Topographie d' un anniversaire

Publié le par memoire-et-societe

   Le 18 mars 2013 s' annonce un jour ordinaire.Sauf, quoiqu' il en soit, pour les amateurs d' Histoire, puisque ce sera le 142ème anniversaire de la Commune de Paris. Celle-ci a duré 71 jours, pour s' achever par la "Semaine sanglante" et le massacre des derniers insurgés au fond du cimetière du Père Lachaise.

   La Commune occupait  trois lignes dans mon livre de 1ère (le sujet a connu depuis des hauts et des bas) et  était confusément  associée à la présence des Prussiens qui encerclaient Paris. L' Ecole républicaine mentait  puisque l' un des motifs de l' insurrection de 1871, ainsi que l' a illustré  le ralliement patriotique du colonel Rossel, était l'insuffisance de la résistance du gouvernement dit de "Défense nationale" et  le désir du peuple, après des mois de blocus et de famine,de poursuivre la lutte contre l' envahisseur : c' est parce qu'ils interdisaient aux gardes nationaux  l' accès aux canons non utilisés que les généraux Lecomte et Thomas ont été  fusillés comme traitres dès le 18 mars.

   Je ne me suis donc jamais contenté de la version officielle. Vallès, Lissagaray, Vuillaume, ont laissé assez de récits incontestables. Etudiant, je montais fin mai, avec des cents et des mille, perdu dans la foule des drapeaux, au "Mur" (1), but annuel du pélerinage à la mémoire des 30.000 fédérés (chiffre régulièrement admis) victimes de cette guerre de classe d' une violence inédite (2).

   Je ne m' en tenais pas là.Je m' étais aussi traçé un parcours-souvenir de la rébellion qui m' entrainait sur des lieux marquants de son déroulement. Chemin de randonnée qui ne figure dans aucun Guide historique et polyglotte, mais  évoque  des barricades, des incendies, des exécutions, bref  les retombées de la haine et de la peur d' un Paris qu' on n'enseigne pas aux touristes.

   C' est à l' emplacement de l' actuelle basilique du Sacré-Coeur (3) qu' a achevé d' expirer  Eugène Varlin, qui avait précisément  tenté d' arracher à la foule  Lecomte et Thomas. Varlin incarnait l' une des plus nobles figures du mouvement ouvrier. Eviscèré, énucléé, démembré, la troupe est allé jeter ses restes dans une fosse du Père Lachaise. J' y songe quand je vois des multitudes insouciantes grimper au sommet de la colline, couronnée désormais d' une pieuse et pâle patisserie architecturale grâce aux  soins d' autorités attachées à faire oublier les    évènements qui ne flattent pas.

   En redescendant  Montmartre vers la gauche, on approche des vieux faubourgs, Saint-Martin et Saint-Denis, intégrés désormais au Xème arrondissement. De nombreux immigrés, des logements vétustes, de séculaires théâtres, d' assez misérables boutiques, et  la Mairie, rue du Château d' eau, tout près de la Bourse du travail. Une haute barricade se dressait  à l' angle de la rue du Faubourg Saint-Martin : c' était sur celle-la qu' avait choisi de se hisser le député Charles Delescluze, 62 ans, pour s' offrir aux balles versaillaises.

   Plus bas encore vers le centre, au bout de la rue du Temple, l' Hôtel de Ville : les Communards ont, le 24 mai, réduit en cendres ce palais renaissance, abri favori, selon eux, des tripotages et  des trahisons. N' a subsisté, trois ans durant, que " l' effroyable et admirable ruine" dont les lecteurs du Figaro réclamaient le maintien comme " témoignage édifiant de barbarie". On l' a reconstruit peu après, à l' identique.

   Sacrifiant l' héroïque Butte aux Cailles, cap à l' ouest, à l' extrème de la Ville, Porte du Point-du-Jour, endroit anodin, malgré son actuel " Centre d' animation Paris Jeunes". Le 21 mai, le lieu, voisin de la Seine et déserté (volontairement?), a permis à un espion d' y introduire les soldats versaillais. On imagine ceux-ci se glissant au petit matin le long des maisons endormies, vers la Porte Saint-Cloud, puis se répandant peu à peu dans les rues des Beaux Quartiers, sous les applaudissements, depuis leurs balcons, des élégants que ces Ruraux venaient "sauver". La Semaine sanglante commençait, promettant au général-marquis de Galliffet la victoire sur les ouvriers qu'il n'avait pu remporter face aux Prussiens.

   Le combat ramène sur le versant sud de Montmartre, après un crochet place Vendôme pour imaginer les débris de la Colonne vouée à l' Empereur, mise à  bas sur ordre de Gustave Courbet et  reconstruite en 1873 à sa charge. Nous sommes parvenus dans le quartier de la " Nouvelle Athènes", place Saint-Georges, devant la " Fondation Dosne-bibliothèque Thiers " où résidait le " bourreau de la Commune ". Les insurgés ont tout brûlé le 25 mai, et  sa belle-soeur a tout  restauré l' année suivante, aux frais du contribuable. Thiers n'y a cependant  jamais remis les pieds.

   Habitant le quartier, je m' arrête là. A chacun sa façon de ressusciter des circonstances qui, au fil du temps, ont quitté une mémoire plurielle pour entrer dans l' Histoire et, sans trop d' obstacles j' espère, dans les livres de 1ère.

 

 

(1) Le P.C., qui a acquis la fosse commune faisant face au Mur pour y enterrer ses dirigeants, a longtemps dominé, par ses bataillons militants, la commémoration de cette Révolution à sensibilités multiples (anarchiste, républicaine, démo-patriotique,etc.) 

(2) Depuis l' évocation de son centenaire (1971), la Commune ne fait plus l' objet de rassemblements  partisans.

(3) Eviter au passage  les ragots versaillais des livres  de l' acteur Lorànt Deutsch, et les récupérations démago de M.Guaino. On peut en revanche lire avantageusement, sur les usages politiques du passé, l' étude documentée de l' historien Eric Fournier : " La Commune n' est pas morte " (éd. Libertalia, 2013).

 

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j c 17/04/2014 17:13

j'ai connu le cortége qui chaque année , le 1er mai devant chez moi boulevard de charonne paris 11éme, à quelque métre du cimetiére du pére lachaise passer trés déterminer à aller se recueillir sur le mur . à l'entrée du pére lachaise .