Pour l' Alsace

Publié le par memoire-et-societe

   Je suis attaché à l' Alsace.Pas seulement pour ses sites ou ses monuments, pas seulement parce que mon épouse était alsacienne, mais pour l' abnégation avec laquelle les Alsaciens ont affronté en 75 ans trois guerres qui  ont écartelé cette malheureuse région.

   L' Alsace constitue l' un des motifs qui me rendent  résolument favorable à la coopération franco-allemande. Mon père, résistant, a pourtant  été déporté à l'épouvantable camp de Mauthausen. Ma belle-mère a changé quatre fois de nationalité : deux fois allemande, deux fois française. Elle lisait en allemand et parlait en dialecte. Française, elle ne l' est devenue qu' après sa scolarité puis à la fin de sa vie. Son fils aîné a été à 13 ans enrôlé dans la Jeunesse hitlérienne (HJ). De force naturellement.

   Durant l' occupation, l' instituteur allemand affecté à la nazification du village commandait deux oeufs et n' en consommait qu' un: l' autre, disait-il,était " pour le Führer ".
   140.000 Alsaciens et Mosellans ( les "Malgré nous") ont été versés d' office dans la Wehrmacht, puis expédiés sur le front de l' est. 40.000 d' entre eux sont morts. D'autres, prisonniers, ne sont sortis du camp russe de Tambov qu' en 1949. Les parents des déserteurs étaient  aussitôt envoyés au camp de concentration voisin du Struthof, dans les Vosges.

   Le 10 juin 1944, la Division SS " Das Reich" brûlait Oradour sur Glane (642 victimes civiles). Parmi les incendiaires, 13 Alsaciens, qui ont été jugés en 1953. L'un d' eux venait d' un village proche de celui de mon épouse. Ailleurs,un garçon, évadé, combattait dans les  Forces Françaises Libres, et son frère, incorporé, à Stalingrad.

   Peu de ralliés idéologiques au nazisme, émules de Charles Roos ( fusillé par les Français en février 1940 pour espionnage) en dépit de liens culturels anciens rattachant l' Alsace au monde germanique. Une poussée d' autonomisme en 1924,  quand le Cartel des Gauches entendait revenir, au nom de la loi de séparation de l' Eglise et de l'Etat, sur le statut concordataire dont jouit la région, ou 29 ans plus tard quand ont été mis en cause, au procès du génocide d' Oradour à Bordeaux, des "Malgré nous".

   L' instabilité juridico-identitaire, la phase, aujourd'hui révolue, d' a-linguisme où l' on s' accrochait au dialecte  parce qu' on ne savait parler correctement ni le français ni l' allemand, les périodes d' exode,avec les "protestataires" en 1871 et  les "évacués" en 1939, l' incompréhension ignorante  des " Français de l' intérieur" , une sorte de superpatriotisme qui semble vouloir excuser une espèce d' ambiguité, tout cela fait de l' Alsace , solide, généreuse, le creuset de la Réconciliation et  de la Paix du Continent. Et de Strasbourg, la vraie capitale de l' Europe , avant Bruxelles,  en voie de n'être  plus qu' une Babel anglophone et bureaucratique.   

 

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