Réhabiliter Maurice Fourré

Publié le par memoire-et-societe

   Un jour de 1950, l' incontournable André Breton qui, à ce moment-là, venait de prendre en charge chez Gallimard une nouvelle collection, "Révélation", qui lui allait comme un gant, reçut un manuscrit que lui recommandait chaudement Julien Gracq. Titre: " La Nuit du Rose-Hôtel". Cadre: un hôtel de passe du quartier Montparnasse. Auteur: un quasi anonyme de 74 ans, issu de la bonne bourgeoisie angevine,  Maurice Fourré.

   Breton lit, est emballé. " La Nuit du Rose-Hôtel" qu' il préface, sera le premier et unique ouvrage de la Collection, lui- même s' étant rapidement brouillé avec l' éditeur. Les amateurs de littérature porno s' estimant quelque part grugés, le livre n' est pas un succès, en dépit des louanges de Paulhan, Bachelard et Cocteau. Mais, pour Breton, il encourage sa propre inclination vers un spiritualisme de nature féérique, une approche revivifiée du Merveilleux.

   L' engouement pour la personne de Fourré ne dure pas: l' Angevin est ami avec Carrouges, un dominicain qui tente de rallier le surréalisme à sa cause religieuse.  C' est plus qu' il n' en faut. Carrouges exclu du Groupe sans un pli, Fourré perd des alliés de poids dans le milieu. Son roman suivant, "Tête-de-Nègre", est refusé par Gallimard, qui publie pourtant "La Marraine du sel", texte fondé sur l' "Affaire Marie Besnard", dite " La bonne dame de Loudun", accusée de12 meurtres par empoisonnement puis acquittée, laquelle bénéficie de l' intérêt des surréalistes. Nouvel échec commercial.

   Là s' arrête la carrière parisienne de Fourré, qu'on peut ranger littérairement du côté de ses contemporains Alfred Jarry, Raymond Roussel et Pierre-Albert Birot. L' écrivain se replie alors vers l" ouest français",et plus précisément  Nantes, dont il abreuve la presse de chroniques et  de nouvelles. Il aura cependant la satisfaction de signer un ultime contrat pour la nouvelle version de "Tête-de-Nègre" qui paraitra en 1960, un an après sa mort.

   La réhabilitation (discrète) de Fourré attendra des décennies. En 1999, Claude Merlin adaptera ses romans pour le théâtre, puis Bruno Duval lui consacrera deux films video. Des études ( Philippe Audoin,Jacqueline Chémieux-Gendron), des revues ( La Mandragore), des colloques ( " Ecrivains de la Loire ") s' efforceront également de ressusciter ce "rêveur définitif", méconnu plus encore qu' oublié, dont l' imaginaire a conquis ses rares lecteurs.

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