Le "fait métis"

Publié le par memoire-et-societe

   Des mutations qui sont en train de redessiner la société française (parité homme-femme, reconnaissance des minorités ethniques et sexuelles,  vote des étrangers, ou droit de " mourir dans la dignité "), le plus spectaculaire parait bien être l' émergence du fait métis, fruit d' un multiculturalisme grandissant, encore difficilement reconnu par une forte proportion de Français.

   Le métissage n' est pourtant pas une nouveauté pour le pays. Depuis l' occupation de la Gaule par les Romains, puis l' irruption des Barbares, le métissage a été une caractéristique du peuplement de l' occident européen. Ces brassages de populations se sont ralentis avec l' établissement progressif d'un puissant Royaume, plus tourné  vers les conquêtes que résigné aux  invasions.
   L' immigration a donc été contenue, régulée et ajustée aux besoins du développement. La langue et  la culture françaises se sont imposées dans les Cours européennes. Les métissages se sont  trouvé réduits aux  "emprunts" effectués dans des zones d' expansion, alors que les apports ex térieurs étaient soumis à un filtrage vigilant.

   L' identité française s' est stabilisée autour de quelques notions prédominantes : la grandeur de la Patrie, l' omnipotence du pouvoir central (monarchie ou république), puis l' institution de la laîcité , la construction et la sauvegarde d' un Empire ultramarin entretenant  le sentiment de supériorité civilisationnelle de la métropole.Le terrain était ainsi balisé, figeant pour l' Histoire l' image d' un modèle indiscutable par le rayonnement de sa culture et les principes humanistes de sa politique.

   Le fédéralisme européen, la décentralisation, l' ouverture des frontières, les tropismes communautaires et  l' anti-impérialisme sont alors survenus comme  autant de ruptures avec la tradition. La promesse d' un Français moyen café au lait  et bi-sexuel, mangeant halal et écoutant du rock bouddhiste, est  à l' évidence un "saut " qui n' enchante pas le senior des Deux-Sèvres ou de la Haute Saône.Cependant le "fait métis" est déjà dans la rue, les écoles, sur les stades et dans les entreprises. L' immigration de masse, légale ou clandestine, paradoxe apparent de la décolonisation et conséquence prévisible de la liberté de circulation, la mondialisation des connaissances et des échanges avec le "net ", tout le rend de plus en plus incontournable.

   La France (source : INSEE avril 2012) compte 5millions,3  immigrés recensés, soit  8,4% de la population.42,5% sont nés en Afrique, représentant les trois premières colonies étrangères à savoir, dans l' ordre, l'algérienne, la marocaine et  l' ouest -africaine. Les immigrés musulmans sont évalués au nombre de 3 millions, 5.

   Ces chiffres  modifient  lentement  les comportements : l' universalisme proclamé reste un universalisme à  tendance hexagonale. Mais ce qui allait de soi il y a cent ou deux cents ans n' est plus de mise. La suprématie de l' Europe est  du passé,  et  l' ancètre gaulois s' est reconverti  dans la B.D.

   Reste à assumer. Faire du métissage, biologique ou culturel, un symbole de conciliation, comme l' ont  fait précédemment  toutes les grandes civilisations. Le fait métis en a chassé l' inconcevable acculturation et l' impossible refus de l' Autre. Démarche patiente mais d' autant plus nécessaire dans un Etat de droit. Contre un nationalisme raccorni,

contre des formalismes archaïques, le  " fait  métis " s' affirme comme une donnée de la modernité.

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femmes russes lille 14/01/2013 09:18

Intéressante article !!