Le "Parti" ? encore utilisable ? (1)

Publié le par memoire-et-societe

Le sociologue Pierre Bourdieu a osé remettre en cause, dans son essence et son exercice, une institution aussi sacrée que l'Ecole de la République. On pourrait procéder de même pour ce qui concerne un autre tabou de nos démocraties, le Parti politique. Moment, il est vrai, mal choisi en temps de campagne électorale tous azimuts:sa critique n'est à l'ordre du jour ni à gauche ni à droite ni entre les deux. Pour autant, son rôle mériterait d'être interrogé à la lumière de la mutation actuelle de la société française, et pas uniquement sous l'angle d'Internet.

Depuis l'époque révolue où un parti comme le P.C représentait pour ses militants la justification de leur existence au sein d'une communauté close, le mode d'organisation partisan s'est en effet profondément transformé. De fin en soi, la bonne carte est devenue un moyen, plutôt rémunérateur, parmi d'autres.

Pendant que le débat national se concentre sur la nature économique du système, opposant libéraux et dirigistes,la tentation est alors  forte de se tourner vers les réalités qui renvoient à d'autres clivages. Pas pour s'attacher à la portée éventuelle de nouvelles recettes de "management" de l'opinion:on n'aboutit, dans ce cas, qu'à une dégradation supplémentaire de la crédibilité politique. C'est dans le procès plus vaste de la soumission de l'Etat à la marchandisation qu'il convient d'inscrire la dénonciation du Parti, élément soi-disant indispensable d'un bon fonctionnement démocratique. Quand une organisation se fait complice d'une dérive des services publics en instruments desservant l'intérêt public, elle impose aux citoyens le devoir de se défendre.

C'est le cas pour le P.S comme pour les partis de droite depuis la naissance de la 5ème République. Ce sont ces partis, par leurs structures, leurs pratiques, leur coût vertigineux pour la collectivité, sans élimination d'ailleurs des phénomènes de corruption, la sélection élitiste de leurs dirigeants, qui ont mué des supports théoriquement idéologiques en commerces de non proximité. Adossés confortablement à la société de consommation, ils se consacrent à dénicher les clientèles qui les feront subsister. Leur unique nécessité est électorale.

Dès lors, d'autres mécanismes de concertation et de proposition deviennent indispensables dans l'élaboration d'un choix de société. S'il est évidemment impossible de livrer une formule magique,quelques pistes peuvent être néanmoins évoquées telles que la création d'espaces de participation citoyenne à l'abri des sphères institutionnelles et des influences de classe,celle de mobilisations autour d'expérimentations sociales actualisées et d'aires de solidarité échappant justement au contrôle d'appareils partisans.

Les "démocrates sincères" n'ont pas à garantir les privilèges d'une oligarchie dont la motivation est d'abord de pérenniser un système essoufflé et de rassurer des agents publicitaires employés à plein temps à fourguer une société bricolée.

Bourdieu, au secours, ils vont finir par installer Marine !

 

 

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