L'Europe en dominion

Publié le par memoire-et-societe

Faites le compte : les légèretés aristocratiques de Giscard, la monarchie affairiste de Mitterrand, l'inertie dorée chiraquienne, les coups de menton ruineux  de Sarkozy,  il y a là de quoi  plaquer une nation au sol. C'est d'ailleurs ce qui se produit.
A ce triste constat se reconnaît, parait-il, le "pessimisme français". Il est vrai qu'il  y a eu avant les "trente glorieuses". C'est si loin. Le "cher et vieux pays" est aussi celui du TGV, de la fusée Ariane, de la puce électronique et de l'énergie nucléaire. Il bougerait donc encore. Mais comment ? C’est la question dans la mesure ou les marchés financiers et les spéculations bancaires, se servant de la législation européenne, s'appliquent à en faire un dominion.

Les Français ont répondu comme ils pouvaient en refusant le projet de traité constitutionnel de 2005.Pour autant, ils ne sont pas sauvés de l'emprise d'un Capital dont le coeur bat sur l'autre rive de l'Atlantique. L'impérialisme, pour survivre, a besoin d'un continent européen dépendant.

Deux dates seulement :

Octobre 1973.Les économies européenne et japonaise prospèrent. Elles conquièrent des parts de marché sur tous les continents. Bref, elles font de l'ombre. Henry Kissinger, secrétaire d' Etat de Nixon depuis trois semaines, atterrit chez  le grand ami moyen-oriental des U.S.A, le roi Fayçal d'Arabie, producteur numéro 1 de l' OPEP (21 % des exportations mondiales de brut). L'inflation, provoquée par le coût de la guerre du Vietnam, frappe de plein fouet les Etats-Unis. Kissinger s'entend avec Fayçal pour porter le prix du baril de pétrole de 3 à 18 dollars, ralentir la production, et mettre l'embargo provisoire sur la fourniture aux pays industriels. Les déficits extérieurs du Japon et de l'Europe, dépourvus de ressources pétrolières, plombent alors leurs économies. La crise mène à la stagflation.

Janvier 2008.Baisse (contrôlée) du dollar face à l'euro et crise des "subprimes" (prêts hypothécaires à risque) en juillet 2007, après le relèvement brutal des taux directeurs par la Federal Reserve Bank, provoquent une nouvelle flambée du prix des carburants qui porte de 90 à 145 dollars le baril tandis que les U.S.A, au sous-sol gorgé d'or noir, remplissent leurs stocks stratégiques. Une fois encore, les économies "périphériques", poussées à l'endettement, sont mises hors combat. Les agences de notation, toutes américaines, achèvent le travail en laissant en permanence planer- sauf sur l'Angleterre dont les finances sont pourtant tout sauf brillantes- la menace d'une dégradation de la confiance des marchés. Ce n'est plus la stagflation mais la récession.

Ce retour des mauvais coups portés à l'Europe continentale mal défendue, n'est pas, bien sur, sans arrière-pensée politique. Le plus remarquable, dans cet acharnement à casser le développement autonome des "alliés occidentaux", est sans doute l'ingéniosité des stratégies de mise en échec. L'Europe ne saurait, quoiqu'il arrive, devenir une rivale. Elle est destinée au statut de dominion économique qui laisse aux Anglo-Saxons les mains libres pour la grande négociation sur le partage du monde avec l'Asie.

 

Publié dans politique

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