Printemps arabe ou automne américain?

Publié le par memoire-et-societe

   Les choses ne sont peut-être pas aussi claires que ça. Démocratie contre obscurantisme, impérialisme contre lutte de libération: ce genre de formulation est souvent simplificateur. La question du Moyen Orient n' est-elle que religieuse? ou le problème est-il aussi celui de la répartition des richesses? L' islamophobie s' arrête-t-elle à la critique du fondamentalisme? et l' anti-occidentalisme n' est-il que l' expression de la misère d' une jeunesse musulmane sans perspective ? Ramener un embrasement persistant s' étendant du Pakistan au Maroc à l' activisme de quelques groupes d' " extrémistes " (comme si seux-ci étaient en suspension dans leurs sociétés ), n'est-ce pas réduire un affrontement d' ordre mondial aux dimensions de la propagande électorale qui déferle à grand prix sur les U.S.A ?

   Hélas, le débat est pour le moment "indépassionnable". Cela n' empêche pas d' appeler un chat un chat. Il y a plus de 6O ans que la nation arabe vit l' existence et le fonctionnement  en son sein de l' Etat d' Israël comme une injustice et une humiliation.Nombreux sont aussi ceux qui ailleurs partagent ce sentiment sans l' avouer en raison du souvenir toujours oppressant de la Shoah.Mais beaucoup part de là, beaucoup y ramène, et aucun argument ne peut rien y changer, même s'il est parfois mal vu  de le rappeler.
   En l' affaire, l' appui inconditionnel, automatique, de Washington à Tel Aviv malgré les votes répétés de l' ONU, l'action d' influents et multiples groupes de pression pro- israëliens en Amérique et en Europe, ne cessent de conforter l' hostilité à l' Occident.

   Telle est la toile de fond. S' y ajoutent les éléments conjoncturels qui semblent se coaliser pour rendre les Etats-Unis peu attractfs. Cette grande démocratie s'il en fût, montre qu'elle sait  ne pas s' embarrasser, quand elle le juge utile, des contraintes de la légalité. Ainsi, le camp de concentration de Guantanamo, à Cuba, bagne hors droit où sont déportées des personnes simplement soupçonnées de terrorisme, existe toujours en dépit des promesses électorales de fermeture de Barak Obama en 2008. Le monde arabe s' en souvient, comme il se souvient des " armes de destruction massive " dénoncées par Bush et Blair pour justifier l' invasion de l' Irak ( bilan à ce jour, plus de 400.000 morts, et un pays laissé exsangue et chaotique). Il se souvient des tortures filmées et photographiées dans la prison d' Abou Ghraîb, du spectacle télévisé en direct de l' assassinat à domicile   de Ben Laden par un commando des "forces spéciales ". Il se souvient, et nous nous souvenons, du sauvetage de la population de Benghazi vite transformé en pure et simple opération de mainmise sur le pétole libyen, etc.

   Ce sont bien ces violations du droit, ces violences, ces dégradations et autres "bavures " variées et répétées qui ont décrédibilisé les Croisés de la démocratie atlantique. Leur impopularité actuelle est autant l' effet d'une conduite politique que d'une "guerre sainte "ou de la résistance de populations qu'après tout on agresse chez elles pour mieux les "libérer",  et qu' une presse lointaine bafoue régulièrement dans leurs moeurs et leurs croyances.

   J'ignore si la société arabe connait un " printemps " qui ne saurait sans doute se suffire de l'éviction de Sadam Hussein, de Moubarak et de Khaddafi. Mais, devant tant de faux pas, j' ai l' impression que le prestige de l' Amérique, lui, devient automnal. La Superpuissance (qui peut toujours faire sauter cent fois la planète ) accompagne son déclin relatif (voir les Emergents ) et la démonstration de son inadaptitude à diriger l' humanité,  d' une perte croissante d' autorité morale.

   Dans ces circonstances, l' Europe, si elle parvient à  s' affirmer indépendante et clairvoyante, peut prendre le relais pour entamer avec la " trilogie des peuples souffrants " (Juifs, Arabes et Noirs) le Dialogue conciliant , équilibré, qui donnerait à l' Occident  un visage moins cupide et moins brutal, et finalement à la nécessaire relation Nord-Sud un début de réalité.

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