Occident: le déclin?

Publié le par memoire-et-societe

   L' idée que l' Occident est entré dans une phase de déclin, encore relatif, ne cesse de gagner du terrain dans les opinions publiques.A ce sentiment se rattache notamment le spectacle des interventions militaires hasardeuses des Etats-Unis à travers le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.Interventions qui se sont pratiquement toutes soldées par le constat de la supériorité technologique occidentale mais aussi de l' incapacité politique américaine et de l' échec humain des croisades impulsées de Washington.

  Que ce soit en Corée, à Cuba, au Vietnam, en Somalie, en Iran, en Irak ou en Afghanistan, nulle part l' US Army ne peut se targuer d' avoir emporté une victoire convaincante et définitive. Au contraire, elle a abandonné des pays poussés au  chaos, des populations hébétées devant des destructions cette fois réellement massives, des gouvernements achetés après l'élimination de  toute alternative crédible.Loin d' avoir épargné la dictature à la Corée du Nord ou l' anarchie à la Somalie, l' impérialisme, il faut bien l' appeler par son nom, les a renforcées, n' ayant rien  retenu des problèmatiques culturelles, ni même admis que les drones ne suffisent pas à vaincre des résistances populaires.

   Aussi ne s' étonne-t-on point que les libérateurs de 1945, et avec eux leurs alliés, bref tout un mercenariat ignorant et surarmé, voient leur prestige s' étioler. Le peuple américain serait las de ces interminables conflits qui lui coûtent  des enfants et des fortunes,  mais se laisse conditionner par l' image renouvelée du " méchant" ( le Jap', le communiste, le terroriste, le musulman,etc),se nourrit de l'illusion de conduire des continents à sa conception de la société,et finit par accepter qu' on tapisse de bombes des villes...à reconstruire! Cette manière de faire commence pourtant à prendre  l' eau.Le modèle de la Superpuissance est remis en question, et pas seulement dans le domaine économique et financier, qui n' est pas l' objet de ce propos mais s' affirme évidemment déterminant.

   Des déclins nationaux s' inscrivent, à titre supplémentaire, dans ce déclin global. En ce cas, rien ne sert d'être depuis des lustres un satellite docile du " gendarme du monde". Ainsi, l' Angleterre s' accroche-t-elle par là aux  souvenirs d' une splendeur défunte : une monarchie folklorique, les relents d'un Commonwealth formel, des océans partagés, un royaume lézardé de partout, ne témoignent pas de l'infaillibilité du protectorat américain. Ils sont seulement le reflet d' une politique en décalage sur l' évolution internationale et d' une dynamique de l' isolement. L' euroscepticisme, majoritaire en Grande Bretagne, et une sourde haine anticontinentale, ne font qu' accentuer le décrochage.

   Dernier carré de l'occident contesté, la fourmillière européenne.Amorcé au sud,le déclin, né de la spéculation financière, révèle une triple crise de société : crise des valeurs, consécutive au choc des référents culturels,première cause de guerres,  crise découlant de l' égoïsme des  classes  dirigeantes, de la démotivation des  cadres précarisés et surexploités, du désespoir d'un salariat mal payé et marginalisé, crise enfin des institutions où la représentation est faussée par des lois électorales iniques,paralysée par la désinvolte  intrusion  des lobbies, des  oligarchies et  des corporatismes,affaiblie par  l' utilisation contestable de l' argent public,désavouée par l' orientation générale du projet européen tel que le conçoit la technocratie.

   C' est  là aussi , à ce niveau de volonté politique, que l' Occident entier est attendu.  En redéfinissant ses fins pour contribuer à d'autres printemps sur  terre. Le déclin n' est pas fatal.

 

 

 

 

 

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