La Passion de Luther King

Publié le par memoire-et-societe

Martin Luther King a été l' homme d'une Passion : celle de la Justice par la non violence. Il n'en a pas été la première victime. Mais son combat, mortel, a été juridiquement victorieux.

" L' homme d' Atlanta " vivait dans un Etat des U.S.A, la Géorgie, où, 14 ans avant sa naissance en 1929, s' était reconstitué le fameux Ku Klux Klan. Luther King jr., contemporain du krach boursier de Wall street, a ainsi passé son enfance au sein d' une communauté racialement discriminée, dont les deux tiers des membres étaient chômeurs. Lui appartenait à un embryon de classe moyenne noire : son père pasteur dirigeait une Association pour la promotion des gens de couleur et se montrait un homme d' affaires avisé.
King jr. a donc été un privilégié de l' éducation occidentale : admis à 15 ans à Morehouse College, sorte de Harvard pour Noirs, il y connait une crise de mysticisme qui l' oriente vers la vocation religieuse. A la même époque de sa vie, il découvre " Essai sur la désobéissance civile " de Henry David Thoreau, premier contact avec l' idée de résistance non violente, puis lit l' oeuvre de Marx dont il désapprouve l' interprétation matérialiste de l' Histoire mais retient la critique du capitalisme. C' est chez Gandhi qu'il trouve enfin la réponse susceptible de nourrir l' exigence d' équité qui l' habite.

Il achève sa formation philosophique à l' université de Boston et se marie avec la fille d' un petit entrepreneur. Le couple s' installe en 1954 à Montgomery, fief raciste de l' Alabama où " l' apôtre des Noirs" déploie très vite une intense activité en faveur de l' égalité civique. L' affaire Rosa Park, du nom d' une femme condamnée pour avoir refusé de céder son siège à un Blanc dans l' autobus, noue le destin du Docteur King. Il prend la tête de la " guerre des autobus " qui va durer plus d' un an et pose publiquement le problème des Droits. Menacé de lynchage, agressé physiquement, espionné par la CIA de Hoover, incarcéré plusieurs fois sous de faux prétextes, King réplique en demandant à ses partisans d' " aimer nos ennemis ".

En décembre 1956, la Cour Suprême déclare inconstitutionnelle la ségrégation dans les transports, alors que l' agitation gagne de plus en plus les communautés noires. King demeure formel : " Une insurrection , dit-il, dans un pays où les Noirs ne représentent que 12% de la population et ne possèdent qu' un pourcentage minime d' armement, serait un suicide ".

De retour dans son quartier natal d' Auburn, il y prêche à l' Ebener Baptist Church, comme son père. Il est toujours l' objet de multiples persécutions qui finissent par provoquer l' intervention pour sa défense du candidat démocrate à la Maison Blanche, John Kennedy. Rien ne freine désormais la détermination de King. Il va partout où on l' appelle : à Albany, Birmingham, Washington, Detroit, New York, Chicago, Rochester, partout il attire des foules immenses et s' offre comme cible aux milices ultra.
Le Prix Nobel de la Paix, qui lui est décerné en 1964, ne peut modifier son destin. King, indifférent aux effets de la notoriété, ne cesse d' en appeler à " ceux qui meurent de faim dans le Mississipi, qui n' ont pas de travail, et qu' on empêche de voter." Un courant plus radical que le sien s' est formé avec le mouvement nationaliste des " black muslims". Son leader, Malcolm X, plaide la violence en regard des maigres résultats obtenus jusqu' ici .Le légalisme est selon lui un luxe petit-bourgeois qui fait sourire Hoover et les racistes. Cela ne suffit pas à détourner King du gradualisme. La loi sur le vote des Noirs est signée en août 1965. King continue de se déclarer ouvert à toute solution à la condition d' avancer sans verser le sang.

Parallèlement, il s' engage contre la guerre du Vietnam qui implique de nombreux soldats "de couleur " Il s' écrie en 1967 : " Un pays qui dépense, année après année, plus pour son budget militaire que pour le progrès social va vers sa mort spirituelle". Il élargit le problème racial à celui de la pauvreté, de la solidarité pour l' emploi, le logement et l' instruction, associant à son combat les Portoricains, les Latinos, les Amerindiens et les Blancs déshérités des Apalaches. Il déborde sans hésiter les prudences modérées en esquivant les risques irréfléchis.

En 1968, il est à Memphis pour soutenir la grève des égoutiers et des éboueurs. Il a , comme Jaurès, depuis longtemps la prescience de son assassinat : il sort un instant sur le balcon de son motel, un tireur guette...James Earl Ray, un déséquilibré. King mourant murmure seulement : " Enfin libre, enfin libre ". Loin de là, au fond du continent noir, un homme qui aura 95 ans demain 18 juillet, Nelson Mandela, a déjà pris le relais.

P.S. Ce blog , " Mémoire et Société ", fait l' objet, pour la période août 2011- mai 2013, d' une publication imprimée sous le titre " Chroniques franco-citoyennes ".

L' ouvrage est accessible en librairie, ou chez l' éditeur: "Dictus Publishing ", Heinrich Böcking strasse 6-8, 66121 Sarrebrück ( Allemagne )

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