Nouvelle oreille du Prince

Publié le par memoire-et-societe

Depuis la création en 1836 par Emile de Girardin de "La Presse", premier journal politique bon marché, le monde de l'information a fait l'objet de tous les procès. Aujourd'hui encore, sa représentation centrale, le journaliste, demeure une figure discutée,souvent soupçonnée,plus redoutée que respectée."Flic de la pensée" ou "pollueur de l'ordre social" selon le cas,"l'historien de l'instantané", comme on le nomme, n'a pas, paradoxalement, très "bonne presse" auprès de "l'homme de la rue".

Cependant sa démarche a changé. Mobilisé autrefois par le rapprochement des dépêches dont il s'efforçait de faire la synthèse et de dégager un sens global, le journaliste semble se borner de plus en plus à relater les faits relevant d'une stricte spécialité, comme désireux de ne prendre en charge que sa "part" de ce que peut offrir l'élargissement des sources quasi planétaires d'information. Cette "retenue"lui épargne ainsi une mise en perspective des évènements qui n'est pas toujours sans risque.

D'ou une conception instrumentaliste de l'actualité, réduite à l'état de denrée éminemment périssable. D'où encore la tendance à s'en tenir au factuel plutôt qu'à se risquer à l'analyse. A l'évidence, le journaliste engagé n'est plus de mode. Son successeur, tenu par les lois du marché qui imposent un discours consensuel, donc asexué, préfère s'abriter derrière un pointillisme de l'information ou l"expert" prend le pas sur le "généraliste".

Politiquement, cela n'est pas sans conséquence pour une opinion publique ballottée d'un message à l'autre sans lien intelligible et aboutit de fait à une véritable désinformation. La crise financière avec ses incessants rebondissements (referendum grec, départ de Berlusconi, triple A français, etc.) en porte témoignage. Les arbres n'ont cessé d'y cacher la forêt : la coalition de la finance et des agences de notation anglo-saxonnes contre l'euro abhorré.

De Girardin voulait faire du journal "la bouche du peuple et l'oreille du prince". Le prince en a trop entendu. Il châtre les média pour en faire l'opium du peuple.

 

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