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RETOUR A MIREILLE BALIN

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La libération de Paris, en août 1944, fut un immense combat festif. Il a fait l' objet d' une masse considérable de films et de publications diverses.
Je l' ai vécu une semaine, de bout en bout, âgé de 15 ans, alors que mon père se trouvait au camp de déportation de Mauthausen. La fête n' a cependant pas été exempte d' excès qui dévoilent la fragilité, en période troublée, d'une société réputée civilisée. Ainsi, un jour, en haut de la rue La Fayette, ai-je vu, encadré de "héros" armés plus ou moins récents, les protégeant des coups et des crachats d' un peuple se muant en populace, errer un groupe de femmes tondues presque nues, hébétées, des croix gammées peintes sur les seins et sur le ventre: elles avaient "couché avec les Allemands". Cette exhibition de "poules à boches" m' a semblé déshonorer en priorité les tortionnaires de ces malheureuses. Je n' ai plus oublié l' image d'une aussi sordide dégradation, laquelle ne pouvait, par ailleurs, en rien  venger les horreurs subies au camp par mon père et ceux de ses compagnons revenus en vie.

Aujourd'hui, on apprend que certains Archives étant accessibles, paraîtra en 2018, une biographie "complétée" de Mireille Balin, nom que j' associe instinctivement aux "tondues" de la rue La Fayette. 

Blanche, dite Mireille, Balin, a été, entre 1933 et 44, la vedette française de cinéma la plus populaire. Issue d' une famille bourgeoise désargentée, elle a débuté dans la vie comme vendeuse. Repérée pour sa beauté et son élégance naturelle par le couturier Jean Patou, elle est peu de temps mannequin avant d' être engagée par le célèbre cinéaste autrichien Pabst, venu tourner le film "Don Quichotte" en France. Dans les années suivantes, Mireille Balin enchaîne les succès : "Pépé le Moko", "Gueule d' Amour", "L' Enfer du jeu", etc. On lui prête plusieurs liaisons : le boxeur Young Perez, le député Raymond Patenôtre, Jean Gabin, Tino Rossi. Pendant l' Occupation, elle tombe, comme Arletty et Corinne Luchaire de leur côté, amoureuse d' un officier de la Wehrmacht, Bir Destok.

A la Libération, se sentant menacé, le couple tente de fuir vers l' Italie. Il est intercepté par des FFI qui abattent Destok et violent l' actrice. Elle ne se remettra plus de ce traumatisme. Incarcérée trois mois à la prison de Fresnes, puis libérée faute de chef d' inculpation, elle trouve refuge sur la Côte d' Azur où, privée de ressources, elle sombre dans l' alcool.

Elle ne revient à Paris qu' en 1957, malade et sans emploi. Une Association de secours aux comédiens, "La Roue tourne", prend alors en charge la vamp n° 1 d' avant-guerre. Elle survit ainsi, de maison de retraite en hospice, jusqu' à sa fin misérable à l' hôpital Beaujon de Clichy, en 1968. Aucune personnalité du cinéma ne vient assister à son inhumation, au cimetière de Saint-Ouen. Fernandel et Tino Rossi ont toutefois participé au financement de sa tombe, pour  éviter la fosse commune à celle qui avait fait rêver une génération.

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SUR LE POUVOIRISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' Histoire permet de croiser d' authentiques "pouvoiristes". Ni de droite ni de gauche. De droite, puis de gauche, ou inversement. Tendus en permanence vers leur objectif, enfermés dans une stratégie qui y conduit sûrement. Prônant le droit de se contredire et le devoir de l' interdire, doublant l' indulgence d' intransigeance, la démagogie de l' opposant de la jalousie du dirigeant.

En fait, la passion du pouvoir a quelque chose de pathologique. Ne m' ayant jamais effleuré, elle m' a toujours étonné par son obstination et son culot. Rien ne la stimule autant que l' incertitude, ne l' excite plus que l' échec. Le pouvoiriste est un fluctuant que le succès comble et déçoit à la fois. Il jouit de sa victoire sans renoncer au plaisir qu' entretenait son ambition. Il voudrait continuer de figurer en gagnant potentiel qui exaltait ses partisans et lui attirait des courtisans.

