L' affaire de Sakiet sidi Youssef

Publié le par memoire-et-societe

   Début février 1958, six soldats français du contingent, prisonniers du FLN algérien, étaient exécutés dans le Constantinois. Les auteurs de ce massacre ayant franchi le barrage électrifié( dénommé "Ligne Morice") s' étaient réfugiés en territoire tunisien par un tunnel débouchant dans les bâtiments de la douane du village de Sakiet sidi Youssef. Le samedi 9 février au matin, l' aviation française répliquait en bombardant l' agglomération.
   Travaillant alors à Radio-Tunis, j' ai été le premier journaliste européen arrivé sur place. La bourgade d' environ 1.500 habitants était groupée autour d' une artère principale est-ouest. Détruite, presque rasée, l' extrémité ouest englobait  la fameuse douane, les casernements de la Garde nationale et un local de la Croix Rouge destiné aux réfugiés algériens.
   Muni de mes premières informations, je téléphonais un "papier" à l' intention de l'émission "Paris Vous Parle" en relatant, sans un mot de commentaire, ce que j' avais constaté de visu. Mais dans la nuit un communiqué émanant du général Salan, commandant en chef en Algérie, démentait totalement l' opération et, du coup, mes propos. Aussitôt  trois députés "Algérie française"  interpellaient le gouvernement sur l' attitude du correspondant de la Radio nationale qui avait "trahi", et exigeaient ma tête.
   Les évènements, en se compliquant rapidement, sont venus à mon secours. Journalistes étrangers, diplomates, observateurs divers  affluaient et, en témoignant, confirmaient mes dires point par point. La Tunisie déposait plainte auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour atteinte à sa souveraineté. L' affaire s' internationalisait. Un négociateur américain, Murphy, était désigné pour dénouer la crise qui venait de s'ouvrir  et , au-delà, chercher une issue au grave conflit d' Algérie. Je n' ai pas été licencié.

   Quelques semaines plus tard éclatait à Alger l' insurrection du 13 mai,fomentée avec l' appui de l' Armée. Le général Salan se ralliait au général de Gaulle. La IVème République s' effondrait, jetant aux oubliettes les six soldats assassinés et  les 57 victimes du bombardement de Sakiet.

Publié dans histoire

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