Mémoire de Catherine Pozzi

Publié le par memoire-et-societe

   On ne lit guère Catherine Pozzi. Son nom figure à peine dans les Anthologies, mais on écrit régulièrement sur elle. Elle a été  la poètesse à demi secrète d' une passion dont ses amis proches, Anna de Noailles, Pierre Jean Jouve, accompagnèrent la dramatisation.

   Issue de la haute bourgeoisie protestante (son père, chirurgien réputé, a été assassiné par un paranoîaque), élevée  dans l' habitude du luxe, elle rencontre très jeune écrivains et artistes : Rilke, Colette, Julien Benda, puis épouse sans passion Edouard Bourdet, auteur de théâtre qui sera administrateur de la Comédie française et auquel elle donnera un fils, Claude, futur grand Résistant et ardent militant anticolonialiste. Jean Paulhan la décrit comme une "grande jeune femme grâcieuse et laide",rongée très vite par la tuberculose qui finira par l' emporter à l' âge de 52 ans.

   D' elle demeurent ses "Journaux"( de Jeunesse jusqu' en 1906,  de femme, de 1913 à 1934: longue autobiographie signée Agnès), un essai "Peau d' âme", des poèmes récemment réédités par la collection Poésie de Gallimard, et une partie non détruite

de sa correspondance avec Paul Valéry qui fut l' homme de sa vie. Leur liaison dura huit ans. Liaison enfièvrée dont elle refusait de toutes ses forces de faire un adultère bourgeois. Lui venait de publier "Le cimetière marin" et était au faîte de sa gloire, avant de publier "Charmes" d'où on ne peut exclure l' ombre de Catherine, à côté de l' influence persistante de Mallarmé. Leur rupture fut pour elle une fin du monde.Blessée au plus profond, elle écrit: " Ce qui ne peut devenir nuit et flamme, il faut le taire", puis se retire de tout.
   On l' a beaucoup comparée à Louise Labé, lyonnaise contemporaine des poètes de la Pléïade. Son style néo-classique peut en effet y faire penser. Mais il est difficile de trouver quelque écho de la soif  d' absolu et de fusion qui habitait Catherine dans les Sonnets, même les plus élégiaques, de Louise. Les vers de " la belle Cordière" n' ont qu' un rapport lointain avec la tension qu' exprime, par exemple,  Nyx, écrit quelques jours avant la mort de l'amante de Valéry.
   Car la vie de celle-ci n'aura été en fait qu' une longue solitude qu' elle consigne avec une parfaite lucidité: " Je ne peux joindre les autres, confie-t-elle. Jamais." La maladie n' aura pas été le seul élément à avoir concouru à sa disparition prématurée. Catherine Pozzi témoigne, à travers son expérience amoureuse,d' une "souffrance à vivre" qui vaut sans doute plus que l' oubli.

 

 

 

P.S.   Une lectrice du blog intitulé "Nantais", du 4 février 2013, signale que  c' est au lycée Gabriel Guist'hau de Nantes, transformé en hôpital militaire, que Vaché et Breton se sont rencontrés pour la première fois,  en janvier 1916. Qu' elle soit remerciée de cette précision.   

Publié dans littérature

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