Noël: la réalité historique comme cadeau aux enfants

Publié le par memoire-et-societe

   L' Histoire descriptive enseigne que la France a été saignée à blanc à Charleroi, Verdun et Craonne, abandonnant derrière elle un million et demi de morts,un peuple de gueules cassées, de gazés, de jeunes veuves, de pupilles de la Nation, des régions entièrement  sinistrées  et un franc dévalué. Puis que, péniblement revenue à elle, elle s' est trouvée expulsée du cercle des grandes puissances par la débâcle de 1940 .Qu' en 1962 à Evian, la " métropole" a consacré la fin de l' Empire et l' Empire congédié une "métropole" plus soucieuse de bombe atomique et de relation franco-allemande que de rapport avec ses anciennes et lointaines possessions. Quelques impérialistes attardés tentaient encore de freiner la mutation, alors que s' amorçait l' immigration de masse des ex-colonisés nécessaires aux  " Trente glorieuses".

   Dans le jeu de bascule que fut l' entre-deux-guerres, le pays, à moitié exsangue, s' efforçait de faciliter la digestion de  sa laborieuse victoire à coups de pactes et de traités sans lendemain.  Pendant ce temps, l' Allemagne, ruinée et amère, ruminait sa revanche contre " le coup de poignard dans le dos" attribué au bolchévisme et contre une France, selon ses nouveaux maîtres, " livrée aux Juifs et aux Nègres".

   Ce résumé factuel relativise  l' appréhension d'une vérité méritant d' être complètée par des données souvent occultées et

ayant  pesé lourd en cette période : l'impact de la révolution russe de 1917, le poids de l' URSS sur la scène internationale à partir des années 20, le rôle en France de la branche locale ( le PCF) du mouvement communiste mondial (le Komintern). Autant d' éléments qui justifient de porter davantage  attention à des réalités maintenues aujourd' hui encore dans une certaine pénombre  comme l'influence concrète  exercée, sur la politique intérieure, par le parti communiste  jusqu'aux premières années de la " guerre froide ". 

   Ainsi, vers les années 27-28, le P.C prônait-il la stratégie dite "classe contre classe", qui excluait toute alliance avec la social-démocratie, accusée de collusion avec le capitalisme. Tactique qui  contribua à l'échec du Cartel des Gauches quand une fraction de la droite louchait  en direction du fascisme mussolinien et que l' ombre d' Hitler planait outre-Rhin. Puis, soudain conscient de la menace pour sa sécurité que pouvait représenter le nazisme, le Kremlin, et avec lui le Komintern, aligné, au nom de l'internationalisme prolétarien et de la " défense de la Patrie socialiste"  (l'URSS), sur les positions de la diplomatie soviétique, désignait le fascisme comme ennemi absolu, et  amorçait  au bénéfice des socialistes en titre  un pas qui a abouti deux ans plus tard au succès du Front populaire.

   Du côté de Moscou et du  PCF, les Accords de Munich (1938) ont été néanmoins perçus comme une alliance de Paris et de Londres avec l' Axe Berlin-Rome,  incitant  l' URSS, soucieuse d' éviter l' isolement, à pactiser avec Hitler. La méfiance soviétique n' était sans doute pas infondée puisque le Reich a quand même envahi la Russie. Cette mondialisation de la guerre ne pouvait laisser les USA indifférents: la coalition se nouait alors  entre Staline et les puissances occidentales. Le Komintern était dissous. Le PCF ralliait officiellement  la Résistance. Les Soviétiques endossaient l' essentiel  du conflit en termes de sacrifices humains (23 millions de morts). Pour autant, les Occidentaux entendaient liquider Hitler sans cèder un pouce de terrain au communisme. Le partage de Yalta, début 1945, était déjà gros d'une longue crise est-ouest...

   La connaissance d' un tel  "back ground", brossé à grands traits et déjà  familier aux  observateurs, s' avère, on le constate fréquemment, indispensable à l' édification de nos descendants. Offrons la leur en ces temps de Noël. Même quand elle risque de s' écarter un peu du contenu de leur livre de classe.

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