La "dédiabolisation" en marche

Publié le par memoire-et-societe

L'un des phénomènes politiques actuels -encore peu analysé par les médias- est le rapprochement du Front national, version rénovée, et d'une partie de la Communauté juive française. Il y a déjà un moment que, dans le cadre de la "dédiabolisation" de son parti, Mme Le Pen adresse des oeillades appuyées (voir l'interview accordée au journal "Ha'aretz" en janvier 2011) à l'électorat juif et à l'Etat d'Israël, base imaginable d'une croisade anti-islamique occidentale  (1).

Plusieurs évènements sont venus confirmer une démarche qui ne fait cependant pas l'unanimité tant à l'intérieur du Front qu'au sein de la Communauté, et montre en l'occurrence que chacun joue gros :

    - en voyage "exploratoire" aux Etats-Unis début novembre,Marine Le Pen a rencontré,dans les locaux de l'O.N.U à New York, Ron Prosor, diplomate israélien qui, quoiqu'ait ensuite prétendu Tel Aviv, a posé un geste politique parfaitement calculé. Au cours du même déplacement, la dirigeante du F.N s'est rendue en Floride pour s'y entretenir avec William Diamond, l'un des plus influents membres de l'"American Israel Public Affairs Committee" (AIPAC), principal lobby sioniste des U.S.A. Dans la foulée, Marine Le Pen a rendu visite à Guido Lombardi, du "Tea Party", organisation néoconservatrice en relation avec "Yisrael Beiteinou" du sulfureux Liebermann.

     -quelques jours plus tard, le numéro 2 du Front, par ailleurs compagnon de Mme Le Pen, Louis Aliot, s'envolait pour Israël en compagnie de Michel Thooris, policier de profession et candidat aux prochaines législatives au titre des "Français de l'étranger".A cette occasion, les deux hommes ont établi un contact avec des "homologues" israéliens. Ils sont également allés en Cisjordanie, dans les colonies d'Eli et de Shilo, alors que le Quai d'Orsay venait d'y condamner la construction de nouveaux logements pour les colons.

En France, l'offensive de "charme" était relayée par l'avocat d'extrême droite Goldnadel, président de France-Israël et membre éminent du C.R.I.F  (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), homme qui passe pour l'agent de liaison entre les ultras agissant aux deux bouts de la Méditerranée.

Quant à la stratégie dédiabolisante du Front, destinée à sortir celui-ci de la solitude, elle cible ainsi plusieurs catégories précises de citoyens:

    - les "classes populaires" par une succession de discours "ouvriéristes",comme à Metz le 11 décembre, et la réduction des socialistes à une caste de carriéristes bobos totalement coupés des difficultés de la masse des Français.

     -la classe moyenne qui a largement voté contre le Traité européen de 2005 et demeure hostile aux ukases de la bureaucratie bruxelloise.

     -des juifs plus ou moins inquiets pour leur sécurité au milieu d'une population musulmane solidaire des Palestiniens. (Ainsi une "Union des Français juifs", de création récente, appelle-t-elle à voter Le Pen).

Ces choix ont un but évident: isoler l'islamisme, véhiculé, répète le Front, par l'immigration et renforcé par la mondialisation. De ce fait, la politique internationale du F.N s'inscrit en cohérence avec les projets sionistes (plan Ynon de balkanisation systématique du monde arabe) et la prospective planétaire des néo-conservateurs américains tendant à rétablir le monde judéo-chrétien et la race blanche dans leur suprématie battue en brèche par l'altermondialisme, l'émergence et l'"autodétestation gauchiste". Rien n'est inventé: l'analyse figure noir sur blanc dans les rapports et études concoctés dans des instituts, universités, centres de recherche et autres "think tank" comme l'American Institute for Public Policy Research, John Hopkins University ou le Jewish Institute for National Security.

Il est donc bon de savoir que, désormais, les alliés du F.N en voie de dédiabolisation sont MM.Richard Pearle et Liebermann.La logique y trouve son compte.

 

(1)Richard Pearle. "A clear break: a new strategy for securing the Realm" (Institute for Advanced Strategic and Political Studies". Washington and Tel Aviv 1996)

 

 

 

 

Publié dans actualité

Commenter cet article