Classe caviar

Publié le par memoire-et-societe

La gauche caviar fait partie du paysage social. L' expression désigne ceux qui, nés avec une cuillère dorée dans la bouche, dénoncent les privilèges de leur classe. Pas besoin de noms, l' actualité politique,médiatique et culturelle les mentionne régulièrement.

Forte de sa position dans les lieux de pouvoir, la gauche caviar occupe un espace plus vaste que celui qui correspond à son importance numérique : elle parle dans les Assemblées, fait la "une" des journaux, saute d' un plateau de télévision à un autre, publie des livres qu' achète parfois le bon peuple, bref s' efforce de peser sur l' opinion.

Y a-t- il du mérite à être riche,connu et de gauche? Sans doute puisqu' on a le choix. On pourrait concourir à épauler le parti de l' argent, mais non, on apporte le prestige de sa notoriété à des forces qui déclarent vouloir, au moins théoriquement, le défaire. La fiabilité de ces nantis que la fortune a placés au-dessus des citoyens ordinaires est-elle cependant crédible? Autant que celle de militants embourgeoisés, enivrés par les ors de la République. Les lambris n' impressionnent pas les people même de gauche, c' est leur décor habituel. D' autres motivations les animent.

La gauche caviar est souvent qualifiée de poseuse et de démagogue. On ne peut faire fi de ces reproches. J'ai connu au P.S.U une dame milliardaire, mendèsiste en vison, qui se faisait déposer par son chauffeur deux cents mètres avant le point de départ d' une manifestation pour qu' on l' y voie arriver démocratiquement à pied avant d' aller prendre rang parmi ceux qui se regroupaient pour fustiger le capitalisme. Où chercher un frisson plus snob?

L' anecdote soulève pourtant une question : la gauche caviar ne se limite-t-elle qu' à un élitisme étranger aux foules qu' elle se pique de défendre et avec lesquelles elle ne dialogue guère? n' a-t-elle goût que pour le citoyen idéalisé et dédain pour l' homme de la rue? L' ambigüité de comportement de l' intellectuel notablilisé dans le mouvement social ne date pas d' aujourd'hui. Derrière la solidarité se profilent quelquefois des priorités qui n' engagent qu' en partie la transformation globale.

Le flou idéologique qu' implique, par exemple, la simple référence aux "valeurs républicaines" sans les rappeler toutes, permet de focaliser sur un motif isolé d' engagement. Ainsi, un antiraciste caviar peut-il ne pas se sentir obligatoirement tenu par le chômage et les dégâts de la mondialisation. La gauche lui sert de marchepied pour mieux lutter contre le Front national.

Nulle part en fait ne se croisent la vie du caviariste et celle du "col bleu": ni dans leurs conditions de travail, de transport, d' habitat, ni dans leur milieu relationnel, ni dans leurs choix culturels, ni dans leurs perspectives, ni même dans leur action militante (jours de grève non payés pour l'un, signature au bas d' une pétition où il convient de figurer pour l' autre). Le voile se déchire face à la réalité. La gauche caviar ne dissimule plus son appartenance à la classe dominante. Au cynisme de droite, elle n' offre qu' une alternative : l' hypocrisie des bonnes consciences.

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