La France saharaïsée

Publié le par memoire-et-societe

   La France est l'un des pays qui possèdent le réservoir le plus fourni de familiers du continent africain. Des générations d'hommes de terrain s' y sont en effet succèdé depuis des siècles,des explorateurs aux coopérants,dispersés sur de vastes territoires.
   Si  tous n' étaient  pas  humanistes et  philanthropes, la plupart ont accumulé une connaissance directe des sociétés et de leurs populations, dont ils ont  peu ou prou partagé la vie. Car l' Afrique s' apprend.

   C'est pourquoi il est navrant de voir une telle expertise, confortée par d' innombrables publications, études, rapports, correspondances ou archives diverses, négligée, sinon contestée, par de jeunes géopoliticiens analphabètes,barricadés dans l' hypocrisie d' une tardive repentance.

   Quand, par exemple, M.Guaino, "plume" de M. Sarkozy, lui fait dire à  l' université Cheikh Anta Diop de Dakar, face à  un parterre d' intellectuels, que "l' Afrique n' est pas encore entrée dans l' Histoire ", on reste confondu  devant  l' imbecillité qui trahit à la fois une méconnaissance des faits et  un paternalisme qu' on pensait  périmé. Ce jour-là, la France a reculé de plusieurs rangs dans l' opinion africaine.  

   Quand on voit  B-H.Lévy, sioniste s'il en est, trancher, sans aucun mandat, sur  la conduite de la diplomatie française en Libye et discourir , en  lieu et place du président de la République, sur le printemps arabe et la question syrienne, on a envie de demander grâce. Car ce que semble ignorer le sentencieux  " philosophe de gauche"(?), c' est que l' équilibre politique et  la paix sont, dans la zone apparemment désertique de ce coin du continent, un château de cartes : tout y est toujours prêt à s' y écrouler. Comme le sable qui la constitue.

   Que M.Lévy, polarisé sur les intérêts et la sécurité d' Israël , n' en tienne pas compte, est une chose. Qu' on lui prête l' oreille aux dépens de ceux qui savent que le moindre déplacement dans l' ordonnance des pouvoirs et des territoires locaux  induit des complications  en chaîne, souvent sanglantes, est  totalement irresponsable.

   Ainsi, le renversement du régime de Khadafi, qui n' a d' ailleurs jamais été le mandat donné par l' ONU  aux occidentaux, n' aurait dû être "opéré "  qu' après évaluation des conséquences potentielles d'un  pareil coup de force. Faute de cela, dans l' ivresse d' une victoire à la Pyrrhus permettant à M. Lévy de s' autocongratuler, la moitié de l' armée de l' ancien dictateur libyen est  partie s'installer à côté, dans le nord du Mali, violant la souveraineté du pays et  imposant à une population sans défense la loi islamique la plus tyrannique. Du coup, la République du Mali, internationalement reconnue mais militairement insuffisante, en appelle-t-elle à la France avec laquelle elle a signé des accords de défense datant de l' indépendance. Les risques sont les mêmes  avec le Niger voisin, lui aussi en proie aux troubles fomentés par les tribus touaregs et  l' omniprésente A.Q.M.I (Al Qaîda Maghreb islamique) et  où  AREVA  exploite un uranium devenu indispensable à l' activité industrielle.

   L' Occident se dit résolu à ne pas " laisser faire ", le Droit international et la Sécurité régionale étant en cause. Les U.S.A, tout en dénonçant en sous-main le " néo-colonialisme français " , se tournent vers Paris pour lui demander de se porter garant d'un territoire où l'armée française détient des bases et  exerce encore une influence réelle. L' Algérie observe une complète neutralité, quoique les salafistes défient son autorité sur ses frontières méridionales. Quant à la Communauté Européenne, elle se garde bien de se fourrer en un tel guêpier.

   Le règlement d'une situation aussi fluide, intégrant prises d' otages, négociations financières pour les libérer, palabres dépendant d' alliances et transactions passées entre clans, tribus ou chefs de bande, constitue un casse- tête offert à tous les dérapages.
   La France, placée ainsi au centre de cet  imbroglio, se voit  "saharaïsée " malgré elle, quand son contexte socio-économique interne demeure alarmant. Que ne puise-t-elle dans les ressources  inemployées d' une riche expérience  au lieu d' écouter les divagations de ces conseillers brusquement parachutés dans les hôtels de luxe du tiers-monde.L'heure est au changement de vision, de mentalité... et  de compétences.

 

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