L' offensive évangéliste

Publié le par memoire-et-societe

Longtemps cantonné dans les terres luthériennes et calvinistes, l' évangélisme connait un développement planétaire. Ses fidèles, groupés sous diverses dénominations ( baptistes, méthodistes, adventistes, etc.), participent de congrégations plus piétistes et surtout plus conservatrices que les églises réformées traditionnelles.

Aux Etats-Unis, foyer du renouveau, c' est d' Allemagne que sont arrivés les anabaptistes et d' Angleterre les méthodistes, ce qui explique les affinités, quoiqu' il en soit profondes, de la communauté blanche avec ces deux pays européens. Quant au pentecôtisme, aujourd'hui le plus actif des mouvements évangéliques, ses premières manifestations, du côté de Los Angelès, datent du début du XXème siècle.

On compte de nos jours 420 millions d' évangélistes, dont une moitié de pentecôtistes, sur un total d' un milliard 900 millions de chrétiens. Ils sont 90 millions en Chine, où l'on dénombre plusieurs milliers de conversions quotidiennes, 116 millions en Afrique, 55 millions en Amérique latine ( dont 40 au seul Brésil ), 17 en Europe. En Amérique du nord, rampe de lancement favorite des " églises " et de leurs prêcheurs, 94 millions d' habitants, plus du quart de la population des U.S.A et du Canada, sont rattachés à un mouvement évangélique.

En France, où l' on recense environ un demi million de protestants toutes tendances confondues, le pentecôtisme bénéficie d' une croissance sensible dans les milieux immigrés noirs, posant de nouveaux problèmes inter-culturels (par exemple l' adaptation chantée et dansée du rituel, qui a créé outre atlantique les " negro spirituals " ) aux dépens non seulement des autres courants du protestantisme mais aussi des catholicismes romain et orthodoxe. Le pentecôtisme est porteur à la fois de tonalité antiraciste et de rigorisme dogmatique qui répondent à l' attente de fidèles expatriés comme au respect de l' Ecriture.

D' où un prosélytisme basé sur le témoignage plus que sur l' exégèse, et la multiplication de "missionnaires",souvent américains, éparpillés aux quatre coins du monde.C' est ici que la politique se confond avec la religion. On porte la bonne parole, vivant au sein des populations, acquérant leurs langues, et on profite de l' occasion pour tisser de précieux réseaux de renseignements dont se délecte la C.I.A. La proximité des néo-fondamentalistes avec les ultras du Parti Républicain (Tea party) aux Etats-Unis n' est plus à démontrer. Leur infiltration dans les rouages de la société ( écoles,universités, associations culturelles, organisations professionnelles ) systématique, leur coopération avec leurs homologues israëliens de notoriété publique.

Sur le terrain, les évangélistes affrontent directement les éléments islamiques radicaux contre lesquels ils mènent une guerre d' "impérialistes mécréants " ou de "démocrates humanitaires", selon l' interlocuteur. Leur montée en puissance puissance les rend en tout cas plus " offensifs" face aux menées salafistes.

Mais ce combat, mondialisé, truffé d' ambiguïtés et de contradictions, est perçu dans le tiers-monde comme une hypocrite récurrence des croisades et des colonisations.Quand j' étais encore étudiant, des mouvements tels qu' "Occident" et "Ordre Nouveau",auxquels appartenaient alors des politiques aujourd'hui solidement installés dans le confort parlementaire ou ministériel, badigeonnaient les murs de la Sorbonne de slogans appelant à la défense d' une chrétienté au demeurant bien portante. Les évangélistes n' ont rien inventé.

Publié dans société

Commenter cet article