Il y a , en tout cela, de l' orgueil aristocratique. L' homme de pouvoir méprise les idolâtres. Ses ennemis le fascinent : comment en viennent- ils à le contester, lui, l' Unique, si entouré et flatté ?On ne peut mieux illustrer le phénomène du pouvoirisme que par quelques exemples  dignes de figurer dans les épisodes de l' Antiquité et de témoigner de l' immuabilité de la nature humaine :

      - ainsi  Alexandre Millerand, fils de petit commerçant, avocat et , à 26 ans, député d' extrême gauche. C' est lui qui rédige le premier texte socialiste d' inspiration foncièrement marxiste en France, appelé " le Programme de Saint-Mandé". Trois ans plus tard, il est ministre dans le même gouvernement que le général de Galliffet, bourreau de la Commune de Paris. Il gravit, sous les injures, tous les échelons : ministre de la Guerre, président du Conseil, puis président de la République en 1920. En 1924, il résiste difficilement au projet de Coup d' Etat contre le gouvernement du Cartel des Gauches  auquel le pousse l' extrême droite. Il démissionne, la mort dans l' âme.

       - ainsi Pierre Laval, fils d' aubergiste auvergnat, devenu lui aussi avocat, socialiste de gauche et député à 31 ans, proche des syndicalistes révolutionnaires qui l' ont élu maire d' Aubervilliers. Quelque temps après, sénateur avec l' étiquette de l' " Union nationale républicaine", il entame une longue carrière ministérielle. Vice-président du Conseil du gouvernement de Vichy en 1940, il en devient le véritable patron deux ans plus tard, cumulant, avec l' appui de l' Occupant, plusieurs portefeuilles-clé entre ses mains. Il meurt, fusillé pour collaboration, le 15 octobre 1945 dans un fossé de la prison de Fresnes.

      - ainsi François Mitterrand, fils de cheminot, avocat, d' abord séduit par les idées d' extrême droite, voire " cagoulardes", vu ses relations avec Claude Jeantet et Schueller, le créateur de " L' Oréal ". L' occupation nazie le conduit à une certaine ambiguïté : agent contractuel de Vichy, décoré de la francisque début 1943, il prend le nom de Résistance de Morland en novembre suivant. Puis, élu député de la Nièvre " Unité et action républicaine" sur un programme anticommuniste après la Libération, il est onze fois ministre sous la IVème République. Il est battu, durant la suivante, aux présidentielles par de Gaulle puis Giscard d' Estaing avant de triompher de ce dernier en 1981. Il fait entrer les communistes au gouvernement. Mitterrand est seul, avec sa clique, son clan, sa cour, à avoir assumé deux septennats complets, autrement dit exercé pendant 14 ans un pouvoir " jupitérien".

( à suivre, très probablement ).
  
   
A

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SUR LE "REDUCTIVISME"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' écoutais récemment un débat télévisé sur Cuba entre l' un des innombrables rédacteurs en chef de " L' Obs ", hebdomadaire plutôt centré à gauche, et une politologue du CNRS. Le premier réduisait définitivement le castrisme au rang d'une quelconque dictature, et ses leaders au niveau de vulgaires assassins à la solde du Kremlin. La seconde essayait de défendre la suggestion selon laquelle la question était plus complexe du point de vue de l' analyse historique.

Depuis un certain temps, on peut constater l' usage croissant du réductionnisme politique dans les médias. En d' autres termes, d' une technique qui consiste à ramener une réalité à sa caricature. On ne saurait pourtant se contenter de résumer la révolution cubaine des années 50 à un banal pronunciamento. De quel droit en effet dégrader cet événement qui a incarné le rêve d' une génération, et dont les acteurs ont servi de modèles à toute la jeunesse progressiste d'alors ? Le propos du journaliste conjuguait simplification et désinformation en l'absence de tout contexte ou mise en perspective.

