Les calculs du Front National

Publié le par memoire-et-societe

Les chances du F.N de figurer au second tour des élections présidentielles augmenteraient, bien que certains sondages récents laissent entendre qu'il "plafonne" autour de 20%.Le F.N fait en tout cas partie du paysage hexagonal avec un avantage: ne figurant pas parmi les "partis de gouvernement" , il ne peut etre associé aux "trente ruineuses" marquées par deux septennats mitterrandistes et dix-sept ans de chiraco-sarkozisme. Des règnes qui ont consacré le chomage, l'endettement, la désindustrialisation et le discrédit d'une génération illustrant,  par des scandales multiples, l'amoralité des prétendues élites. Telle est la première leçon à tirer des griefs "conjoncturels" que nourrit auprès de l'opinion populaire l'état dans lequel une oligarchie a placé le pays.

La désillusion ne saurait pourtant tout expliquer.Le glissement qui fait du F.N un parti de masse et non plus un parti de cadres a aussi des raisons plus lointaines et des causes plus profondes: institutionnelles sans doute, culturelles assurément, éthiques et politiques, c'est l'évidence.

Que nos institutions soient inadaptées à la  crise du modèle actuel de développement, et victimes d'un immobilisme qui arrange les béneficiaires du système, est connu de tous. Dèjà le général de Gaulle, qui les avaient inspirées, voulait les réformer. Cela ne lui a pas réussi. Toucher au Sénat lui a couté en 1969 son poste de président. Les socialistes, si fiers d'avoir mis la main sur le Palais du Luxembourg, portent maintenant aux nues l'organisme dont ils contestaient l' utilité un instant avant. Mais les fastes de ce luxueux  hospice de la République continuent de choquer. Ce n'est qu'un exemple entre mille. On le dit, on le sait. C'est de ce copinisme censitaire,de ces incessants partages de gateaux, dont les gens qui vivent au quotidien un précipité de caporalisme bureaucratique et de laxisme gestionnaire, de règlementations,de controles en tous genres et de gaspillages révoltants, sont las.

La "montée" du F.N, son installation dans la vie publique, ne sont pas l'effet d'une attirance idéologique: simplement de l'envie de donner un coup de pied exaspéré dans la fourmillière. Seule manière, pensent-ils souvent, d'etre enfin entendu. Notamment sur deux question fondamentales régulièrement éludées:

- la France n'est pas européenne au sens que lui imprime le microcosme bruxellois, ivre de fédéralisme abstrait. Elle l'a clairement exprimé en repoussant en 2005 le Traité constitutionnel mijoté en petit comité. De cette méfiance innée pour l' Europe des banques et des multinationales,le F.N fait sans opposition notable son miel électoral.

-la France n'est pas, dans ses profondeurs, davantage acquise au multiculturalisme dont il apparait, il est vrai, que l'ensemble des nations chrétiennes d' Europe a des difficltés à s'accommoder.Il s'agit là d'un constat qu'exploite le F.N avec le procès permanent de l'immigration et l'exaltation, plus récente, de la laïcité.

Le Front orchestre ainsi un retour à un souverainisme latent dans les couches de la population les plus touchées par la récession. Revanche sur le parlementarisme sans frontières et l' impérialisme de l' euro.
Les "solutions" du F.N sont, bien entendu, erronnées.Mais là n'est pas l'essentiel. Le lent refus , grossissant  élection après élection, d' un régime politique, pose le problème de la représentativité des partis qui prétendent le diriger.Si l'on additionne l'importante masse des abstentionnistes et les suffrages recueillis par un F.N exclu de l'Assemblée Nationale, c'est en fait plus d'un Français sur deux qui, d'une manière ou de l'autre, ne s'exprime pas.En revanche, des minorités comme les Verts et le Front de Gauche bénéficient de "groupes parlementaires". L'équité électorale: pour le F.N, encore un bon cheval de bataille...offert par l'adversaire.

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