C' est l'autoévaluation qui manque

Publié le par memoire-et-societe

L' affaire syrienne est révélatrice. Elle met à nu l' irréalisme politique et diplomatique des gouvernants français. Ne revenons pas ici sur le fond : faut-il "punir" Damas? Le G 20 et la conférence des ministres européens de Vilnius ont parlé. Poutine en sort renforcé, Obama affaibli, Hollande ridiculisé.

Mon attention se porte plutôt sur la légèreté avec laquelle l' Exécutif a traité d' emblée un problème aussi complexe. La rapidité de son engagement radical témoigne, au minimum, d' une inexpérience et d' une insuffisance d' analyse qui, après des décennies de vie politique, seraient alarmantes si l' on était prêt à croire totalement à celles-ci.

Pourquoi avoir embrayé pied au plancher sans même avoir consulté les partenaires d' une Communauté dont on est partie intégrante, en s' appuyant sur les premières déclarations de responsables aussi égocentristes que les Anglo-Saxons? Total: le Parlement anglais a basculé vers le non, le président des Etats-Unis a fait marche arrière. La France se trouve donc isolée sur son propre continent, et sa politique étrangère est suspendue au vote de représentants américains parfaitement indifférents aux états d' âme des descendants de La Fayette. Notre indépendance se révèle publiquement une relative fiction qui place le pays (dura lex) au rang de nation de second ordre.

Sa démarche a constitué en outre un mauvais exemple pour l' ONU dont, en l' occurrence, le Conseil de Sécurité et les envoyés sur le terrain (l' Elysée dit soudain "attendre leur rapport") ont été jusque là superbement ignorés par Paris. Beau bilan.

L' enthousiasme à vouloir casser du salafiste aurait pourtant pu être tempéré par la sérénité allemande. Voici un voisin de la France, deux fois plus riche qu' elle, qui ne débourse guère d' euros en faveur du respect ombrageux du Droit international, ne fait la leçon à personne, et se contente d' écumer en toute neutralité les marchés mondiaux. Aussi ses finances n' ont-elles pas à souffrir des dépenses militaires incessantes ( Côte d' Ivoire, Afghanistan, Liban, Libye, Mali) qui accablent les contribuables hexagonaux dont 64% selon les sondages sont hostiles aux frappes purement moralisatrices.

Qui alors s' acharne à vouer la France, rongée par le chômage et la désindustrialisation, discréditée par une délinquance exponentielle, à s' ériger en garante de l' Ordre universel? Quelles références peut- elle fournir pour s' autoriser à parler de si haut? La Libye de MM.Sarkozy et Lévy? Leurs exploits y ont abouti à un sanglant chaos avec métastases en Afrique sub-saharienne, qui ont de plus accru la méfiance de Poutine à l' égard de la parole des Occidentaux. Ou bien y aurait-il chez le président Hollande, institué chef de guerre, quelque ivresse malienne venue d' une expédition militairement réussie mais politiquement incertaine?

On peut aussi s' interroger sur l' étrange silence d' Israël devant des évènements qui le concernent au premier chef. Bénéficierait-t-il des bons offices d' intermédiaires plaidant en faveur de ses intérêts sans qu' il ait à se mettre en avant et risque ainsi de ressouder la solidarité musulmane? A noter que depuis que M.Fabius insiste pour mettre à nouveau sac au dos des soldats français, les djihaddistes de la Seine-Saint-Denis s' empressent de rallier une rébellion où, précisément, les fondamentalistes pèsent de plus en plus. Cherchez l' erreur.

MM. Hollande et Fabius, qui suivent le dossier, manquent-ils de temps pour se préoccuper de tous ces détails, ou les méfaits du gaz sarin obscurcissent-ils tellement leur vision des choses qu' ils ne mesurent plus trop où est la réalité rappelée par leurs collègues européens? C' est peut-être cette surévaluation qui crée aujourd'hui un malaise...

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