Le monde inachevé d' André Masson

Publié le par memoire-et-societe

André Masson nait en 1896 dans un village de l' Oise, Balagny sur Thérain, vosin de ma ville natale Creil, connue par ses faîences. Le père est ouvrier dans une petite fabrique de papiers peints. Le fils grandit dans le milieu de l' artisanat d' art. A 16 ans, autodidacte et élève des Beaux- Arts à Paris, il découvre Rimbaud, Sade et Nietzche. A 19, il est en première ligne sur le Front , et à 21 grièvement blessé au Chemin des Dames. A 23, sans ressources, il végète dans le Midi.

Il trouve enfin une sorte de havre dans la capitale à travers des  petits boulots qui le conduisent à co-habiter rue Blomet avec d'autres traine-misère, dont le Marseillais Antonon Artaud. Ils partagent une indéfectible amitié et une conception analogue de la Civilisation. Masson, qui peint régulièrement depuis deux ans, expose en 1924. Il a 28 ans. André Breton, auréolé par la publication du "Manifeste du Surréalisme", va Galerie Simon voir le travail de cet inconnu inspiré par Cézanne et  le cubisme. Intéressé, il veut l' asssocier à son Groupe que Masson choisit cependant de fréquenter seulement en sympathisant.

C'est malgré tout au Surréalisme qu'on devra le "dessin automatique" comme, pour Desnos, "l' écriture automatique" .

Masson use de ce moyen d'expression jusqu' à déstructuration totale, aucun élément n' y ayant plus de place assignable.Les "tableaux de sable", réalisés par projections ( ou vaporisations, pressages, etc ) sur la toile enduite de colle et posée à plat sur le sol, sont la prolongation picturale des dessins . Masson, qui fait "descendre la peinture du chevalet ", se révèle ainsi l' inventeur d' une technique gestuelle qui va connaitre son apothéose dans l' "Action-Painting " et  lui valoir outre Atlantique une notoriété que, finalement, ne lui accordera jamais  au meme niveau son propre pays.
Fort de ses précoces découvertes, il acquiert néanmoins une place éminente parmi les peintres de l' imaginaire.Il alterne, dans un mouvement dialectique continu, phases de recherche et moments de synthèse, à partir d' une éruption des couleurs frolant l' abstraction intégrale ou au contraire d' une duplication de dessins-signes menant à proximité  de l' idéogramme et de la calligraphie extrème orientale. Ce sont alors des séries thèmatiques ininterrompues: les Forets, les Massacres, les Paysages emblèmatiques, les Germinations, les Migrations, les Meubles anthropomorphes, amalgames d' Architectures et de Métamorphoses qui  dévoilent  ce qu'est l' art pour André Masson, à savoir un moyen essentiel de connaissance.

Il grave, il illustre (Rimbaud, Malraux, Leiris), il décore (le plafond du Théatre de l'Odéon, des décors pour les mises en scène de  Jean-Louis Barrault et des pièces de Sartre), démiurge d'un monde inachevé, inachevable, ou domine l'insoluble combat de la vie et de la mort.

Disparu en 1987, dans le pays de Cézanne,  comme pour boucler la boucle, Masson mérite qu'on lache un instant l'actuel robinet à discours électoraux pour faire un saut au Musée d' Art moderne de la Ville de Paris, histoire de changer de respiration.

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Clovis Simard,phD 08/12/2012 18:36

Nous sommes poussés comme par fascination(André Masson:La peinture du 20ième siècle) par un mouvement centrifuge,