Qu' était Cuba, précisément, en 1953 ? une sous colonie des USA dont le Président, Batista, était un tyran corrompu placé là par la CIA et protégé par les " Marines ". Le pays représentait un tripot où les milliardaires venaient jouer des fortunes et un bordel où les pédophiles couraient faire leur marché, sous les yeux de paysans asservis par des Compagnies sucrières étrangères. Telles sont les données de base à ne pas perdre de vue.

Imaginons dès lors le pouvoir de ce peuple illettré, à la porte de la Superpuissance mondiale ! L' île encerclée, espionnée, pillée ! comment n' aurait-elle pas cherché secours ailleurs, en l' occurrence du côté du lointain monde communiste se revendiquant de l' anti-impérialisme ?

Ce genre de scénario est indissociable de toute lutte de libération. Il provoque en retour et quasi automatiquement la coalition des Etats occidentaux et de la Finance. On entre dans l' engrenage des complots et des répressions, générant à la fin un Ordre policier dénoncé bruyamment par la Démocratie formelle. Cela a été le cas, avec les dégâts qu' on connait, dans l' ex- Union soviétique, les "Démocraties populaires" d' Europe, la Chine, le Cambodge et d' autres.

Ce qui est ici navrant est le ralliement d' un journaliste à la démarche simplificatrice qui, escamotant les tenants et  aboutissants d' une information, distille l' idée d' une confusion fatale entre révolution populaire et totalitarisme. 

 

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SUR LE NEPOTISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' un des plus insupportables traits du régime monarchique était sans doute le népotisme présent à tous les niveaux de la société et relatif à la naissance. Pour autant, cette détestable pratique, si elle a changé de bénéficiaires, n' a pas disparu avec l' avènement des Républiques.

Ni la IIIème, ni la IVème, ni surtout la Vème, n' ont renoncé à l' habitude de promouvoir, caser et favoriser les proches ( parents, maîtresses ou amants, amis, amis d' amis) au détriment souvent de plus méritants et compétents qu' eux. On se souvient de l' omerta qui a si longtemps enveloppé les emplois fictifs à la Mairie de Paris sous Chirac, lequel fut, vingt ans après, symboliquement condamné.

Des enfants Fillon ou Le Roux, déguisés en "attachés parlementaires", aux dynasties moins voyantes qui peuplent maintes Institutions, le népotisme fait aujourd'hui l' objet d' une sorte de consensus au sein de l' oligarchie. Phénomène qui semble prospérer avec le concours bien involontaire du contribuable.

Ce népotisme s' accompagne d' ailleurs de gaspillages insolents. Des investissements fastueux ( Hôtels de Région et de Département édifiés à grands frais, employant un personnel pléthorique d' agents de protocole, d' accueil ou d' entretien) un train de vie indécent ( logement, voitures, voyages, réceptions, gratuités multiples) illustrent des excès où le copinage fait aussi son miel.

Je connais, dans le département des Bouches-du-Rhône, une commune de moins de 15000 âmes qui compte 923 employés municipaux dûment recensés. On s' y transmet, d' une génération à l' autre, les postes lucratifs au vu et au su de tous. Tradition informelle qui ne fait pas exception.

C' est pourquoi, sauf à s' y résigner définitivement par clientélisme électoral, ce système de rapines justifie des allègements dans les budgets de fonctionnement de bien des collectivités, quitte à laisser geindre les élus qui profitent régulièrement de la manne.

Certes, il peut être parfois délicat de distinguer où finit le besoin et débute la sinécure. L' évolution des structures administratives, l' introduction  de nouvelles technologies peuvent appeler au contraire à la création de nouveaux postes de travail plus qualifiés. Aux responsables consciencieux de trancher en faveur de l' intérêt général.

N' en demeure pas moins que, pour le citoyen, les actes de népotisme qui lui sont révélés en même temps que lui sont adressés des appels répétés à l' austérité contribuent à accroître fortement (on en est à 50% d' abstentions) sa méfiance à l' égard de la moralité démocratique.

