L'Etat : toilettage ou réécriture

Publié le par memoire-et-societe

En Espagne, le gendre du roi, convaincu de concussion, a été, avant même tout procès, immédiatement éliminé de la vie publique. En France, un ex-président,condamné pour emplois fictifs et abus de biens sociaux,continue de bénéficier de la considération officielle.

Tout le monde le pense, quand beaucoup refusent de l'avouer, le "royaume" français est moralement malade. Ses institutions sont inadaptées,ses élites possédées par l'égoïsme de classe, leur intégrité jugée douteuse, ses "partis de gouvernement" dévorés par le clientèlisme, ses corps intermédiaires livrés aux appétits corporatistes, ses masses populaires abandonnées au scepticisme et minées par un sentiment d'injustice. Compte tenu de la riche histoire du pays, c'est un naufrage.

Le tableau peut sembler sévère. Il est réaliste, et conduit à cette question:suffirait-il de "toiletter" l'Etat, en manque d'un sérieux lifting, pour rendre la santé à une société en souffrance, ou sa dégradation nécessite-t-elle de "réécrire" l'ensemble sur d'autres bases ?

Si l'on regarde de près, trois handicaps endogènes plombent ce régime: le déséquilibre des pouvoirs, la multiplication de structures redondantes ou concurrentes, le blocage bureaucratique de la créativité. Il n' y a, dans l'Ordre marchand mondialisé, aucun modèle convaincant, mais il existe des éléments dont on peut, sans prétendre refaire l'univers, s'inspirer avec la prudence qui doit accompagner toute transposition sociale.

La IVème République a été un régime d'Assemblée ou un groupe restreint de députés suffisait pour faire et défaire les gouvernements. La Vème a versé dans l'excès contraire en instaurant une monarchie républicaine façonnée aux mesures d'un homme qui la transcendait,Charles de Gaulle. Particularité qui n'a été le cas d'aucun de ses successeurs de droite et de gauche qui se sont bornés à présider le déclin.

Partager les pouvoirs dans une version francisée de principes en usage aux Etats-Unis n'est, au stade actuel, pas totalement insensé: un président issu du suffrage universel d'un coté, un parlement investi d'un véritable contre-pouvoir de l'autre (c'est-à-dire de la faculté de renvoyer le chef de l'Etat sans être dissous par lui). De ce fait, l'alignement sur les choix présidentiels de la majorité élue ne serait plus politiquement vital : la co-habitation de l' Exécutif et du Législatif s'opèrerait directement, sans passer par un premier ministre-courtier dont l'existence ne s'imposerait guère.

Quant à elle, l'autorité judiciaire pourrait regrouper Conseil d'Etat, Cour des Comptes et Cour de Cassation en une Cour Suprême coordonnant plus efficacement les rouages principaux d'un système qui reste insaisissable à la plupart des citoyens. Le bi-camérisme mérite pour sa part un coup d'oeil : ce n'est pas parce qu'il est tombé dans l'escarcelle du P.S que le Sénat serait soudain paré de toutes les vertus. Cette maison de retraite pour politiciens chenus ou recalés par le suffrage universel reste une sinécure entretenue à grands frais auto alloués. Ses avis, quand il en a, retournent à l'Assemblée qui tranche en dernier ressort. Mais son système de retraite est le plus généreux...du Système. Le bon sens incite, comme cela a déjà vainement été suggéré, de fusionner l'onéreuse institution avec le Conseil Economique et Social, autre planque qui pond des "Rapports" que personne ne consulte. Une Chambre des Territoires à effectif réduit représentant les "forces vives", ou l'age des membres serait limité, pourrait, dans le cadre d'une politique suivie de décentralisation, y contrôler concrètement les relations de l'Etat et des Régions.

La réduction du "mille-feuilles" qui va de la Commune au Parlement européen (toutes les élections seraient à regrouper sur un seul jour pour éviter la funeste campagne électorale permanente qui paralyse ce pays et favorise l'abstention si redoutée) entre, évidemment, dans un programme conséquent d'allègement politique. La disparition du département napoléonien, ruineux anachronisme qui brasse des budgets ahurissants, paraît en l'occurrence, inéluctable. Tant pis pour les intérêts partisans.
Le gaspillage des savoirs est, en France, consternant. Des retraités (paysans, artisans, pédagogues, soignants) sont marginalisés alors qu'ils seraient tout disposés à transmettre une expérience qui va se perdre. Encourager l'initiative, animer la relation intergénérationnelle sont des slogans éculés, sauf qu'on leur voit bien peu d'applications. Perte sèche pour une collectivité...

Dictature des marchés, impunité des responsables, corruptions et scandales, népotisme, favoritisme, tout cela n'est pas nouveau, mais  finit par prendre une part prépondérante dans un royaume en décadence. A qui a fait un peu d'Histoire, voilà qui rappelle quelque chose...Mais oui, bien sûr ! La caste (multicartes) des petits marquis à talons rouges!

Ils ont terminé à Coblence, ou pendus à la lanterne. C'était le bon temps...

Quoiqu'il en soit, et sans illusion sur la réalité du "changement" qui sortira de la consultation de 2012, retenons qu'un Etat bien "réécrit" exige la conciliation des aspirations populaires et des structures de pouvoir. Fantasme citoyen ?

 

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