La mort de Joseph Zobel

Publié le par memoire-et-societe

   Joseph Zobel possèdait la plus belle voix que j' ai entendue. Son timbre était le même que celui de Paul Robeson dans   " Ol' man river ", de John William dans " Sixteen tons ", de Louis Armstrong dans " La Vie en rose ", de Stéphane Pizella dans " Les nuits du bout du monde ' . Grave et enveloppante, ample et souple.

   J' ai rencontré Zobel à Radio Dakar, alors qu' il y produisait des émissions artistiques très prisées en Afrique de l' ouest. Un jour, il m' a dit  tout à trac : " Je prends ma retraite pour aller faire du cheval dans les Cévennes " . Il omettait d' ajouter :

et  trouver la paix en réécrivant et retitrant mes romans de jeunesse, " Les Jours immobiles " et " La Fête à Paris ".

   Zobel était beaucoup plus que ce moment précis de sa vie : l' un des pionniers de la littérature antillaise  d' essence francophone ,que, malgré le succès de "Rue Cases- Nègres", publié en 1950 et filmé en 1982 par Euzhan Palcy, les éditeurs métropolitains n' ont pas sollicité à l' instar d' autres auteurs de la " Créolité ", tels Glissant, Chamoiseau ou Confiant . Zobel  pourtant les avait précédés dans l' " oraliture ". Peut-être le prestige de Césaire, de deux ans son aîné, lui a-t- elle fait ombre ?

   L' homme était éminemment modeste, débordant toujours de grands rires, authentique fils du peuple de Rivière-Pelée et du Diamant, au sud de la Martinique. Il est mort sans bruit, une fin juin, à l' hôpital d' Alès. Là-bas, de l' autre côté de  l' océan,  un lycée porte maintenant son nom.

Publié dans littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Jenny Zobel 11/02/2015 08:36

Je suis la fille de Joseph Zobel, J'ai ete bercee dans mon enfance pat le son de sa voix merveilleuse disant textes et poemes d'ecrivains de la diaspora noire. Moments magiques.

biondi 11/02/2015 08:47

Je partage tout à fait ce souvenir. Joseph Zobel,que j' ai connu à Dakar où je travaillais auprès du président Senghor possédait l' une des plus belles voix que j' ai entendues, à laquelle il ajoutait une sensibilité particulière des textes. C' était un artiste.