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L' AUTOMNE QUI VIENT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Dire que la société française a surmonté ses contradictions avec les récentes élections présidentielles et législatives serait faire preuve d' un solide optimisme. Le temps d' un été, et les priorités réapparaissent avec la même insistance: 

  - problème des banlieues où, depuis les troubles de 2005, la tension ne désarme pas, et les choses, en dépit des efforts budgétaires, n' ont pas beaucoup évolué.

  - exaspération du monde paysan livré à la paupérisation de plusieurs de ses activités, entraînant, en nombre croissant, fermetures d' exploitation et suicides d' agriculteurs.

 - malaise d' une jeunesse, victime principale de la précarité et du chômage de masse.

Les banlieues posent au modèle républicain une difficulté identitaire. Le refus d' intégration se traduisant par des ralliements au djihadisme constitue une alerte sérieuse. On ne peut, certes, tolérer l' existence sur le sol national de zones de non-droit. Mais on doit aussi compter avec une situation internationale qui n' est pas sans écho dans la communauté arabe, vivant solidairement le sort des Palestiniens comme une injustice raciste dont la politique française est l' alliée. Ladite communauté attend donc une pression résolue des Européens en faveur de la "reconnaissance des deux Etats", telle que prévue par les Accords d' Oslo. Nul doute que ce pas détendrait par contrecoup l' atmosphère dans "les Quartiers".

La ruralité hexagonale, elle, n' a pas encore digéré les effets brutaux de la mondialisation de l' agriculture. Trop de décalages, de retards, trop d' inadaptations structurelles,rendent les produits locaux peu compétitifs et, de ce fait, délaissés par la grande distribution. A cela s' ajoute la dégradation des conditions de vie dans les campagnes ( raréfaction des personnels de santé, disparition d' écoles et de bureaux de poste, suppression de lignes ferroviaires, etc) qui aboutit à dissuader les actifs de s' installer ou de se maintenir dans les territoires concernés. Une réhabilitation impliquerait non seulement une révision de la politique agricole européenne, mais encore, et pour le moins, l' établissement, au niveau des régions, de Plans quinquennaux de la Ruralité.

Un jeune Français sur quatre est chômeur, et un sur deux dans certaines zones périurbaines. Des centaines de milliers d' entre eux sortent du système scolaire sans qualification, à demi illettrés. Cette jeunesse se sent défavorisée au regard du reste de la population et, par là, disponible pour n' importe quelle "vengeance" sociale. On nous parle de " révolution" : la réinsertion prioritaire de ces exclus, par exemple par une Enseignement technique réactualisé, pourrait en être un premier résultat concret.

Le nouveau président, la nouvelle majorité, prennent-ils assez en compte, dans leur "Marche", ces foyers potentiels d' explosion et le séisme qui résulterait de la conjonction de ces différentes colères? Les jours récents ont été accaparés par le "Statut de la première Dame" et la "Réorganisation du service de Communication" éliséen. On y discerne mal l' urgence susceptible de rasséréner une opinion sceptique, donc impatiente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les banlieues

 

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VIRAGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

 On peut remercier Donald Trump. Son incohérence présente l' avantage d' accélérer la remise en question de la domination américaine. Ce serait pour autant une erreur de penser que la puissance des USA est soudain en train de s' effondrer. Cela en serait aussi une autre de croire que la Maison Blanche peut indéfiniment demeurer le gendarme du monde.

" America first" est un slogan à usage domestique. Il n' impressionne pas, à l' heure d' une redistribution des cartes évidente. Chine, Russie, Europe, ont leur mot à dire. Elles le disent, profitant avec plus de netteté de "l' effet Trump". Ainsi peut-être faut-il déchiffrer le défi nord-coréen derrière lequel se profilerait un avertissement du protecteur chinois désireux de ne pas se mettre lui-même en lumière?

Tout cela, en tout cas, ne va pas sans conséquence:

- une montée de la tension internationale dangereuse pour la Paix

- une aubaine pour Poutine, tenté de jouer à son profit l' arbitre incontournable entre Asie et Amérique

- le glas d' un "libre échange" où le plus fort, de derrière ses barrières douanières, exige de ses partenaires l' ouverture de leurs frontières

- une chance pour la restructuration de l' Europe autour d' un noyau plus homogène sur les plans diplomatique et militaire.

