des milliards de messages de toutes sortes, dans les armoires électroniques géantes de Big Brother. Salut, old chap !

Ainsi va l' Hyperpuissance, de dieu au renseignement et au racisme anti-Obama ... Alors, farce entre amis ou liberté surveillée?

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