La mémoire est-elle un devoir?

Publié le par memoire-et-societe

   Le  "devoir de mémoire " : encore une de ces formulations inventées par quelque "penseur " confortablement installé dans l' après-guerre. Que peut signifier un "devoir "- donc une contrainte( morale?sociale?individuelle?collective?)- appliqués à une chose aussi fine, fluide et finalement subjective que la mémoire, fût-elle envisagée sous l' angle historique?

   Quels en seraient les critères et références? les limites dans le temps et l'espace ? le XXème siècle? l' Europe? ou bien l' Inquisition, la Saint-Barthélémy, ,les Dragonnades, la Terreur, la Commune et l'extermination des Indiens? A partir de combien de cadavres un évènement mériterait-il d'entrer dans le cadre des "lois mémorielles " qui, depuis quelques années, se sont mises à pleuvoir sur les citoyens français, assorties de menaces de sanctions sans grand effet sur la persistance de préjugés, les ethnocentrismes virulents et  le mépris inavoué de l' Autre? et au bout de combien d' années y aurait-il prescription?

   Non seulement l' intitulé peut paraitre contestable, mais l'esprit même de la démarche est sujette à caution:

  - la commémoration à jour fixe d'une des innombrables boucheries perpétrées par l' Homme depuis son apparition, suffirait-elle, par le seul prodige de la transmission, à "absoudre " ceux qui, précisément, n'ont rien à se reprocher?  à dispenser indistinctement la bonne conscience?

   -l'esclavage ou la chambre à gaz, pour ne prendre que ces exemples, ne relèvent pas des mêmes finalités : l' exploitation inhumaine et dégradante de la force de travail dans un cas, la violence raciste à l' état brut dans l'autre.Faut-il dès lors prescrire un  traitement identique de leurs évocations qui, s'insérant dans un rituel  immuable, se banalisent?
   -une mémoire, comme un deuil, relève sans doute et d'abord de l' intimité de chacun, sinon de son vécu, pas d'une exposition publique imposée et d'invitations solennelles à la repentance générale, où la sincérité du souvenir et de  l' émotion,refoulées au second plan, s'éloigne d' envolées officielles récurrentes, étrangères à qui n'a pas connu les faits et s' empressera de l' oublier le reste du temps.
   La transmission véritable se réalise dans les témoignages, les traces concrètes, la réflexion. Le  " penseur " a  tout faux : il serait plus authentique, voire mobilisateur,  de parler à une  jeunesse légitimement curieuse de "droits à la mémoire " et  de " devoir d' avenir ".

 

Publié dans histoire

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