Qu' en est-il de la devise républicaine?

Publié le par memoire-et-societe

   On est heureux de relever d' une République proclamant son attachement aux principes de liberté, d' égalité et de fraternité. Ces choix sont capitaux quel que soit l' ordre dans lequel on les énonce : ils participent de l' idéal du " vivre ensemble". Ce n' est certes là qu' une devise. Elle montre la voie.

   L' égalité est à entendre non comme un nivellement contre nature, mais comme une exigence de justice. Les "congés payés", datant de 1936 sont, de ce point de vue, un exemple. Cette année-là des patrons ont renoncé à leurs vacances pour ne pas rencontrer les familles des " salopards en casquette" sur les plages. Où  je suis né, de vieux ouvriers ont pleuré. Eux qui n' avaient jamais dépassé les murs de leur usine, ne sont pas partis. C' était trop tard. Ils pleuraient de joie pour les plus jeunes. Actuellement, ceux qui trouvent à travailler le dimanche passent pour privilégiés...

   La liberté, j' en ai mesuré la valeur dans les rues de Paris en août 1944. J' étais, avec d' autres gamins, sur la barricade de la rue du Temple. Mon père au camp de Mauthausen. Chaque pavé entassé sur ces obstacles dérisoires que les "panzer" refluant par la rue de Rivoli ne daignaient même pas écraser, avait pour moi une signification vitale: le retour d' un père réduit à l' esclavage. C' était ma première appréhension concrète de la liberté. Cette dernière se trouve  confrontée maintenant à un type inédit de menace : le système de fichage et de surveillance planétaire qu' induit le programme PRISM sous couvert de lutte antiterroriste. Big Brother s' installe. Le combat n' est jamais achevé...

   La fraternité ? La fraternité, en 2013. N' est- elle pas une réponse à la dislocation qui guette toute société, à la désespérance d' hommes et de femmes jetés à la rue comme des kleenex usagés, à toutes les humiliations sociales, raciales, ou les deux, accumulées sous l' oeil d' une oligarchie disqualifiée par les scandales. La fraternité peut-elle exister dans une nation meurtrie, abimée par la violence des mutations ( exode rural, urbanisation sauvage, immigration de masse, désindustrialisation, sentiment de perte d' identité et de souveraineté, effets incontrôlables de la mondialisation ) ? cet ancien pays de laboureurs et d' artisans ne s' y retrouve plus. On le fait musée. On veut traiter sa langue, riche d' une des plus grandes littératures, comme un nouveau latin, on y réveille des clivages qui viennent planter leurs griffes dans sa chair lassée...
    J' aime la France. N' avez-vous pas, comme moi, quelque peine à y reconnaitre sa belle devise?

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