Le retour en masse de la "pensée réactionnaire"

Publié le par memoire-et-societe

La  "pensée réactionnaire", après une longue éclipse due à  la seconde guerre mondiale, revient en force sur la scène européenne. Vaste toile d'araignée qui  rend le déchiffrage parfois malaisé.

Je me réfère ici au livre intitulé " De l'urgence d' etre réactionnaire" d' Ivan Rioufol, éditorialiste au " Figaro ", propriété de l' avionneur-sénateur UMP Serge  Dassault .Rioufol ne tourne pas autour du pot : il proclame la  réapparition d'une idéologie de droite musclée  contre le conformisme mollasson du centre-droit, le déclin de l'autorité et la perte d' identité, antichambre de la "barbarie".

L' entre-deux guerres, marquée par les suites de la boucherie de 14-18 et le krach de 1929, origine d'une dramatique crise ouvrière, avait donné corps en France à un courant d'opinion proche des thèses fascistes en vigueur depuis 1922 avec l' Italie de Mussolini. Des syndicalistes comme Georges Valois, des intellectuels comme Drieu La Rochelle, des politiques comme Pierre Laval ne dissimulaient pas leur intéret. S' enhardissant, des Ligues armées, soutenues par certaines associations d' anciens combattants, s' organisaient en milices avec l' intention d' " étrangler la Gueuse " ( la République), d' en finir avec la " démocrasouille " ( les parlementaires ), et de libérer le pays du " complot juif ". Des journaux comme "Gringoire", "L' Action française", " Je suis partout ", distillaient la haine et appelaient à l' insurrection , qui éclata en février 34.

Nous n'en sommes plus là. Personne apparemment ne discute le régime républicain et parlementaire meme si flotte parfois l'envie de dénoncer " les corps intermediaires " (en bon français , les élus et les représentants syndicaux ), sangsues siphonnant le bon peuple auquel il serait plus judicieux de s' adresser par referendum. Quant à l' ex bouc émissaire juif, sécurisé, il est largement supplanté par le musulman arabo-nègre, profiteur du système social "le plus génereux au monde ".

Ainsi s'installe la doctrine " néo-réac " dont les sources et les cibles, si elles ne reproduisent pas à la virgule près celles de son ainée, s'en rapprochent sérieusement :

         -arret immédiat de l' " islamisation " de la France. Impératif aussi urgent que jadis notre contre- "judéîsation ". Cette substitution radicale génère d'ailleurs des rapprochements ( stratégiques?) curieux ( voir blog " La dédiabolisation en marche" ) .

         -rejet absolu du multiculturalisme, du cosmopolitisme post-colonial, réserve à l'égard de la technocratie bruxelloise, méfiance générale vis à vis de ce que les Sciences sociales regroupent sous le concept d'altérité, prise en compte de la revendication souverainiste.

          -la répression avant la prévention, la parole du policier de terrain plutot que la clémence du juge, renforcement des peines, exécution complète des condamnations.

          -antiparlementarisme modéré,qui s'en prend davantage au spectacle des hémicycles vides et aux  retraites cossues qu'aux institutions proprement dites ou prospèrent bien des tenants de la " pensée réactionnaireé ".

           -dénonciation dosée de la spéculation financière, susceptible de nourrir  le populisme sans armer le marxisme.

           -négationnisme ramené à des aspects moins choquants pour  l'opinion que les fours crématoire.Exemple : la déportation contestée de 62 homosexuels français. Si l'on bluffe ici, n' invente-t-on pas ailleurs?

Pour  réaliser ses ambitions  de conquete des esprits, la nouvelle pensée réactionnaire ne s' enferme pas, cette fois, dans des stuctures définies, ni Ligues ni Partis. Elle se veut  fluide, polymorphe, transversale, thèmatique ou interdisiplinaire selon les  besoins,en tout cas disponible , l' oeil à tout.

On la trouve , bien sur, dans la pléîade d'éditocrates qui gravitent autour du Figaro, de RMC et du Point : outre Rioufol, Eric Zemmour, Natacha Polony,ancienne chevènementiste, Elisabeth Lévy, Eric Brunet. On la trouve forcément à tous les échelons du pouvoir : l' Elysée avec Patrick Buisson, ancien patron de " Minute " et conseiller spécial  de Sarkozy, au Parlement avec  Gérard Longuet, co-fondateur des groupuscules d' extrème droite Occident et Ordre nouveau,  aujourd'hui ministre, ses amis  Alain Madelin, député d' Ile et Vilaine, Claude Goasguen, député-maire du 16èmè arrondissement de Paris, Patrick Devedjian, député et président du Conseil géneral des Hauts de Seine, de Balkany, député-maire de Levallois.On la trouve encore, offensive, au Barreau (Arno Karsfeld , G.W.Goldnadel ),dans la  Police, l' Université ( Alain Finkielkraut, Dominique Reynié ), l' Edition, les Clubs, faisant meme, avec des philosophes dits aussi "nouveaux ", de bizarres incursions " à gauche ". Elle procède par réseaux, convergences ou noyaux durs ( Hauts de Seine, Droite populaire, Figaro, .I TV ). Elle a ses doctrinaires ((,Guy Sorman, Alain Minc ), ses experts ( type Alain Bauer, contesté président de l' Observatoire national de la délinquance mais également ancien Grand Maitre du Grand Orient ) ,ses bouffons, préposés à jeter l'effroi,  tels le "criminologue" Xavier Raufer, encore un ancien d' Occident et d' Odre nouveau, et  l'amuseur public Robert Ménard qui, du trotskisme à Le Pen, a parcouru en TGV l'arc en ciel politique...

 

 

Si la pensée "néo-réactionnaire" reprend ainsi du poil de la bete, ce n' est pas un hasard. Cette "tendance" n'est pas que le produit de la crise, elle est en outre l'effet de la défaillance du camp progressiste depuis les années 50 : guerres coloniales, effondrement du communisme, monarchie mitterrandienne, défaite du 21 avril 2002, boboîsation du P.S et démobilisation des classes populaires. Pas de miracle en politique : on ne saurait  y récolter ce qu'on n' y a pas semé .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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