L'image dégradée

Publié le par memoire-et-societe

Le syndicalisme est, de l'avis général, devenu nécessaire à une bonne respiration démocratique. La défense organisée des salariés dans le système capitaliste est née dans la douleur avec les débuts de l'industrialisation. En France, Saint-Simon dès 1824, puis Proudhon avec "Qu'est-ce que la propriété?"(1840), Flora Tristan (L'union ouvrière, 1843), Pauline Roland et Jeanne Deroin, prônant la création d'une caisse de solidarité pour le crédit gratuit, les soins médicaux et les retraites (1849), l'A.I.T (ou 1ère Internationale, 1864-1872), regroupement d'associations ouvrières avant d'être un mouvement politique, en constituent les prémisses.
Comme toute collectivité humaine, le syndicalisme a rencontré des aventuriers, des mouchards, des traîtres ou des renégats. Mais il a surtout longtemps connu l'exclusion, la répression et un impitoyable combat pour conquérir droit de cité. Le délégué syndical a été, jusques et y compris aux lendemains de la 2ème guerre mondiale, indésirable dans nombre d'entreprises:le premier à être licencié, le dernier, sauf "récupération ",à etre promu, souvent "marqué au rouge" sur une liste patronale qui forçait l'ouvrier et sa famille au nomadisme dans une perpétuelle recherche d'emploi.

D'abord maudit et héroïque, le syndicalisme a acquis pignon sur rue. Ses dirigeants sont des notables (les "bonzes"), ayant porte ouverte sur les allées du pouvoir et dégagés des contingences du quotidien. Le "partenaire social" est institutionnalisé, consulté et courtisé.

C'est pourquoi l'image dégradée dont  les syndicats offrent le spectacle depuis quelques temps est spécialement inquiétante. Une faible représentativité (8% des salariés dans le secteur public, 5 % dans le privé où survivent des craintes pour le déroulement de carrière) en est-elle la conséquence ? Il faut ajouter alors une multiplicité de structures qui donne à certaines davantage l'allure de boutiques catégorielles ou partisanes et de syndicats-maisons que de véritables confédérations. S'en suit une surenchère sans perspective cohérente.

Dans le mouvement ouvrier traditionnel, qui a été le terreau du courant socialiste français, toutes sensibilités confondues, l'appartenance syndicale constituait une sorte de baptême. C'est seulement après avoir éprouvé les limites de cette forme de lutte que le militant révolutionnaire rejoignait un parti politique, aboutissement de l'expérience vécue. Il en va aujourd'hui autrement: l'Union locale de la C.G.T ou de la C.F.D.T ne constitue guère l’antichambre obligée pour un jeune énarque qui cherche une circonscription. D'ou cette coupure flagrante du bobo "à gauche" avec les soucis du bon peuple .Le contact n'y est plus.

Ce n'est pas encore là le pire handicap du syndicalisme nouveau style: de dérives en décadences, le trouble naît de sa relation ambiguë, déjà signalée par la Cour des Comptes, avec l'argent. Ainsi pourquoi le rapport Perruchot (député UMP) est-il maintenu sous le boisseau ? Rançon de quel compromis? S'agit-il des "trésors" dévoyés des Comités d'Entreprise ? Du monopole à l'embauche abandonné à des mafias électoralement influentes ? De l'omerta sur des sommes détournées puis réparties au nom d'une  majorité de salariés non informés et manipulés ? Moeurs étrangement inspirées de l'exemple patronal et des syndicats américains.

Avec le gouvernement, tout est plus subtil. On est dans un univers différent: les ministres changent plus souvent que les secrétaires confédéraux, mais on se connaît. On déjeune avec les mêmes journalistes, on débat sur les mêmes plateaux de télévision, mille occasions se présentent d'évaluer, de se parler, de se renvoyer l'ascenseur, bref de négocier la paix sociale entre interlocuteurs conscients de leurs responsabilités respectives. Il n'est que de suivre l'évolution réformiste de la C.G.T depuis une vingtaine d'années (et, par contrecoup, l'émergence de Collectifs spontanés dans les conflits) pour conclure, comme la publicité, que le syndicalisme "le vaut bien".

 

 

 

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