Le virage est à l' évidence entamé. Le monde arabo-musulman, Arabie et Emirats compris, diversifie ses relations. La Chine accroît sa présence en Afrique. L' Europe développe les échanges avec le continent sud-américain. La mondialisation n' est plus réservée aux Multinationales US, même si celles-ci continuent de régner sur la communication électronique.

Dans ce charivari stratégique et commercial, la France a une carte possible : prendre l' initiative d'un projet de communauté politique mieux intégrée rassemblant, par exemple, les 6 pays du Traité de Rome et la péninsule ibérique. On trouverait en la matière de quoi constituer un pôle de développement crédible et un marché suffisamment attractif pour redonner au "vieux continent" un lustre et, surtout, une indépendance affaiblis depuis Yalta, en 1945.

 

 

 

 

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Pourquoi n' évoque-t-on pas davantage Maurice Nadeau?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

 Maurice Nadeau est décédé il y a quatre ans, à 102 ans. Je l' avais connu peu avant qu' il quitte "Combat", où il côtoyait Camus, Bourdet et Pascal Pia. Moi, j' entrais dans ce journal racheté par un margoulin du nom de Smadja auquel j' ai servi, quinze jours, pas plus, de grouillot.

Nadeau tenait là les pages littéraires les plus brillantes de Paris. Dans le milieu "étudiants" où j' avais encore un pied, on attendait chaque jeudi la rubrique de cet historien du surréalisme qui, après mon merveilleux prof' de philo, Mikel Dufrenne, m' initiait à la littérature contemporaine.

Nous sortions de la guerre, long hiatus qui avait coupé une génération non seulement de la création à l' étranger mais même des hommes et des femmes qui, chez nous, écrivaient la liberté. Soudain, Nadeau nous aidait, d' une semaine à l' autre, à découvrir Char, Michaux, Maurice Sachs, Bataille, Genêt, Beckett, Henry Miller, Malcolm Lowry, Nathalie Sarraute et beaucoup d' autres. Eblouissement. Reconnaissance.

Nadeau a pesé également dans mon orientation idéologique. J' admirais le Normalien qui avait voulu un poste d' instituteur en banlieue, s' était lancé avec ses amis trotskistes dans la Résistance et qui, la Libération venue, défendait Céline en tant que grand romancier.

Ce bel homme un peu gouailleur était en fait un janséniste de la Révolution, teinté de "hussard noir de la République" auquel je n' ai jamais osé soumettre une ligne. Sa perspicacité m' intimidait.

Ayant fondé en 1966 "La Quinzaine littéraire" (clin d' oeil à Péguy?), il a usé une partie de son temps à lui épargner la faillite. C' était là le prix de son indépendance militante. On qualifiait Nadeau d' "éditeur génial" tout en laissant l' injustice le submerger. Il est vrai qu' il n' était pas enclin aux concessions, mettant Ionesco et Sade avant Paul Bourget ou André Maurois, lesquels pourtant "rapportaient" à coup sûr. Lui-même n' hésitait pas à se mettre personnellement en cause, signant par exemple le "Manifeste des 121" appelant les soldats français à l' insoumission en Algérie.

Depuis sa disparition, Nadeau me semble victime d' un oubli qui peut choquer. Je n' aimerais pas que ce parcours d' un siècle si agité, cette clairvoyance si confirmée, restent ignorés de ceux qui aujourd'hui en bénéficient. Pour moi en tout cas, son nom ne peut être un nom comme les autres.

Publié dans littérature

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OU EN EST L' OULIPO ?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Depuis le dadaïsme puis le surréalisme, il est fréquent de vilipender la "littérature" dans son acception courante comme forme d' expression soudée à la culture bourgeoise. Mais Aragon a écrit des romans, Breton des poèmes, Naville des essais.

L' "Ouvroir de Littérature Potentielle" (OULIPO) a emprunté cette "facilité" tout en publiant des piles d' oeuvres imprimées et en recrutant dans ses rangs des lauréats de prix littéraires.

