Juppé encore

Publié le par memoire-et-societe

Quelque temps avant que Sarkozy ne décide de se représenter aux présidentielles de 2012, la rumeur d' une candidature Juppé avait couru avec insistance (voir article " A droite" du 23/09/2011). L' intéressé l' avait lui-même entretenue en déclarant : " S' il n'y va pas, j' irai." Depuis, " le meilleur d' entre nous ", ainsi que l' avait qualifié Chirac, s' est fait discret. Au plus fort de la bataille Fillon-Copé, on a sollicité de lui un arbitrage à l' issue duquel il s' est bien gardé de prendre parti. En réalité, on l' a compris, Juppé n' a jamais renoncé ni cessé de ménager l' avenir.

Bien lui en a pris puisqu'il est aujourd'hui en tête des sondages à droite, comme Vals à gauche, et qu' il peut plus clairement arrêter sa stratégie: se concentrer dans l' immédiat sur l' élection municipale de Bordeaux, consultation dont il veut faire un referendum en espérant balayer au passage la ministre socialiste chargée des Personnes âgées et de l' Autonomie, Michèle Delaunay. Une fois la victoire acquise haut la main dans cette importante cité, et investi d' un nouveau mandat populaire, il sera à même de mieux peser sur l' UMP qu' il a présidée de 2002 à 2004 et qui s' épuise en querelles internes . Donc en mesure d' y briguer une candidature aux plus éminentes responsabilités.

En effet, si son expérience à Matignon (1995-97) et ses ennuis judiciaires (où il a surtout servi de bouclier au maire de Paris...Chirac ) ont brisé son élan, son double passage au quai d' Orsay (1993-95 et 2011-12) lui a valu la réputation de plus brillant ministre des Affaires Etrangères qu' ait eu la France depuis 40 ans ( avec peut-être Hubert Védrine). Il est, de l' avis général, l' un des rares hommes politiques français à avoir eu une vision prospective du printemps arabe, équilibrée du problème israëlo-palestinien, et exacte des possibilités de l' Europe au Moyen-Orient.

Juppé a par conséquent une dimension internationale que, sauf Sarkozy (? !), n' ont pas ses concurrents potentiels au sein de l'UMP, et que n' avait pas davantage Hollande lorsqu'il a été élu. Or le pays, affaibli aux yeux de l' Allemagne en Europe et, depuis plus longtemps, des Etats-Unis dans le monde, a besoin non seulement d' un solide redressement de son économie ( Juppé est à l' origine inspecteur des Finances), mais aussi d' une réhabilitation de son image hors frontière.

A priori Juppé, fort de son expérience politique et "bonifié" par la distanciation qu' apportent les années (il a 68 ans) et que confirme son blog , semble répondre aux attentes de l' électorat modéré. Pour lui, 2017 est en tout cas l' ultime occasion d' accéder à l' Elysée. Il ne saisira évidemment celle-ci qu' après s' être préalablement doté du maximum d' atouts, entouré d' un tas de précautions, et avoir laissé se décanter la situation d' une Droite toujours en proie à la voracité des ambitions personnelles, aux tropismes de la division, aux manoeuvres du néo- centrisme et à l' activisme du Front NationaL, ce qui fait quand même beaucoup.

Il lui faut de toute façon encore demeurer à l' affût avant de se découvrir, courant 2015 logiquement.

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