Wols : la Culture contre l' Histoire (3)

Publié le par memoire-et-societe

Wols (acronyme de Wolfgang Schultze ) a fait partie de cette pleîade d' artistes et de poètes allemands ou germanophones qui, en provenance du mouvement dadaîste à Zurich, Cologne et Hanovre, du Bauhaus à Weimar et des groupes "Der blaue Reiter " (Le Cavalier bleu ) à Munich, et  " Die Brücke " (Le Pont ) à Dresde et Berlin, ont apporté, après la première guerre mondiale, leur talent à l' avant-garde culturelle européenne massée à Montparnasse, "capitale de l' Art dégénéré ", selon la terminologie hitlérienne.

Tous, Ernst, Hartung, Bellmer, Klee, le Russe Kandinsky, les Alsaciens Arp et Schickelé, la Tchèque Toyen (pseudonyme fabriqué à partir du mot "citoyen" ), les Roumains Tzara et Brauner ont été,comme Wols, des antinazis affirmés, la plupart ayant d' ailleurs acquis, à un moment ou un autre, la nationalité française.

Bien entendu, les Surréalistes ont accueilli les "Dégenérés" à bras ouverts. Arp et Bellmer sont devenus des amis personnels d' Eluard. Ernst, artilleur dans l' armée allemande, se trouvait le 27 mai 1918 sur le champ de bataille de Vailly, à quelques centaines de mètres du poète Joë Bousquet quand celui-ci reçut un éclat d' obus qui le rendit définitivement grabataire. Leur relation  ne cessa qu' avec le décès de Bousquet en 1950.

Wols, lui, né en 1913 à Berlin, a grandi à Dresde ou ses parents fréquentaient le peintre expressionniste Otto Dix et l' ethnologue Leo Frobenius. Etudiant touche à tout, déjà très doué pour la photographie, il part pour Paris en 1932. Il y rencontre une Roumaine vivant avec le poète surréaliste Jacques Baron,Gréty. Elle devient sa compagne et l' introduit dans le milieu surréaliste. Rompant alors avec son pays natal, Wols, désormais apatride, obtient grâce à Fernand Léger un permis de séjour et s' établit comme photographe spécialisé dans les portraits de comédiens.

Du fait de ses origines, Wols, déserteur aux yeux de le Wehrmacht, se retrouve néanmoins incarcéré par les Autorités françaises en septembre 1939 au camp des Milles, près d' Aix en Provence. Il y cotoie Max Ernst, Hans Bellmer, Franz Hessel ( le père de Stéphane ), eux aussi victimes d' une nationalité qu' ils ont reniée. Wols imagine un moyen de sortir de la situation : il épouse en octobre 1940 Gréty, devenue française lors de son mariage avec Baron. Wols, Français par alliance, est à nouveau menacé par l' invasion de la " zone libre " en 1942, après avoir tenté en vain de gagner l' Amérique comme Breton, Ernst ou Masson. Il se cache dans la Drôme, accumulant photos, aquarelles et, cette fois, peintures à l' huile qui attirent l' oeil des amateurs d' art abstrait.

La Libération venue, Wols, déjà fragilisé par l' alcool qui ruinera sa santé jusqu' à sa mort prématurée à 38 ans, expose dans  nombre de  galeries et  salons  avec des peintres et photographes consacrés ( Mathieu, Hartung, Brassaï, Cartier-Bresson ). Sartre le préface, Paulhan lui rend hommage dans  " L' Art  informel " ou est analysé un parcours qui, du surréalisme, a conduit l' artiste  " régènéré" au  tâchisme et  à une expression entièrement libérée de la forme. Avec Wols, la Culture a pris sa revanche sur l' Histoire.

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