" Les Français "(2)

Publié le par memoire-et-societe

 La population française connait depuis trois décennies un changement spectaculaire de paysage démographique : d' une part avec une immigration intensifiée et diversifiée, d' autre part avec un mouvement d' expatriation concernant les jeunes en priorité.Le premier des deux phénomènes est relativement ancien et continu, le second nouveau, davantage lié à l' évolution de la conjoncture mondiale. L' ensemble contribue à redessiner une France que les générations anciennes auraient  peut- être parfois du mal à reconnaitre.

 L' immigration, c'est-à-dire la somme des personnes nées hors des frontières nationales de parents étrangers, comptait fin 2011, 11,8% des 65 millions d' habitants du pays, dont 7,8% en provenance de l' extérieur de l' Union Européenne. La disparition de l' Empire et l' acquisition en 1962 de l' indépendance par l' Algérie ne sont sans doute pas indifférentes au rythme soutenu de l' immigration non européenne vers l' ancienne métropole jouissant d' une image de prospérité et de facilité d' emploi. Cette réputation a ainsi attiré des populations déshéritées, souvent d' origine rurale, peu alphabétisées  et qualifiées: main d' oeuvre facilement exploitable, vouée aux  tâches ingrates et mal rémunérées, proie idéale d' employeurs et de marchands de sommeil sans scrupules.

 Au souhait d' intégration qu' exprimait cette première génération d' arrivants, en attente de mieux-vivre et de dignité, a succèdé le refus révolté d' un fort contingent de ses descendants, ignorés du pays d' origine de leurs parents et fréquemment mal perçus par le pays d' accueil qui leur délivrait néammoins un passeport.

 A l' opposé, on note,

dans une nation au taux d' émigration traditionnellement faible comme la France, une augmentation des départs, induisant une fuite des cerveaux, signe de récession. S' ajoutent à cela la désertion civique et physique de gens fortunés, obnubilés par le souci de mettre leurs revenus à l' abri du fisc, et la vague des délocalisations entrainant dans sa course de nombreux cadres et leurs familles.

 Le nombre d' expatriés français a doublé entre 1995 et 2011, passant d' un million à un million sept cents mille dûment recensés dans les consulats, en réalité à plus de deux millions, beaucoup d' émigrants négligeant de se  faire immatriculer. Le taux annuel d' expatriés s' est ainsi élevé depuis 2007 à la moyenne de 6%. La majorité se fixe dans un autre pays de l' Union, mais on remarque aussi une poussée vers l' Amérique du nord et, plus récemment, vers la zone  Asie-Pacifique. Partout ,le nombre de diplômés y  est également en nette augmentation.

 Immigrés légaux ou illégaux d' un côté, expatriés de l' autre, ce chassé-croisé participe du changement de la structure démographique : la population d' origine étrangère  y devient plus jeune que celle d' essence indigène ,annonçant à terme

une recomposition ethno-culturelle évidente. En témoigne déjà le binôme que forment un "ministère de la Ville",  chargé de gèrer les questions posées par l' impatience d' une immigration massive, et un  " ministère des Français de l' étranger et de la Francophonie ", représentant les droits et intérêts des résidents expatriés.

 La qualité même de "Français " parait en perte de vitesse.On peut  y voir plusieurs raisons : une décolonisation tardive et maladroite, une comparaison constante  négative avec d' autres nations comme les U.S.A  et l' Allemagne en matière de technologie et d'économie, le déclin depuis la déroute de 1940 de la puissance militaire française, et un recul linguistique et culturel subséquent .

 D' un point de vue politicien maintenant, la surenchère électoraliste qui prévaut à propos des "Français de l' étranger " n' a de comparable que la scandaleuse omerta qui l' entoure. Longtemps limitée à une représentation de trois sénateurs (mais à quoi sert le Sénat?), la population des expatriés a vu sa projection parlementaire exploser : Giscard a porté le nombre de ces sièges sénatoriaux pour le moins spécifiques à 6, puis Mitterrand à 12. Sarkozy ne pouvait en rester là : il a fait voter en 2008 une révision constitutionnelle qui prévoit l' élection de 11 députés (ce qui fait au total 23 parlementaires...) pour nos seuls compatriotes hors frontières (dont une bonne partie de bi-nationaux ), alors même qu' on vise à réduire le nombre des députés à 4OO. Si ce n' est pas du clientèlisme, ça !

Imaginez le fromage ! Mme Montchamp, MM. Thierry Mariani et Frédéric Lefèvre, tous anciens ministres UMP, ont vite flairé le coup: des citoyens isolés, déconnectés, focalisés sur des revendications catégorielles , bien incapables de fomenter une grève ou de perturber un service public, et éparpillés sur des espaces gigantesques: un siège comme nul n' osait en rêver !

 Aussi le concept " Français de l' étranger " fait-il un tabac, même s' il doit coûter une petite fortune au franchouillard

scotché à son terroir. C' est pourtant de telles combines et de bien d' autres que crèvent à petit feu le budget de l' Etat

et la santé du contribuable.

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