Ménard sans interdit

Publié le par memoire-et-societe

   Le monde politique est un bon microcosme de la société. On y trouve des gens intègres, compérents, convaincus de leurs idées et soucieux de l' intérêt général. Mais aussi une pelletée d' aventuriers, de purs arrivistes, de matamores, d' illuminés, d' obsédés, sexuels ou non, et d' agents doubles. La liste n'est pas exhaustive , il en a toujours été ainsi.

   N' empêche qu'il est des moments où l' on suffoque. Difficile de gober Tapie. De croire Mélenchon. De respecter Guaino, B.H.Lévy ou Guéant. Ne voilà-t-il pas maintenant que le nommé Robert Ménard entend se mêler d' Affaires ( publiques pour le coup) en se présentant comme tête (!) de liste à la mairie de Béziers (comique d'ailleurs cette propension des types ayant montré leur bobine à la télé à s' imaginer destinés, à l' étape suivante, à un avenir politique: quelle considération pour la fonction !)

   Mais faisons d' abord les présentations. D' origine " pied-noir" ( son père, imprimeur à Oran, était un sympathisant de l' OAS), Ménard arrive enfant dans l' Aveyron. Il se prépare d' abord à la prêtrise, puis, étudiant à Montpellier, adhère à la Ligue Communiste  Révolutionnaire (trotskiste) jusqu' en 1979. Crochet par l' aile gauche du P.S (le CERES), et on le retrouve journaliste à Radio France Hérault. Se proclamant " tiers-mondiste", il fonde avec Guillebaud ( du "Nouvel Obvservateur" ) et Rony Brauman ( de "  Médecins sans frontières "), l' association  "Reporters sans  frontières" qu' il utilise surtout comme tremplin publicitaire personnel. C' est ainsi qu' il organise, en 2008, à l' occasion du passage à Paris de la flamme olympique en route vers Pékin, une manifestation illustrée par la bousculade d'un infirme chinois, ce qui vaut à la France l' indignation de l'opinion en Asie, une protestation diplomatique et l' annulation de plusieurs contrats en cours de négociation.

   Guillebaud et Brauman ne tardent pas à quitter le navire, compte tenu de l' ambiguité croissante des initiatives de Ménard, jamais dépourvues de calculs financiers. Lui- mème abandonne bientôt RSF pour aller diriger un " Centre pour la liberté de l' information "...au Quatar, plus connu pour ses pétrodollars que pour sa liberté d' expression. Là encore, des problèmes d' argent l' obligent à regagner le bercail. Il y collabore à la chaîne d' information continue "I Télé" où il effectue une interview quotidienne (" Ménard sans interdit ") , de préférence avec des interlocuteurs antimusulmans et pro-israëliens. C' est tellement nuancé qu' il est viré en juillet  2012. Il passe également par RTL d'où il est débarqué vite fait, puis crée avec Dominique Jamet un site, " Boulevard Voltaire", dont les éditorialistes, Elisabeth Lévy, Eric Brunet, Alain Soral, G-W Goldnadel, vice-président du CRIF, sont  proches de l' extrème droite.

   Le mois dernier enfin, il enlève ce qui restait du masque. Il conduira, annonce-t-il, aux municipales de 2014 à Béziers, une liste " apolitique"(il compte sur les Pieds-noirs, nombreux dans la région) et "transpartisane", grâce à 2 ou 3 UMP  peu regardants, liste officiellement soutenue par le Front National (il a publié en 2011 "Vive Le Pen !", et en 2012 "Vive l' Algérie française" !). Désormais, il critique la suppression de la peine de mort, glose sur la question de la torture, dénonce le mariage pour tous et ,surtout, pourfend les Arabes... pardon, les Islamistes. La boucle est bouclée.

   Ne frémissez-vous pas, Bitterroises, Bitterrois, à l' idée que votre ville de 75000 âmes puisse un jour tomber entre les mains d' un faiseur doté d'un pareil pedigree ?

 

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