Sur Patrice de La Tour du Pin

Publié le par memoire-et-societe

   La poésie est chose curieuse. Soit elle frappe à la manière d' un coup de poing comme chez  Rimbaud, Césaire ou Saint-John Perse, soit elle s' infiltre  puis chemine pour s'étaler sournoisement et durablement : ainsi avec un écrivain aujourd'hui assez négligé, Patrice de La Tour du Pin.

   A priori, rien ne m'apparente à l' auteur de " Une Somme de poésie " (éditions Gallimard ), châtelain pétri des traditions les plus aristocratiques, rurales et religieuses. Je crois l' avoir lu par inadvertance, à 17 ans, ignorant tout de lui. J' en ai retenu d'abord l' étrange mélodie des mots, le rapport mystique avec une terre constituée de bois et de marais dans une demi-lumière d' automne, sur fond de détonations et d' aboiements lointains. J' imaginais un barde bretonnant,sorti de la forêt de Brocéliande plus que de l' océan, cousin littéraire de Julien Gracq et de Saint-Pol-Roux. Il était du Gâtinais orléanais.

   Né en 1911, Patrice de La Tour du Pin Chambly de la Charce, était orphelin d' un père tué dès septembre 1914, et fils d'une descendante du marquis de Condorcet. Blessé en 1939, prisonnier en Silésie , il a consacré le restant de ses jours, jusqu' à sa mort en 1975, à chasser et, trente ans durant, travailler dans son château de Bignon, en "reclus de la poésie", au renouveau de la liturgie , fort de son " expérience des mouvements intérieurs ".

   Son propos et son écriture, appliqués à un monde qui n' existe pratiquement plus, mais reconnus par Gide, Aragon, Camus et Montherlant, transmettent encore - je viens de relire " L' Ecole de Tess " (4ème Livre )-cette nostalgie d' une vision devenue étrangère à notre temps.

   Là subsiste le tour de force d' une telle poésie : rappeler l'inquiète effervescence de l' esprit et renouveler la forme de son questionnement.

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