L' OULIPO est un mouvement co-fondé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et le père de Zazie, Raymond Queneau, précisément ex surréaliste et homme-clé des éditions Gallimard pendant des décennies. Rencontre originale du langage purement scientifique et de la revendication poétique. 

L' anti-littérature tient, quoi  qu' on en dise, quelque part de la coquetterie intellectuelle.  Proust, Desnos ou Céline n' ont jamais nié "faire de la littérature", usant cependant de bien des libertés avec elle. Paradoxe supplémentaire, l' OULIPO remet en question "l' illusion surréaliste" en se fixant le projet d' explorer " toutes les potentialités" (et l' écriture automatique alors?) par l' expérience d' une "contrainte" susceptible de stimuler l' imagination ( par exemple, dans "Sphinx", le sexe  des personnages d' Anne Garréta (Prix Médicis) ne peut être identifié.)

C' est dans cette perspective qu' aux deux fondateurs se sont notamment joints des acteurs du monde des Lettres comme Noël Arnaud, venu lui aussi du surréalisme, Jacques Roubaud, Georges Pérec, Italo Calvino,François Caradec ou Paul Fournel. On n' est pas candidat à l' OULIPO. On y est coopté à l' unanimité. Un seul refus est définitif.Mais la cooptation a valeur d' éternité. Une fois mort, on continue de figurer sur la liste des participants aux réunions avec la mention "absent excusé".

Grâce à un lent élargissement (non synonyme d' affadissement) l' OULIPO a peu à peu acquis une place notoire et émergé d' une situation à demi secrète qui ne lui déplaisait point. Le mouvement a testé de multiples pistes et divulgué le résultat de ses recherches dans les fascicules de sa "Bibliothèque oulipienne" couvrant l' étendue des champs possibles du langage.

41 ans après la disparition de Queneau, 57 après la naissance du Groupe et en dépit des procès faits au passé, l' OULIPO s' impose désormais dans la vie de la Littérature contemporaine. Est-ce à dire qu' il a failli à sa mission première? Sans doute pas si l' on considère son bilan : l' influence dans le monde universitaire français et étranger, l' extension de la démarche dans l' écrit, la vogue des conférences et manifestations publiques, la référence  ainsi  constituée dans les manuels d' enseignement de notre langue.

 

 

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MEMOIRE DE VAUBAN

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Anne Blanchard, décédée en 1998, était une universitaire qui a concentré ses recherches sur deux sujets : l' Histoire militaire de la France et l' Histoire du Languedoc, sa région natale.
Sa thèse de doctorat a suscité une publication de 700 pages, intitulée "Vauban", publiée chez Fayard. Avant de la lire, je n' avais sur l' illustre personnage que des vues sommaires. Or Vauban a été plus qu' un architecte militaire. Partant de la poliorcétique (science de la défense et de l' attaque de lieux assiégés), il est devenu un agent déterminant de la politique de conquête de Louis XIV.

Issu de la plus modeste noblesse morvandelle, Vauban, de son vrai nom Sébastien Le Prestre, s' set trouvé, à 18 ans à peine, embrigadé dans l' armée du Prince de Condé, en rébellion contre Louis XIII. Ce Morvandiau sans formation mais point sans ambition, s' est aussitôt révélé un surdoué en matière de stratégie guerrière, et plus précisément, chacun le sait, de fortifications. 

C' est alors que, vite rallié au pouvoir royal, repéré par Turenne et parrainé par Louvois puis Colbert, il contribue de manière spectaculaire à l' extension du domaine français : Flandre, Lorraine, Alsace, Franche-Comté, Outremont (les Alpes), Roussillon. Ces conquêtes doivent beaucoup à une nouvelle conception du "Siège" et à une technique de protection inédite des villes assiégées, toutes deux élaborées par Vauban.

Une autre chose ressort de l' étude d' Anne Blanchard, c' est le "rendu" d' une société où l' on s' embarrassait déjà peu avec l' argent public. Conflits d' intérêt, trafics d' influence, marchés truqués, favoritisme et népotisme fleurissent parmi les princes, les généraux et les ingénieurs. Vauban y a-t-il échappé? Un doute demeure à propos d' une affaire de fausses factures concernant d' importants travaux entrepris à Vieux Brisach, sur la rive droite du Rhin. Son prestige et sa grâce auprès du roi ont préservé le futur maréchal de suites éventuelles que cherchaient naturellement à alimenter ses rivaux. 

