Sur la nature du Prince sortant

Publié le par memoire-et-societe

Dans une monarchie républicaine comme la France aujourd'hui, la personnalité du Prince pèse lourd. Nicolas Sarkozy achève son quinquennat. On peut donc évoquer la place qu' y ont tenu son caractère et sa "nature" :

Disons en préambule que le "sortant" n'a ni le goût inné de l'économie ni la culture propre à celle-ci. Il est d'abord, comme Mitterrand qui a régné quatorze ans sans notions particulières de gestion, un avocat ayant choisi la politique. Les Républiques précédentes ont été façonnées par des juristes. Le monde a changé: le président doit désormais maîtriser les faits économiques et commerciaux sans s'en remettre à des courtisans spécialisés d'avis souvent opposés. Le pouvoir de la Parole a cédé la place à celui des banques et des marchés. Strauss-Kahn, s'il avait été plus respectable, aurait répondu au profil requis. Aucune nostalgie pour l'individu, quelque regret pour l'expert qui aurait sans doute su habilement piloter une manière de libéralisme social-démocrate, d'ailleurs peu conforme avec la visée socialiste d'une transformation de la domination de classe.

Sarkozy fonctionne d'autre part par pulsions et engouements. En 2007, il a bâti son projet présidentiel sur le modèle américain auquel il vouait une admiration un peu enfantine (l’opposition l’appelait d’ailleurs « l’Américain »). De cette éminente référence découlait, selon lui, des capacités qui allaient arrimer la France dans le peloton de tête des Nations. Pas de chance, c'était l' Amérique de Bush junior, totalement indifférent à la ferveur de son homologue. Ce dernier avait, il est vrai, à subir le courroux anti-gaulois consécutif au refus chiraquien de la guerre d'Irak. Le Français ne ménageait pourtant pas ses efforts, n'hésitant pas, en pleine crise conjugale avec son épouse Cécilia, à prendre des vacances là ou résidait l'Américain, précisément, en fin de mandat. La crise des "subprimes", puis celle de la dette et la chute de Lehmann Brothers, sont venues entamer l'enthousiasme initial. D'autant plus que le nouvel occupant de la Maison Blanche, Obama,  ne semblait pas placer la solidarité avec la France parmi ses priorités. Le choix du clonage n'était donc pas le meilleur.

Tandis que le château de cartes européen se mettait à branler, Sarkozy se découvrait soudain un emballement irrépressible pour l’Allemagne, notre "partenaire naturel". Et de bisouter la chancelière, la cajoler, et l'agacer à force. Tout était prétexte à éloges sur cette fée de la réussite. Le sarkozysme ne rêvait plus qu'à mettre ses pas là ou l’Allemagne avait posé depuis longtemps les siens. Les résultats de la République fédérale étaient nos objectifs. Son taux de croissance la prometteuse perspective d'un Etat dont les finances fondaient comme neige au soleil. Mais là encore, la solidarité n'était pas exacte au rendez-vous. Triple A ou non, la chancelière n'a guère relâché sa pression anti-inflationniste. Le géniteur du G20 et de l' " Union pour la Méditerranée", deux pétards mouillés, s'est retrouvé seul, affaibli parallèlement au plan intérieur par ses effets d'annonce sans lendemain, ses cadeaux, ses reculades et ses contradictions: tant sur le bouclier fiscal que sur la baisse de la TVA dans la restauration ou la taxe Tobin, par exemple.

Qu'en retenir ? Que ce Prince a la vulnérabilité des impulsifs. Décisions trop hâtives, prises "sur le coup", initiatives non étayées par une information préalable suffisante puis une réflexion approfondie, réactions soumises à une actualité éphémère, discours définitifs prononcés " à chaud ", conseillers choisis au mérite médiatique: en politique, l'homme d'action ne saurait se résumer au fonceur inspiré, mu par les tendances qui l' environnent.
Aussi Nicolas Sarkozy va-t-il perdre s'il persiste à vouloir se représenter. Rançon d'une certaine immaturité ou la bonne volonté n'a pas toujours manqué, mais ou la placidité nécessaire, et avec elle la réussite, ont fait défaut.

 

 

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