Une vieille affaire

Publié le par memoire-et-societe

Nicolas Sarkozy, qui n'en manque pas une, et n’est pas à l’heure actuelle candidat à sa succession (relire à ce sujet l'article " A droite" du 23/09/1), insiste sur le fait que " les Français ne travaillent pas assez ". Dans un pays ou le chômage frise les dix pour cent, c'est chercher comment perdre encore des voix.

La vérité est que le MEDEF veut profiter des élections présidentielles pour en finir avec les 35 heures, son épouvantail favori. A cet effet, l'organisation patronale a fait une nouvelle fois appel à l' Institut COE-Rexecode, à son service, pour déterrer des chiffres jetés à l'opinion sans nuance ni précision. "En dix ans, déclare l’Institut en question, le salarié français a vu son temps de travail diminuer de 14%". Dit comme ça, il y a presque de quoi expliquer la perte du triple A : la responsabilité de notre échec incombe aux smicards qui ne bossent pas.
Bien sur, l’insinuation ne résiste pas à l'analyse :

- d'abord, la santé de l'économie n'est pas déterminée par la durée du travail qui n'en est qu'un élément. Ainsi en Allemagne, référence obligée, la durée réelle du travail, contrairement à ce qu'affirme Rexecode, est, en moyenne, comparable, sinon légèrement inférieure dans plusieurs secteurs de l'industrie, aux temps français hors heures supplémentaires.
-Rexecode ne prend pas en compte des informations qui conduisent à relativiser son calcul : le temps partiel est plus répandu en Allemagne ; l'évolution démographique diffère : à la croissance de la population française (+ 8 millions d'habitants en 10 ans) s'oppose la décroissance de la population allemande (- 3 millions).

-la durée du travail sans évaluation de l'indice de productivité, impliquant le degré d'organisation de l'entreprise, les compétences et le type de fonctionnement  activité productrice ou travail aliéné), ne prouve rien.

-la présence au travail des cadres et des travailleurs indépendants, non comptabilisée, oscille selon les études entre 50 et 60 heures par semaine.
Au demeurant, le problème du travail en France est moins celui du total des heures effectuées que celui de l'absentéisme du à un mal-être diffus chez  beaucoup de salariés, à leur état semi dépressif, que le nombre grandissant de suicides en entreprise et la crainte permanente du "plan social" ou de la délocalisation, éclairent cruellement.

Le fond de cette vieille affaire est donc ailleurs. Comme dans chaque période de marasme économique et conjointement de régression sociale, la moindre perspective de limitation du temps de travail est aussitôt qualifiée par le patronat de "fatale pour la compétitivité". Cela confère alors au conflit une dimension quasi idéologique. L'égoïsme de classe ne supporte pas la remise en cause des profits et du mécanisme de l'offre et de la demande qui fonde l'économie libérale.

Le scénario est trop connu: il n'occulte pas la longue lutte au XIXème siècle pour la journée de 10 heures, ni celle des 40 heures en 1936. Que le patronat annonce régulièrement la ruine définitive de l'économie n'émeut pas grand monde. La solution ne saurait  être de travailler toujours plus: elle consiste davantage à trouver un équilibre justifiable entre le producteur et l'actionnaire.

 

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