Le totalitarisme en question

Publié le par memoire-et-societe

   La philosophe allemande Hannah Arendt,exégète de Kant et de Kierkeggard, élève de Husserl,fondateur de la phénomènologie, disciple de Heidegger, et amie de Jaspers, prix Nobel, a consacré une bonne partie de sa vie à  l' analyse du système totalitaire ( " Les Origines du totalitarisme ", 3 volumes, 1951 ).

   Lors du procès d' Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961, qu' elle a suivi pour le journal " The New Yorker ", elle s' est mise l' opinion juive à dos en refusant de considérer le bourreau nazi autrement que comme un médiocre instrument de la "banalité du mal ". On éludait donc,selon elle,  l' essentiel en se polarisant sur cet exécutant et en ne s' attaquant pas au fond: la monstruosité du Système. La problèmatique a  fait l' objet d' un récent film franco-allemand de  Margarethe von Trotta.

   Pour Arendt, qui a pris conjointement ses distances avec les pratiques sionistes, c' est à  la nature du totalitarisme qu' il convient d' attribuer la vraie responsabilité du gènocide, inscrit en quelque sorte dans ses veines. Cette analyse demeure toutefois  contestée, notamment  l' assertion selon laquelle la dictature, " société de masse", abolit  la " société de classe".

Il est vrai que dans l' Allemagne nazie dominait la hiérarchie des dignitaires du Parti, et  en Union soviétique une Nomenklatura omnipotente. Si elles ne constituaient pas des classes au sens marxiste, elles induisaient  néammoins des niveaux de pouvoir différents  et des clivages sociaux qui , dans la forme, s' en approchaient..

   Des penseurs et des historiens onr critiqué également la typologie des dictatures établie par Arendt. Sa complète assimilation du nazisme et du stalinisme, par exemple, n' a pas emporté la conviction, ne serait-ce que par la contradiction de leurs  finalités  théoriques  (nationalisme et racisme chez l' un,  léninisme et  internationalisme chez  l' autre ) , de  l' ambition proclamée de leurs " socialismes " respectifs ( et  comment classer alors les tendaces totalitaires de  régimes religieux ?).

   A partir de là, certains font observer que sans l' Armée rouge et  les sacrifices du peuple russe, l' hitlérisme n' aurait  sans doute pas été aussi vite vaincu, qu' un compromis aurait  peut-être fini  par s' imposer, laissant les mains libres aux Anglo-Saxons à l' ouest, et  la faculté au Reich de conquérir son " espace vital " à l' est ( l' idée a été plusieurs fois avancée entre 1940 et 1945 ). Il a fallu par conséquent  la contribution déterminante d' un totalitarisme, qui s' est d' ailleurs plus tard dissous de lui-même, pour venir à bout de l' agressif  expansionnisme germanique.

   Démonstration historique d' où ressort qu' une dictature peut s' allier avec des démocraties parlementaires, mais que deux  totalitarismes sont en fait incapables de co-exister longtemps.

 

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