Une seconde remarque porte sur la passion "annexionniste" de Vauban. Zèle de courtisan ou défi de patriote ? Au prétexte de "réunir" pour mieux "protéger", le Contrôleur général n' a cessé de prôner une politique de rapines territoriales visant à étendre la puissance du monarque français. C' est son intuition impérialiste qui dessine encore aujourd'hui les contours de notre pays. Le "pré carré" du maréchal figurait déjà l' "Hexagone", selon le concept des "frontières naturelles" ( océans, montagnes, fleuves). Vauban, à mi chemin entre l' ère médiévale et celle des Lumières, demeure ainsi, depuis plus de trois siècles, la "mémoire visionnaire" des barrières de la Patrie.

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MACRON AU DETECTEUR DE CREDIBILITE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Trois mois après l' élection, aucune question ne semble approcher d'une réponse :

- comment attirer l' investissement (autrement dit les capitaux) sans abaisser la fiscalité, donc sans s' attaquer à sa structure et à son fonctionnement ? Après tout, le nouveau président a été Inspecteur des Finances, banquier, secrétaire adjoint de l' Elysée et ministre de l' Economie...

- comment abaisser la fiscalité sans incidence sur le déficit de l' Etat, donc sur le rapport à la réglementation européenne (les 3%) ?

- comment imaginer un accroissement de la dette sans effet négatif sur le niveau de vie des classes moyennes qui constituent l' essentiel de la majorité, donc sans réponse électorale défavorable?

- comment relancer l' Economie en braquant à la fois les Syndicats sur le Code du travail et le patronat s' agissant de la fiscalité de l' Entreprise ?

Certes, Macron semble avoir réussi son entrée sur la scène internationale, encore qu' on ne voie pas Trump modifier sa position en matière d' environnement, Poutine bouger d' un iota sa politique en Ukraine et en Syrie, ou la chancelière Merkel manifester l' intention d' intensifier son concours au Sahel et  assouplir sa raideur financière.

Déjà, "Jupiter" a différé l' exécution de certaines de ses annonces programmatiques comme la suppression partielle de la taxe d' habitation et la révision du contour de l' ISF. Le chômage stagne. Tous les budgets sont visés, les aides sociales menacées (ainsi avec les 5 euros mensuels rognés sur l' APL), la rémunération des fonctionnaires et les retraites gelées et frappées par une augmentation sensible de la CSG. Le plus ennuyeux est que ne se profile rien de bien clair, malgré un début de reprise économique en Europe. 64% de satisfaits en juin, 36% en août : le thérapeute et ses Ordonnances ne font pas recette.

Macron a été élu sur un coup de dé. Les Français, écoeurés par la paresse de Chirac, le bling-bling sarkozyste et l' impuissance d' un Hollande, attendaient un sauveur alliant la conviction patriotique gaulliste et l' intelligence prospective mendèsienne. Ce jeune techno-intellectuel , au sourire éclatant, est survenu soudainement pour enclencher la dynamique d' opinion adéquate, celle dont n' avaient su, en leur temps, profiter ni Delors ni Rocard. Le rejet des Partis dits de gouvernement et la peur de l' extrème droite ont occulté l' ambiguïté du discours "rassembleur", au parfum bayrouiste, éludant les contradictions concrètes de la société. Tour de passe-passe dont le citoyen, méfiant, se met à mesurer, une fois de plus, les limites.

C' est que gouverner de nos jours une Nation aussi complexe et multiple que la France, dans un contexte mondial  aussi difficile et aussi tendu, ne s' improvise pas, ne  saurait se borner à des "à peu près" et des trouvailles de com'. Il  faut, pour s' affirmer crédible, une ligne lisible, des équipes préparées à l' exercice du pouvoir, une majorité homogène. Alors ? oui, moi, à la base, me sens comme tout le monde...perplexe...

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