Retournement d' un retournement

Publié le par memoire-et-societe

   En 1956, l' insurrection algérienne, vieille de presque 2 ans, avait fait  tâche d' huile avec le soutien affiché du leader égyptien Gamal Abdel Nasser, lui même allié de Moscou. Le Q.G. des "rebelles", selon la formulation de l' époque, était installé au Caire d'où partaient les caravanes d' armes destinées au FLN.
   A Paris, sous le gouvernement socialiste de Guy Mollet, les nombreux partisans de l' Algérie française et les pro-sionistes faisaient campagne en faveur d' une intervention sur le canal de Suez, que Nasser venait de nationaliser. Le projet s' efforçait d'

 associer le Royaume Uni, toujours chatouilleux quant aux approvisionnements en pétrole et  à son accès à l' océan indien.

   Une expédition franco-britannique ( plan Mousquetaire) du meilleur style colonial est donc montée en novembre 1956 en direction de Port Saïd, entrée du Canal, alors que de son côté Israël se lançait dans la guerre du SinaÏ derrière  Ben Gourion. Si, en quelques jours, Tsahal avait atteint ses objectifs, les Européens, eux, enregistraient un retentissant  fiasco politique avec l' ultimatum américano-soviétique exigeant l' arrêt immédiat de l' opération. Moment-clé. Tout basculait soudain, les cartes étaient  redistribuées au Moyen Orient où l' angélisme des USA  venait remplacer les turpitudes des vieux empires coloniaux. Ce malheureux baroud amorçait  en outre l' agonie de l' Algérie française. Les lendemains du 13 mai 1958 étaient déjà contenus dans l' échec de Port-Saîd.

   Assiste-t-on aujourd'hui à une sorte de retournement du retournement d'il y a 55 ans? Avec la  guerre d' Irak et  son appui inconditionnel à Israël, l' autorité de Washington, dont il ne faut pas pour autant négliger les moyens de pression sur les pays islamiques, est affaiblie. Ce sont maintenant les anciens parias  français et  anglais qui, forts de leur expérience, jouent parfois les intermédiaires entre des leaders du printemps arabe et  un Département d' Etat  dépassé par la rapidité du changement  puis, il est vrai, moins polarisé sur la région. C' est en partie juste pour la Libye où s' est  tant agité Sarkozy , mais aussi pour ce qui concerne le Maghreb et  le Sahara.

   Ainsi le précepte selon lequel la Nature a horreur du vide se vérifie-t-il. Le monde arabe se cherche un interlocuteur occidental, et on n' est plus en 1956...

Publié dans histoire

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r séaume 15/02/2013 16:46

très interessant.Merci